Hola à tous,
ça fait longtemps que je n’ai pas écrit, ça fait longtemps que hier s’est terminé, il s’est passé bien des trucs depuis, même si c’est dur d’en fixer le souvenir, d’en extraire quelque chose de linéaire et racontable. Je vais essayer.
Je pourrais partir à l’envers, il est 18h dimanche soir, je regarde avec envie le paquet de mueslis croustillants aux fruits sur mon étagère. Aujourd’hui j’étais fatigué, j’ai comaté jusqu’à 11h et je pensais rester tranquillement chez moi à travailler, mais Delphine m’appelle pendant que je prenais mon petit déj pour me proposer un vernissage dans un galerie du 6ème. Pourquoi pas, c’était une belle journée, le gars qui tenait la galerie nous a tout expliqué et a encouragé gentiment D. pour sa carrière de peintre. Et puis il faisait beau sur les quais, une dame étonnée par le fait que le saule pleureur à la pointe de l’île ait encore toutes ses feuilles s’est mise à interroger tous les gens assis dans le coin. Pourquoi pas.
Mais reprenons le désordre des souvenirs. Il y a eu une soirée à Supelec où j’étais pour faire de la magie, curieux l’ambiance, il parait que c’est parce qu’on est loin de Paris. Il y a des sales entières où les gens s’installent pour fumer et ça sent le coffee-shop hollandais. Vers 4h du mat, dans la salle techno, il n’y a plus guère que des mecs, et trois go-go danseuses en soutien gorge sur une petite estrade, c’est assez curieux, je me dis qu’on est dans un monde bizarre. Les dernières filles ont du fuire, il ne reste que celles-ci qui passent des t-shirts sous leurs aisselles (on leur a probablement dit de rester soft) avant de les offrir aux gars autour (pas si nombreux). Pourquoi ces filles objet, présentes dans toutes les salles ? Ça ne choque personne ? Nicolas me donnera une clef : si vous organisiez une fête et que vous savez que très vite ça va louser parce que vous êtes dans une école d’ingénieur de banlieue et qu’il y a peu de filles, et si vous aviez pour seule arme secrète pour sauver la situation et mettre un peu d’ambiance un petit escadron de go-go danseuses, n’accepteriez-vous pas un instant de mettre entre parenthèse quelques petits principes moraux ?
Quoi d’autre ? Les ombres chinoises que nous avons filmées avec Stéphane. Placez-vous dans le noir, avec deux bougies cote à cote, de manière à faire des interférences avec les ombres, passez un peu de musique électronique, et regardez ce que vous pouvez faire de vos mains. Ça fait rêver.
Il y a eu aussi la soirée au Rex, la boite techno soi-disant la meilleure de Paris. S. me propose d’aller y faire un tour après mes cours d’éco, de cinéma et un groupe de discussion sur le problème des sectes. J’hésite un peu, comme toujours pour les changements de programme, mais après tout pourquoi pas, ça complète bien la journée. Grande salle, bien éclairée, pas de fumée, ambiance décontractée. Musique hardcore, qui se voudrait violente. Dans les toilettes, un gars de la sécurité vient frapper à la porte où un type restait bizarrement longtemps, le type sort agacé, le vigile menace sans conviction de le fouiller, le type explique qu’il ne comprend pas pourquoi, tout en s’essuyant le nez, et s’en va. Dans la salle, l’ambiance est bien loin de celle de Berlin, le DJ rate beaucoup de transitions avec de longs silences, voir quelques morceaux qui ne collaient manifestement pas, les gens s’arrêtent de danser pour le siffler, demander de changer, et tapent à sa vitre, alors que le DJ reste imperturbable et continue à s’exciter sur ses platines. Il y en aura un peu meilleur vers 4h du mat, mais bon, c’est loin de la techno allemande, où chaque transition est une montée de plus, mène un peu plus loin, tout est construit selon une logique parfaite. Tant pis, il y a eu quand même quelques moments intenses, où grâceà quelques exercices de respiration on parvient à faire un peu de vide et se laisser emporter par les boom-boom dans un mouvement ascendant. Pendant ce temps, il y a une vidéo-DJ qui passe sur un écran des images de métro, quelques images mangas, et des images de guerre et de bombardements plutôt de mauvais goût. Pourquoi la guerre alors qu’on est venus là pour danser.
Tant pis, on rentre vers 6h avec le premier métro. Dans toutes les stations des affiches de pub pour le Bon Marché avec le slogan : "Rive gauche, cherchez un cadeau et vous vous découvrirez une âme d’artiste". Pourquoi pas, nous n’avions pas pensé que c’était si simple, à essayer. Félicitations au gars qui a inventé ça...
J’avais encore à raconter d’autres trucs que j’oublie. Je vais donc finir mon mail-co par mes éternels questionnements habituels sur le problème de l’altérité, et peut-être une piste de solution.
L’autre jour, j’ai été frappé par le constat de l’énormité de l’écart qui nous sépare de l’autre. Tout, absolument tout ce que nous croyons savoir de ce qu’il vit, ne semble tenir qu’à de pures conjectures ou analogies. Ne serait-ce que sa manière d’avoir faim, d’apprécier une image. Cet écart énorme et infranchissable me fascine, j’essaie d’imaginer la puissance de l’expérience qui serait justement de pouvoir le franchir. Rêve ou délire ?
Et puis peut-être un petit pas en avant, alors que je racontais un fait divers à S. Nous sortions de la projection du Mépris de Godard, je me sentais frustré par l’intuition de la grandeur de ce film et l’incapacité à la saisir. Et puis ces personnages à l’air tellement naïfs, inconscients, incapables de se comprendre ou dialoguer me paraissent tellement caricaturaux que je ne peux pas accepter que ce type de comportement existe dans la vraie vie. Puis en me disant que finalement on trouve peut-être de tout, je me souviens de la veille au soir, à la réunion de l’association des magiciens consacrée aux tours avec des billets de banque. L’un d’eux nous montre un petit article dans un journal du jour : deux gars en voiture ont été arrêtés par hasard parce qu’ils ne portaient pas de ceinture, puis on remarque qu’ils ont des seaux louches, de l’argent, je ne sais pas bien. Bref, on découvre tout, ces gars avaient monté une escroquerie. Il avaient un liquide opaque dans des seaux, et des liasses de papier blanc solubles dans l’eau. Ils déposaient à l’avance des vrais billets au fond du liquide, et faisaient croire aux gens qu’en trempant les petits papiers blancs dans le liquide magique (ce qui avait pour effet de les dissoudre) on pouvait ressortir des vrais billets, imprimés comme par magie. Ces gars avaient vendu leur liquide jusqu’à 3000 euros le seau !
Ça prête à sourire, c’est attendrissant de naïveté. Mais finalement une conclusion imprévue. Un événement comme cela, loin de montrer la distance qui nous sépare des gens, est peut-être la clef qui nous permet de comprendre quelque chose d’eux. Le principe est simple : au moment où on a montré à la victime le liquide magique et celui où elle l’a acheté, il ne peut pas s’etre produit n’importe quoi dans sa tête La pensée fondamentale a du être quelque chose de très simple et de très focalisé, et de très naïf bien sur. En négligeant les motivations et espoirs que cette personne pouvait avoir (qui après tout ne sont que des détails liés mécaniquement lié à son histoire personnelle objective), j’ai l’impression de voir en cet instant ce qu’il se passait dans sa tête Vraiment. Est-ce clair pour vous aussi ?
Ce constat me parait énorme, il y aurait donc une possibilité de comprendre l’autre, d’être lui, ne serait-ce que pendant un instant infime. Bien sur, S. me fait remarquer qu’en cet instant l’existence de cet être est réduite à quelque chose de très pauvre, et qu’on ne peut rien comprendre de l’etre entier avec ça. C’est vrai, mais ce qui m’intéressait là c’était de pouvoir voir ou sentir ce que c’est que d’être l’autre, et on a bien là un premier pas. En étant optimiste, on peut peut-être espérer isoler plein d’événements simples où on comprend l’autre, et ensuite les assembler pour une compréhension d’un instant plus complexe. Peut-être pas, mais ça n’a pas d’importance, il y a l’espoir, il y a moyen de croire que nous ne sommes pas si isolés les uns des autres. Je ne demandais pas plus...
...
Ehm, je ne sais pas si tout le monde comprendra mon enthousiasme. Tant pis. J’espère au moins que vous apprécierez mes efforts pour trouver des trucs nouveaux à raconter dans mes mails-co... ;-)
Ah oui, j’oubliais. Un jour je me suis dit qu’il fallait que je cherche des canettes en alu (genre coca-cola & co) pour faire quelque chose J’ai depuis oublié quoi, mais j’ai quand même pensé à demander à Sam de m’offrir deux canettes vides. Auriez-vous donc une idée de ce qu’on peut faire avec ça (ou du moins de ce que moi j’aurais pu vouloir faire ?). Ça pourrait être sympa et ça permettrait d’avoir des nouvelles de ceux qui n’en donnent pas souvent...
Voilà voilà. Je vous souhaite comme d’hab plein de bonheur dans chaque instant de votre vie.
Hasta la vista
F.