Sabaidi !!!!
Ouf... me voila posée à Ventiane, avec tout plein de temps pour raconter mon voyage...posee ou plutot bloquee...j’ai du arriver un peu en avance pour reserver mon avion...et decouvert qu’il n’y avait pas de vol avant 3jours....donc voila...je traine mes tongs a vientiane, et me suis refugiee dans un cafe internet pour echapper a la canicule...et au tumulte du lao new year....autant le dire, vientiane n’est pas fascinante....arrivee a trois heures du mat a la gare routiere apres deux heures de bateau, cinq heures de camion-tuk tuk et 13h de bus...ce n’est qu’au matin, et apres quelques heures de repos dans un bouge pompeusement nomme guest house, que j’ai decouvert cette sous prefecture coloniale, decrepie et endormie...quelques petites rues bordees de maisons delabrees abritant bookshops, guesthouses et gargottes...puis de longues et larges avenues longeant de vastes batiments bas decatis, ornes de titres administratifs pompeux…. des temples un peu partout, et la gare routiere attenante a un vaste marche....et c’est tout !
ah non..il y a le mekong...au loin...le mekong reduit a peau de chagrin en cette fin de saison seche poussiereuse et assommante....seul agrement donc de ces quelques jours de repos forces a vientiane en attendant l’avion, les gargottes installees le long du mekong dont on appercoit a peine les flots a deux cent metres de la rive....sous de vaste tentes longeant ce qui reste du fleuve - hautes herbes se balancant au vent et mer de sable- on s’allonge sur des coussins douteux et l’on deguste l’omnipresente beer lao, avec une soupe de nouilles ou des brochettes accompagnees "d’eskimaus" grilles de riz gluant....un peu de riz gluant agglomere autour d’un baton de bois, exactement comme une glace....pas mal, avec la beer lao pour faire passer le cote etouffe-chretien....
C’est decidement le seul lieu agreable de vientiane en cette periode de redoutables festivites....car c’est le nouvel an Lao-eh oui, mon troisieme nouvel an en 4 mois...en un sens ca met un peu d’animation dans cette ville fantome qu’est vientiane...mais ca ne facilite pas les deplacements.... en gros , c’est la fete de l’eau...a la base une jolie coutume...les familles visitent les differents temples un petit seau a la main ou trempe un bouquet de fleurs et de feuilles...chaque statue de bouddha est arrosee copieusement a l’aide du bouquet, et l’eau ainsi benite est recuperee pour une rapide benediction..d’ou l’idee que s’asperger d’eau, c’est se benir.... sympatique et mignon quand un petit gars qui tient a peine sur ses pattes sort un enorme pistolet a eau pour asperger les passants...so sweet....mais les petites betes grandissent, et en ce nouvel an lao...le soucis ce sont les ados...regroupes en veritables gangs a l’arriere d’enormes pick up charges de gigantesque resevoir d’eau ils quadrillent la ville du matin au soir arrosant tout ce qui bouge de larges seaux d’eau en hurlant des cris de guerre...d’autres se postent devant un bar qui passe en boucle le dernier tube pop, et toujours hurlant et degoulinants ils attaquent au jet ou au seau tous ceux, pietons ou motorises qui ont l’idee stupide de passer sur leur territoire...
Le guide lonely planet indique que l’un principaux interets de vientiane est d’y observer sa jeunesse et la vitesse a laquelle ellee se met a la mondialisation…hum …bien vu ! J’aime tout particulierement la nouvele mode qui consiste pour les garcons a se teindre en blond-orange sale…
Bref c’est l’oeil aux aguets, argent, passeport et livres plastifies, qu’on s’aventure dans la rue, toujours pret a rebrousser chemin et faire un detour de trois rues pour eviter une embuscade et parvenir au havre de paix sans degouliner sous 5 litres de flotte.... rien de bien mechant evidemment, tout cela est plutot bon enfant, mais pas mal d’alcool circule parmi les ados - beer lao, whisky lao et lao-lao, l’alcool local facon vodka, en plus fort !- et c’est parfois assez aggressif...et cette vision de "gangs" de jeunes hurlant et quadrillant la ville sur leurs enormes pick up , armes en plastique a bout de bras, est un peu derangeante....disons que ca me rappelle les images d’enfants soldats en afrique ou les pistolets de sont pas a eau...et le dechainement d’energie adolescente a quelquechose de vaguement menacant...bref je suis pas fan...
Refugiee dans ma chambre de luxe a 15 dol , avec satellite et tout et tout -incroyable debauche de confort moderne apres trois semaines a la grosse- je zone pour la premiere fois sur les teles locales...partout images de temples et de benedictions et d’officiels...la thailande aussi est a la fete, et le cambodge aussi....l’une des chaines, est-ce la viet namienne, la cambodgienne, la thailandaise ou la laotienne ? , semble passer non stop des images de militaires,en reunion, en banquet, en inauguration, ecoutant des discours etc... une heure d’infos et rien que de militaires....petit frisson et petit rappel que la region n’a pas encore de democratie modele....
enfin voila pour vientiane...
Reprenons tout depuis le debut, depuis chiang mai au nord de la thailande, il y a trois semaines....
...donc tout a commence à chiang mai....comparee a bankok, chiang mai, c’est tranquille...la vieille ville surtout, un carre d’un kilometre de cote traverse de multiples Soi, ou petites allees bordees de villas et maison basses , parfois en bois, traditionnelles, souvent en beton....bars, restaus, guesthouses...la ville semble entierement dediee au tourisme...pas seulement en fait...beaucoup d’occidentaux sont venus s’installer ici, notamment des retraites... un belge m’a raconte en detail son exode, et ce voyage annuel qu il doit faire au pays pour continuer a toucher sa pension... le reste du temps c’est repos, discuts et petites bieres dans les pubs et restaus...et sa "copine" bien sur... la "copine"comme toutes les copines est jeune, mince et plutot jolie, et comme toutes les ’copines" elle fait de la figuration. Armee de son portable dernier cri -c’est toujours le premier cadeau “exige”- elle passe son temps a envoyer des sms a ses copines (et copains.... ). Jamais elle ne parle, jamais ne sourit. elle est la, posee. A cote de son farang (blanc)....surtout ne pas deranger....
Je n’ai pas fini d’en voir de ces droles de couples....au Laos ce sera plus calme, rien en vue jusqu’a Vientiane, ou la, ca recommence, malgre les supposees lois ultra severes du laos contre la prostitution (interdiction de toute relation lao-etranger si pas de mariage)...en fait a Vientiane, partout ,males bedonnants et grisonnants sont en goguettes accompagnes de jolies locales plus souriantes et parait-il plus gentilles et moins blasees que les thais...mais adorant tout autant les telephones portables ! Je ne m’attendais pas a ca ni d’ailleurs a l’offre constante de drogues en tout genre...Le laos se donne une facade hypocritement severe, mais visiblement, dans la realite c’est l’inverse...jamais on ne m’aura propose autant de drogues en voyage et si ouvertement....mais que voulez vous, c’est le traingle d’or....pavot et herbe poussent comme la mauvaise herbe et partout l’opium circule, et la ganga aussi, si appreciee des jeunes travellers occidentaux...plus haut dans les montagnes se sont les femmes des minorites aka qui dealent dans leurs beaux habits colores, dans les plaines, les jeunes, tout betement, dans les restos, les bateaux, la rue...partout ,absolument partout.... Mais pour revenir a Chiang Mai, rien de tel, des filles oui, facilement, de l’alcool et des bars, mais la dogue est plus discrete...
Pour moi ce sont trois jours tranquilles dans une jolie guest en bois de tek, simples promenades, avec F et A mes amis tout droit arrives de Belgique...magie des temples a chaque coin de rue, beau marche regorgeant de tout, excursions aux environs et balade au matin dans les ruelles de la vieille ville....Au final on se sent bien a Chiang Mai...il y regne comme une indolence, une douceur de vivre...vie dehors, avec les vieux et les enfants, la famille, toujours la famillle....
Et pour le farang, tout est facile. Facile est le mot qui decrit au mieux la thailande a mes yeux....peut etre pour ca que j’accroche pas vraiment... a part les delicieux currys bien sur qui ne vont pas tarder a me manquer passer la frontiere du laos....
En route donc, minibus pour la frontiere au milieu de paysages desseches...et cette brume de fumee qui monte doucement et petit a petit avale les montagnes aux alentours... ca sent le roussi....rien en vue encore, mais pas de fumee sans feu...passee la frontiere et la premiere courbe du Mekong ce sera evident : le Laos brule. A perte de vue....
En attendant la frontiere se passe en barque, accueillie de l’autre cote par le plus charmant des postes-frontiere : Welcome in Lao ! s’exclame le douanier souriant avant de m’installer a une table ombragee avec vue sur le mekong pour remplir tranquillement papiers et visa...5 minutes et 30 dol plus tard, me voila officiellement au Laos.... et meme si les tarifs du change sont e l’escroquerie pure, qu’importe on fera quelques jours avec les dollars et les baht partout acceptes, a part ca, compare a la thailande, ici tout n’est que luxe calme et volupte....luxe, facon de parler bien entendu....mais tout semble bien d’un coup au ralenti, et les gens sourient et disent bonjour juste pour dire bonjour et les enfants courent dans la seule rue du village… Premiere Beer Lao sur la terrasse avec vue sur le Mekong...bonheur tout simple...je sens que je vais bien me plaire au laos....
Le lendemain depart pour deux jours de croisiere sur le mekong pour rejoindre la capitale culturelle du nord laos, Luang Prabang....
croisière est un bien grand mot pour decrire ces deux journees fort inconfortables, tasses sur d’etroits bancs de bois qui vont nous torturer des heures et des heures durant ces deux journees...peu importe, les paysages sont magiques et pour les plus sensibles la beer lao fera passer la douleur....
C’est la premiere fois que j’entre dans un pays par bateau en descendant un fleuve et je trouve l’experience ennivrante (rien a voir avec la beer lao !!!!)...en fait dans ces paysages totalement naturels, avec juste quelques villages perches parfois sur les berges, on se met facilement dans la peau des explorateurs des siecles passes...que reserve le prochain coude du mekong ? des rochers, de petits rapides ou de vastes bancs de sables ou les enfants pechent ? et cette sensation de s’enfoncer dans la jungle...les villages sont caches sur les hauteurs, dans la foret...et seulement aux heures les plus clementes quelques rares pecheurs, de petits baigneurs et des femmes, femmes a la toilette, a la lessive ou a la vaisselle, revelent une presence humaine... Magique aussi l’etape au village au milieu du trajet...juste une rue, et partout autour la jungle qui crisse, chante et hulule juste derriere la mince paroi de bambous tresses qui fait office de mur...
Ce serait merveilleux sans cette fumee acre qui bloque la vue sur les montagnes et pique les yeux...en effet, c’est notre premiere decouverte de ce desastre qui va nous suivre jusqu au nord du laos : la foret brule...les ethnies font bruler des pans entiers de montagne... apparemment pour les rendre cultivables...mes questions restant souvent sans reponse, j’ai fini quand meme par deduire que c’est pour y planter des heveas pour le caoutchouc et du tek. ...Plus haut dans le nord, viendra aussi une autre explication : empecher la culture du pavot et inciter les tribus a passer a d’autres cultures comme la canne a sucre que la chine importe a la tonne...Et une autre explication encore, au nord les chinois peuvent deforrester a leur gre en echange de la promesse de construire des routes....le bois precieux est coupe et evacue, puis on met le feu, les villages recuperent les restes de bois a demi brule comme combustible puis, peut etre, les pans ainsi deforrestes seront replantes, generalemant en monoculture....En attendant des pans entiers de foret tropicale brulent chaque annee de fevrier a avril et en cette fin de saison seche l’air devient de moins en moins respirable sur tout le nord du laos, soit des centaines de km carres...
Depuis le bateau je commence a decouvrir ce que veut dire deforrestation....et plus j’irai vers le nord, plus le mot deviendra realite, realite noire, calcinee, toxique et fumante...
Mais pour l’heure luang pradang nous accueille comme un havre de paix, ses coquettes petites rues bordees de maisons coloniales en bois, avec de jolis balcons et des jardins colores, et ses temples a chaque coin de rue...les bouddhas ont la posture de saison, une posture exclusivement lao, dite du "bouddha attendant la pluie", debout, bras tombant droit le long du corps paumes des mains vers l’interieur...c’est beau , c’est calme et plein de belles choses attirent l’oeil, decorations en miroirs et verroterie, murs sombres decores de tampons dores, gigantesques statues dorees, et les moines aux robes orange fluo semblent prendre la vie du bon cote...sieste a l’ombre et jeux sur les portables, la siesta c’est sacre !!!! Et le soir au marche, les femmes vendent les plus belles soieries du monde...oui oui, luang pradang merite bien son titre de ville classee par l’unesco...et ressemble de plus en plus a un paradis bobo a la Essaouira, ou l’on prend son expresso a trois dollars sur la terrasse de tek en devorant un croissant chaud avant de visiter les multiples galeries d’antiquites, puis aller grignoter une pizza-roquette dans cette adorable trattoria qui vient d’ouvrir....
C’est bien joli, oui oui, cette peite ville nichee entre le mekong et son affluent, presqu’ile comme preservée de la jungle etouffante.... mais, ce petit cote St Paul de Vence, non, decidement ca ne m’enchante pas plus que ça... Alors zou, joli coucher de soleil en terrasse sur le mekong, bonne nuit de sommeil, et c’est reparti.. 10h de bus direction..la Chine ! Ou presque. La frontiere, a 10km....
En route donc…..decouverte de la gare routiere…et agreable surprise pour moi qui suis plus habituee aux gares routieres indiennes, sales, bruyantes et populeuses ou l’on se debat une demi heure pour trouver le bon guichet, et plus encore le bon bus…deja pris d’assaut par la foule avant meme qu’il ne s’arrete ! Rien de tel au Laos, un ou deux guichets et quelques bus qui dorment au soleil, gares devant un panneau indiquant leur destination en lao et en anglais…on peut meme soffrir le luxe de mettre son sac en soute et de partir prendre un café, ou plus local, une soupe de nouilles, dans les echopppes entourant la grande cour poussiereuse…15 min avant le depart je reprends mon siege dans le vieux bus coreen a destination de Luang Nam Tha, la ville moyennne du nord….et la, changement de programme, pas assez de passagers , on nous transfert dans un minibus tout aussi decati….pas assez de monde pour un bus…mais trop pour un minibus !!!! Alors on s’entasse, tant bien que mal sur les genoux des un des autres et les strapontins sans dossiers, les sacs arnaches sur le toit de notre vaillant vehicule….je decouvrirai plus tard que le minibus reste malgre tout une solution de luxe….
Et voila, c’est parti dans ce brouillard particulierement epais ce jour la de fumees piquant les yeux….8 heures de routes de montagne dans cette ambiance fantomatique…les sommets sont invisibles, les contreforts flous,seuls emergent clairement les villages en bord de routes…villages de cases en bambou le plus souvent, peuplees de femmes et d’enfants vetus de vieux habits sales….seul luxe, l’antenne satellite du village.
Premier contact avec la pauvrete, pas la meme que l’inde, plus soft en un sens, pas de lepre, pas d’amputes, pas de polio ; le paludisme fait des ravages mais ca ne se voit pas, non, juste la salete, la misere ordinaire. Je regarde les femmes, je pense a leur vie ici. Et plus que l’absence du moindre confort c’est l’etroitesse de leur monde qui me serre le coeur, 20km2 au plus, elles n’iront jamais plus loin, liberte reduite a presque rien, des taches multiples et ereintantes, ce sont elles qui portent l’eau et le bois, elles qui finissent litteralement cassees en deux, elles qui s’affairent de l’aube au coucher quand les hommes semblent eux plus tranquilles, souvent ensemble a bavarder. Meme sensation qu’au cambodge l’an dernier, la pauvrete du “tiers monde’ m’est de moins en moins supportable, je me sens mal, qu’est ce que je fais la ? Qu’ai je fait pour echapper a ce sort ? Pourquoi suis je si riche si gatee par la vie ? L’ultrasolitude qui est le prix que souvent en occident nous payons notre confort moderne semble parfois un bien maigre tribut ….ici personne n’est jamais seul, on vit ensemble litteralement colles les uns aux autres sans aucun espace individuel…meme les enfants se portent les plus petits sur leur dos, non par obligation mais par plaisir, pour se sentir plus proche ensemble…et non, ils n’ont pas l’air malheureux les villageois, mais de notre point de vue, c’est insupportable…la vie si dure, l’espace de vie si restreint, les corvees et travaux de subsistance du matin au soir….Ai je change depuis l’inde ? Ou y a t il en inde comme un espace parralele, un espace-temps a part qui lorsqu’on le penetre nous insensibilise a la misere effroyable qui y regne ? Je ne sais pas…il faudrait retourner en inde pour connaitre la reponse….
Quant a la foret tropicale, on l’entrapercoit…mais la plupart de pentes sont soit en train de bruler, soit on ete deboiseees les annees precedentes, le plus souvent laissees telles quel et envahies d’une vegetation basse…tout le long du trajet , un seul mot en tete, deforrestation, c’est donc ca la deforrestation…c’est une chose d’en entendre parler, une autre de traverser ces paysages lunaires dans ces fumees acres, lunaires et parfois menacants…des pans entiers de montagne noircis, calcines, herisses de bouts de troncs encore debouts…sensation de fin du monde, bienvenue au royaume de Mordor, Seigneur de Anneaux, 3eme partie….
C’est donc le coeur gros que j’arrive a Luang Nam Tha, ou le brouillard se double de nuages de poussiere…la ville apparait fantomatique…vastes rues de poussiere ponctuees de batiments bas…on dirait moins une ville qu’un aggregat organise autour de la gare routiere et son marche attenant…ca rappelle le far west des western en fait…on s’attend a trouver un saloon au coin de la rue…juste un vieux en fait qui sort de chez lui carabine en main (? ??) et plus loin l’hotel, le premier que je trouve, ou je m’ecroule epuisee par toutes ces heures de route cahoteuses….hotel chinois, sale….sous le lit s’accumule dix ans de moutons et autres saletes abandonnees par les precedents clients…pas de puce, ni de punaises de lit, c’est tout ce qui m’importe…plus tard je decouvrirai des trous dans le rideau me separant du couloir..les fameux trous de voyeurs …oups, j’avais oublie de verifier…..
Etape suivante, Muang Sing, petit bourg a 10 bornes de la frontiere chinoise, en plein triangle d’or….seuls les laos et chinois peuvent ici passer la frontiere, les touristes eux viennent faire des treks et partir a la rencontre des minorites ehtniques, 8 ethnies qui maillent le district….mais c’est deja hors saison, et dans le camion qu’on me designe en guise de bus, rien que des laos, et surtout des chinois….
A mi chemin un poste de police, on inspecte nos bagages, montagnes de sacs en tous genres charges a bloc de marchandises, sucre, pommes de terre, fruits et legumes ; il reste a peine la place de bouger un genou et pourtant le camion ne cesse de s’arreter au bord de la route prendre de nouveax passagers, de nouveaux sacs de 50kg….Du boulot donc pour le policier qui verifie les permis de sejour de tous les chinois a bord…et semble tres interresse par les bois de cerf (ou sa version locale) que transporte mon voisin….sont ils vrais ??? En plastique ??? Je n’aurait pas le fin mot de l’histoire, mais nous repartons avec, mon voisin tout heureux d’avoir pu conserver son precieux chargement….Ca bavarde, qui en lao, qui en chinois, ou plutot une version locale de chinois a laquelle je ne comprend pas un mot ! En chemin je decouvre enfin la merveilleuse foret tropicale locale un peu mieux preservee sur ce parcours, des rivieres paresseuses ou jouent les enfants et des rizieres bien vertes dans les quelques vallees qui s’egrennent entre deux falaises escarpees.C’est si beau que chaque pente deforrestee blesse les yeux….
Muang Sing m’accueille dans la paresse du midi : une seule grande rue, poussiereuse en diable, quelques guest houses tout aussi poussiereuses et desertees, et un restau qui deviendra mon QG grace a sa carte incroyablement raffinee pour l’endroit…specialites de muang sing (soupe de porc aux nouiles et a la fleur de bananes, hamburger local….), specialites lao ( dont le fameux lap : de la viande, du poisson ou de legumes haches menus et prepares froids en salade avec beaucoup de menthe et d’herbes aromatiques…delicieux !). C’est le paradis des gourmets…
Le soir meme je rencontre trois francais, dont stephane un prof d’arts plastiques en dispo qui voyage depuis deux ans six mois de l’annee.Marrant de se retrouver a parler art dans cette version asiatique du far west ! On se sent vraiment au bout du monde… tout au bout d’un monde…au dela, ce n’est plus l’ asie du sud est, mais la chine…bye bye influences de la civilisation indienne…place aux chinois….
Le lendemain lever aux aurores pour se rendre au grand marche, a 6h30…Facile de se lever, les coqs nous reveillent des 5h du mat et ne laissent personne en paix jusqu a la nuit…Facile a trouver, le marche…suffit de suivre tout le monde dans la poussiere ! C’est surement le plus beau marche rencontres au cours de mes voyages. Partout de minuscules etals, de fruits de legumes, de specialites et de plats a emporter, facon traiteur…Un trait particulier au laos, je reverrai ca plus tard dans d’autres villages, des femmmes preparent 10 kg de laap par exemple, et les autres viennent acheter, d’autres preparent un aure plat…division du travail menager en quelque sorte…Je decouvre le secret de fabrication des nouilles de riz…la farine de riz est prealablement melee a de l‘eau , longuement malaxee et pressee en longues plaques fines…des plaques que les femmes roulent bien serrees sur leurs etals et coupent aux ciseaux en fines lamelles…clac clac clac…l’affaire est dans le sac ! Toutes les ethnies des alentours se retruvent, viennent vendre et acheter et c’est un puzzle de couleurs, d’habits traditionnels, de bijoux et ornements en argent, de chignons alambiques et de chapeaux extravaguants…
Le reste de la journee se passera a velo, un petit velo bas, sans vitesses ni rien evidemment, qui me menera cahin cahan sur les pistes pierreuses aux alentours, de villages en villages, mhong, aka etc…difficile de s’y retrouver, les villages se ressemblent, ce sont les habits traditionnels et coiffures qui changent. Mais partout ce sont surtout les petits gamins qui nous acceuillent culs nus ou vetus de hardes crasses, juste avant que les meres ne se precipitent pour nous vendre tissus, broderies et bijous !
Le lendemain, c’est parti pour un trek…le guide parle bien anglais, mais n’est pas bavard, il a fete le mariage d’un pote jusqu a l’aube et il est est en pleine gueule de bois:le lao lao, l’eau de vie locale facon vodka, c’est tres bon, mais ca tape ! Et des que nous serons arrives au village ou nous passerons la nuit, ils nous abandonnera pour aller dormir de tout son saoul…C’est donc seuls et timidement que nous explorons ce village au sommet d’un col venteux…une cinquantaine de cases sur pilotis ou tout le monde vit au milieu des poules des cochons et litteralement , dans la merde ! Le mot hygiene n’est visiblement pas arrive jusqu a ces hauteurs:il n’y a evidement ni toilettes, ni feuillets, la nature est la pour qui veut se soulager…La manure est etalee au centre du village est c’est curieusement la que les hommes s’installent pour les palabres, accroupis sur leur talons, au milieu des dejections de poules et de cochon. Heureuse d’etre vegetarienne j’assiste aux derniers instant du poulet qui bouilli fera la soupe du soir, poulet qui passe par une dizaine de mains dont celles de gamins tenant a peine sur leurs jambes, traverse sans vergogne notre chambre pour atteindre la “cuisine’ dans la utte qui nous a ete impartie…Soudain je remets en perspective tout ce que j ai lu sur la grippe aviaire : envie d’eclater de rire !!! Comment penser prevention quand ici , comme partout au laos dans une moindre mesure, hommes et volaille vivent litteralement ensemble, les enfants passant leur journees a courir apres les poules et se rouler dans la manure ! On aura egalement droit au depecage d’une biche tuee le jour meme, et le lendemain au partage d’un cochon, une dizaine d’enfants assis en rond autour du cadavre attendant impatiemment leur lot de chair, d’os et de peau….Le guide tres fier redescendra le lendemain a muang sing avec la tete du cochon dans un sac plastique….
En bref, bienvenue au moyen age…c’est a un tel point qu’on hallucine ! On ne sait plus trop ou on est, on a du mal a croire que nous partageons le meme siecle…curieux de se dire que nous venons tous de la, de ca…
On apprendra pas grand chose sur la vie du village…le chef est opiomane-il est chef car il parle bien lao donc peut parler avec les autorites- mais le reste du temps il est allonge dans sa case a fumer sa pipe d’opium. Nous seront convies a le regarder fumer une heure durant dans sa case. Profitant de l’absence de notre guide, un jeune nous prend en main, il est le seul a parler un peu anglais et se prend tres au serieux, facon petite frappe de nos quartiers, mieux fagote que les autres, Il nous intime de le suivre et nous mene de case en case au gre de ses envies, parcours sans queue ni tete, dont le seul but semble etre de nous soutirer tout ce qu’il peut piles, cigarettes ou argent….
A l’heure de notre maigre repas,cuisine sur un feu au fond de notre hutte sous une cremaillere couverte de filaments de crasse charboneuse, une quinzaine de jeunes nous suivent dans notre case, nous regardant manger et bavardant dans leur coin quand ils ne crachent pas abondamment a dix centimentres de nos matelas… en fait on comprendra qu’ils attendent les deux bouteilles de lao lao qui font partie notre package ! Comme nous avons le malheur de partir en promenade digestive, des deux bouteilles il ne restera qu’ un fond a notre retour….hospitalite locale je suppose !!!
Enfin, voila, je redescendrai de ce village sans point d’eau ni electricite un peu deboussolee…ce monde a part, vivant en marge sur les hauteurs, interresse mais pas bouleverse visiblement par le passage des touristes, sans curiosite ni envie de communiquer plus que necessaire…des images en tete aussi d’une beaute affolante, bebes tendrement lovees dans les bras de leur peres, et le village bruissant au crepuscule, les femmes vecues de mille couleurs se rassemblant pour bavarder sous le soleil couchant, les enfants jouant et courant partout, ici une truie allaitant ses petits partout des chiots et des poules … J’ai déjà vu ca quelque part …ce meli melo de gens d’animaux et d’activites desordonnees sur une place…Brueghel bien sur !!! Ce sera la premiere reminiscence artistique d’une longue serie ; voyage dans l’espace, voyage dans le temps, voyage en art aussi….
Passons sur l’interminable voyage qui me ramene un plus au sud, premiere etape Nong Khiaw, sur la rivere Nam Ou, village endormi, toujours la grand rue et quelques guesthouses…avec en prime le long des berges de jolis cabanons pour se poser en contemplant le paysage, toujours ces montagnes abruptes se jetant dans la riviere. Mais d’un coup tout est vert…ici il pleut deja, la nuit et le matin…et on respire ! Plus de fumees, plus de poussiere…juste un peu de boue. Les temperatures sont nettement plus fraiches, on en fait l’experience dans le camion qui nous emmene depuis la ville la plus proche : quelques maisons, des enfants en embuscade…et vlan, nous voila trempes jusqu’aux os ! Le nouvel an lao ici a deja commence…Meme pas un gentil seau d’eau, carrement le tuyau d’arrosage ! et le conducteur qui a sympatiquement ralenti en voyant les enfants…trop sympa…on grelotte et on se jure qu’on ne nous y reprendra plus : le lendemain j’achete un bel impermeable kaki mega-couvrant, ce en chinois…(eh oui ! je progresse ! A mon actif egalement une nego en mandarin dans un hotel de Luang Nam Tha…me voila prete pour l’empire du milieu !!! ) Des lors nous empaquetons tout soigneusement dans des sacs plastiques, des dollars au passeport en passant par le linge sale…..
Mais notre voyage ne s’arrete pas la, le lendemain, passees les averses matinales, nous grimpons dans une frele barque tout en longueur, chargee a mort ca va de soi, et accroupis nous voyageons une petite heure vers le nord, en retenant note souffle, moins par peur de chavirer que d’admiration, tout simplement pour le paysage magnifique : montagnes “a la chinoise” , bancs de sables et rochers, et tout le long du trajet, a chaque village, la fete le long des berges…Chants ,cris et percussions, tout le monde est la pour soutenir l’equipe de dragon boat, une longue embarcation fine ou les vingt gars les plus costauds du village rament en rythme. Le lendemain aura lieu la grande competion annuelle : l’honneur est en jeu, la qualite de la fete qui s’en suivra aussi, plus le classement sera eleve plus le lao lao coulera a flot…A Muang Noy ce sera la deception : queue de peloton, la fete fera long feu….
Arrives a Muang Noy c’est l’extase…un simple village a flanc de berges, toujours une seule rue, et pas de voitures, ni de touk touks, ni de motos…pas de routes tout simplement, on n’arrive ici qu’en barque. Tout le long de la riviere des cabanons nous attendent, une simple case en bambou, un matelas, une moustiquaire, un balcon et un hamam et sous nos yeux les plus beau des paysages ! On choisit la guest a Mama, riverview guesthouse, la deuxieme a droite de l’embarcadere,1,5 dol la nuit ! Trois jours chez elle a se goinffrer de petites choses delicieuses et de baguette fraiche au matin (colonisation oblige…) et on s’en sortira pour seulement 15 dollars…Chez elle, oui, on vit vraiment chez elle, au milieu de la famille, des chiens des poules et tutti quanti, la salle d’eau c’est la leur, beton brut et gros reservoir. Bon, eux preferent tous aller se laver chaque soir a la riviere, rituel social j‘imagine, occasion de se balader et de bavarder…. Et quand la jeune ado , sourire eclatant, revient de la baignade dans son pareo dans la lumiere d’or du couchant, c’est evident, me voici soudain chez Gauguin ! pour le reste, je passerai trois jours a me promener litteralement dans ces peintures chinoises que j’admire a Singapour.Stephane, le prof d’art, s’exclame a l’instant ou j’allais le dire : bon sang mais c’est bien sur, on comprend pourquoi les paysages chinois sont toujours peints soit tres en longueur soit a la verticale…ici c’est une evidence , et je regrette de ne pas avoir de panoramique…ni de papier dessin, ni crayons d’ailleurs…dommage car les balades dans la vallee qui s’etend derriere le village sont magnifiques…forets mysterieurses s’ouvrant sur une clairiere magique couverte de feuilles dorees ou un arbre semble mediter seul au centre assis sur un bloc de roches…ne manque qu une satue du bouddha ...plus loin la petite soeur de l’ombre… lianes malefiques s’entremelant et obscurite menacante…un frisson passe….puis un champs de hautes herbes folles bruissant d’insectes affaires, et un passage a travers des bouquets de bambous secs et gris effondres sur le chemin…ambiance de conte de fee…comme un parcours initiatique….et partout des rivieres qui chantent que l’on passe a gue, des grottes immenses, des falaises majestueuses….plus loin la vallee s’ouvre sur une immense plaine couverte de rizieres, un veritable cirque montagneux ou debouchent trois valllees chacune menant vers d’autres chemins, d’autres villages…infinies possibilites….les buffles y paissent tranquillement en compagnie de vaches albinos virant ecrevisse sous le soleil….
C’est saisissant de beaute. Et pour moi, une drole de sensation….ces rizieres ou l’on evolue en marchant sur les petits renforts de boue….mais bien sur…ce sont les grandes soeurs des marais salants de guerande, on s’y croirait !!!! Et ces montagnes…leur forme, leur hauteur…oh la la…voila les contreforts de la Savoie !!! Il y a meme…mais oui !!!on jurerait que c’est la Savoyarde, cette montagne qui surplombe la petite ville de Montmelian ou repose mes grands parents…drole d’emotion, ce deux-en-un, deux lieux de fort ancrage affectif pour moi, reunis en un seul sous mes yeux…a des milliers de km…a croire qu on echappe pas a son histoire….
Plus loin un village tranquille, on regarde des gamines jouer a l’elastique avec une energie farouche jamais vue en france…le sarong vaguement releve et accroche facon short pour sauter plus haut, voire faire la roue quand l’elastique semble infranchissable…les gars plus loin jouent a la petanque face aux rizieres….luxe calme et volupte again…et poules et cochons et chiots et gamins courant cul nus !!!! Et la encore ca me demange, jamais eu autant envie de dessiner, les maisons de bambou sont si belles, pas deux pareilles…le tressage des “murs” de vannerie, les proportions, les fenetre de guinguois…tous les petits details qui font de ce village un bonheur pour les yeux….de chaque balade je reviens le coeur plein de gratitude…qu’ai je bien fait dans mes vies d’avant pour avoir droit de me promener dans ces lieux magiques , de vivre des moments d’une telle beaute ?
Je n’en dirai pas plus ... c’est le plus bel endroit ou j’ai sejourne durant tous mes voyages, avec le village de Varkala au sud de Inde qui depuis a du bien change…Muang Noy va tres vite changer aussi, les backpackers l’ont decouvert il y a six ans, deux trois ans a peine qu’un peu plus de monde s’y arrete ou plutot fait le detour pour s’y poser…les villageois sont encore avides de contact et de conversations, les mamas prennent des lecons d’anglais avec les touristes, on nous fait encore une place dans la seule maison qui a la tele pour regarder ensemble les programmes, et comme partout au laos, a 9 h tout le monde est au lit…bref…allez y vite, si le bonheur a une adresse, c’est sur, c’est dans le coin, sur le hamac avec vue sur la riviere…
Voila…vous connaissez la suite …retour en barque et camion surcharge sur Luang Pradang, a nouveau le cache cache avec les seaux d’eau qui ont rage…puis dans la foulee 11h de bus…et Vientiane ou j’arrive crevee, deboussolee a 3h du mat….
Si vous m’avez suivie jusqu’ici, c’est que le voyage vous a plu…je ne peux que vous souhaiter de l’entreprendre a votre tour au plus tot…avant que le Laos ne se thailandise de trop, avant que Luang Pradang ne devienne un vaste supermarche touristique, que Muang Sing ne trone dans un vrai desert de montagnes ratiboisees, avant que plus personne ne vous propose de gouter a l’opium, avant que Muang Noy n’inaugure sa premiere route le rattachant a la civilisation…. Et puis zut, quelquechose me dit qu’au Laos il restera toujours un petit village perdu dans les montagnes, sans eau sans electricite, ou les gamins attendent le depecage d’une bete et leur part du magot comme le matin de noel, au mileu des poules, des chiens et des cochons et des tout-petits trottant culs nus vers les bras de leur peres….