Premières impressions sur les Evangiles

Sometime during eternity, some guys show up
and one of them, who shows up real late, is a kind of carpenter
from some square-type place, like Galilee
and he starts wailing, and claiming he is hep
to who made heaven, and earth, and that the cat
who really laid it on us, is his Dad.

Lawrence Ferlinghetti

J’ai volé dans une chambre d’hotel a Cuenca (Equateur) un Nouveau Testament, je ne l’avais jamais lu. Ce n’est qu’en voyageant en Inde et découvrant d’autres religions que je me suis rendu compte que je ne connaissais pas du tout celle qui est pourtant la base de notre culture.

J’ai vraiment apprécié la lecture du premier (Mathieu), bien plus facile et agréable que ce que j’imaginais, il y a meme de grandes qualités littéraires (intensité dramatique, simplicité et concision). De la sympathie pour le personnage de Jean-Baptiste, et pour le ton solennel et sérieux. Quant aux enseignements, ils paraissent clairs, efficaces, simples. Bonne impression, très favorable.

Ensuite, en lisant les autres Evangiles à la suite, c’est moins amusant car il y a beaucoup de redites. On m’a expliqué que les 4 auraient été rédigés indépendamment, c’est curieux que sur tous les enseignements du Christ des personnes indépendantes puissent citer les memes événements. Mais bon, en tout cas, ça m’a permis de commencer à voir ce qui me parait des limites assez genantes, dont il faudrait discuter avec des gens qui connaissent.

1) Ce que j’ai bien aimé

- "Aime ton Dieu plus que tout et ton prochain comme toi-meme"

- Le coté extreme, violent : aller au bout des choses, mettre Dieu au centre de tout, tout quitter pour lui

- L’insistance sur le provisoire : vivre dans l’instant, confiance en Dieu qui pourvoit le reste

- Le Christ n’est pas là pour ceux qui vont bien, mais pour sauver les brebis égarées (vrai amour)

- Insistance sur la nécessité de l’action (contrairement à la tendance à la passivité extérieure asiatique) : "à ceux qui ont, on donnera plus ; à ceux qui n’ont rien, on leur otera ce qu’ils ont". Donc il faut etre productif…

2) Ce que je n’aime pas, les limites

(Attention : c’est lié à ma vision personnelle des choses et ma sensibilité, je suis conscient du fait que pour certains la perspective chrétienne est la plus parlante. Mes critiques servent seulement à rappeler qu’il a des alternatives pour les autres, et que la perspective chrétienne présente aussi des dangers)

- Insistance sur la notion de péché : nous sommes tous coupables et nous devons tous nous repentir. C’est simpliste (convient pour les gamins), et je trouve que tout sentiment de culpabilité est malsain, non nécessaire. A remplacer par la sincère volonté de faire mieux la prochaine fois.

- Trop d’importance donnée à la foi aveugle, sans attendre aucune preuve, c’est du pur "bakhti", qui convenait probablement aux marchands d’il y a 2000 ans, mais qui s’adapte mal à la pensée scientifique d’aujourd’hui. Il y a une manière de "vivre Dieu" au présent et d’en etre récompensé déjà sur terre.

- Les prophéties apocalyptiques : "veillez toujours, car je vais revenir bientot vous juger", d’autant que le jugement est présenté comme imminent, ce qui n’a pas eu lieu. Si l’on croyait en la réincarnation, ça justifierait l’attente (car tout le monde est toujours là, sur terre). Mais là, qu’est-ce qui justifie le fait que certains verront le jugement de leur vivant, et d’autres non ? La non-réalisation des prophéties apocalyptiques fait venir des doutes, et remet en question la validité d’une foi aveugle.

- Je soupçonne la traduction d’etre manipulée (on m’avait dit que l’enfer n’existait pas dans les enseignements du Christ, or là c’est omniprésent), et il faudra chercher d’autres sources (hindoues…)

- C’est parfois simpliste, trop pour des enfants. Je partage l’idée que le Christ a adapté ses explications à son public de marchands, alors que Buddha s’adressait lui directement à des philosophes, d’où des explications plus abstraites mais cohérentes.
En vertu de cette remarque, on peut constater que le Christ a développé l’aspect le plus simple (le père qui punit l’enfant méchant, l’insistance sur le bakhti). Les autres voies sont aussi présentes (on m’a dit qu’on trouve 32 yogas différents) et présentées comme équivalentes. "Le plus grand sera le serviteur" c’est du karma yoga, et il y a des passages où le Christ dit que c’est le plus important (donc plus que la foi). Bien sur, dans d’autres, c’est la foi le plus important, donc on peut choisir.

3) Autres remarques sur la suite de l’histoire (après les Evangiles)

- "Les actes des apotres" : la religion est vivante, le Saint-Esprit descend sur les gens et leur fait connaitre Dieu (la foi devient donc superflue). Il y a des pratiques (ex : prière, jeune), de la force, de la passion, du martyre). Aujourd’hui, on a abandonné tout ça, on vit dans l’idée que tout est dans le passé. Si le Christ revenait, on ne le croirait pas, on le crucifierait de nouveau. La religion semble morte.

- "Romains" : Dieu est pour tous, et pardonnera à tous, tous seront sauvés. Avant le Christ, il y a la loi parce qu’il y a le péché. Le sacrifice du Christ purifie le péché et nous place au-dessus de la loi (de la chair, du péché), on suit l’esprit.


(texte rédigé en mai 2003)

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