Un pur voyage, l’aéroport de Houston, les imprévus de la route


samedi 3 avril 2004

Hola tous

voici finalement un vrai mail de voyage comme je n’en faisais plus depuis un bout. J’espère que tout est toujours bien pour vous. Place au récit, plein de trucs à raconter déjà.

Je suis donc parti pour ceux qui ne seraient pas au courant mercredi matin pour le Honduras, rejoindre ma princesse pour 25 jours. Les préparatifs ont comme d’hab été faits à la bourre, mon sac à dos bouclé la veille entre 2h et 5h du mat, sans le temps pour écrire un mail d’au revoir. Tant pis.

Dans l’avion, on remarque d’emblée un catalogue "Sky Mall" dont mon frère m’avait parlé, particulièrement instructif. On y trouve entre autre un fusil-aspirateur pour insectes, qui les envoie dans une cartouche où ils seront tués chimiquement et invisiblement, très utile pour ceux qui n’ont pas le courage de les écraser avec une chaussure. Sinon, il y a tout un dispositif avec sangles et poignées qui sert à soulever votre chien pour le monter dans une voiture, une fontaine à eau réfrigérée pour votre chat, ou un croisement entre seau en plastique et bouilloire vendu comme la plus petite machine à laver du monde, permettant de laver une chemise, un pantalon et une paire de chaussettes en meme temps. Pourquoi pas...

Je discute avec ma voisine californienne, fan de Bush, qui m’explique que ce dernier souhaite rétablir Dieu et la famille comme valeurs, donner à tous de bonnes chances de réussir, et qu’il a amélioré la protection sociale. Ce serait aussi le premier président qui cherche à donner aux gens une meilleure éducation afin qu’ils ne soient pas manipulés par les médias !!! En tout cas, ce qu’elle m’explique aussi c’est que les américains n’ont aucune confiance en l’Etat, qui serait le moins à meme d’assurer des services. La sécu privée, les écoles privées, etc, ça sert à garantir aux citoyens le controle des services qu’ils reçoivent. Et c’est très bien que les gens aient des flingues, car ainsi ça les protege des potentiels abus de la police... Curieux, d’autant que cette femme admire beaucoup la France qui essaie de défendre sa culture (et sa gastronomie), et tous les pays devraient faire ainsi. Elle a aussi l’air de bien aimer ce que je raconte sur la sécu pour tous, l’exception culturelle, etc.

Avant de descendre, je remplis le petit papier QCM que tous ceux qui sont passés par les USA connaissent bien, où je jure que "je ne suis pas toxicomane, que je ne demande pas l’entrée aux USA dans l’intention de me livrer à des activités criminelles ou immorales, que je n’ai pas été ou ne suis pas impliqué dans des activités d’espionnage, de sabotage, de terrorisme, de génocide, et qu’entre 1933 et 1945 je n’ai participé en aucune façon aux persécutions perpétrées au nom de l’Allemagne nazie". Ouf, ça va. Pour ceux qui ne sauraient pas bien quoi répondre, il y a une note en bas de page qui explique que si l’on a coché un seul "Oui", il faut contacter l’ambassade et qu’on peut nous refuser l’entrée sur le territoire. La voisine californienne a été sidérée par ce questionnaire. Il parait qu’autrefois on demandait aussi aux gens s’ils étaient communistes, ou s’ils veulent assassiner le président. Il y a du progrès.

On se retrouve vite dans une grande salle, avec des centaines de personnes faisant la queue. En tant que ressortissant européen, je suis dispensé de photo et de prise d’empreintes digitales. Le gros bonhomme qui tamponne les passeports se contente de gueuler de sa grosse voix "quelle idée d’avoir une copine au Honduras !!"

Tiens, j’ai oublié de préciser que je viens d’atterrir à Houston, Texas, où je dois attendre 17 heures ma correspondance. Heureusement, j’ai passé la premiere étape de controle, dont le serieux vous fait craindre de vous faire serrer pour un rien auquel vous n’avez pas pensé (qui n’a pas eu au moins une fois des pensées pas très politiquement correctes ?). Bon, j’erre un peu dans le hall d’aéroport pas très convivial, peu de bancs, de plus en plus vide. Il n’y aura bientot que quelques employés d’aéroport qui se balladent, et je remarque que la quasi-totalité de ces employés sont blacks ou latinos.

Je trouve un banc près des tapis roulant des bagages, c’est un banc en cuir (avec quelques barres transverses de fer), sans accoudoirs ni dossiers, c’est plutot confortable, j’y attache tous mes sacs avec une chaine et un cadenas suivant une technique bien rodée, et je m’endors vite fait, la tete sur mon gros sac. C’est une bonne nuit de dix heures, où je me réveille seulement de temps en temps pour rajouter une chemise, un pull, un deuxième pull, jusqu’à observer finalement que les rares passants alentour étaient tous en t-shirt. Une rapide réflexion me permet de réaliser que je suis sous un bouche d’aération de la clim, et de me déplacer.


Il est maintanant 5h30 du mat dans le hall d’embarquement de l’aéroport George Bush de Houston. Petit matin, et grandes baies vitrées par où rentre le soleil filtrant, tout est blanc, un éclairage tamisé, la clim. Il y a aussi un espadon géant qui sourit, long d’une dizaine de mètres, avec un panneau "Pappadeaux, seafood kitchen" et une boutiques de souvenirs aux couleurs texanes (bleu blanc rouge) portant tous la devise "Don’t mess with Texas", très instructif sur la mentalité et l’accueuil local.

Je le rappelle, tout est blanc, lumineux mais irréel, personne n’est là, ou presque. Par la baie du fond je regarde un bout de piste, gris-blanc, un pré avec un peu de brouillard et des arbres derrière. Il y a des avions tous blancs et pleins de fourgons et équipements aéroportuaires blancs également. Sans cesse ces fourgons, minibus, petits trains et autres véhicules qui font des va-et-viens. A l’extérieur, on voit une route qui descend dans un tunnel, et des voitures qui descendent dedans, ou ressortent. Sans cesse. Toujours ce défilement à la fenetre, comme des automates.

A l’intérieur, il n’y a que le bruit de la clim et les annonces regulières d’un haut-parleur qui répète toutes les 20 minutes : "Toute remarque inappropriée ou blague sur la sécurité peut conduire à votre arrestation." Je suis pratiquement seul dans le grand hall, avec un vague sentiment d’inquiétude. Suis-je dans un piège, un monde inhumain, un mode d’espions et d’informateurs obscurs ?

Peu à peu des gens arrivent, beaucoup s’allongent par terre sur la moquette devant la baie vitrée et dorment un peu, c’est quelque chose que les gens n’auraient pas osé faire en France, et je trouve ça chouette, d’ailleurs je les imite.

Presque l’heure du depart, une annonce dit qu’ils cherchent un volontaire pour quelque chose que je ne comprends pas bien, ca doit etre un truc de sécurité, et je vais voir, ça peut etre marrant. En fait, l’avion est trop plein, et ils cherchent deux volontaires pour prendre le vol à la meme heure pour San Pedro Sula, deuxième ville hondurienne à 4h de bus de Tegus, au lieu de l’avion pour Tegus, tout ça en echange de 350 dollars. On est deux, ca tombe bien. Je demande si les enchères montent lorsqu’ils ne trouvent pas de volontaires, la femme m’explique qu’elle n’a pas le droit de dépasser les 500 dollars. Ok, c’est ce qu’il nous faut, adjugé pour 500, en bons d’achat pour d’autres vols. Sachant que j’ai payé mon billet aller-retour 650 euros, on peut dire que c’est pas mal. En plus, dans l’autre avion, après ma nuit sur un banc près des tapis roulants, on nous a offert un fauteuil de première, et on nous sert le petit déj’ sur une nappe avec 3 fourchettes et 3 couteaux, c’est un peu ridicule, mais bon.

On arrive dans le petit aéroport de San Pedro, et j’apprends que contrairement à celui de ma covolontaire qui est arrivé à bon port, le mien est resté à Houston. Tant pis, je le récupererai le lendemain à Tegus, je vais me débrouiller.

En sortant de l’aéroport, je me dispute un peu avec les chauffeurs de taxis qui veulent me faire payer le prix gringo, 4 fois plus que normal. Un femme m’entends, elle me propose de me déposer en ville avec sa voiture, il faut juste attendre dix minutes sa sœur qui vient des USA. Ok. En fait, je découvirai que la sœur en question arrive avec son fils de 20 ans et des bagages de latinos (ie : trois valises énormes, plus deux sacs à dos), et qu’il y a avec nous la fille de notre accompagnatrice et une autre amie, également avec sa petite fille. Je commence à me demander si j’ai bien fait d’accepter ce passage en bagnole, mais bon, par miracle, tout ce beau monde tient dedans, je ne sais trop comment, et les bagages aussi. La conduite n’a pas l’air trop assurée, mais ça doit aller, on roule doucement. En fait pas trop finalement, il y a un gros 4X4 arreté à un croisement, la femme freine alors qu’elle allait peut-etre à 30 à l’heure, mais tard, les freins sont aussi vieux que les réflexes, et on lui rentre dedans.

Le gars du 4X4 descend tranquillement, il a l’air cool et constate que grace au pare-choc en fer, son véhicule n’a pas une égratinure. Il nous trouve une ficelle pour fixer le capot du notre qui est un peu défoncé (pare-choc avant et phares) et ne ferme plus, et c’est reparti. C’est là que je me remarque que sur notre voiture un panneau indiquait "Voiture à vendre, année ’91, comme neuve"...

La bonne femme me déposera 5 minutes plus loin, plus pres du centre ville, où je choperai un taxi jusqu’à la station des bus, où j’en trouve un qui part dans les 20 minutes pour Tegus.

Voilà voilà. C’est alors les retrouvailles avec les plaisirs de la route, le paysage qui défile, un vieux bus lent aux fauteuils défoncés et dehors une grande foret vert sec entre maquis et savane, puis des montagnes, un grand lac, des saupilotes (sortes de vautours) noirs qui tournent dans le ciel. Et puis les bus scolaires jaunes des années 70, les vendeurs de poissons frits aux arrets du bus, qui le tendent aux voyageurs par les fenetres, à l’aide de paniers fixés au bout d’un manche à balai, les petits restos populaires (comedors) le long de la route avec la patronne assise devant qui regarde les voitures passer, les vendeurs de bananes et noix de coco, les messages religieux (genre "J’aime Jésus") omniprésents en Amérique Latine, auxquel s’ajoutent de nombreux "Jesus... presidente" !!! Ehm, ça, c’est pas une blague, c’est juste qu’ici Jésus est un prénom courant, entre autre celui d’un candidat aux elections dans deux ans.

Le bus "fonce" donc comme autrefois au son de musique populaire latino "Quiero una dona que me sepa amar" (Je veux une femme qui sache m’aimer), avec ses dépassements hasardeux dans les virages et les sursauts de ses vieux amortisseurs. Chaque minute me rapproche de ma destination, et tout est trop beau, envie de chanter, etc. On aperçoit finalement en haut d’un col les lumières de Tegucigalpa qui s’étendent à perte de vue sur les pentes des collines, c’est magnifique, et on entame la descente. On y est.

Voilà tout pour cette fois, je raconterai la suite dans mon prochain mail, les retrouvailles, les premières promenades dans le centre, le lycée. Cette fois, je voulais juste montrer comment une princesse au bout de la route peut rendre exceptionellement agréable un voyage qui dépasse les 40 heures avec sa dose d’imprévus. Nous partons demain pour quinze jours au Guatemala, où je risque de ne pas avoir beaucoup d’accès internet donc d’ici là je vous souhaite plein de bonheur.

Hasta la vista

F.

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