Une définition de l’Art

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"Next Tuesday, when the sun goes down, I will play the Moonlight Sonata backwards. This will reverse the effects of the world’s mad plunge into suffering for the last 200 million years. What a lovely night that would be. What a sigh of relief, as the senile robins become bright red again, and the retired nightingales pick up their dusty tails, and assert the majesty of creation !"

Leonard Cohen

1) Définition

L’Art est un état d’esprit, c’est avoir la conscience que par chacun de nos gestes nous sommes en train de créer quelque chose d’original et d’unique. Le seul commandement de l’Art, la Règle d’Or, c’est : cherche toujours à développer cet apport personnel, à faire en sorte que chacun de tes actes soit toi et que tu sois chacun de tes actes.

Avec cette définition, tout le monde peut être artiste, il suffit de le vouloir. Mais attention, on n’est pas artiste inconsciemment (et encore moins en disant "je n’ai rien de spécial, je ne suis pas artiste, je ne peux rien créer").

2) L’Art et Dieu

On peut prendre l’Art (ou la recherche du beau, de l’original, tout ceci est synonyme) comme principe directeur d’une vie. Imaginer que l’on est en train d’écrire en direct le livre de notre vie, ou d’en peindre le tableau, ou d’en composer la chanson, etc, tout en essayant de les rendre plus beaux possibles. Ceci est encore une formulation de la Règle d’Or du premier paragraphe.

En suivant ce principe, automatiquement on est amené à travailler sur soi, à chercher de se rendre meilleur, à aider les autres. La raison est simple : c’est en progressant et en s’ouvrant aux autres que l’on peut le mieux realiser ses propres possibilités, et mieux les traduire (car l’ouverture augmente les degrés de liberté, alors que les préjugés, la colère, la méchanceté les réduisent). Certains ne seront peut-être pas d’accord sur ce point, et c’est surement aussi un point de vue qui tient logiquement, mais bon, en cela la discussion ne peut rien (la question dépasse la logique), chacun doit répondre à cette question par l’expérience directe. En ce qui me concerne, je n’ai pas de doute là-dessus.

Si vous m’avez suivi jusque là, vous devez voir que dans la pratique, un Artiste se conduira exactement comme un Croyant (qui a compris le vrai but de sa religion), bien que les deux donnent une explication théorique du monde et de leurs motivations complètement différente. En ce sens, je dis que l’Art est aussi une religion, et que le principe directeur de l’Art est équivalent à Dieu. (cf mon texte de définition de Dieu)

3) Le point de vue de l’observateur et les domaines de l’Art

Ce qui précède considère l’art d’un point de vue personnel et subjectif : l’attitude de l’artiste envers la création. Il y a aussi cependant un autre aspect de l’art : celui du public qui observe et perçoit l’œuvre d’art. Comment cela se fait-il que certains artistes nous touchent plus ou moins ? Qu’est-ce que le chef d’œuvre ? Et le talent ?

Chaque être est unique et représente une figure multidimensionnelle. Ce que l’observateur perçoit n’est qu’une projection de cette figure dans une direction d’observation particulière et ne constitue qu’un angle de vue très particulier. Les domaines classiques de l’art (peinture, musique, poésie, danse, etc) sont aussi des projections suivant une dimension particulière. Certains ont développé très fortement une de ces dimensions particulières, ce sont ceux que l’on appelle aujourd’hui artistes et qu’on classe dans tel ou tel domaine (acteur, peintre, écrivain, etc). Ceci est peut-être pratique, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une simplification. Bien au contraire, un vrai artiste (ex : Dylan parce que je commence à bien le connaitre) l’est dans plein de directions à la fois, il est lui-même sa vraie œuvre d’art. On commence donc par étudier les dimensions particulières parce que ça donne un angle de lecture, et peu à peu il s’agit d’élargir la perspective.

(Je ne sais pas si ce qui précède est clair, surtout pour les non-scientifiques, faites-moi part de vos remarques, je peux expliciter.)

Ce qui précède explique donc que les artistes dont l’œuvre s’étend surtout dans une direction où nous avons plus d’outils pour l’étudier (le langage, les sens), seront mieux perçus par le public.

4) Le talent

Par ailleurs, on constate qu’il y a une différence majeure entre les œuvres (d’Art, mais ceci est au sens large, incluant par exemple l’œuvre de Mère Thérésa ou Gandhi) : leur portée. Toute œuvre a une portée, qui est le nombre de personnes que cette œuvre peut toucher. Mon œuvre ne touchera peut-être que ma famille et mes amis qui me connaissent bien, alors que Beethoven ou Rimbaud touchent des milliers de personnes. C’est ce qu’on appelle le talent. Bien sur, celui-ci dépend de nos dons naturels, et aussi de la chance, mais nous pouvons difficilement agir dessus. En fait, chaque œuvre trouvera naturellement sa portée, et nous n’avons pas à nous soucier de cela. De toute façon, puisqu’elle ne dépend pas de nous, la question du talent n’enlève rien à la valeur de l’œuvre d’art (notamment pour celui qui la crée)

5) La valeur et le prix de l’Art

En principe, l’Art a une valeur infinie, donc pas de prix. Elle devrait donc etre gratuite, circuler et être partagée le plus librement possible, comme les idées. L’argent non seulement dévalorise l’Art (en la ramenant à un prix, fini), mais en plus il introduit la distinction entre artistes amateurs et professionnels (ceux qui gagnent leur vie par l’art). L’art tombe donc dans l’économie, qui explique que tout le monde ne peut pas être artiste, même en le voulant. Je vous ai déjà expliqué que je ne suis pas d’accord.

Le cas de figure idéal, c’est que l’artiste puisse trouver ailleurs les financements pour son œuvre. J’aime beaucoup par exemple ce que fait Christo : il n’accepte aucun sponsor ni argent ni commande pour son œuvre, qu’il finance (et ça doit être cher) uniquement en vendant des projets préliminaires, ou autre chose. On peut aussi penser à un petit droit d’auteur (ou donation) sur la vente de produits annexes, etc. Bien sûr, ceci n’est pas facile, surtout dans des domaines chers comme le cinéma, mais bon il faudrait s’efforcer de tendre vers cela.

6) L’autre conception de l’Art

La conception la plus répandue (et intuitivement je n’en vois pas d’autres), c’est de considérer l’Art avant tout d’un point de vue externe : est artiste celui qui touche par son art un grand nombre de personnes. Si les œuvres sont reconnues (éventuellement des siècles après la mort de leur auteur), si elles valent beaucoup, si elles sont exposées dans des grands musées, alors on a affaire à un vrai artiste. Si vous créez pour vous et vos amis, vous etes un faux-artiste, un amateur. A la limite, il n’y a que vous pour vous considérer comme un artiste. Et puis, après ça, il y a tout ceux que personne ne considère comme artistes, qui n’ont donc le droit de prétendre à de l’originalité, qui n’ont donc aucune raison d’essayer de créer, de s’exprimer. Il sont condamnés à rester des non-artistes.

Voilà. Cette conception a le mérite de permettre de comparer rigoureusement les auteurs entre eux (Picasso vaut mieux que Renoir, qui vaut plus que Léger, etc...) et éventuellement de leur coller un prix, mais je trouve qu’elle rabaisse la plupart de l’humanité en niant leur potentialités créatives (même si ce n’est pas dit ouvertement, c’est sous-entendu). Elle me parait donc inacceptable. Problème : elle est ultra-majoritaire dans l’opinion des gens. Mais ce n’est pas mon problème.

(rédigé en juillet 2003)


Ici une mise en pratique de ces idées dans le domaine de la cuisine : Pour une cuisine conceptuelle avec des idées de recettes. Et aussi des idées sur la décoration d’intérieur.

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