Salut
Oui, ça fait un bout de temps que j’ai pas donné de nouvelles. À croire que je commence à m’essoufler. Rassurez-vous, pas encore. J’ai encore plein de choses à dire pour encombrer vos boîtes mail (qui sont faites pour ça, non ?)
En attendant, à la demande générale, puisque vous vouliez voir des photos, que je crée un blog ou un site, et ben, j’ai fait un truc un peu batard sur Yahoo, à la base surtout pour mettre des photos et pour qu’on puisse en échanger. Ça s’appelle Yahoo groupes. C’est assez moche et mal fait, mais j’ai fait ce que j’ai pu. À ce propos, si quelqu’un pouvait m’expliquer comment je peux créer un petit site, moi toute seule, sans passer par les pages personnelles de l’ENS, et sans devoir attendre un abonnement (comme j’avais essayé de le faire avec Free y’a longtemps), et ben, ces conseils sont les bienvenus. Parce que j’arrive pas à faire ma rubrique ‘questions à la con / réponses à la con’ sur le site de Yahoo. Alors je vais encore une fois donner des trucs en vrac.
Après quelques excursions supplémentaires dans différents supermarchés, mes craintes se sont avérées vraies : soit on a des supermarchés chers avec plein de bonnes choses, type champion, soit on a les supermarchés pas chers, type Lidl, mais en pire. Parce que figurez-vous que dans le pays le plus riche du monde, on vend parfois des trucs qu’on n’oserait pas vendre dans le tiers-monde, au niveau alimentaire bien sûr, mais pour tout le reste. J’ai découvert les super-marchés populaires dans le quartier mexicain de là où j’habite, c’est sinistre, et surtout, j’ai découvert le ‘Buck store’ (buck, ça veut dire peau de daim je crois, et en fait dollar. Ca doit dater de l’époque où on s’échangeait des peaux de bêtes avant l’invention de l’argent ?), c’est donc le magasin où tout est à un dollar. Et, dieu sait que j’aime les trucs pas chers, mais là quand même, on te vend des litres de sauce tomate qui sentent la bouffe pour chien, et j’ai acheté une rallonge électrique en plastique pourri, qui me fait peur depuis que je l’ai installée dans ma chambre, c’est vous dire.
Cela dit, pour être positive, une petite liste des choses à manger que j’aime bien ici : le pain à l’oignon, les muffins anglais (d’accord c’est anglais, mais c’est quand même arrivé ici), les mini carottes à grignoter, en fait c’est plutot pratique, les jus de plein de trucs bizarre, tomate, carotte… le gâteau à la courgette, le gâteau aux carottes (qui peut vraiment être divin quand on le goûte dans un bon salon de thé du new york chic, ce que je n’ai fait qu’une fois vu le prix), et surtout le cheese cake, cet espèce de trucs quasi glace moelleux et crémeux (là, les meilleurs sont dans les boutiques juives, j’ai pas encore testé le struddel, mais je compte me rattraper), et autre truc cool pour manger ici, c’est que ça peut etre à n’importe quelle heure, et c’est même mieux quand c’est à une heure bizarre, ce qu’ils appellent les “early bird”, c’est à dire que si on arrive au resto avant 6h du soir ou après minuit, on a de grandes chances de payer 50% moins cher, et autre truc cool : en général c’est des grosses portions. Et en fait, le Starbuck, j’aime bien. J’aurais pas cru, parce qu’a Paris, le starbuck que je connais est à opéra et pue le touriste américain friqué à plein nez, mais ici, ce sont vraiemnt les seuls cafés comme je les aime. Avec de gros fauteuils confortables, une déco potable pour voir qu’on est aux États-Unis, de la musique sympa, et des prix vraiment bien. Les gens viennent s’y poser pour lire, pour travailler. C’est un vrai café de gens seuls, comme je les aime, voilà.
Je pensais pas faire l’éloge du starbuck un jour dans ma vie, mais bon. Il faut avouer qu’ils ont beaucoup trop de succès pour être honnête, et ici, comme à chaque fois en cas de succès, c’est la cascade des produits dérivés, qui est une vraie plaie dans ce pays. C’est comme ça que chez Starbuck, ils vendent des cd, “le choix de SB” qui change chaque semaine. Quand j’y suis allée, c’était Ray Charles à l’honneur. C’est bien sympa tout ça, mais Ray Charles comme produit dérivé ! Merde ! Et bien sur, qui dit produit dérivé dit mode de vie, et en te vendant un café (qui est il faut bien le dire meilleur qu’ailleurs), on te vend un mode de vie qui se veut une réplique fantasmée du mode de vie européen (ou suppose comme tel) : intellectualisme de pacotille (livres, revues, porte revues, marque page), du loisir européen (théière, cafetière, services pour tout ça), deco european (c’est vraiment un concept ici, par exemple, pour les fringues d’homme, européenne, ca veut dire plutot ajusté, classe et sexy, de belles matières, c’est-à-dire, plus ou moins la grande mode italienne, qui ferait un peu pd en France) répliques d’affiches 1900 ou pire : Ya bon banania, que j’ai vu dans un café qui se disait français. La honte
Bon, rapidement, après l’éloge de Starbuck, je voulais quand meme faire une petite liste des trucs qui m’ont inquiétée cette semaine. Parce que maintenant j’ai la tele et mes collocs sont abonnees à plein de magazines différents, ce qui me donne un petit aperçu de cette sociéte si saine en apparence, et pourtant vraiment inquiétante.
La tele américaine, on la connait plutot bien en France et on la méprise, et je pense qu’on a raison. C’est le summum de la réussite commerciale et de la betise. C’est vraiment effrayant parce que le premier jour je me suis rendue compte en zappant que les plus belles images étaient celles des pubs. Et après examen approfondi, c’est VRAI : tout ce qui est un peu recherché au niveau des images, des textes, des histoires, et même d’un strict point de vue technique, du cadrage, de la lumière, et ben on le trouve dans la pub. Le reste (je ne parle pas des films ou des séries qui sont des produits à part) est d’une laideur affligeante : les présentateurs, les décors (Armand, il faut absolument que tu vois les cravates qu’ils portent ici !!). Pour moi, c’est exactement la même esthétique que Times Square où j’ai vraiment du mal à mettre les pieds : démonstration pure et simple d’une puissance financière sans aucune vision d’ensemble, sans aucune réflexion ni cohérence. En ce sens, je trouve la puissance américaine un peu has-been. Alors qu’on joue à la recherche du concept dans le commerce, ou qu’on cherche à séduire et à convaincre non plus au premier degré (par le simple attrait de la lumière ou de la musique),mais par des moyens (ou des manipulations, comme on veut) plus élaborés, et ben les États-unis, j’ai l’impression, ont pris un peu de retard en comparaison du marketing européen. Ce qui n’est pas forcément très rassurant pour l’Europe.
Donc la télé : c’est l’horreur, vraiment. Les pubs sont sans mentir 3 fois plus nombreuses qu’en France et les jingles, annonces etc prennent une telle imporatance qu’on a l’impression que le programme à proprement parler n’est qu’une parenthèse. La tele locale est moisie de chez moisie, pire que tout ce qu’on fait de pire sur Clermont première par ex. Et les chaines spécialisées donnent envie de pleurer (enfants, adolescents, femmes, vieux, noirs, juifs, hispanos, et des milliers de sous-catégories dans chaque catégorie)
Quant aux journaux, jusque là, j’avais lu le New York Times qui est vraiment à tout point de vue un excellent journal. Ultra complet, même en international, ce qui est rare ici, il est vraiment agréable à lire, il est même drôle. Le Monde, qui est plus ou moins l’équivalent dans sa réputation devrait vraiment en prendre de la graine. Il joue pas mal sur les modes de New York dont il se moque gentiment, et surtout il fait une campagne contre Bush qui brille d’intelligence dans l’océan de betise. Bref, un melange d’intelligence et de légèreté, de sérieux et de clarté qui manque au Monde (j’ai un jour fait le recensement des mots, expressions ou allusions que je ne comprenais pas dans un numéro du Monde : c’était impressionnant, et très inquiétant : quelles sont les prétentions d’un journal qui n’est compris complètement que par 5% de la pop ??).Bref, bravo le new york times (et ses supplément qui sont géniaux : franchement, je vous en ramène, en plus c’est super pour améliorer l’anglais). Mais a part ca, j’ai lu d’autres trucs, surtout les magazines spécialisés de mes collocs. Je me suis donc payé une bonne tranche de rigolade sur Fitness magazine, et j’ai commencé à avoir peur en regardant Fun families, un truc type Top famille, un peu con con mais gentil (et qui m’a donne de bonnes idées de recyclage déco de bouteilles en plastique ?), parce que ce truc etait truffe de pubs pour des médicaments pour enfants. Pas seulement des vitamines, mais du prozac et tous les trucs dérivés. Et la, j’ai vraiment hallucine sur la puissance des groupes pharmaceutiques. Des pubs scandaleuse du genre de celles qu’on commence à voir à paris pour les cours particuliers : une gamine qui rentre à la maison avec une bonne note, maman sourit, papa en arrière-plan est rassure, et tout le monde est content d’avoir déboursé 2000 balles pour que qqn fasse les devoirs du gosse complètement paume, oups, pardon, c’est méchant, ça doit être mon expérience des cours particuliers qui ressort), donc bref, meme image sauf que la, on vend des amphétamines !! Je vous promets j’ai vu une pub pour des amphets (à partir de 6ans seulemnt, tu m’étonnes !), écrit en tout petit avec les effets secondaires et les contre indications en minuscule. Meme pas sur ordonnance, il n’etait pas fait mention une seule fois du fait que c’était un médicament, et pas de la bouffe, ou un supplément alimentaire. Bref, j’étais dégoutée. Ici, c’est le problème, ils ne distinguent pas ces 3 trucs, et vu que les industries pharmaceutiques utilisent le meme genre de pub que pour des chocolats, la différence n’est plus lisible du tout… J’ai vu un gd nombre de reportages par exemple sur les jeunes depressifs qui confondaient médicament et drogues et qui se servaient, pour se défoncer le soir, des médicaments que leur fournissaient leurs parents le matin, avec approbation du médecin…..
Quand je pense que dans le supermarché quand je voulais acheter du vin pour le soir, je ne trouvais que du cabernet sauvigon “alcool removed” et ‘alcool free”, comme si c’était un poison alors qu’ils vendent des amphets, des antidépresseurs et des calmants ultra puissants dans les pharmacies qui n’en sont plus vraiment puisque pour etre rentables, elles se sont transformées en épicerie de snack. C’est dingue. Alors forcement, les européens et les américians ne se shootent pas aux memes drogues. On m’a plusieurs fois dit qu’en France les jeunes étaient des drogués parce que tout le monde fumait du cannabis et se bourrait la gueule le samedi soir. Bon, c’est vrai, on est bien d’accord, mais ici, c’est pire :, c’est les drogues artificielles et plsu discretes : la coke surtout, mélangée a tous les amphets de papa maman. Ici, quelqu’un de mon age juge aussi grave de fumer un joint que de sniffer de la coke. Il faut dire que la beuh que j’ai vu circuler à l’auberge de jeunesse était conditionnée comme de l’héro, en petit sachet individuel, comme pour une dose…
Encore en feuilletant les magazines : toujours les compléments alimentaires et cette obsession de la bouffe partout, et des tonnes de pubs pour le viagra, ou tous les produits dérivés du sexe. Je n’arrive pas à savoir si les américains ont plus de problèmes que les européens sur ça, ou si c’est juste qu’ils abordent la question sans complexe. Je pense que c’est qu’ils sont plus décontract sur ça, un peu trop meme. Hier, je suis passée devant une boutique de Sex toys (les gods, les combinaisons etc) qui n’était pas soft du tout, et y avait des tas de couples qui en sortaient l’air de rien. Je pense que c’est un peu le résultat qu’attendaient ceux qui ont lancé le supermarché du sexe à Pigalle. Mais échec : ça n’a vraiment pas pris en France. Une femme ne pourrait pas entrer là-dedans, meme accompagnée, sans se sentir très mal a l’aise…
Quoi d’autre ? Il y a évidemment une foultitude de magazines spécialisés, ce qui met vraiment à jour le communautarisme américain, qui n’est vraiment pas qu’un cliché. Moi je me sens très mal à l’aise en feuilletant un magazine pour étudiants noirs des facs publiques du new jersey (c’est a dire, ceux qui profitent de l’affirmative action). Je n’arrive pas à expliquer pourquoi. C’est vraiment une atteinte à la curiosité, et quelque part, je trouve ça sale : les publicitaires ciblent mieux le public. Tant mieux pour eux. Moi, ça me donne envie de pleurer quand je vois dans ce genre de magazines des dizaines d’organisations religieuses répéter que l’abstinence est la seule solution contre le sida, avec une heure de meeting et un numéro de tel. Bref, je reviendrai forcement sur le communautarisme, qui est sans doute la différence majeure de valeurs entre les états unis et la france.
Autre différence majeure, mais alors, là, c’est très complexe et vraiment long à prouver, donc, je vais peut etre attendre de lire Tocqueville pour en parler (non non, ce n’est pas parce que c’est au programme d’agreg, je vous promets, je fais pas de rechute), c’est la valeur ‘démocratie’, qui est vraiment plus qu’une valeur, et qui sous tend ici la plupart des comportements sociaux, du plus banal au plus débile. La croyance aveugle que les américains ont dans le mot “égalité’ par exemple ets la source de l’anti-intellectualisme évident de ce pays, de la marchandisation de toute forme d’art (comme le dit si bien le Lonely Planet : on est un américain qu’une fois qu’on dit au musée “je verrais bien ca chez moi” et qu’on se jette dans les museum store qui pullulent). Cela dit, tout n’est pas mauvais, et j’ai eu du mal a prendre du recul avec cette mentalité d’europénne, mais cette attitude fait que les musées sont pleins, que les américains n’ont aucune honte pour exprimer leurs avis sur une peinture, et pour s’improviser critique d’art sans avoir une habilitation. Il y a meme quelque chose de vraiment jouissif la dedans pour qqn qui vient de Paris qui est tout gonflé de complexes culturels et intellectuels dans toutes les couches de la société. Complexe qui viennent il me semble de la réputation intellectuelle et culturelle de la ville, mais aussi, et c’est à ça qu’il faut réfléchir, à l’attitude méprisante de certaines ‘élites’. (je sais qu’il y en a sur cette liste qui sont pas d’accord avec ça, mais parlons-en !!). donc, bref, ici, c’est le contraire, et ça fait plaisir, meme si on peut s’en inquiéter… ici, pour une fois l’Amérique me semble plus ‘saine’ que l’Europe. Par exemple, y a deux semaines, ma colloc se ramène avec le “cri’ de Munch en reproduction à la maison. Elle l’avait acheté dans la rue à un type qui vend à la fois des posters de James Dean, de south park, de Bob marley, et des reproductions de peinture. Quand je lui demande pourquoi elle a acheté ça, elle m’a juste répondu que c’était automatique, elle est passée, et elle s’est reconnue dans ce personnage. Elle a juste pense que ca lui ferait du bien d’avoir qqn qui lui ressemble sur son mur. Pas con, hein ?? Donc, moi, en bonne européene, je commence a lui dire que ce tableau est très celèbre et qu’en plus il vient d’etre vole, d’où anecdote amusante… mais voila, plutot que d’avoir l’attitude type de ah merde je savais pas que c’était connu, elle en a rien a foutre. Me demande vaguement de qd ca date. Je lui file mon bouquin d’histoire de l’art en anglais pour qu’elle voit ce que dit le type sur ce tableau qui l’a tant frappée. Mais elle en avait rien a foutre. Le seul truc qu’elle cherchait c’était de se l’approprier. C’est bien. Je crois franchement que c’est bien comme attitude, meme si y a pas que ça. C’est un début, et je crois que c’est quelque chose de finalement assez enfantin qu’il faut pas trop brider comme on a tendance a le faire dans les écoles et la société française. Y a bien sur les ex caricaturaux de cette attitude. Et j’ai assiste a une scène trop drole au Guggenheim, devant un tableau cubiste de Picasso (les trucs assez moches maronasses passés, avec l’accordéoniste, la guitare, la table de café etc), et y avait la deux types tout droits sortis d’un clip de rap (truc comme un collant sur la tete et vraiment un air méchant à sortir un flingue dans l’ascenseur), il faut dire que j’y suis allée dans le créneau ou c’est gratuit, donc c’était un peu la zone : y avait que des pauvres, et les touristes français (spécialistes de ce genre de choses ?). Et ben les deux mecs ont braqué personne, meme pas une insulte, rien. Ils regardaient juste les tableaux, et ils en parlaient, fort. Et devant ce picasso, y’en a un qu’a pris la petite vieille à parti à cote : “ c’est bien des arbres ça, hein ???” et la vieille un peu surprise, a quand meme répondu, je sais pas, ou ça mon garçon ? Là il s’est approché du tableau pour lui montrer les arbres et le gardien a sursauté parce qu’il avait quand meme ses doigts dégueulasses sur un Picasso très célèbre, et ils sont tombés d’accord, et moi aussi, c’était bien des arbres, à l’arrière plan, un peu décomposés et stylisés, mais c’était bien ça ! Moi j’en revenais pas.
Donc ça c’était un petit chapitre sur la démocratie, mais j’y reviendrai pour de vrai, c’était juste pour donner l’ambiance.
Il faudra aussi que je vous parle du milieu intellectuel ici, qui dans son genre est aussi très très rigolo (ce sont souvent des marxistes purs et durs. Beaucoup ont les cheveux rouges, surtout les femmes, et on se croirait dans une reconstitution historique ratée des mouvements gauchistes français des années 70).
Ca fait déjà long pour aujourd’hui, alors ce sera pour la prochaine fois Rappelez moi aussi de vous parler de Robertha, la fille qu’on voit sur les photos, qui a les cheveux bleus.
Le truc ou y a les photos, c’est ça : http://fr.groups.yahoo.com/group/an... si ça marche pas, c’est qu’il faut que je change les paramètres, alors dites le moi ! Et du coup, je vais mettre les ‘épisodes’ sur la page web, donc, si à partir de maintenant vous préférez aller les lire la bas plutot que je les envoie, dites le moi…..
Pour conclure : lisez le new york times au star buck coffee, teignez vous les cheveux en rouge, et allez parler d’art avec le clochard du coin de la rue : vous serez un vrai new yorkais…
A bientot, pour de nouvelles aventures
Anne