Hola tous de nouveau
revoilà dans le désordre un bout de récit, dans un tout autre style que celui d’avant-hier, qui peut donner des idées de voyages. Il s’agit de la semaine passée avec Nadège et François, deux amis parisiens qui étaient venus passer un mois dans le coin, sur la côte Nord du Honduras, à l’est de Trujillo. C’est là que commence la Mosquitia, grande forêt tropicale qui couvre une bonne partie du Honduras et du Nicaragua.
Départ tôt de la matin de Tegus, quelques heures de bus, une correspondance et re-bus. Le temps est un peu gris, le bus fonce sur une petite route qui devient route de terre, au milieu de petites montagnes couvertes de vert intense. A un moment, le chauffeur passe notre cassette de Dylan ("how does it feel, to be on your own, with no direction home, like a complete unknown, like a rolling stone¨), et peu après, ça nous fait une bonne éclaircie et du ciel bleu.
On arrive trop tard dans le village de Gualaco pour choper un nouveau bus, on déjeune dans un petit comedor, et on décide de continuer jusqu’à San Esteban en stop : c’est très courant dans cette région où les transports sont peu développés, tous les pick-up (fourgonnette ouverte à l’arrière) ont l’habitude de prendre ceux qui le souhaitent contre une participation financière. On s’installe donc à la sortie du village en arrêtant tous les très rares véhicules qui passent (en fait, c’est essentiellement les 2 mêmes qui font des aller-retours sur quelques centaines de mètres). Il y aurait bien un camion qui transporte du bois et qui irait dans notre direction, mais il est coincé car la station essence, pourtant ouverte, est à sec. Pendant notre heure d’attente, nous voyons arriver peu à peu un certain nombre de locaux qui, n’ayant pas grand chose à faire et ayant déjà appris la nouvelle, viennent mater les trois gringos qui font du stop. C’est vrai que dans le coin, les gens ne paraissent pas stressés, et déclinent la glande sous toutes ses formes : glande assis devant la maison à regarder la pluie, glande debout à plusieurs au coin de la rue, glande au fourneaux d’un comedor (les restos populaires) désert pour les femmes, et tous, jeunes et vieux, hommes et femmes, y participent.
Un pickup finit par passer, on s’installe à l’arrière, la nouveauté et l’exotisme de ce moyen de transport, donne l’impression de partir à l’aventure. A peine partis, il se met à pleuvoir, et les éclaboussures venant de la piste de terre (la route goudronnée s’arrête bien avant Gualaco) colorent nos cheveux de rouge, ce qui rajoute au charme de la situation. Ca fait un beau tableau, qui continue sur une heure peut-être, jusqu’à San Esteban où nous passerons la nuit. C’est un des plus gros villages de la région, des grandes rues en terre en échiquier, quelques maison basses, il y a même une "discothèque" et un "mini-super-rapimarket", mais les panneaux coca et pepsi commencent à être moins omniprésents. A quelques heures de Tegus seulement, et malgré un accès étonnamment facile (il existe des bus directs), on est vraiment dans "quelque chose qui change"...
Départ le lendemain en bus puis pickup, mais cette fois avec le soleil. Nous arrivons finalement à Puerto Limon, le premier des villages garrifunas de la côte : les garrifunas sont les descendants des esclaves noirs africains que l’on a ramenés de Jamaique. Ils ont encore leur propre langue, mélange de leur dialecte d’origine, de français, d’espagnol, d’anglais. Cette fois, ça change vraiment de l’Amérique ladina, comme dit Nadège, ça ressemble plus à Harlem en vacances : des grosses mamas noires, des petits groupes de gamins ou de jeunes en tenue de rappeurs (t-shirt de basketteur américain, un curieux bonnet moulant avec des très longs rubans de chaque côté, que l’on noue parfois). Bien sûr les rues en terre, des cocotiers-bananiers par ci par là et une longue plage rappellent que l’on est dans les caraibes. On entend des enregistrements de punta, la musique traditionnelle d’ici, des percus rapides et des voix de femmes, qui ressemblent à des petits cris. Ici les gens sont beaucoup plus festifs, les jeunes se retrouvent le soir sur le petit parc central, sonorisé par la boîte de nuit juste devant, et toutes les semaines ils vont jouer de la punta au bout du village.
On continue la route le lendemain, assez vite car on ne sait pas trop jusqu’où nous irons. Dans le bus nous rencontrons des femmes qui étaient venues faire des courses à la "ville", et qui rentrent pile dans la même direction que nous (de toute façon, il n’y a qu’une route droite, et comme aurait dit un célèbre président, soit on est avec elles, soit on est dans l’autre sens). Ce petit voyage de 50 km leur prendra 4 jours. En tout cas, puisque le fleuve à l’intérieur n’est pas navigable entièrement, elles nous expliquent que ça va être un peu plus compliqué d’arriver à Palacios, mais qu’on est tous sur le même bateau, et on n’a qu’à les suivre. On monte à six avec nos sacs sur une lancha, bateau allongé creusé dans un seul tronc d’arbre, avec un petit moteur. Il pleut bien, il fait nuit, le niveau du canal est à peine à 10 cm du bord du bateau, il y a un gars qui écope en continu. Avec ça, le proprio voulait nous emmener en mer pour faire la route jusqu’au bout. Pas question, on se fait déposer dans un petit village à une demi-heure, où on attend un autre bateau qui ne vient pas, une voiture prétend être capable de nous emmener par la plage en traversant une rivière grâce a un radeau, mais nous finissons par passer la nuit d’ici. Un gars, prof d’anglais dans le village voisin et qui a étudié deux ans aux USA (il est quant même revenu dans son petit village perdu !), nous guide vers un hotel, où nous partageons à trois une petite chambre double, juste sur la plage, mais à côté du groupe électrogène qui donne tous les soirs quelques heures d’électricité. Les femmes viennent nous chercher le lendemain matin à l’aube, on part avec une autre lancha, toujours sur le canal au milieu des mangroves (ça ressemble à des arbres sur pilotis) qui nous dépose à l’estuaire du fleuve, où une voiture aurait dû nous attendre. Pas grave, le temps est assez beau, des gamins noirs (rappel : il n’y a que des noirs dans le coin) jouent sur l’autre rive, il y a un pêcheur qui lance et récupère son filet, et nous attendons sur le sable, avec le sentiment que la beauté se fait difficile à soutenir, il faudrait que ça s’arrête pour souffler un peu, vraiment. Une pensée émue pour tous les gens lointains. On commence à marcher sur la plage, nous devrions trouver un bateau dans un village plus loin. Des gamines nous font traverser un autre fleuve en pirogue, petite barque très étroite creusée dans un tronc, à l’allure des plus instables. Pendant ce temps, des hommes font traverser une voiture dans l’autre sens, à l’aide d’un radeau formé de 4 bidons et quelques planches. On marche en tout 4h sur la plage, avant de choper un bateau qui nous emmènera à destination, après avoir déposé les femmes devant leur maison, où elles sont accueillies par les piaillements d’une bande de gamins, les leurs. Juste le temps de s’installer dans un hotel devant l’ "aéroport" (un pré d’où décolle tous les jours si le temps le permet un petit dix-places), il est presque midi, nous sommes à Palacios, il commence à pleuvoir a verse.
Voilà donc le genre d’endroit où on peut arriver en 3 jours de voyage depuis Tegus. On traverse uniquement des petits villages de cabanes de bois entourées de végétation tropicale, avec chacun ses rues en terre, quelques pirogues sur la plage ou le canal, son petit hotel, son petit comedor qui sert uniquement poulet ou poisson frit accompagné de salade de chou et de délicieuses bananes frites en rondelles (mais les patronnes s’obstinent à nous demander quand même à chaque fois ce que nous voulons manger) et sa petite épicerie. Les représentants des colas n’ont pas dû passer par la depuis plus de dix ans, il ne reste plus qu’une ou deux pubs vieillies par village, dont une écrite au feutre sur une planche de bois par une épicière éprise de modernite. Les grosses mamas colorées discutent dans la rue, quelques hommes, des jeunes avec des t-shirts de basketteurs flambants, et des gamins qui se précipitent nous voir, jouent un peu avec nous (les plus petits se pendent à mes bras, et jouent avec les poils, ils ne doivent pas en voir souvent par ici). Bref, c’est l’image qu’on se fait généralement du petit paradis : beauté à couper le souffle du village, de la nature et surtout des gens, jamais de froid, pas de stress, pas de bruit (même à côté d’un groupe électrogène on sent le silence sous-jacent, le silence de la nature), de la nourriture pour tout le monde, pas besoin de trop travailler, à part un peu pour construire sa maison et pêcher de tant en tant. Pourtant, dans le plus grand village, un gars m’explique que c’est dur de trouver un travail ici, et que du coup beaucoup de jeunes partent !!!
La suite du récit :
Lendemain, nous sommes toujours à Palacios, il pleut trop pour aller visiter les lagunes en lancha, et nous tombons sur une occasion unique : un type qui possède un bateau capable d’aller en mer et doit faire le voyage de retour propose de nous emmener. On remballe tout en vitesse, et c’est parti, il pleut, la mer agitée fait faire des bonds, mais en 40min le bateau boucle le trajet que nous avions fait en 6h à l’aller. Il nous débarque ainsi que deux passagers sur une plage déserte où un pickup attend, laisse un bidon d’essence au bateau et peut-être un autre truc. Le bateau repart, c’est un peu bizarre, je n’imagine pas bien les raisons qui ont poussé le propriétaire du bateau à faire ce voyage presque à vide, avec toute cette organisation. En tout cas le pickup repart et trace presque jusqu’à Trujillo. Deux heures de route, il pleut et on est un peu mouillés, mais le temps passe et on arrive très vite. Quand on s’arrête, on est tellement habitués à voir la route qui défile (à l’arrière, tout est ouvert, les yeux n’ont pas le repère fixe que l’on a à l’intérieur d’un véhicule) que le paysage semble maintenant s’avancer vers nous pendant plusieurs minutes.
Voilà. La suite du voyage est plus classique, après deux jours à Trujillo on se rend dans un petit village garrifuna près de La Ceiba, dont c’est la semaine de fête. Sous la pluie. Au début de l’après-midi, les gens commencent à danser la punta : tout le monde est en cercle, les musiciens jouent un rythme rapide au perçus, les femmes chantent, un homme et une femme seulement se mettent au centre du cercle et dansent en se déhanchant, tout ça a vraiment un goût de rituel payen. Ce qui est dommage, c’est que quand on repasse vers 18h, presque tous les hommes sont probablement partis se coucher, parce qu’il s’étaient saoulés tout l’après-midi avec bierre et giffiti (rhum arômatisé aux herbes médicinales et à l’herbe tout court) et ils sont trop défoncés pour continuer à faire la fête. Du coup l’ambiance est retombée, les femmes continuent à danser mais c’est sans conviction. Point positif : spontanément, un des musiciens vient me faire essayer son énorme coquillage (3 fois plus grand que celui ramené d’Inde), ce dont je rêvais secrètement.
Le lendemain on se sépare finalement, Nadège et François continuent par la côte pour repasser au Guate et moi je prends un bus pour Tegus, il pleut toujours.
Voilà voilà, ça devrait faire un mail bien long, mais j’espère que ça donnera envie à des gens de passer dans ce genre de coins. Comme quoi, sans parcourir de grandes distances, sans trop sortir de sentiers battus, on peut vraiment trouver quelquechose d’authentique, qui change vraiment de l’ordinaire. Ca a d’un coup changé l’opinion plutôt négative que j’avais des voyages en Amérique Centrale que m’avait laissée la quinzaine de Noel passée au Guate à sillonner les coins touristiques à un des moments les plus touristiques de l’année. Et en plus je pense revenir dans le coin avec Valérie pour les vacances de février qui approchent à grands pas rapides. Je vous raconterai.
Hasta la vista
F.