Pour mieux comprendre ce qui a motivé ce texte, jetez un coup d’oeil à une discussion sur ce qu’est le progrès que j’ai eue avec un directeur d’école d’ingénieur. Sinon, bonne lecture.
1) Point de départ
il y a des conceptions du monde radicalement différentes. Exemple : rechercher la liberté d’action et s’en servir pour contrôler les choses, s’oppose à la recherche du contrôle sur soi et de la contemplation. On peut chercher à satisfaire un besoin ou alors on peut chercher à faire disparaître ce même besoin. Ces conceptions sont des axiomes de base que chacun choisit, et ne peuvent être rediscutés rationnellement. Je crois que seul un choc majeur peut conduire à un changement de positions chez un homme.
Quand on a satisfait sa vocation, on veut donner les moyens à ceux qui ont la même et qui sont partis de plus loin (qui ont eu moins de chance) de réaliser aussi leur désir fondamental. Se retirer et profiter de tout ce qu’on a reçu, c’est plutôt égoïste.
On ne peut ni comprendre ni changer ceux qui ont des conceptions vraiment opposées aux nôtres, et de même eux ne peuvent nous changer. La seule chose à faire c’est accepter cette incompréhension réciproque et vivre en bon voisin. Ne pas oublier que l’autre est aussi un être vivant qui ne cherche après tout lui aussi qu’à être heureux et éviter la souffrance.
2) Le problème
Certaines ressources sont disponibles en quantité limitée. Notamment la surface de la terre, les ressources naturelles, l’air pur, etc. Automatiquement, si certains décident d’en détruire/transformer une partie, voire la totalité, d’autres en souffrent. Certaines conceptions du monde se révèlent incompatibles.
Or, il n’y a pas à ce niveau un juste et injuste absolu qui permettent de trancher sur la bonne conduite. On ne peut même pas se contenter d’un vote à la majorité (on ne peut pas sacrifier toute une part de l’humanité), et un partage n’est pas envisageable : ceux démographiquement (si ce n’est militairement) plus puissants vont envahir les autres.
3) Conclusion
La seule issue c’est la guerre, même si celle-ci n’est pas forcément violente et armée (ce qu’il faut essayer d’imposer). Chaque classe doit se réunir pour faire entendre sa voix et défendre ses membres.
Chaque classe accuse l’autre d’intolérance, de violence, etc. La classe majoritaire pense que le monde va bien, l’autre pense qu’il va mal. Dans tous les cas, la bataille engendrera de la souffrance, surtout pour ceux qui sont minoritaires, puisqu’ils sont confrontés à l’ingratitude, l’impuissance, à l’exaspération.
La grande question reste alors : jusqu’où faut-il s’engager ? Peut-on risquer de se détruire (folie) en voulant lutter à une échelle trop grande et porter un trop lourd fardeau ?
Ce texte a été écrit en septembre 2002, juste avant de partir en Inde. J’avais eu ce soir-là une discussion animée avec Catriona, qui nous a encore plus éloignés. Elle défendait une conception du monde très différente de la mienne, et ne comprenait pas que je refuse d’accepter "le système" et veuille chercher autre chose ailleurs. Bien sûr, la dissension était au niveau des axiomes, donc une conversation rationnelle ne peut rien changer, si ce n’est exaspérer les parties.
Vous pouvez aussi jeter un coup d’oeil à une discussion sur ce qu’est le progrès que j’ai eu avec un directeur d’école, qui montre l’impossibilité du dialogue.