Uyuni, désert de froid et de sel


jeudi 24 mai 2001, par Francesco Colonna Romano

Hola tous

Après un petit silence force, je reprends le récit de voyage.
En ce moment, je suis a Potosi, "ville la plus haute du monde", meme si ce n’est probablement pas vrai sans restrictions supplémentaires. En tout cas c’est une grande ville et il fait 4200m de haut par ici. En fait je suis venu uniquement pour visiter les mines d’ici, et je repart demain pour La Paz et presque aussitot pour la douce chaleur amazonienne. J’en ai un peu marre du froid.

Le lendemain de mon dernier mail, je suis parti pour Uyuni avec un Australien rencontré à La Paz. Uyuni et une petite ville dans le coin le plus paumé et froid de Bolivie, et on y a fait une excursion de trois jours dans l’extreme sud de la Bolivie. Pour résumer, on va dire qu’il y a trois types de paysages grandioses :

- le cimetière des trains : on marche un peu le long de la voie ferrée (pas de danger, un train tous les deux jours) pour arriver à ce que beaucoup appelleraient une décharge. Des wagons, wagons citerne, locomotives (sur une, quelqu’un a marqué une formule de relativité générale(?), sur une autre "asi es la vida") à l’abandon, parfois renversés, et aussi toute sortes de débris métalliques. Tout ceci est entouré de désert de terre claire et de montagnes brunes, ciel bleu, silence absolu et aussi par endroits des petits buissons épineux couverts de sacs plastiques. Moi je comparerait ça plutot au ruines grecques, peut-etre en mieux car ces ruines nous touchent plus directement, qu’on peut grimper dessus, qu’on y est seul à l’exception de quelques boliviens faisant la promenade du soir. C’est absolument grandiose, dommage que chez nous les usines désaffectées ou autres monuments de notre passé récent soient fermés ou détruits. En fait il voudraient en faire autant ici, mais heureusement ils n’ont pas les fonds pour recycler le fer. A quand alors, chez nous aussi, des parcs-débris pour promenades romantiques du dimanche après-midi ?

- le Salar de Uyuni, un gigantesque désert de sel à 4000m d’altitude qui en ce moment est couvert d’une fine pellicule d’eau (15 a 30 cm). On le traverse en 4*4, jusqu’a une ile couverte de cactus geants (pour Joelle : il faut que tu ailles la-bas, c’est l’Isla del Pescado, les agences refusent souvent d’y aller car ca abime leur voiture, mais c’est des trucs les mieux. Nous on etait avec la super recommandee Colque Tour maisje crois que ca vaut le coup, beaucoup on eu des problemes avec les autres agences). Premiere impression : on est en bateau et on roule au milieu de la mer. Deuxieme impression : c’est pas la mer car tout est absolument plat, et ca fait un miroir geant qui reflete parfaitement les montagnes et les nuages. C’est magique, mais en fait j’ai du mal a trouver plus de mots pour decrire tout ca. Je crois que vous devrez attendre les photos. (curiosite a signaler : par ici on a construit des hotels en sel (y compris les chaises, et les lits...)

- Apres un jour au Salar, on part deux jours pour l’extreme sud de la Bolivie, a la frontiere avec Argentine et Chili. On traverse beaucoup de désert sur une piste de terre, avec quelques arbustes, quelques rares villages perdus avec leur troupeaux de lamas et alpacas, on aperçoit encore des vigognes et meme quelques autruches (il y a vraiment de tout par ici). A noter aussi les mirages produits par la "chaleur" du desert, comme ceux qu’on aperçoit en France sur l’autoroute, sauf qu’ici on a l’impression de voir des lacs immenses a l’horizon dans lesquels se refletent montagnes et nuages. On n’arrrive pas a s’y faire et a chaque fois on demande au guide s’il est sur que ce n’est pas un vrai. On passe encore du désert rouge, avec parfois des touffes vertes, et soufent des nappes de neige, une vallée de roches sculptées par les vents, une zone d’activite volcanique intense (par ici, il y a des volcans partout) ou l’on voit par moment le sol bouillir a cote de nos pieds, et on s’approche de jeysers gazeux geants, et plus loin des sources chaudes ou on peut faire trempette (certains se sont baignes, moi j’ai rate mon seul bain chaud en deux mois, mais avec ma creve j’ai pas ose). Puis c’est une serie de lacs rouges, verts, bleus, blancs (suivant les minerais presents) peuples de flamands roses ou blancs qui se nourrissent de microorganismes de l’eau. Toujours beau, tres beau. A signaler aussi la montagne de Salvador Dali qui est venu camper ici il y a vingt ans (il devait etre vieux, mais toujours fou (cf conditions materielles dont je parlerai par la suite et qui devaient etre pire a l’epoque)) et qui a meme peint un tableau ici ; je n’aurais pas vraiment imagine que parmi ses deserts il y en avait à 5000m d’altitude et gelés.

Voila, ça c’était le tour de 4 jours. Beau beau. Mais c’était quand meme bien de rentrer. A part les 30 et quelques heures de 4*4 en 4 jours, ce qui est particulièrement dur c’est le froid quand on n’est pas au soleil, notamment la nuit (en fait en hiver il fait jusqu’à -25º, et c’est pas tres loin). C’est la que je me suis rendu compte qu’en altitude (donc en Bolivie) il n’y a pas d’arbres, donc pas de bois et pas de feu. Donc les hotels sont non chauffes, et par ici il n’ont meme pas d’eau courante ni d’électricité après 21h du soir. Ces petits conforts modernes quand on dort a 4200 finissent par paraitre utiles... Mais bon, on survit tant que c’est pas trop long.

Voilà voilà. Je vous raconterai bientot mon expérience des mines. Je continue à penser à vous. Je remercie ce qui m’envoient des nouvelles.

Hasta luego

F. qui se prends à rever du printemps parisien

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