Quelques voyageurs

Thaïlande : Bangkok


lundi 13 juillet 2009, par Francesco Colonna Romano

Peu avant d’atterrir à Bahreïn, je commence à discuter avec ma voisine E. qui s’enquiert de la qualité de mon repas végétarien. Elle est iranienne, elle allait à l’école américaine à l’époque de la révolution, si bien qu’ensuite elle était partie étudier aux États-Unis à l’age de seize ans. Maintenant elle est psychologue au Canada, et rentre pour l’été en Iran. Elle a parlé de temps en temps avec sa famille sur Skype, ils sont moins au courant qu’elle de toutes les manifestations car ils n’habitent pas Téhéran et en plus n’ont pas accès aux reportages de CNN. En arrivant, la police gardera son passeport pendant deux semaines afin de la dissuader de participer aux protestations. Mais elle explique : les américains ont peu à peu pris conscience et n’accepteront plus une politique étrangère comme celle de l’ancien président, de même le peuple iranien a découvert son propre pouvoir et les dirigeants ne pourront plus faire n’importe quoi. Chouette.

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Thailande - Bangkok - Mes pieds

… … …

Je recomptais mes bahts thaïlandais dans un bureau de change de l’aéroport de Bangkok quand un gars me demande si je sais d’où partent les bus pour le centre ville. On n’a qu’à y aller ensemble. Vingt mètres plus loin un espagnol propose de partager un taxi. On l’embarque avec nous. Dans le bus climatisé pour Khaosan Road, on a presque le temps de se raconter nos vies.

JB est prof de sport à Paris. Il s’est séparé de sa copine après une relation de plusieurs années il y a trois semaine. Il a acheté son billet peu après, comme cela il aura le temps de réfléchir. Son voyage de trois semaines seulement (c’est suffisant, après il reverra ses amis en France) est minutieusement planifié : d’abord la route vers le nord, les temples et un trek dans les montagnes, puis un peu de mer sur l’ile de Koh Tao. Des amis venus ici il y a peu de temps lui ont laissé des adresses de guest houses où ils ont été et plein de bons conseils. Il a lu en avance la totalité de son guide de voyage et a pris la peine d’imprimer chez lui les horaires des trains thaïs.

Miguel habite en France depuis 8 ans, il enseigne l’espagnol dans un fac du nord. Il est venu en Thaïlande l’an dernier, et serait bien parti en Amérique Latine s’il n’en avait un peu peur : la Thaïlande c’est rassurant. Un collègue un peu hautain lui a fait remarquer que partir en Thaïlande c’est plein de sous-entendus, et c’est en tout cas faire partie du système. A vrai dire, Miguel est plutôt partagé sur ce point. Il a essayé l’an dernier quelques massages, cela a été un peu plus loin quelquefois, mais il raconte tout cela un peu honteux. Il n’a pas l’air de savoir reconnaître à vue un salon de massage sérieux, de ceux avec des posters des zones réflexes des pieds et des mains, où le massage commence avec une prière et le masseur n’est pas forcément une fille jeune et jolie. Du coup, il est donc tombé plusieurs fois sur un de ces salons qui pratiquent le massage à l’huile (qui n’est pas dans la tradition thaïe) et où la masseuse n’a sûrement pas suivi les cours de massage habituellement prodigués par les moines. Ce qui est sûr c’est que Miguel est plutôt complexé par son physique et, bien qu’il n’ose l’avouer directement, il rêve que son séjour de deux mois ne se limite pas à des promenades à moto dans le nord du pays...

Dans le bus, quelques rangées devant nous, est assise une fille seule, Mickaela, viennoise, 25 ans peut-être, elle a déjà voyagé seule en Afrique, maintenant qu’elle a un peu de sous de côté elle est venue pour deux mois en Asie du sud-est. Quand le bus s’arrête, elle s’approche de nous et demande si nous savons où aller, elle est très fatiguée et ne se sent pas trop le courage de chercher seule un hôtel en échappant à tous les escrocs potentiellement aux aguets. Et hop, une de plus.

Le chemin de Thewet est facile à trouver, puisque nous pouvons faire confiance aux plans de JB et aux souvenirs de Miguel qui était là l’an dernier. Nous visitons deux guest-houses ensemble. Le fait de partager des chambres est une évidence venue de je ne sais où. Finalement il n’y a qu’un lit double dans les chambres de la guest-house à 4 euros que nous choisissons. Je partagerai le mien avec JB, cela paraît aussi une évidence, on ne songe même pas à discuter de possibles alternatives (comme celle de prendre une chambre de plus). Je me suis demandé plus tard d’où cela venait. Ce n’est pas les 2 euros d’économies. Peut-être le sentiment d’appartenir à une sorte de communauté de voyageurs ? Le fait qu’un semblant de familiarité et entraide est bienvenu en pays inconnu ? Ce qui est sûr, c’est que je trouve cela plutôt bien.

De son côté, Mickaela n’a pas ressenti cette évidence et prétexte la chaleur supposée de nos chambres sous un toit de taule pour aller s’installer à l’hôtel en face et passer sa journée à dormir, on la recroisera en fin d’après-midi.

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Thailande - Bangkok - Khao San Road

Avec JB et Miguel, on se promène toute la journée dans les rues de Bangkok. De retour sur Khaosan Road, pendant que je lis mes mails, JB et Miguel prennent une bière à la terrasse de l’un des nombreux pubs de la rue. Kate, canadienne, 22 ans peut-être, est assise à une table à côté, avec son amie anglaise. Toutes deux enseignent l’anglais dans le sud de la Thaïlande (c’est le type de boulot le plus facile à trouver pour un occidental en Asie), et sont remontées pour leurs vacances. C’est JB qui les a abordées. Kate leur propose de ressortir après. « It’s saturday night ! » répète-t-elle plusieurs fois. Je suis trop fatigué, et de toute façon je ne suis pas fan des bars et boîtes en voyage, donc ce sera sans moi, on rentre à l’hôtel. JB et Miguel les retrouveront deux heures plus tard (21h) à cette même terrasse, l’amie de Kate est complètement saoule, pour Kate il y a encore un peu de marge. Il discutent avec un black américain qui les emmène dans une boîte de nuit avant de découvrir que le gars travaillait là et était chargé de ramener du monde. Ils échouent dans une deuxième boîte, mais la musique est tout aussi mauvaise. Finalement il se fait tard, l’amie n’est pas prête à laisser sa place à JB dans la chambre qu’elle partage avec Kate. Elle leur laissera donc 30 minutes, le temps d’une dernière bière, pour faire ce qu’ils ont à faire.

JB rentre à 1h30, on discute 5 minutes avant de s’endormir. Le lendemain matin il a mis son réveil à 7h, je l’accompagne à l’embarcadère et lui souhaite bonne chance pour son voyage. Avec Miguel, on s’assied à un kiosque sur la rue, on boit un shake au fruit du dragon et on parle encore un peu de voyages et des différences entre cultures, on se promène une dernière fois dans le marché, on s’échange nos mails, on se dit au-revoir. Lui reste un jour de plus sur Bangkok, il n’est pas pressé. Quant à moi, j’ai fait ce que je voulais faire, j’ai vu ce que je voulais voir, et ne tiens pas en place. Je reprends mon sac à dos, monte sur le premier bateau-bus pour traverser la ville et poursuis à pieds jusqu’à la gare de Hualampong. On se reverra peut-être en France. C’est curieux tout ce qu’on peut partager en 24h à peine...

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