Potosi, dans le corps de la Pachamama


dimanche 27 mai 2001, par Francesco Colonna Romano

Hola encore de La Paz, où je suis arrivé ce matin et où je comptais me reposer un peu. Mais en fait je ne tiens pas beaucoup en place, et en plus je me rends compte que le temps passe vite, et du coup je repars demain matin pour la chaleur et pour Coroico, dans les Yungas (pentes andines, a basse altitude, ie : 1700m), et le surlendemain je descendrais jusqu’en bas, dans la foret et le petit village de Rurrenbaque. Juste le temps d’impregner mes vetements et de commencer le traitement anti-palu.

Entretemps, voici le récit promis de mon bref sejour a Potosi. En fait, on apprend ici des choses sur l’histoire qui etaient totalement insoupconnee. Par exemple, que Potosi il y a trois-quatre cents ans etait une ville plus peuplee que Londres ou Paris (en fait beaucoup d’esclave qui travaillaient dans les mines), et infiniment riche aussi (80 eglises, et assez d’argent pour paver route parcourrue par une procession religieuse), bien qu’en fait des dizaines de milliers de tonnes d’argent produites ici ont surtout enrichi la couronne espagnole. Officiellement, a 4200m, Potosi est aussi la plus haute ville du monde (sans doute faux sans restriction de taille, mais il y a ici 120000 habitants). Pourtant, je ne crois pas qu’en France on parle de tout ca (au fait, petit sondage, qui de vous sait qui a ete Simon Bolivar, un des plus grands hommes de l’histoire de l’Amerique, si bien qu’au moins une rue dans chaque ville de ce continent porte son nom, et totalement inconnu chez nous ?)

Passés les rappels historiques, on entame la visite de la mine cooperative, a l’interieur d’une montagne rouge qui a perdu 300m d’altitude depuis l’arrivee des espagnols a force d’etre exploitee. Le principe de la mine cooperative, c’est que qui veut achete un droit de creuser dans un certain coin appartenant a sa cooperative, et se met ensuite a travailler seul (et a la main !!) je ne sais combien d’heures. Si un jour il a de la chance, il trouve un bon filon et alors il peut embaucher des gens pour l’aider et louer des machines, mais c’est rare. Resultat : des conditions de travail quasi-inchangees depuis deux siecles, et une montagne gruyere où chacun creuse où il veux, dont il n’y a pas de plan, où parfois les tunnels se rencontrent, s’effondrent. Il y a plusieurs milliers de personnes qui travaillent la dedans.

Notre tour a commencé par une visite rapide du marché minier, où les mineurs achètent leur coca, leur "alcool potable" (c’est de l’alcool a 96º, dont j’ai pu sentir l’odeur, c’est bien de l’alcool pur) qui leur permettent de travailler toute la journée sans sentir faim (pas de pause dejeuner) ou froid, et aussi des cigarettes avec dedans anis-cannelle-coca (j’ai regretté de ne pas etre fumeur pour essayer), et leur dynamite, qui ici est en vente libre, meme à femmes et enfants.
Nous avons acheté des feuilles de coca à macher dans la mine et à offrir aux mineurs (c’est devenu une coutume, car la coca pour un mineur n’est pas si bon marché), et un baton de dynamite à essayer plus tard (cf suite). Pour moins de dix francs on a un baton mou de pate de nitroglycerine, un petit sachet de nitrate de potassium (je crois que c’était ça) pour augmenter la puissance, un détonateur en metal avec dedans mercure et poudre, et enfin une mèche d’une trentaine de cm. On peut bien s’amuser avec ça...

On nous fournit ensuite une tenue de mineur (casque, blouse, bottes et lampe a acethylène) et nous montons jusqu’a une entree au sommet, pres d’une eglise, pour penetrer dans la montagne, assimilee au corps de la deesee Terre Pachamama, dont les veines sont faites d’argent. A l’interieur, ce n’est plus le regne du Christ, mais du diable, auquel nous rendrons visite une fois dans le milieux de la montagne (il y a 5000 petites pieces avec une statue du diable dans la montagne), pour lui offrir des feuilles de coca et lui faire fumer une cigarette (tous les mineurs font ca pour demander sa protection). On passe quelques galeries assez larges (toutes les galeries que nous visiterons font au moins 2m de haut, car c’est encore une mine coloniale), jusqu’a un trou avec corde et poulie et un appareil dont j’ignore le nom (un cylindre avec une manivelle de chaque cote et la corde qui s’enroule autour) qui a servi aux guides a nous descendre de quatre etages, en tout une quinzaine de metres, mais on sent passer distinctement les etages car on se congne a tous les rebords, sans pouvoir rien faire parce qu’on doit tenir la lampe en meme temps. Sympa une fois, et a raconter. Il y avait dans le groupe une bresilienne de 110kg qui n’a pas voulu passer par la. Apres ca, tout procede plus tranquilement, on voit des mineurs creuser au marteau un petit trou pour mettre de la dynamite ensuite, on voit quelques veines d’argent (pas tres riches), des mineurs trannsportant du minerai sur des chariots. A un moment donne, notre guide nous demande si nous preferons essayer notre dynamite a l’interieur de la mine (sans voir l’explosion) ou a l’exterieur. Sur le coup, on est tous pour l’interieur, sauf la bresilienne qui veut sortir. Mais a peine une minute apres, on sent la montagne trembler et on entend un bruit sourd, trois fois. Il parait que c’etait de la dynamite de meme puissance que la notre, et a 200m de distance. Je vous promet que ca calme quand on est sous terre. La bresilienne suppliait le guide d’attendre l’exterieur, le guide a dit on verra, mais plus personne de nous n’a plus rien osé dire.

Voilà, au bout de deux heures nous sortons de la mine par un autre endroit (il y en a plus d’une centaine), à peu près saufs. Il y a juste eu un petit accident, car je me suis pris une pierre tombée d’une mineur travaillant deux étages plus haut, et bien sur elle est pas tombée sur le casque, mais sur mes lunettes. Plus j’y pense plus je me dis que j’ai eu une chance énorme, car mes lunettes m’ont sauve, et je m’en sors simplement avec un beau bleu sous l’oeil et une égratignure sur a joue. Il parait que ce genre de trucs n’arrive jamais, tous les mineurs étaient épatés... (quant à la série chance, il y en a une étonnante en ce moment : en une semaine, j’ai aussi perdu, à des moments distincts : une écharpe un bonnet et deux gants de deux paires successives, plus mon petit porte monnaie jaune, un mouchoir et une copie des clefs de tous mes cadenas, j’espère ne pas perdre un de ces jours mon billet retour...)

Après ça, le tour s’est fini tranquillement a l’exterieur, ou nous avons essaye notre dynamite (en fait, comme nous ne l’avions pas enterree, c’est beaucoup moins fort, juste un gros petard, a 20m de femmes qui se sont contentees d’un "vous ne pouvez pas aller faire joujou un peu plus loin". Nous avons ensuite ete parler a ces memes femmes-mineuses (jusqu’a avant le tourisme, les femmes ne pouvaient pas rentrer dans la mine, car on croyait qu’elles portaient malchance, maintenant on c’est arrange en disant que ça ne change rien car dedans ou dehors elles portent toujours malchance...) qui casse les pierres au marteau pour séparer les parties les plus riches. L’une avait plus de cinquante ans, l’autre 67...

Voila, ainsi se termine notre visite tres partielle de la mine. Nous avons "rate" les enfants mineurs qui travaillent des 10 ans, les tunnels de 1m de haut (qu’on parcouru d’autres touristes) et le bas de la mine où il peut faire cinquante degrés et où il y a aussi des fuites de gaz toxique, mais la on s’en passe volontiers.

Après ça, j’ai été déjeuner-diner et j’ai pris un bus pour La Paz, où je suis arrivé ce matin. Agréable sensation de commencer a s’habituer aux nuits dans le bus, et puis de retrouver un endroit connu et l’hotel "avec la douche la plus chaude de Bolivie et Perou réunis". Maintenant je suis meme propre, et j’ai fait laver mes vetements, ce qui ne m’empeche pas d’avoir un look d’enfer avec ma barbe de bientot trois semaines et mon pansement qui couvre la seule partie du visage découverte. Dernièrement les gens me donnent entre 27 et 29 ans...

Voilà, c’était un long mail pour une courte experience, mais que je necrois pas oublier bientot. Je sais pas si vous avez eu le courage ou l’envie d’arriver jusque la. Si vous l’avez fait je vous en remercie, et merci aussi a ceux qui m’ont ecrit apres Uyuni qu’il voulaient venir par ici, et a tous les autres. Je sais pas quand j’aurais le temps de vous écrire une autre fois, peut-etre pas avant une dizaine de jours.

Hasta luego

F.

PS : question pour medecins ou apprentis (il y en a pas mal dans cette liste) : on m’a dit de prendre de la vitamine B en plus des repellents pour eloigner un peux les divers insectes que je vais etre amene a cotoyer. J’ai commencer a prendre des cachets contenant de 15 a 20 mg de chacune des quatres vitamines B. Apparemment c’est une petite dose. Si vous pensez que c’est trop peu ou que ca peut me faire du mal, pourriez-vous me le faire savoir rapidement ? Merci

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