New York : épisode 3 (déjà ?)


mercredi 15 septembre 2004, par Anne R.

Maintenant que je suis installée bien comme il faut, je vais peut-être vous raconter un peu où je suis et ce que je fais avant de continuer ma description un peu abstraite de New-York. Juste au cas où vous seriez plus intéressés par moi que par l’évolution de la civilisation de l’autre côté de l’Atlantique. On sait jamais

Alors, je vis dans une maison immense dans une rue paisible (et c’est peu dire, l’un de mes voisins les plus proches, c’est une Funeral Home, que je vais essayer de prendre en photo discrètement, parce que c’est trop drôle, il y a un petit panneau qui interdit de se garer devant la sortie de la salle funéraire : Attention, sortie de cercueil), dans un quartier un peu à côté du campus. Il faut que je traverse un fleuve pour rentrer chez moi. Mais les déplacements à pied n’excèdent pas les 15 minutes, même si on m’a prévenue qu’avec 30 centimètres de neige, ce qui va arriver très bientôt, ça allait tout de suite être moins bucolique comme traversée…

Mais pour l’instant, je suis très contente. Il fait très beau, il y a un énorme canapé en cuir sur une énorme terrasse sous un énorme porche. Et le soir, c’est vraiment très agréable de s’y poser et d’observer l’absence de voitures et les quelques personnes qui viennent vider les poubelles et promener leurs chiens (même topo que pour Central Park, mais les gens sont moins bien habillés ici quand même). Bref, j’adore cette maison. La propriétaire est une ancienne immigrée hongroise, psychanalyse quasiment à la retraite, ultra gentille et super intéressante. Parfois on la voit discuter avec des patients qui la raccompagnent de son cabinet à chez elle, elle habite au deuxième étage de la maison dans une mansarde très très belle pleine de livres et de plantes vertes . Bref, tout ça est fort sympathique. J’ai pas encore eu l’occasion de parler avec le couple du 1er étage, mais ça m’a l’air d’être un terrain d’analyse intéressant. Quant à moi, je vis au rez-de chaussée avec 3 autres filles dans un espace trop bien. Ça ressemble un peu à la maison des Sables pour ceux qui la connaissent : des portes partout dont plein qui ne servent à rien, des entrées dans tous les sens, des tonnes de fenêtres, et différents niveaux avec quelques marches dont on se demande si elles sont là uniquement pour qu’on se pete la gueule le soir. Il y a deux salles de bains très bien, enfin, qui n’étaient pas si bien que ça avant que j’arrive, parce que j’ai réparé plein de trucs, en particulier le réglage de la douche (du coup, depuis le premier jour, mes collocs me prennent pour la reine du bricolage et pensaient que j’allais arriver à arrêter la fuite de la machine à laver de hier, qui avait déjà transformé la cuisine en piscine). Une grande cuisine, quatre grandes chambres, et un living room fantôme, je dis fantôme parce qu’il n’y a absolument rien là-dedans. C’est immense et c’est vide. Ça fait bizarre qd on arrive de Paris.

Je vais tenter de vous faire un portrait des 3 collocs, sans être trop méchante parce que je les adore, mais je suis bien obligée de caricaturer un peu, sinon c’est pas drôle, et puis, c’est tellement tentant parce qu’elles représentent chacune une catégorie d’américaines. Sarah est une indo-américaine très belle, avec une tête d’hindoue. Alors elle, c’est la college girl par excellence, celle que tu vois dans les séries américaines discuter avec les garçons après les cours (oui oui, comme dans Sauvé par le Gong, à côté des casiers métalliques). Elle a sa voiture, son petit ami, sa bande de copines qui ont débarquées un matin, et qui m’ont réveillée en improvisant une surprise party dans sa chambre avec de la musique de merde, et en parlant de mecs (et, t’as le droit de faire venir ton mec ici ? prononcé dans un américain digne de sauvé par le gong, avec le chewing gum en plus). Bon, d’accord il était 11h du mat, donc c’est pas très grave. Sarah donc a 50 paires de chaussures, une trousse à maquillage vraiment impressionnante, une coiffeuse de 3 m par 3 implantée dans sa chambre. Et alors, la première fois qu’elle est rentrée dans ma chambre, ça a duré une demi heure le temps que je lui explique d’où venait chacune de mes fringues (qui je précise sont accrochées sur une corde à linge dans ma chambre que j’ai accrochée comme j’ai pu, non parce que je n’ai pas de place où les mettre mais juste parce que ça fait joli, que j’adore accrocher des trucs, et que j’ai jamais eu autant de place dans ma vie, et que j’en profite….). Donc, voilà, elle Adooore toutes mes fringues, veut qu’on aille faire du shopping ensemble à New York, et surtout, aimerait Troooop venir avec moi à Paris à Noel. Alors la, non, mais je lui ramènerai un truc sinon, elle va pleurer. Je suis pas sure d’avoir tout compris, mais en discutant avec elle tout a l’heure, il me semble qu’aujourd’hui, elle était à Edison, qui est la ville chic à côté, pour se faire faire une épilation spéciale des sourcils. Elle m’a expliqué ça super vite, et j’ai un peu de mal avec le vocabulaire de l’épilation en anglais, donc, je ne vous garantis pas l’information. De toute façon, vous vous en battez royalement les couilles, c’est juste pour vous planter un peu le personnage.

La deuxième, c’est Anita ou Antina, je sais pas, en tout cas, ça commence comme moi. Alors elle, c’est une immense noire, pas grosse, mais ultra costaud. Elle doit faire du 45, sérieusement, hier, je suis rentrée, et il y avait ses baskets au milieu du salon, j’ai cru que le Père Noel était arrivé plus tôt que prévu. Le premier jour, elle me propose de me déposer en voiture sur le campus, ou je donne mes cours. Moi, bien sûr, toute contente, oui !! Mais en fait, elle se lève tous les matins (sf le dimanche quand meme) à 5h pour aller s’entraîner sur le fleuve à l’aviron de 6 à 8, avant le début de ses cours. Donc, non merci, j’aime bien marcher à pied, ça va aller. Bref, elle est folle. Il faut voir les platées de riz qu’elle s’avale. Sinon, elle est ultra gentille. Elle m’aide avec internet, l’ordi et tout ça parce que son père est informaticien. Le truc drôle avec elle, c’est qu’elle est super fière et contente d’avoir ramené une machine à café monstrueuse. C’est une cafetiere énorme pour 15 personnes que tu peux programmer pour le matin. Rien de bien extraordinaire, mais elle etait super contente de l’apporter et de nous expliquer 15 fois, à la roumaine et à moi, qui sommes les seules a boire du café, comment faire pour la programmer. J’ai eu droit 3 fois à la petite histoire de son père et de la machine à café. Au moins, j’ai du vrai café ici, entre la machine de la rameuse et le café de la roumaine qu’elle a acheté hors de prix (elle a beaucoup insisté sur ce dernier point) chez Starbuck (le seul lieu où tu es sûr de trouver du bon café dans tous les Etats Unis.)

La troisième, c’est une roumaine donc, Nelly, 32 ans, qui a immigré aux EU il y a 10 ans quand son mari a gagne la carte verte a la loterie. Et après la ‘girl’, la sportive, elle c’est l’autre partie de la population américaine, la partie immigrée, dans laquelle on peut ranger je crois à peu près un tiers de la population américaine. Donc, traits caractéristiques : grosse ambition, grosse envie d’argent (elle termine ses études de médecine, trouve la carte verte et s’installe a son compte ici), un fort accent étranger (je devrais nous enregistrer quand on parle, elle et moi, je pense que c’est très rigolo pour un américain). Un anglais appris directement ici sur le tas, donc, aucune connaissance du vocabulaire abstrait ou intellectuel. Sinon, parcours classique : mariage a 18 ans en Roumanie. Elle a pris l’avion enceinte jusqu’aux dents et déboursé pas loin de 100000$ de clinique pour que ses deux fils naissent sur le sol américain et reçoivent donc la citoyenneté américaine. Sauf, que accident dans le parcours, elle peut pas blairer son mari, ça fait des années qu’elle essaie de divorcer a distance en Roumanie, parce qu’ici c’est trop cher (l’accouchement oui, le divorce non, euh, non pardon je suis méchante la, en plus, je crois que la procédure de divorce est vraiment beaucoup plus chère que l’accouchement ici, triste ironie du sort). Ses deux fils sont en Roumanie, avec sa mère qui va bientot mourir, et elle vient de quitter définitivement son mari et a décidé de vivre toute seule ici pour terminer son diplome de médecine tranquille. Sauf qu’elle est pas du tout tranquille, elle dort pas, elle arrete pas de lire des livres a la con (comment gérer ses émotions, comment retrouver la paix intérieure, comment etre heureux comme ci, et puis aussi comme ca) Parenthèse gag sur ça d’ailleurs : un soir, elle revient des magasins, et comme elle avait vu que j’avais plein de livres, elle était toute contente de me montrer ses nouveaux achats, et me propose de me les preter, alors moi, j’étais toute contente aussi. Et la, je tombe sur un ramassis de merde. Encore, qu’on achète 1 “réussir sa vie” d’accord, mais 10, non, la je dis stop. Y a bien un moment ou on s’aperçoit que ca marche pas, ou pas comme ca, quand meme. Non ? Alors, la, ça faisait deux jours que je la connaissais, j’ai pas ose dire ce que j’en pensais. J’ai gentiment feuillete le livre du se sentir mieux dans sa tete du yogi machin, en me retenant de rire et en lui promettant que je lui emprunterait plus tard. Maintenant je lui dis ce que j’en pense parec que j’ai entrepris de lui secouer les puces un peu parce qu’elle rumine, elle rumine c’est affreux. Du coup elle m’adore. Elle veut tout faire comme moi, c’est atroce. Je me fais cuire un œuf, elle me demande comment je le cuisine (!) et fais pareil. Je me suis achetée un téléphone, et aujourd’hui, elle se ramène avec presque le meme. Je me suis achetée un ordinateur portable, et ce matin, je vois dans la cuisine l’équivalent de PC magasine. Merde quoi ! Et demain, elle vient avec moi à New York visiter le MET. Je vais quand meme lui montrer qqs trucs a faire a NY, parce qu’elle est tellement paumée cette pauvre fille. C’est incroyable. 15 ans qu’elle vit dans les coins, et elle a du aller deux fois a NY. Elle a meme été jusqu’à me demander s’il y avait beaucoup de bars ouverts le soir la bas !!!
Il faut aussi préciser que c’est une incompétetnte notoire. C’est plutot triste à voir, j’imagine qu’elle avait assez d’argent avec son mari pour ne rien faire de ses 10 doigts. Mais juste pour l’anecdote : je lui ai quand meme appris à faire cuire du riz, à faire du café, à faire cuire une cote de porc (du coup, je mange avec elle ses réserves de viande surgelée, et c’est plutot cool parce que la viande, ça coute très cher ici). Elle me prend pour une déesse parce que j’ai repare la douche, mais ça elle est pas la seule, ;ais aussi parce que je lui ai accroche ses rideaux, je l’ai aide a rentabiliser l’espace de sa chambre (merci IKEA, pensez vertical), et que j’ai trouve un marteau pour planter un clou.
Mais la, elle commence a devenir un peu envahissante, je veux bien faire du social, mais pas tout le temps quand même. J’attends vos conseils.. svp. Enfin au moins, elle fait des progrès (elle ne pouvait que faire des progrès), ça fait plaisir à voir.

Bon, j’ai fini avec la caricature, maintenant je vais vous raconter comment j’ai meublé ma chambre, qui était absolument vide quand j’ai emménagé. Ce sera peut-être un peu plus drôle.
D’abord, c’est une chambre assez grande, avec un superbe parquet (bon, ça reste américain, bien sûr, c’est pas du parquet tout simple, ici, c’est un trait caractéristique, quand ils décident de faire quelque chose beau, ce qui n’arrive pas si souvent quand même, ils ne peuvent jamais, mais vraiment jamais faire simple, quand ils mettent des rideaux, c’est des doubles rideaux avec dentelles et neuneu, le papier peint, il faut absolument qu’il y ait une frise assortie en haut et en bas, avec les applics assorties. Leur grand truc, dans les magasins, tu le vois assez bien par exemple, c’est d’assortir, la nappe avec les rideaux, le dessus de lit avec le tapis…. Alors déjà que le tissu est en général assez moche, quand la surface est multipliée par 3 ou 4, tu sors pour vomir, et tu reviens après) J’exagère encore, mais il y aurait vraiment beaucoup a dire sur le mauvais goût américain, maintenant, je comprends pourquoi l’art moderne et l’architecture contemporaine ont si bien pris chez eux : enfin quelque chose qui n’est pas assorti avant tout. Fin de la parenthèse. En plus, je suis médisante parce que mon parquet est superbe, c’était juste pour dire qu’il avait des petites décorations sur les côtes, une sorte de parquet bicolore avec frise, mais tout ça reste très soft par rapport à ce que j’ai pu voir ailleurs.
Donc, j’ai du parquet.
Et deux grandes fenêtres.
J’ai d’abord un peu (!) insisté pour avoir un lit, parce que ma proprio m’en avait promis. Ici, c’est incroyable comme les gens ont du mal a comprendre pourquoi tu n’as pas transporté tous tes meubles dans l’avion. J’ai beau leur expliquer, ils restent dubitatifs. Encore un mystère à éclaircir. Bref, je suis arrivée le premier soir à 10h, pas de matelas. J’ai du aller dans une chambre qu’elle m’avait montrée pour piquer un matelas de dépannage. Puis, une semaine plus tard, j’ai fini par obtenir un sommier (super moche d’ailleurs avec de grosses fleurs roses sur fond bleu a pois blancs (ma colloc roumaine a adoooré. Dur ), puis par négocier le fait de garder le matelas de dépannage qui était super bien. Puis, le deuxième jour, je suis allée m’acheter des pinces a linge et de la ficelle pour suspendre mes fringues, des photos et des tas de bibelots inutiles (on se refait pas). Puis, j’ai réussi à négocier le fait de prendre une étagère à ma colloc roumaine (contre les conseils de réaménagement de sa chambre : "tu sais Nelly, si t’enlevais la troisième étagère, ça te ferait plus de place", "ah, oui, bonne idée, tu la veux ?" "oui !"). Ensuite, j’ai un peu tanné ma proprio pour qu’elle me trouve une chaise. Elle m’aime bien alors elle m’a donné un superbe fauteuil en cuir et en bois. Vraiment beau cette fois-ci. Et elle a bien vu que je la lacherai pas comme ça, alors elle n’a emmené dans le garage et m’a dit de prendre ce dont j’avais besoin. La, j’ai sauté sur l’occasion et j’ai une superbe table basse en chêne, dont certes j’avais pas vraiment besoin, mais qui était vraiment trop belle pour résister, une table de nuit très bien.

Il me manquait plus que le bureau. Problème que j’ai résolu hier soir. En attendant, j’avais trouvé dans la rue un petit repose pied en skai qui m’a servi de chaise provisoire, ainsi qu’un meuble a chaussures que j’ai rapidement transformé en porte serviette.
L’épisode du bureau s’est donc résolu hier soir après une longue semaine de prospection en ville, dans les poubelles et dans les magasins de meuble, et meme au département de français où je bosse, là c’était vraiment en dernier recours, parce qu’il ne croule vraiment pas sous les meubles ni sous l’argent. J’ai déniché la perle rare hier soir dans une arrière cour a cote de poubelles qui puaient, vers minuit. Un immense plateau blanc nickel avec des tréteaux métalliques super design. Seul problème, ça pesait 50 kilos, et je suis sérieuse. Ma colloc avec une voiture était chez son boy friend et l’autre costaude dormait déja depuis 8h du soir tandis que la roumaine était en pleine crise existentielle, et de façon permanente, assez peu apte a tout ce qui touche au matériel et au physique.
J’ai donc vécu ma petite épopée hier entre minuit et deux heures du matin pour faire les 200m jusqu’à chez moi avec cette table qui pesait sans doute aussi lourd que ma colloc rameuse. C’était atroce, je m’arretais tous les 3 pas pour me dire, allez Anne, encore trois pas. J’ai jamais autant sué de ma vie (en plus c’est encore la canicule ici, j’ai comme l’impression qu’on va passer directement de la canicule a la neige). Bref, j’y suis arrivée et maintenant j’ai le meilleur bureau que j’ai jamais eu de ma vie.
Par contre, revers de la médaille : j’ai pas fini de passer pour une marginale ici, déjà que j’ai pas de voiture (ce qui te rapproche pour une mentalité du New Jersey de la catégorie extra terrestre), que je parle pas très bien anglais (mais ça ils s’en foutent vraiment : tout le monde a un accent dans ce pays, après tout, ils sont tous immigres), et que je suis habillée comme une française (j’en rajoute un peu sur ça d’ailleurs, parce que c’est rigolo. Aujourd’hui, j’avais ma robe Pocahontas. Grand effet !), si en plus, ils me voient fouiller dans les poubelles, ils n’ont pas fini de parler de moi dans le quartier.

J’arrête là. J’en peux plus.

Je suis peut-être un peu trop (un peu ?) entrée dans les détails, mais je peux pas m’empêcher. Ils me font tellement rire ces américains, j’ai trop envie de vous raconter.

A bientôt pour de nouvelles aventures

Anne

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