Hola tous du Nicaragua,
je reprends déjà mes mails-co, parce qu’il y a déjà plein de trucs à raconter
Le départ de Tegus s’était fait précipitamment, comme un au-revoir rapide qui laisse tout en suspend, il faudra revenir pour terminer ce qui a été commencé. Dernières semaines paisibles tout de même, toujours les gamins, les ballades sur le marché, un long week-end à Amapala, sur l’île du Tigre (côte Pacifique du Honduras) où nous avons retrouvé notre terrasse devant le ponton, le gros qui vend des glaces à l’eau de tamarin, les baignades dans le port paisible. J’en ai profité pour travailler couture (mon deuxième pantalon est presque terminé) et bracelets brésiliens. Nous y avons partagé en partant un bateau avec une trentaine de gringos caricaturaux, tous avec un t-shirt fluo "Honduras Team 2003" (sous-entendu : nous sommes une équipe, et parce que nous sommes nombreux nous sommes forts) d’un projet humanitaire à la noix : on les a envoyés ici pour travailler cinq jours à creuser des tranchées (la plupart étaient bedonnant et avaient passé la cinquantaine) et à enseigner (à qui ?) à faire des marionnettes, tout ça soit disant pour des enfants des rues qu’ils n’ont jamais rencontrés, sauf un qui est venu leur demander une boisson dans un Pizza Hut où il dinaient. En week-end, on les a emmenés dans un hotel de luxe en bus privé, toujours pour les protéger de la population locale. Dommage que les organisateurs de tels projets soient aussi abrutis, car avec la bonne volonté des gens et les moyens disponibles il aurait été possible d’organiser quelque chose de bien plus utile... Pour la petite histoire : sur le bateau, V. s’est pris une bonne vague, c’était la seule du bateau, et elle était faisait une tête de poussin mouillé. La femme à côté d’elle s’est empressée de la féliciter, de crier Ouaou en lui tapant sur le dos et de la signaler à tout les autres qui ont bien applaudi...
Le vendredi, j’ai été chercher Marie-Madeleine à l’aéroport, le soir dernier préparatifs, et nous sommes partis le lendemain matin pour le Nicaragua : journée de route jusqu’à Managua (la capitale) au milieu de plaines et collines assez verdoyantes mais moins qu’au Honduras, et moins d’arbres aussi. Curieux comme d’un pays à l’autre tout change. Même les tortillas (faites uniquement de farine de mais) qui étaient petites et épaisses au Guate, petites et fines au Honduras sont ici grandes et fines alors que les frijoles (haricots) sont ici cuits et servis mélanges avec le riz. De là nous prenons directement un bus de nuit sur la route défoncée pour la Mosquitia nicaraguayenne.
Cinq heures du matin, nous sommes à Rama, là où la route se termine, il faut continuer en bateau jusqu’à la mer. Ce matin, il y a seulement des pangas, des bateaux équipés de deux moteurs de 200 chevaux qui foncent sur rivière et lagune à une vitesse impressionnante, on ne voit presque rien, le vent fait presque mal, mais les locaux aiment bien, ça permet de gagner une demi-heure (alors que souvent on a attendu 3h que le bateau se remplisse). Il faut tout essayer, mais dans la suite du séjour nous ferons tout pour trouver des moyens de transport alternatifs. Nous arrivons finalement à Bluefield, ancien port de pirates qui est aujourd’hui le port principal du Nicaragua dans les caraibes, un vrai port entouré de petites îles verdoyantes qui ferment la baie, avec des gros bateaux rouillés, dont certains sont déjà coulés, des maisons colorées et de la peinture délavée. Plein de couleurs, des bars avec du reggae à fond, et surtout un mélange impressionnant de gens : beaucoup de blacks (ex garrifunas et créols) mélanges avec des miskitos, des indiens de l’intérieur des terres, des blancs, des asiatiques, des ladinos, des vieux, des jeunes usés par la mer, des femmes qui vendent des tortillas, les gens de passage, il n’y a pas deux têtes qui se ressemblent. Il se dégage de cette ville une atmosphère fascinante à la fois de détente tropicale et d’activité frénétique, de paix et de violence (nous avons même eu quelques problèmes avec un gars qui est venu demander de l’argent, et a fini par nous menacer), que l’on doit retrouver dans tous les grands ports.
Redépart pour le lendemain pour Laguna de Perlas, gros village créol où se déroule actuellement un grand tournois régional de baseball, où on découvre que, contrairement au Honduras où Misquitos et Garrifunas se gardaient bien de se mélanger, ici on a même du mal a les distinguer tellement les populations sont mélangées depuis longtemps. Tout le monde, en plus du créol et misquitos, parle espagnol et anglais, langue la plus répandue de la région (colonisée par les anglais et non pas par les espagnols). Mais c’est encore trop développé ici, nous passons les trois nuits suivantes à Cacabilla et Brownbank, deux villages minuscules (dans les 45 maisons, 200 habitants) et paradisiaques où nous logeons dans des familles (pas d’hotels ici, ni d’électricité, de voitures), sur les matelas en planche que les gamins nous laissent (ils dormiront chez les voisins). Un voisin va pêcher sur la plage avec un filet au lancer, et en une heure il ramène dans les deux kilos de crevettes, nourriture principale ici et disponible en abondance. La mère de famille nous fait tout visiter, le petit centre de santé, l’école classe-unique pendant les cours (tous les gamins en uniforme, pantalon bleu et chemise blanche), l’église, le gars qui vient de pêcher un petit crocodile dont il revendra la peau (1.5 euros pour plus d’un mètre de peau !!), elle nous explique qu’ici il y a 20 ans c’était la guerre, et que le village abritait de nombreux Contras. A la sortie de l’école, tous les gamins posent pour la photo en grimpant sur l’arbre de cajou (le fruit, le maragnon, est délicieux, et V. a gardé une trentaine de noix à faire sécher). Ils nous feront aussi une démonstration de punta (danse d’origine africaine) avec un seau retourné comme percussion improvisée. Jusqu’au cri soudain de la mère qui veut partager sa joie avec tout le village parce qu’elle a entendu à la radio que l’équipe de baseball de son fils a gagné le match à Laguna de Perlas... Bref, c’est un cadre vraiment idyllique, tout le monde vient nous voir et nous parler , l’accueil est exceptionnel, c’est un autre monde, une autre vie, et tout cela à trois jours de Paris (pour MM. qui venait de débarquer).
En venant ici, nous avons pu expérimenter d’autres moyens de transports alternatifs, le petit bateau en bois secoué par les vagues avec un minuscule moteur, et aussi un bateau du même type avec des voiles. Il y a vraiment tout, grande voile et foch découpés dans une bache en plastique, mat et baume faits de deux branches, et des ficelles pour tenir le tout. Un des deux marins se met en trapèze pour bien tenir le mat, encore une fois c’est impressionnant de beauté et d’élégance et ça marche super bien.
Puis c’est le retour, de Bluefield à Rama on arrive à trouver un petit cargo poussant une péniche, exactement comme ceux que j’aurai sur l’Amazone, je crois : une trentaine de passagers qui installent leur hamac sur le pont arrière, une petite cabine à l’intérieur avec quelques lits, on peut aller partout. Des femmes pour gagner du temps préparent des crevettes, on discute avec des gens, pendant que défilent lentement le fleuve et la forêt dense sur les rives. Huit heures au lieu de 1h30 des pangas, mais ça fait la pure croisière. Et tout ceci clot notre séjour dans la Mosquitia, qui était encore un régal. C’est formidable de voyager dans ces coins car quoi qu’on fasse, où qu’on aille, on trouve des choses différentes, des gens prêts à vous aider, des moyens de transports originaux, des villages paumés, du beau temps. Et c’est tellement facile, ça donne presque envie d’être guide de voyage pour faire découvrir ce bout de monde...
Voilà, après tout cela, il y a eu le bus de nuit de retour à Managua, et nous sommes en ce moment de passage à Granada, ancienne capitale du pays, jolie ville coloniale avec des jolies maisons colorées et des églises meringuées jaune et blanc ou bleu et blanc, sur les rives d’un grand lac. Tout est très soigné, car le gouvernement en a fait la capitale touristique (il n’y a pas la foule de Antigua au Guate tout de même). Nous partons d’ici une demi-heure pour une grande île faite de deux volcans, où ça devrait être bien tranquille pour les prochains jours. Je vous donnerai des nouvelles au retour.
Voilà, j’espère que tout va pour le mieux pour vous (je ne reçois pas trop de nouvelles dernièrement...) et je vous souhaite plein de bonheur.
Hasta luego à tous
F.