Une rentrée dansante


vendredi 18 octobre 2002, par V.

Bonjour à tous,

Bien qu’il soit déjà tard ici et alors que je commence les cours demain à 7h, il faut que je vous raconte ma folle journée de pré-rentrée. Comme j’ai déjà dû vous le dire dans un mail que vous avez peut-être reçu — si vous avez la chance de ne pas figurer parmi ceux qui m’écrivent qu ils reçoivent tous mes mails vides — le lycée ancien a été détruit à 90% en juin pour cause de délabrement et depuis les ouvriers et l’ingénieur s’échinent à tout reconstruire en plus grand et plus beau, avec la fameuse date butoir du 15, où tout doit être fini — et pour cause, on reprend les cours. Ca fait déjà plusieurs jours que l ingénieur avait la pression — imaginez une cinquantaine d’ouvriers qui bougent au milieu des engins comme des fourmis, rien d’abouti, et l’ingénieur qui vous dit le sourire aux lèvres, sûr de lui, lundi, c est bon...

J’avais déjà dit qu’ici, il ne faut s’étonner de rien, c est vrai. Ce matin quand on est arrivés au lycée, l’affreuse pub gigantesque Pepsi qui est sur le mur de la cour était transformée en un immense : " PUDO ? SI ! " — "on a pu ? OUI ! " Notre gentil ingénieur était triomphant, magnifique d’orgueil, eh oui,il l avait bien fait ! Du coup on n’a plus Pepsi dans la cour, ça vous donne un aperçu de l’humour et de la folie des Honduriens.

Mais pour être tout à fait honnête, c’était encore sacrement le bazar, seulement avec un air de fête. Pendant qu’on suait corps et âmes pour monter des cartons pleins de livres ds nos nouvelles salles, les ouvriers avaient amené une sono, digne de boîtes de nuit, et c’est au rythme de salsas et de rumbas endiablées qu’on a cru se démettre les épaules au fil de nos allées et venues, lourdes de manuels... Je n’avais jamais vu une rentrée aussi festive, c’était la folie. Ici la musique, c’est une institution.

Sinon, mon emploi du temps est extra je n’ai que 16h de cours par semaine - qui comptent pour 18 - et en gros je commence les cours à 7h ou 8h et finis tous les jours à 11h, j’ai ensuite tout mon temps pour jouer au tennis ou aller nager avec les garçons — ici une fille ne peut quasiment rien faire toute seule, car les Honduriens sont complètement fous des européens, en plus ça peut être dangereux selon les heures de sortie, d’ailleurs n’importe où, à toute heure on croise fréquemment des policiers ou de simples vigiles armés, et ils ne faut pas leur marcher sur les pieds... ici on a vite fait de dégainer... Détail, il y a nuit et jour un policier armé sur l’espèce de mirador du lycée. On est bien protégés.

Quant au directeur du lycée, c’est James Bond. Il nous a raconté son périple dans la jungle (Il s’est arrêté avant La Mosquitia) cet été, à côté Indiana Jones, c’est de la gnognote. Il a vu des araignées comme ça — de ses mains il nous montre à peu près la taille d’un chat... Julien lui répond : "mais non, ça c’était l’oeil !", il a échappé à des bandits — des gens qui approvisionnent en essence les villages isolés, etc, etc... Mais il est très sympa, il m a emmenée hier à l’ambassade pour me présenter l’ambassadeur, et sur le chemin il m’a fait la démonstration que son 4x4 était super-adapté aux rues torturées de Tegus, du coup après chaque montée, j’avais l’impression qu’on allait décoller. Encore un peu et je finissais malade.

Pour ce qui est de mes deux phénomènes, ils ont pris des résolutions épatantes : tous les après-midis, ils nagent et font du squash parce qu’ils veulent tenir la forme pour descendre en kayak une rivière du nord qui n’a pas encore été parcourue en kayak : c’est une idée de Laurent, l’année dernière déjà ils avaient fait une expédition dans le genre, mais ils avaient mal évalué la distance à parcourir pour rentrer à temps pour le lycée, et ils avaient tant dû ramer fort et longtemps, qu’épuisé Julien a failli se noyer — il a perdu la dernière barrique d’eau et il s’est retrouvé coincé sous le kayak renversé et Laurent et Pascal loin devant... Ils ont terminé en pick up, les kayaks pulvérisés. Par contrre les fins de semaine sont toujours aussi épiques. Jeudi on a une soirée Salsa (ils n’ont jamais cours le vendredi, moi je commence à 7h et je termine à 10h) Vendredi ils organisent une soirée chez nous pour fêter mon arrivée et samedi on est invités à passer le weekend dans les ! montagnes chez un copain qui a construit lui-même sa maison — il paraît qu’elle est très chouette.

Voilà, j’espère que tous ceux qui s’inquiétaient pour moi sont désormais rassurés, et je vous souhaite à tous de franchir le pas et d’aller voir ce qui se passe un peu plus loin, car à bouleverser ses habitudes, on n’est jamais déçus.

Je ne vous oublie pas et je remercie tous ceux qui m’écrivent,

Valérie

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