Motivation et enseignement artistique

Stage pour profs de musique de conservatoire

Avertissement :

Je ne suis pas musicien, et je ne connaissais rien à l’enseignement de la musique avant qu’on ne me propose d’animer ce stage. Cependant, j’ai depuis discuté avec un certain nombre d’anciens élèves du conservatoire qui avaient chacun quelques remarques précieuses ("ce qui a bien marché pour moi c’est...") que j’ai complétées avec des propositions de mon cru. Certaines seront sans doutes naïves voire contre-productives, mais j’espère que vous trouverez dans le lot quelques pistes de réflexion ainsi que des idées utiles et directement applicables.
N’hésitez pas à compléter mes propositions et me faire part de vos remarques et réactions (francesco "arobas"alamemeetoile.net, je mettrai à jour cette synthèse.

Avant de commencer, un grand merci à Alix, Anne, Augustin, Maiwenn, Marie, Pierre et Thierry pour leurs précieuses contributions. Sans eux, je ne saurais pas grand chose de ce que vous lirez ci-dessous.
Et aussi à tous les stagiaires dont j’ai beaucoup apprécié l’enthousiasme, l’envie de mieux partager leur passion avec leurs élèves, l’exigence par rapport à eux-mêmes et la modestie.
Merci !!!


Point de départ

  • Les enfants commencent jeunes, poussés par les parents, mais à partir de 15 ans ils se désintéressent ou sont découragés et arrêtent.
  • Les choses ont évolué ces dernières années, mais le conservatoire garde parfois la réputation d’un endroit austère et élitiste, où l’on apprend dans la souffrance : le conservatoire ressemble à l’école !
  • Une certitude : La élèves qui arrêtent "ne sont plus motivés".

Dans cet exposé, je ne chercherai pas à définir précisément le concept de motivation. Je préfère ici le considérer comme une notion très large et un peu fourre-tout, qui englobe tous les raisons pour lesquelles les élèves arrêtent la musique.
S’il n’y a pas de recette universelle pour résoudre le problème de la motivation, il y a néanmoins un grand nombre de pistes à approfondir qui, dans certains cas, porteront leurs fruits.


Sommaire

I) Clarifier les objectifs
II) Motivation et démotivation
III) La convivialité et l’adaptation au parcours de chacun
IV) Comment gérer son cours ? - Un peu de didactique
Sources et références


I) Clarifier les objectifs

1. La motivation des élèves

Pourquoi un jeune apprendrait-il la musique ? Pourquoi viendrait-il au conservatoire ? Qu’est-ce qui vous motivait en tant qu’élève ?

  • Goût pour la musique/un instrument
    Se poser la question : est-ce que l’élève trouve toujours une source de plaisir dans ce qu’on lui enseigne ?
  • Faire comme quelqu’un qu’on admire, goût pour un certain type de musique
    Lui offre-t-on ce qu’il aime ou cherche-t-on à lui faire aimer ce qu’on lui impose ? Connaît-on ses goûts ? (sinon lui demander…)
  • Faire quelque chose de ses mains qui produit un résultat. Goût du travail bien fait.
    Permet-on à l’élève de parvenir à un résultat fini : un répertoire permettant de se produire en public ? un enregistrement ? de se faire plaisir ?
  • Retrouver ses camarades/amis du conservatoire, faire partie d’un groupe
    On pourrait encourager des rencontres/amitiés, par forcément musicales. Organiser des fêtes, des sorties/voyages (parfois ouverts à des non musiciens ? cela permettrait d’attirer de nouveaux élèves). Il faudrait rendre le lieu le plus convivial possible.
  • Faire plaisir aux parents ou au prof
    Faut-il impliquer plus les parents ? Les conseiller pour valoriser leur enfant ? Comment encourager ? Savoir féliciter/récompenser mais pas trop.
  • Valorisation sociale, être au centre de l’attention, renforcer son auto-estime
    Offre-t-on à l’élève des occasions pour valoriser ce qu’il sait faire ? Jouer en public dans une situation valorisante (solo ? petit groupe ?), jouer un répertoire qui plaira aussi à ses amis ?

Exercice : Pour chacune des motivations des élèves citées ci-dessus proposer une ou deux idées susceptibles de les favoriser.

Remarque : pour connaitre les motivations, les goûts et les conditions de travail des élèves (qui varient aussi selon leur age), il faut penser à leur demander !!! A la fin de cet article, je propose l’idée d’un questionnaire à faire passer. Cela me parait très utile.

2. La motivation des parents

Pourquoi les parents inscrivent-ils leur enfant au conservatoire ?

  • Par goût personnel pour la musique, qu’ils veulent partager avec leur enfant.
  • Parce que eux aussi ont suivi une telle formation et veulent la reproduire.
  • Parce qu’ils auraient voulu faire de la musique mais n’ont pas pu, alors ils voudraient que leur enfant le fasse à leur place.
  • Parce que la musique fait partie d’une éducation complète pour un enfant, et demande une rigueur qui est moins apprise à l’école.
  • Parce que leur enfant a l’air d’aimer.
  • Parce qu’ils ont déjà inscrit l’ainé et c’est pratique d’emmener le deuxième enfant à la même heure (comme une garderie) !

Exercice : Pour chacune des motivations des parents citées ci-dessus proposer une ou deux idées susceptibles de les favoriser.

Il peut être utile de rédiger une charte ou lettre en début d’année leur expliquant nos objectifs et comment ils peuvent aider leur enfant, par exemple :

  • Expliquer que la musique doit être un plaisir, son travail doit se distinguer du travail scolaire (pas de contrainte, sauf éventuellement pour les plus petits)
  • Décrire les conditions idéales pour travailler un instrument (l’habitude de répéter un peu le plus souvent possible...)
  • Expliquer comment donner envie à l’enfant de s’investir et le rendre plus curieux en lui faisant écouter de la musique et en l’emmenant à des concerts des genres les plus variés. (L’enfant ressent en général la contradiction entre le fait que les parents veulent qu’il fasse de la musique et celui qu’ils ne s’y intéressent plus eux-mêmes.)
  • Il vaut mieux ne pas surcharger l’enfant avec trop d’activités annexes.

Vous pouvez vous inspirer la charte parents-élèves pour les maths en 6ème que j’avais rédigée, sachant qu’il faut ici quelque chose de beaucoup moins scolaire.

3. La motivation des profs

En tant qu’enseignant, quels sont vos objectifs ? (les vôtres ou ceux de vos collègues)

  • Former des musiciens professionnels ? Avoir tant d’élèves qui réussissent à tel concours ? Transmettre tel niveau de connaissance ?
  • Partager une sensibilité/goût pour une certaine musique ? Faire passer du bon temps ? Former des gens qui ne feront plus de musique mais qui sauront l’apprécier, ou alors des amateurs qui joueront tout au long de leur vie ?
  • Goût pour l’enseignement et les jeunes (et les relations privilégiées avec chaque élève). Permettre l’épanouissement de chacun (à son niveau), favoriser l’aisance en public...
  • Continuer à apprendre et se perfectionner, créer de nouveaux projets.
  • Etre un professeur admiré/respecté ? La fierté de faire partie d’une structure prestigieuse comme le conservatoire ? Un travail alimentaire qui permet de financer d’autres activités (interprète, compositeur…) ?

Qu’est-ce qui vous motive en tant que prof ? Resterez-vous toujours motivé ?
En quoi l’enseignement est-il un beau métier ?
Quel est le plus grand accomplissement/satisfaction pour un professeur ?
Citer des exemples où vous vous êtes sentis utiles/accomplis/récompensés en tant que prof.

Il est très important de retrouver régulièrement la réponse à ces questions, car il est peu probable qu’un professeur parvienne à transmettre une passion pour la musique s’il n’a lui-même une passion pour la musique ET pour l’enseignement !!

Si vous ne pouviez/vouliez plus enseigner, quels métier feriez-vous ?
Là aussi, il me semble important de trouver une réponse à cette question car, si l’on connait une alternative, on percevra moins l’enseignement comme une obligation et plus comme un choix, et l’on s’y sentira plus passionné.

4. La motivation de l’institution

Les textes de référence sur ce point sont : la Charte de l’enseignement artistique spécialisé en danse, musique et théâtre ainsi que le projet d’établissement de votre conservatoire.

Pourquoi enseigner la musique ? A quoi ça sert ?

Pour le sens esthétique, la connaissance, etc...
On pourrait dire que ce n’est pas cela qui va donner un travail aux élèves, et qu’à une époque de réduction des budgets de l’État c’est un luxe qu’on ne peut pas se permettre... Ou alors la musique est-elle juste utile pour la formation des enfants, et il est normal de l’abandonner ensuite pour des occupations plus sérieuses ?
Alors, il est bon que chacun ait des arguments de réponse à cela...

En tout cas, la charte donne des pistes de réponse :

« La formation artistique est reconnue aujourd’hui comme constitutive de l’éducation des enfants et des jeunes. Elle participe à la formation de leur personnalité, développe leur culture personnelle et leur capacité de concentration et de mémoire. Elle prépare ainsi les jeunes à tenir un rôle actif dans un espace de vie en constante mutation en confortant l’intuition de l’échange et la réalité de la pratique collective. »

Une remarque importante : cet objectif ne précise pas que la pratique de la musique est souhaitable/utile pour les adultes aussi, et qu’il faudrait faire en sorte que les élèves aient encore envie de jouer quand ils seront grand. Qu’en pensez-vous ?

Les objectifs définis par la Charte de l’enseignement artistique spécialisé en danse, musique et théâtre sont :

  • « Former le sens esthétique et développer la sensibilité et l’éveil à travers le plaisir de l’expérimentation et la connaissance d’œuvres de référence. (…) Former la personnalité, développer la culture personnelle et la capacité de concentration et de mémoire. »
  • « Les établissements d’enseignement en danse, musique et théâtre, ont pour mission centrale la sensibilisation et la formation des futurs amateurs aux pratiques artistiques et culturelles. »
  • « Ils contribuent à la réduction des inégalités sociales d’accès aux pratiques culturelles au travers d’actions de sensibilisation et d’élargissement des publics. »
  • « Ils sont des lieux de ressources pour les amateurs. » « Ils sont des centres d’animation de la vie culturelle. »
  • « Certains d’entre eux assurent également la formation préprofessionnelle. »

Les objectifs du conservatoire ont-ils évolué ces dernières années ?
J’imagine que oui, puisque la description faite par la plupart des amis qui y sont passés (lieu élitiste, culpabilisant) est très différente de celle qui ressort des textes officiels.

L’enjeu de la mixité sociale

(la charte parle de « démocratisation culturelle »)
En tant que service public (financé par tous), on ne peut se contenter de toucher seulement une minorité de jeunes privilégiés. On m’a raconté qu’une étude avait jadis montré que le conservatoire fournissait essentiellement des cours particuliers subventionnés à des gens qui auraient pu se les payer. Les choses ont évolué depuis, mais j’imagine (il faudrait le vérifier !) que la plupart des élèves ont encore des parents plutôt aisés, ayant fait de la musique et accordant déjà une importance particulière à l’éducation de leurs enfants.
Or, même dans un situation où l’on n’a pas de mal à recruter des élèves jeunes (beaucoup de demande), le conservatoire doit tout mettre en œuvre pour les garder le plus longtemps, car les premiers qui auraient tendance à abandonner sont probablement ceux que l’entourage prédisposait le moins aux études musicales, et qui en auraient donc le plus besoin. (La charte précise que ce public est parfois touché par d’autres associations qui expérimentent des actions nouvelles, mais qu’il en est ensuite exclu à cause des tarifs.)

(Remarque : cette exigence de mixité a naturellement conduit aux tentatives actuelles d’obtenir un quota de 30% de boursiers dans les Grandes Ecoles.)

Le danger de l’élitisme

L’objectif de toucher le plus grand nombre, surtout des gens qui ont peu accès à la musique dans leur famille, n’est pas directement compatible avec un modèle trop élitiste.

  • Un système élitiste exclut des élèves et réduit la mixité sociale (les premiers exclus sont ceux qui ne maitrisent pas tous les codes sociaux ou ne disposent pas chez eux de bonnes conditions de pratique).
  • L’élitisme rend plus inutile la formation de ceux qui abandonnent, car le système vise plus la sélection que l’apprentissage (on est donc conduit à apprendre mal des morceaux difficiles au lieu de maitriser bien des morceaux plus faciles). Ceux qui échouent dans un système élitiste partent souvent avec des compétences moindres, et surtout des inhibitions et un sentiment d’infériorité qui les rendent passifs.
  • Un système trop élitiste peut détruire le plaisir simple de jouer pour un public (pas forcément exigeant) et pour soi-même.
    J’avais une amie qui après 10 ans de conservatoire refusait de jouer ne serait-ce qu’un morceau, sous-prétexte qu’elle n’avait rien de prêt ! J’ai l’impression que beaucoup d’élèves du conservatoire y acquièrent un tel degré d’exigence qui dépasse leurs capacités, si bien qu’ils perdent leur objectif premier : jouer de la musique pour être écoutés !
    Autre exemple : une amie (encore au conservatoire) ayant joué pour un bal conclut "c’était pénible, les gens dansaient et parlaient et ne nous écoutaient pas. En plus, à la fin, nous étions fatigués mais ils ont voulu qu’on joue encore !" Sa conception de l’écoute noble de la musique (en silence et immobile) l’empêche de profiter d’un cadre à priori intéressant (un public enthousiaste, qui prend du plaisir, peu enclin à rechercher les erreurs d’exécution.
Ma vision personnelle d’un objectif concret

Aux objectifs cités précédemment, il faudrait selon moi ajouter celui de rendre l’élève autonome, de lui fournir une compétence qui lui servira dans la vie de tous les jours, en tenant compte du phénomène naturel d’oubli avec le temps. Rendre l’élève autonome, c’est ne pas remettre systématiquement à plus tard les débouchés pratiques et ne pas s’enfermer dans une technicité qui sera vite perdue. Un objectif raisonnable, c’est qu’à tout moment l’élève souhaitant arrêter puisse partir avec un répertoire varié et accessible qu’il pourra jouer pour lui-même et ses proches, et des capacités lui permettant de continuer seul à apprendre des nouveaux morceaux et d’improviser. Et si possible aussi des amis musiciens et un groupe pour jouer. On doit donc parfois mettre de côté les objectifs de technicité pour consolider les acquis et varier un répertoire bien maîtrisé.

5. Retour sur le rôle de l’enseignant

Les objectifs des professeurs coïncident-ils avec ceux du conservatoire ? Était-ce ce que l’on attendait en arrivant dans le métier ?

Dans l’Éducation Nationale, les nouveaux profs croient que leur but principal est de transmettre un savoir disciplinaire, alors que l’objectif de l’institution est une éducation au sens plus large. Cela crée de la frustration/démotivation chez les enseignants qui s’attendaient à exercer un autre métier.
Il faudrait se rendre compte que s’il y a décalage entre objectifs de l’enseignant et celui de l’institution, alors l’élève recevra des injonctions contradictoires et cela risque de poser problème au niveau de sa motivation.
En tant que jeune fonctionnaire (payé par le contribuable), j’ai l’impression qu’on est quand même en devoir de connaître les instructions officielles, comprendre leur sens, croire en leur importance et essayer de les appliquer. C’est en alignant nos objectifs sur ceux de l’institution que nous avons le plus de chance de les réaliser, et donc de trouver un sens à ce que nous faisons.

Le rôle du professeur

D’après la Charte, il est là pour :

  • enseigner (+ les activités annexes comme auditions, évaluation…)
  • continuer à se former
  • participer à la conception et la mise en œuvre du projet d’établissement et aux actions culturelles extérieures
  • conseiller les amateurs et les aider à formuler des projets.
Quelques phénomènes à connaitre
  • Effet professeur : un bon professeur, motivé par ce qu’il fait et qui applique de bonnes méthodes a une influence importante sur la progression des élèves
  • Effet innovation : une innovation présente souvent des résultats positifs, au-delà de l’innovation elle-même, car elle suppose l’engagement d’une équipe autour d’un projet commun. Chercher à innover est donc toujours positif (et la Charte l’encourage vivement).
  • Effet pygmalion : la croyance du prof en les (in)capacités d’un élève pousse l’élève dans ce sens. Il est donc du devoir du prof de croire en l’élève (et ne pas le dévaloriser quand il parle de lui à ses collègues) et de se convaincre que tous peuvent réussir.
  • Effet « goût du professeur » : A l’école, la chimie est enseignée par des physiciens, la géographie par des historiens. Comme les profs n’aiment pas ces matières, les élèves non plus. De plus, les profs n’aiment pas en général les disciplines techniques ni l’entreprise (ils ne les connaissent pas, et on choisi leur carrière pour les éviter), donc les élèves non plus. Or justement c’est là que les élèves iront...
    Autre exemple tiré de la musique : une amie qui a enseigné la musique, me dit d’une part que « tout est musique, tant qu’on a l’impression de s’y exprimer ». D’autre part on sent un certain mépris pour ce qui est techniquement trop facile (ce que jouent les groupes amateurs...) ou des situations moins nobles comme le bal. Les élèves risquent de penser de même...
    Un bon enseignant devrait donc apprendre à aimer ce à quoi il prépare ses élèves (qui ne seront pas tous solistes) et les objectifs que ceux-ci peuvent atteindre, de manière à ce que ces élèves retiennent ces mêmes goûts.

6. Pourquoi suivre les cours du conservatoire ? Quelles alternatives ?

Il est important de se poser cette question pour se demander ensuite si ces raisons sont valables, si elles sont satisfaites. Ou si simplement l’élève aurait raison de chercher ailleurs (d’où sa démotivation).

Remarque : La Charte de l’enseignement précise que les autres acteurs (écoles privées et surtout associations) sont des partenaires utiles et non des concurrents, ils partagent les mêmes objectifs : « Définir leur rôle, en complément des missions du réseau public d’enseignement artistique et en collaboration avec lui est devenu indispensable. »

  • Les atouts et défauts du conservatoire
    • Qualité et diversité de l’enseignement ? Les disciplines collectives (orchestre) ? Exigence ? Prix ? Réputation ? Parce qu’on a réussi à rentrer, et c’est valorisé ?
    • Défauts : trop d’exigence ? élitisme ? rigidité de la formation ?
  • Quelles sont les alternatives au conservatoire ? Quels sont leurs avantages et inconvénients ?
    Professeur particulier ? Écoles privées ? Cours organisés par la municipalité ? Groupes amateurs ? L’apprentissage en autodidacte ? Méthodes alternatives ? (un ami m’a parlé de la méthode Willems)

Quels sont les autres acteurs de l’éducation musicale présents autour de votre conservatoire ? Quels partenariats nouer avec eux ? Dans quels cas leur envoyer des élèves ? Quelles passerelles entre un système et l’autre ?

Remarque : on m’a raconté l’histoire d’une fille qui est rentrée dans un bon ensemble amateur et, étant la meilleure flûtiste du groupe, s’est retrouvée à faire un solo de flûte au théâtre de la Ville, ce qui aurait été beaucoup plus difficile à atteindre en devenant d’abord professionnelle.

Il faut rappeler ici qu’il est du devoir du prof du conservatoire d’orienter l’élève vers d’autres structures s’il veut quitter le conservatoire (ne pas agir en « après moi le déluge »).

Exercice : Quels sont les autres acteurs de l’éducation musicale présents autour de votre conservatoire ?
Quels partenariats nouer avec eux ? Dans quels cas leur envoyer des élèves ? Quelles passerelles entre un système et l’autre ?

7. Un exercice intéressant pour aller plus loin

Pour poursuivre la réflexion ici à l’enseignement de la musique, je trouve intéressant de s’entrainer à appliquer ces analyses à d’autres domaines, de manière à prendre un regard extérieur à sa propre discipline (pour laquelle on a déjà des idées arrêtées). Voici donc deux questions à méditer :

  • Quels sont les points communs et différences entre l’enseignement du conservatoire et celui de l’école ? (objectifs, méthodes, public, marge de manœuvre dans leur organisation, sélection). Comment se démarquer de l’école à un âge où les jeunes ne l’aiment plus ?
  • Pourquoi enseigne-t-on les maths ? Qu’est-ce qu’on peut aimer dans les maths ? Qu’est-ce qui rebute les élèves ? Faire des propositions concrètes pour améliorer l’enseignement des maths. Penser à rappeler les points communs entre l’enseignement des maths et de la musique (exigence de pratique, rigueur, apprentissage d’un formalisme).
    J’ai déjà rédigé des pistes de réponses.

II) Motivation et démotivation

Cette partie contient un certain nombres d’éléments théoriques apportés par les sciences cognitives et les sciences de l’éducation, que j’ai trouvé pour l’essentiel dans l’ouvrage « Motivation et réussite scolaire » par A.Lieury et F.Fenouillet (Dunod).

1. Qu’est-ce qui peut démotiver les jeunes ?

Exercice - étude de cas : proposer un ou deux exemples auxquels on a été confronté, décrire l’élève, son parcours, les causes supposées de la démotivation, ce qui a été tenté. Les autres participants proposent d’autres solutions.

Comment détecter une baisse de motivation ?

Les stagiaires proposent les symptômes suivants :

  • L’élève s’isole dans les cours collectifs (formation musicale).
  • Manque d’intérêt pour ce que le prof propose.
  • Baisse du travail, absentéisme, retards, oubli du matériel à la maison.
  • L’élève demande des arrangements (d’emploi du temps, de travail)
  • L’élève a l’air heureux d’être en cours, mais ne fait rien à la maison.
  • L’élève démotivé cherche à entrainer les autres.
Qu’est-ce qui peut démotiver les jeunes ?
  • Un travail difficile, sans gratifications immédiates (contrairement à d’autres activités comme les jeux vidéo ? la télé ? internet ?)
    Dans ce cas, comprendre le potentiel addictif de ces activités (j’ai écrit un texte sur ce problème), proposer une alternative, éventuellement avec l’aide des parents). On peut aussi parler de ses propres difficultés, de sa propre expérience.
  • D’autres activités importantes (école qui demande plus de travail au lycée, sport, autres loisirs, responsabilités familiales) Est-ce simplement que les parents proposent trop d’activités (leur en parler) ? Sinon, il faut aussi relativiser l’importance de la musique pour des enfants ayant un emploi du temps qu’aucun adulte ne pourrait supporter, et peut-être moins mettre la pression, être moins exigent.
  • Pas d’utilité pour l’avenir (les adultes arrêtent)
    A part le métier de musicien professionnel ou l’enseignement, il y a aussi d’autres métiers (le coaching professionnel, l’art-thérapie, l’animation…) Pourrait-on faire connaître ces métiers, voire initier les élèves à leur utilisation de la musique ?
    Plus simplement : quand l’élève se projette dans le futur, imagine-t-il une place pour la musique dans sa vie ?
  • Envie de changement après des années de pratique
    Mieux vaut proposer la découverte d’autres genres/instruments/profs que de perdre définitivement le jeune.
  • Les cours de musique ressemblent trop à l’école (que l’élève rejette)
    Qu’est-ce qui différencie les cours de musique de l’école ? Devoirs ? Gratification ? Plaisir ?
  • Un prof trop sévère/exigeant/méprisant, trop de compétition/stress, perte du plaisir de jouer quand ça devient trop dur, trop technique...
  • La crise d’adolescence, rébellion face à l’autorité, autres problèmes personnels  
    Surtout si on a commencé la musique pour faire plaisir aux parents. Dans ce cas, bien se différencier des parents… (Une amie raconte avoir arrêté car le piano était à la maison qui était exactement le lieu où elle ne voulait pas être. Si on lui avait proposé de passer à un instrument plus mobile…) Mettre en perspective l’attitude face à la musique par rapport aux problèmes généraux de l’adolescent. Accepter que la musique ne soit pas une priorité, que la démotivation ait une origine plus générale et hors de portée.
Précisions : La crise d’adolescence

C’est une période de transformations physiques multiples. En particulier, le corps grandit brusquement et cela peut provoquer de la maladresse car l’ado n’est pas encore habitué à des bras/jambes plus longs... (François Dolto en parle dans Le complexe du homard.) Ceci s’accompagne de changements au niveau des gouts, valeurs et repères : les parents perdent leur aspect central au profit des amis, mais surtout de soi-même. L’ado se pose des questions par rapport à ses objectifs dans la vie, change ses centres d’intérêt, recherche liberté et indépendance, notamment en remettant en question l’autorité des adultes.

Question : Que peut-on faire pour gérer au mieux cette crise ?

  • Parler, discuter, dialoguer !!!!
  • Identifier les causes de démotivation et les aspirations de l’ado. (Demander ce qu’il aime...)
  • Se distinguer des autorités rejetées (école/parents).
  • Respecter l’autonomie et la volonté de l’ado. (Rappeler qu’il n’est là que parce qu’il le choisit, et n’est pas obligé de continuer.)
  • Savoir relâcher la pression et adapter le parcours (pour ne pas tout perdre)
  • S’adapter aux goûts, proposer un changement, par exemple un stage de découverte d’un nouvel instrument, d’autant plus utile qu’il n’a peut-être pas choisi son instrument, changer de genre musical. Éventuellement même changer de prof...

Exercice : Pour chaque source de démotivation vue plus haut, proposer quelques mesures pour la contrer. Discuter de la faisabilité de ces mesures.
Par exemple : alléger le travail, changer de texte, revenir en arrière jusqu’au moment où l’élève a décroché, redéfinir les exigences, donner l’"autorisation" d’arrêter, proposer un arrêt d’un an, proposer de changer de professeur...

Remarque : dans le cas d’un élève qui se démotive, les stagiaires témoignent qu’en tant qu’enseignant ils le vivent comme un échec, se remettent en question, culpabilisent. Ceci est tout à fait normal et sain ... tant que ça reste dans des limites raisonnables. Nous avons vu que parfois les causes de démotivation n’ont rien à voir avec le professeur.

2. Motivation intrinsèque / Motivation extrinsèque et le statut de la récompense

Les deux types de motivation

Il faut distinguer deux types de motivation qui interviennent dans la réalisation d’une activité :

  • La motivation extrinsèque : l’action est motivée par la recherche d’une récompense (par exemple une bonne note, un compliment, un sourire, plus d’attention, de l’argent, pas de punition) ou l’évitement d’une punition (mauvaise note, fessée, réprimande, être ignoré, absence de récompense).
    En tant que récompense sociale pour le gagnant, la compétition produit de la motivation extrinsèque.
  • La motivation intrinsèque : dans ce cas, la tache est effectuée pour son intérêt propre (et non dans le but d’une récompense extérieure), celui qui l’effectue a tendance à s’attribuer l’origine de cette tache ("je le fais parce que ça m’intéresse").

Il est clair que dans l’enseignement artistique, c’est la motivation intrinsèque que nous recherchons, puisque c’est elle qui permettra à l’élève de continuer la musique. Cependant, il ne faut pas non plus négliger la motivation extrinsèque, car c’est souvent elle qui anime l’enfant au début de son apprentissage (il joue pour faire plaisir à ses parents, à son prof, etc).

Motivation extrinsèque et récompense

Cette motivation est renforcée lorsque le montant de la récompense augmente. Mais la stagnation ou la baisse de cette récompense est ressentie comme une punition, donc très démotivante. (Effet Crespi)

Cela suggère qu’il faut bien gérer les récompenses et ne pas récompenser systématiquement, car cela aura pour effet de dévaloriser la récompense, la rendant ainsi inefficace.

Cependant, les risques de récompense vont plus loin que ça : plusieurs études sur des adultes et sur des enfants ont montré que des sujets à qui l’ont propose une récompense pour leurs efforts, voire une récompense très importante, sont parfois moins motivés et moins performants que des sujets à qui l’ont ne propose rien du tout, voire une récompense faible.

  • Des enfants de maternelle utilisant un stylo magique par plaisir. L’expérimentateur propose à certains : « Le gagnant aura… un beau ruban rouge. » Le résultat est que les enfants récompensés choisissent spontanément moins souvent le stylo magique.
  • On propose à des adultes une récompense monétaire, plus ou moins élevée, lorsqu’ils répondent bien à un certain nombre de questions. On se rend compte que ceux recevant une récompense (très) élevée réussissent moins bien que ceux à qui l’on promet une récompense moyenne/faible.

S’il est vrai que la stratégie de la carotte est efficace dans le cas d’une tâche purement mécanique, force est donc que constater que dans le cas de tâches demandant une implication intellectuelle celle-ci se révèle parfois inefficace, voire contreproductive. Combien de gens perdent leur passion d’origine le jour où ils commencent à être payés pour celle-ci ? Il faut donc se souvenir que récompenser n’est pas la seule manière d’encourager...

Cependant, en dépit de tout ce qui a été dit précédemment, la récompense et la compétition sont parfois les moteurs premiers de la motivation (extrinsèque ici), et on aurait tort de s’en priver !.
Une expérience montre que des gens en groupe en vélo d’appartement vont plus vite que s’ils étaient seuls, alors même qu’ils ne sont pas conscients de leurs vitesse !
Il va donc falloir utiliser compétition et récompense avec prudence. Un exemple efficace est donné par le concours de Sam Calavitta dont je reparlerai plus tard. Remarquer qu’il n’y a pas vraiment d’enjeu/récompense au delà du sentiment d’avoir gagné ! Que les bonnes réponses sont félicitées mais on ne culpabilise pas les mauvaises !
Naturellement, il faut préserver aussi des activités non compétitives et non récompensées, favorisant la motivation intrinsèque. (L’école y parvient hélas très mal !)

Enfin, il faut noter que dans le cadre de la méthode de la carotte et du bâton, la récompense des bons résultats est nettement plus efficace de la punition des mauvais.
(Des chercheurs ont essayé de féliciter/gronder des élèves indépendamment de leur performance. Les élèves grondés réussissent à peine mieux que ceux à qui on ne dit rien, et beaucoup moins bien que ceux qu’on a félicités.) Pour la plupart des élèves, les réprimandes sont donc tout à fait inefficaces, il faut donc y avoir recours le moins possible.

Les facteurs de la motivation intrinsèque

La motivation intrinsèque dépend essentiellement de 2 facteurs :

  • L’autonomie/liberté : lorsque le sujet à l’impression de se fixer lui-même ses objectifs, son rythme d’apprentissage et d’apprendre parce qu’il en a envie, alors sa motivation sera d’autant plus forte. Inversement, le sentiment de contrainte, les temps limité, les règles strictes, la surveillance diminuent la motivation intrinsèque.
    Trop de récompense et la punition rappellent que le sujet est en train de poursuivre un objectif défini par d’autres, elles peuvent tuer la motivation intrinsèque.
  • Le sentiment de compétence : le sujet est d’autant plus motivé qu’il se sent compétent pour sa tâche. Il sera démotivé au contraire si on lui renvoie l’image de nullité.

Ces deux facteurs sont capitaux, il constituent la base de toute réflexion sur l’amélioration de l’enseignement et la motivation : il faut donc systématiquement se demander dans quelle mesure ils sont présents dans notre pratique.

Fixer un bon objectif

Un bon objectif est souvent la clef de la motivation : on s’implique plus dans une action si on sait pourquoi on le fait. On peut donc aider l’élève (surtout s’il est en train de décrocher) à se fixer un bon objectif, c’est-à-dire un objectif vérifiant ces 4 critères :

  • Un bon objectif s’appuie sur les désirs/besoins/volonté de l’élève. ("Vouloir")
  • Il est défini dans un contexte précis, sa réalisation est aisément reconnaissable et vérifiable. On évite donc des objectifs flous. ("Savoir")
  • Il doit être atteignable, en tenant compte des capacités de l’élève. ("Pouvoir")
  • A la fin, il ne faut pas oublier de vérifier son accomplissement avant de fixer un nouvel objectif. ("Vérifier")

3. Ego, estime de soi et résignation

La résignation apprise

La résignation, c’est quand on ne perçoit plus de lien entre ce qu’on fait et les résultats de cette action. On est donc tenté de ne plus agir et d’en supporter passivement les conséquences. Plusieurs expériences (sur des animaux soumis à des décharges électriques qu’ils ne peuvent éviter, puis qu’ils peuvent éviter) ont montré que cette attitude n’est pas naturelle/innée, elle est acquise par l’élève qui s’habitue à être réprimandé.

Il faut bien sûr tout faire pour éviter d’arriver à la résignation. Mais si cela arrive, on peut (parfois) y remédier en écoutant les croyances de l’élève (« je ne réussis pas parce que… ») et en les questionnant « comment sais-tu que… ? »

Pour cela, il est utile de savoir à qui l’élève attribue les causes de l’échec ? (Selon la cause retenue, il sera plus ou moins difficile de changer les croyances.)

  • À lui-même ou à quelqu’un d’autre (prof, parents) ?
  • A un fait provisoire (malchance) ou permanent ("je suis nul") ?
  • A un problème spécifique ou une incapacité globale ?
La stratégie de l’auto-handicap

Elle correspond à la situation typique de l’élève "moyen" qui travaille très peu, toujours au dernier moment et déclare néanmoins vouloir réussir.
Il s’agit en fait d’une stratégie pour protéger l’estime de soi, grâce au raisonnement suivant :

"Si j’échoue c’est normal, puisque je n’ai pas travaillé, ce n’est pas parce que je suis nul".
"Si finalement je réussis quand même, je suis un génie, puisque je n’ai même pas eu besoin de travailler."

Ce raisonnement est en apparence inattaquable, puisque dans tout les cas l’auto-estime et l’égo de l’élève sont protégés. Il s’agit cependant d’une attitude suicidaire, puisqu’au final l’élève qui n’a pas pris le risque de réussir va échouer à tous les coups !

Remédier à l’auto-handicap est difficile. On peut essayer de discuter avec l’élève, lui faire prendre conscience du fait qu’il va droit dans le mur. Poser alors la question : dans ces conditions, pourquoi continuer la musique ? Faire comprendre que personne (y compris les parents) ne l’oblige, etc...

Valorisation par rapport à l’égo/tâche et statut de l’effort

L’objectif de tout enseignant est que son élève fasse des efforts, indispensables pour progresser. Nous allons voir que la manière dont on présente une tâche a une implication sur les efforts fait par l’élève.

Ma avant cela une petite remarque : s’il est vrai que pour des tâches très simples (pour les petits enfants) l’effort est garant de la réussite, ceci est beaucoup moins vrai ensuite. Répéter systématiquement : "Si tu n’y arrives pas, c’est que tu ne fais pas assez d’efforts." peut dans certains cas décourager celui qui justement essayait d’en faire...

Il y a deux manière de présenter une tâche et ses enjeux : soit on se limite à cette tâche (sans extrapoler), soit on en fait une question d’égo.

Dans l’implication par rapport à la tâche, on se limite à des consignes d’amélioration de la tâche, en décrivant la manière de la réaliser, les efforts nécessaires. L’appréciation se borne à commenter le résultat (Ex : « Votre score est en dessous de la moyenne »).

Dans l’implication par rapport à l’égo, au contraire, on fait des comparaisons sociales, on relie le résultats aux qualités de la personne. (Ex : « C’est très bien, vous faîtes un bon travail », « C’est mauvais, vous devriez faire mieux », « D’habitude les gens ne mettent pas plus de 15 minutes pour faire ça »).

Selon qu’une tâche est présentée en impliquant ou pas l’égo, l’effort fait par l’élève aura un statut différent.

  • Dans une implication par rapport à l’égo, un élève qui fait des efforts est dévalorisé dans le cas où il échoue ("il est nul") mais aussi dans le cas où il réussit ("c’est normal, il a beaucoup travaillé"). Le seul cas vraiment valorisant c’est lorsque l’élève réussit sans effort ("il est génial"). On voit donc que l’élève a tout intérêt à ne pas faire d’efforts.
  • Au contraire, la une implication par rapport à la tâche, plus l’élève fait d’efforts, mieux il va réaliser sa tâche, plus il se sentira compétent et valoriser.
Instaurer une ambiance pacifiée par rapport à l’égo

Au vu de ce qui précède, il est fondamental de créer un ambiance où l’égo de l’élève n’est pas menacé, afin que ce dernier ait intérêt à faire des efforts. Pour cela :

  • Parler le « langage des faits » et pas le « langage des interprétations ».
    Exemple : Éviter de dire « Tu es énervant », à remplacer par : « je suis énervé car j’estime que tu enfreins mon autorité, ce que je ne peux pas accepter ». Remplacer « Tu n’as rien fait cette année » par « tu ne sais pas faire ceci et cela, ce qui est indispensable à mes yeux pour passer au niveau suivant ».
  • Séparer le comportement de l’identité, en rappelant aux élèves qu’ils ne sont pas leurs notes/résultats.
  • Protéger l’expression de ceux qui ne savent pas. Pour cela, sanctionner fermement les sarcasmes, donner la parole/possibilité de jouer de façon équilibrée à tous les élèves. Rappeler que toute question est bonne, qu’en la posant on rend service à ceux qui se demandent la même chose mais n’osent poser leur question à haute voix.

Je trouve qu’un bon exemple de compétition dans un contexte pacifié de l’égo est le jeu-concours de Sam Calavitta. Ici, les élèves qui se trompent ne se sentent pas humiliés par les vainqueurs, le fait que les élèves jouent en équipe évite de mettre trop de pression sur chacun. Le plaisir de participer l’emporte sur la volonté de gagner.
(J’ai découvert ce professeur de maths dans un article du Courrier International. Ses idées sur la vie et son style sont discutables, mais apparemment il obtient de très bon résultats. Et lorsque j’ai essayé son style de compétition une fois avec mes élèves, j’ai été surpris de leur implication !)

4. Tableau récapitulatif : méthodologie pour améliorer la motivation

Comment améliorer la motivation

5. L’importance du choix des mots et la comparaison sportive

Enfin, une dernière idée importante à méditer. On dit pour l’apprentissage de la musique "travailler un morceau" (vous connaissez l’étymologie du mot travail comme instrument de torture, pour chaque gamin le travail évoque le boulot des parents...), "répéter", "faire des efforts". Va-t-on jusqu’à parler de "devoirs à la maison" ? On parle de d’ "élèves" et de "cours" de musique, comme de "cours de math"... Comment le plaisir peut-il trouver une place la dedans ? Bien sûr, il y a la "récompense/plaisir de l’effort" (et les endorphines qui vont avec), mais c’est une valeur bien ringarde par les temps qui courent. Même si vous jugez comme moi cette valeur essentielle et que vous y croyez lorsque vous étiez élève, il faut bien avouer qu’elle n’était pas partagée par l’élève moyen qui n’a pas poursuivi de longues études... Et puis, l’élève qui souffre ne voit pas son prof souffrir (à ce titre, le prof a tout intérêt à raconter ses propres difficultés), comment peut-il croire à la nécessité de cette souffrance ? N’oublions pas que nous voulons former des amateurs, pourquoi alors les faire "travailler" ?

Or, essayons de faire une comparaison avec notre grand concurrent (dans l’emploi du temps des élèves aux activités multiples) : le sport ! Le sport aussi est exigeant et demande une pratique austère, le sport aussi essaie d’inculquer le goût de l’effort, le sport aussi inflige des défaites. Pourtant, on ne dit pas "travailler son foot" ou "faire ses devoirs" quand on va courir... On parle de pratique, d’entrainement... Est-ce cela qui fait que l’arrêt de la compétition sportive se fait souvent de manière moins traumatique, et qu’en général un sportif poursuivra sa pratique en amateur, régulièrement ou occasionnellement ?
J’idéalise peut-être la motivation des sportifs, peut-être ont-ils les mêmes problèmes d’abandon. Mais en tout cas il me semble utile de voir comment ils présentent l’effort et comment ils font pour le rendre attractif.

Autre comparaison, dans les jeux vidéo, on "joue", on "passe des niveaux", on ne travaille pas ! La musique n’est-elle pas avant tout un "jeu" ? Si nous trouvions une manière différente de présenter la pratique musicale avec des mots qui ne connotent plus la souffrance et la contrainte, nous ferons peut-être des progrès dans la motivation. Et cela sans rien changer au niveau de la nature réelle de la pratique, qui sera faite d’"efforts" et de "travail" qu’on appellera par un autre nom !

Voici une phrase proposée par une prof de théâtre qui peut servir comme point de départ : "Le plaisir demande une motivation, la motivation demande un engagement, l’engagement demande un investissement, l’investissement demande une implication." C’est déjà mieux, mais il faut probablement faire plus appel au champ lexical du "jeu"...

(NB : j’ai écrit plusieurs textes sur l’importance des mots qu’on emploie il y a quelques années. Vous y trouverez peut-être des idées.)

III) La convivialité et l’adaptation au parcours de chacun

1. Ouverture à la diversité et à la convivialité

Il est important que le conservatoire ne soit pas un lieu ennuyeux où les gens ne font que se croiser. Pour cela, tout ce qui peut améliorer l’ambiance, faire en sorte que les gens s’y rencontrent, deviennent amis, participent à de nouvelles initiatives est plus que bienvenu.

Il faut bien sûr commencer par répertorier les initiatives qui existent déjà dans votre conservatoire (faire la liste avec les collègues, consulter les projets d’établissement). Chercher ensuite à en proposer d’autres, voici quelques exemples :

  • Activités réservées aux élèves : concerts, sorties, rencontres avec d’autres professeurs/artistes, classes vertes.
    Laisser des salles non utilisées en libre accès pour les élèves souhaitant répéter (ceci augmente le temps de présence des élèves dans l’établissement, et les chances de se rencontrer). Pourquoi ne pas "aménager des garages tagués pour les groupes de rock" ? Il faut aider les élèves à trouver des partenaires.
  • Activités ouvertes sur l’extérieur : concerts ou bal (pour amis/familles/ établissements jumelés), autres rencontres, fêtes, goûters...
    Pour obtenir une ambiance chaleureuse et détendue, on peut les coupler avec un pique-nique/goûter, une sortie,...)
  • Ouverture sur les autres arts/création vivante, associer l’enseignement à un projet culturel (ex : comédie musicale, réalisation d’un clip ou lip dub, accompagnement musical d’une pièce de théâtre ou d’un film muet, fabrication d’instruments)
  • Associer l’enseignement à un but social (enseigner à des enfants plus jeunes, dans des maisons de retraite, pour récolter des fonds pour une bonne cause) ou à la découverte d’autres métiers de la musique (par exemple l’art thérapie ou le coaching par la musique).
  • Créer une newsletter : celle-ci permettrait de garder le contact avec d’anciens élèves/sympathisants qui continueraient à venir ponctuellement pour tel concert. Sans compter qu’en gardant ce contact avec le conservatoire, ils peut-être tentés de reprendre/commencer la musique...

NB : ces initiatives ne marchent que si les profs s’y impliquent ou au moins s’y rendent : comment un conseil "vas-y, c’est super" peut-il être crédible si son auteur ne le suit pas ? D’où l’intérêt de bien les connaitre et d’y emmener ses élèves.

Exercice : Choisir quelques propositions dans la partie Ouverture à la convivialité et à la diversité, discuter de la possibilité de les mettre en pratique (calendrier, budget, travail et matériel demandé). Répertorier ce qui existe déjà (penser à consulter le projet d’établissement de votre conservatoire.

2. Personnaliser le parcours

Rappel : la liberté et l’impression de choisir librement son apprentissage est un facteur-clé de la motivation intrinsèque !

  • Les textes officiels insistent sur la personnalisation des parcours, qu’en est-il en réalité ?
  • Comment détecter une perte de motivation ? Quels stades de la perte de motivation ? (L’élève vient en cours sans avoir travaillé, il trouve des excuses, il sèche des cours...) Comment la guérir ? La prévenir ? Est-ce forcément un mal ? Est-elle irrémédiable ? Y a-t-il une communication entre professeurs à ce niveau ?
  • Comment assouplir les contraintes et rigidités des formations professionnelles pour ceux qui ne le seront pas ? (D’après la charte, c’est le directeur du conservatoire qui définit les modalités d’évaluation, dont découle le reste.) Peut-on réduire la fréquence des cours, la difficulté des morceaux ? Faire des groupes de niveau ?
  • Mettre plus l’accent sur le jeu en groupe ? Peut-on introduire plus de création/improvisation ? De la théorie musicale ? Serait-il envisageable/utile d’organiser des stages de découverte d’autres instruments (voire de la chorale, de la danse ou du théâtre) ? Est-ce possible de changer définitivement ?
  • Y a-t-il des limites d’âge ? des contraintes liées au diplôme (réussite/échec) ? Quelle marge pour le prof/le chef d’établissement ?

3. Donner la possibilité de revenir

Lorsqu’on ne peut garder un élève, il est important de lui ménager des pistes de retour (ça fait partie des objectifs du conservatoire de permettre aux élèves de continuer).

  • Quelles connaissances laisse-t-on à l’élève au moment du départ ? A-t-il un répertoire qu’il pourra continuer à jouer ? A-t-il un groupe ? Si c’est le cas, il y a plus de chances que l’élève continue à jouer de la musique (ce qui est notre objectif) ou qu’il revienne. Il me semble donc utile que l’enseignant fasse le possible pour constituer ce répertoire (en choisissant quelques morceaux faciles, en révisant des anciens morceaux), et que l’on réfléchisse à la manière de permettre aux élèves de mieux se rencontrer pour jouer ensemble.
  • La propriété de l’instrument : quand elle a abandonné le conservatoire, une amie a dû rendre le violoncelle qu’elle louait, elle s’est donc retrouvée dans l’impossibilité de continuer à jouer dans tout contexte autre. Déchirure énorme, et l’impression de voir tout retour compromis.
    Peut-on proposer aux boutiques qui louent les instruments une formule qui laisserait à l’ado (en fin de croissance !) la propriété de l’instrument ? Ou alors permettre aux anciens élèves de venir jouer au conservatoire avec des instruments qu’on leur prête (pour une cotisation modique ?
  • Vers quelles structures orienter ? Qu’est-ce qui existe dans votre ville/région ?
    Une autre amie, qui avait arrêté, reprend la flûte traversière en rentrant dans un orchestre de rue breton...
  • Garder le contact : faire une newsletter et/ou un groupe Facebook, proposer de revenir dans un autre contexte, proposer d’autres activités (fête de fin d’année, fête de la musique, concerts...). Il faudrait que l’élève reste dans les destinataires du conservatoire.
    Cela peut donner envie de reprendre. Et sinon, même s’il ne joue plus, l’élève peut aimer écouter de la musique longtemps après avoir arrêté, sans souffrance ou nostalgie... Autant lui en offrir la possibilité !

IV) Comment gérer son cours ? - Un peu de didactique

1. Apprentissage et pédagogies

D’après ce que j’ai compris, il y a fondamentalement trois types de pédagogies (qui correspondent à des visions différentes de la manière dont un élève apprend).

  • La pédagogie empiriste (frontale)
    • Elle s’appuie sur l’idée que l’apprentissage procède par des processus d’imprégnation et de mémorisation (l’élève est comme un éponge qui absorbe les connaissances que le maitre dispense).
    • Elle correspond à la méthode du cour magistral ou de la conférence : le maitre présente et les élèves écoutent/répètent.
    • Efficace pour : Fournir une information à un maximum de personnes dans un minimum de temps
    • Limitée par : l’absence de questionnement des interlocuteurs et le décalage entre formateur et « formés »
  • La pédagogie béhavioriste
    • S’appuie sur l’idée que l’apprentissage procède par des processus d’entraînement et de conditionnement, renforcés par des stimuli positifs (récompenses) ou négatifs (punitions)
    • Le maitre fixe un objectif et un système de récompenses/punition. L’élève recommence jusqu’à parvenir au résultat souhaité.
    • Efficace pour : Les apprentissages de gestes techniques et de savoir-faire (exemple : tenir sur des skis)
    • Limitée pour : Les apprentissages nécessitant une réflexion, les mises en relation et la compréhension de liens
  • La pédagogie constructiviste
    • S’appuie sur l’idée que l’apprentissage procède d’une construction des savoirs, à travers l’action et l’expression des « représentations »
    • L’élève expérimente, tâtonne, se trompe et corrige ses erreurs. Le maitre se contente de conseiller, accompagner et créer des circonstances favorables à l’apprentissage.
    • Efficace pour : Partir des besoins et intérêts spontanés de l’apprenant. Permettre l’expression personnelle, la créativité. Développer l’autonomie (valorisation des tâtonnements)

Je ne vois pas bien encore comment ces trois pédagogies interviennent dans l’enseignement de la musique. Mais je crois qu’elles fournissent une clé d’analyse qui éclaire les choix de l’enseignement. Quelles pédagogies utilisez-vous et à quel moment ? Sont-elles bien adaptées ?

  • La pédagogie de groupe ou le tutorat
    L’orchestre et le jeu en groupe sont souvent plus motivants, puisque le travail et l’implication de chacun y sont indispensables. Quelle est leur place dans la formation ? Cela permet-il de remotiver ? Que peut-on faire pour aider les élèves à trouver des partenaires ? Peut-on donner un rôle simplifié à des élèves plus faibles (jouer une note sur deux ;-) pour leur permettre de jouer dans un bon orchestre ?
    Certains profs prennent 2 élèves pendant le même cours (2 fois plus longtemps) : l’avantage c’est que chacun voit les défauts et qualités de l’autre, et qu’il peut y avoir émulation !
    Une autre idée, c’est de demander aux élèves plus anciens d’enseigner aux plus jeunes (ou de jouer un rôle de tuteur). Cela peut être très stimulant pour un jeune de voire quelqu’un plus lui qui prend du plaisir à faire de la musique !
  • Méthodes alternatives d’apprentissage d’un instrument
    En connaissez-vous ? (un ami m’a recommandé la méthode Willems !) Quels sont leurs avantages ? Y a-t-il des idées à tirer de ces méthodes ?

2. Remarques et questions diverses

  • Importance de la communication entre profs : demander des conseils, mais on peut aussi aller assister à des cours de collègues (y compris d’autres disciplines, ou on peut voir l’attitude des mêmes élèves), je le fais de temps en temps, on y trouve toujours des idées intéressantes.
  • Les différents publics : âge, tempérament, milieu social, parents mélomanes ou pas, captif ou pas. Passer en revue les spécificités de chaque public (les petits marchent plus à la récompense, le public captif aura plutôt une motivation extrinsèque, les enfants de mélomanes seront à priori plus faciles à garder). Comment adapter l’enseignement à chacun d’eux ?
  • Avoir un but, pas forcément technique
    A l’école, on a essayé de décloisonner les activités et de contextualiser les apprentissages : on ne fait plus des séances indépendantes de grammaire, orthographe, etc, mais on essaie de les lier par un thème. L’unité de cours n’est plus la séance, mais la séquence didactique. Y a-t-il quelque chose d’analogue pour l’enseignement de la musique ?
    En tout cas, il est important de sortir l’élève de l’apprentissage seul et sans but précis. Par ex : faire des quatre mains, préparer des pièces en duo/trio, organiser des ateliers thématiques avec des intervenants extérieurs plus alternatifs, tourner un clip de pub du conservatoire (une rapide recherche montre que toutes les écoles et université ont leur lipdub, certains partis aussi, mais aucun conservatoire…) ?.
    Garde-t-on a l’esprit l’objectif de constituer un répertoire durable (techniquement pas trop difficile) et varié ? Organise-t-on des révisions d’anciens morceaux ?
    Remarque : j’ai déjà parlé dans la deuxième partie de cet exposé des critères généraux qui permettent de reconnaitre un bon objectif. Ils s’appliquent naturellement ici !
  • S’inspirer des programmes de collège : il s’agit d’un contexte où l’on essaie de motiver les élèves en leur donnant une culture générale et en aboutissant à des réalisations intéressantes avec peu de moyens techniques. Ces résultats ne sont pas toujours atteints dans le contexte difficile de l’Éducation Nationale, mais on trouve dans le programme d’utiles tableaux de compétences et de genres se voulant le plus variées possibles, qu’on peut reprendre tels quels pour les petits, ou en les approfondissant pour les plus grands.

3. L’organisation du cours

  • Comment structurer son enseignement ?
    Comment se déroule une séance ? Il faut distinguer solfège, cours, orchestre : tous les enseignants adoptent-ils toujours le même déroulement (quel est-il ?). Y a-t-il une marge d’adaptation ? (par exemple : 2 élèves en même temps, des révisions d’anciens morceaux, un temps d’écoute de morceaux différents). Pour l’enseignement du solfège, peut-on utiliser des jeux/concours à la Sam Calavitta ?
  • Le choix des genres/morceaux : Quels critères ? Peut-on le faire en relation avec d’autres activités (par exemple une pièce dont on jouerai l’accompagnement) ? Le choix est-il suffisamment varié ?
    Que fait-on pour donner à l’élève l’envie de travailler tel morceau ? Lui explique-t-on pourquoi on l’a choisi ? Lui fait-on écouter un enregistrement ? Lui joue-t-on le morceau ? Pense-t-on à raconter les difficultés qu’on a traversées en travaillant ce morceau ? (Le mode de présentation choisi a probablement un impact certain !)
    En tout cas, on peut déjà laisser un choix relatif à l’élève (entre 2 morceaux), afin qu’il ait l’impression que tout n’est pas imposé.
  • La place de la création/improvisation : ce peut-être plus motivant (et en plus cela permet de rendre l’élève qui quitte le conservatoire plus autonome) Quand les commence-t-on ? Peut-on commencer plus tôt, voire dès le début (sans le support de l’écrit) ?
    Lors du stage, j’ai été très surpris par le fait que plusieurs professeurs se disaient incapables d’enseigner l’improvisation dans la mesure où ils ne l’ont pas apprise au début de leurs études, et qu’ils n’ont pas le niveau suffisant ! Cela me semble témoigner de l’exigence excessive des professeurs de musique par rapport à eux-mêmes, et devrait pouvoir changer. En effet, comment cela se fait-il qu’un débutant peut sans problème s’initier à l’impro (ou commencer un autre instrument) alors qu’un expert ne le peut pas ? Au contraire, cela peut être motivant pour l’élève de voir que son prof essaie aussi de progresser, qu’il a des difficultés, etc. Pour le prof, c’est une très bonne manière de comprendre ce que vit l’élève... Et puis, une exigence démesurée risque de se transmettre à l’élève qui n’osera pas jouer si ce n’est parfait !
    Bref, l’improvisation c’est important, j’ai l’impression que tout prof devrait faire l’effort de s’y former et de l’enseigner (un peu) !
  • L’évaluation : A quoi sert-elle ? Sous-quelle forme ?
    Fait-on ici une différence entre évaluation sommative (celle qui permet d’évaluer l’acquisition de compétences à la fin d’un cycle) et évaluation formative (celle qui permet à chacun de prendre conscience de ce qu’il maitrise ou pas de manière à mieux progresser). Y a-t-il ici aussi une « constante macabre » (c’est-à-dire une tendance à mettre systématiquement une proportion de mauvaises notes). Ne pas oublier dans l’évaluation de dire ce qui va bien. Quel peut-être le rôle d’une « évaluation par les pairs », d’une « auto-évaluation », d’une évaluation par une compétition à la Sam Calavitta (pour le solfège) ? Heureusement, on a supprimé le mot « redoublement » (lourd de conséquences).
    D’après la charte, c’est le directeur du conservatoire qui définit les modalités d’évaluation.
  • Devoirs/travail à la maison : combien en donner ? Quelles sont les fréquences et méthodes conseillées L’élève et les parents sont-ils au courant de ce qui est attendu ? (Penser à remplacer le mot "devoirs" par une expression plus positive.)
    En primaire, pour ne pas pénaliser ceux qui n’ont personne pour les aider à la maison, on a supprimé les devoirs, du moins dans les textes officiels. Ceci est très critiqué et a peut-être des effets pervers. Mais il ne faut pas oublier que tous les élèves n’ont pas à la maison des conditions de travail identique. S’est-on renseigné sur ces conditions ?
  • Questionnaire à faire passer aux élèves
    Si on veut connaitre les goûts des élèves, leurs motivations, leurs condition de travail à la maison, ce qu’ils préfèrent au niveau de l’enseignement, encore faut-il leur demander. Personnellement, je fais repasser un questionnaire régulièrement, car celui-ci permet de faire un bilan, mettre des mots sur le ressenti et s’il le faut repartir sur de nouvelles bases.
    Bien sûr, il faut qu’un tel questionnaire ne soit pas trop long et qu’il ne paraisse pas indiscret aux yeux des parents. Pour les petits, on peut le remplir soi-même en posant à chaque cours quelques questions. Si vous donnez un tel questionnaire à remplir à l’élève, il vaudrait peut-être mieux demander l’accord à vos collègues et à la direction du conservatoire !
    A titre d’exemple, voici celui que j’utilise pour les maths en prépa. Les participants de stage ont fait une liste de questions qu’ils aimeraient poser aux élèves, qui constituent un très bon point de départ à retravailler pour élaborer un questionnaire.

4. L’utilisation des nouvelles technologies (TICCE)

Avant tout, elles permettent à l’élève de s’enregistrer et s’écouter. Est-ce utile ? Les profs utilisent-ils cette possibilité ? Quelle est leur maîtrise de ces outils ? On pourrait faire en sorte à la fin de l’année/d’un cycle de donner à l’élève un CD avec les enregistrements (réalisés tout le long de l’année) de tous les morceaux qu’il a travaillés, ce qui permet de se rendre compte de la progression réalisée.

Les documents d’accompagnement aux programme du collège rappellent que ces technologie ont des usages multiples :

    • Montage d’extraits audio et déplacements instantanés vers n’importe quel endroit du discours musical (si besoin préalablement repéré par des marqueurs)
    • Aide pédagogique à l’apprentissage d’un modèle : boucles harmoniques, rythmiques, mélodiques, toujours transposables et modifiables dans leur tempo
    • Accompagnement aisément éditable de tout ou partie d’un projet musical
    • Enregistrement et édition d’un projet musical
    • Représentation graphique d’une forme musicale particulière ou d’un détail de sa construction (d’un séquenceur MIDI à un logiciel d’analyse spectrale).

Ils parlent aussi de certains logiciels comme : MusiqueLab 2, Acousmographe, Audacity. Les connaissez-vous ? Y en a-t-il d’autres à signaler ? Y a-t-il des logiciels pour rendre le solfège plus ludique ? Des stagiares ont parlé de www.cnpmusic.com qui propose des méthodes en ligne (payantes).

Par ailleurs, y a-t-il quelque chose à dire du succès du jeu Guitar Hero (en voici une démo vidéo) ? Certes, la technicité qu’il développe est peu utile pour jouer d’un instrument. Mais une version améliorée de ce jeu permettrait de rendre ludique et efficace une partie rébarbative de l’apprentissage (pas besoin de rappeler à un jeune de s’entrainer régulièrement à un tel jeu, il le fera spontanément !!!). Le prof interviendrait alors de manière complémentaire pour se concentrer sur l’écoute et l’émotion et tout ce qui fait l’essence de la musique. Est-ce là l’avenir de la musique ?
(Remarque : un prof m’a dit que selon lui ce jeu permettait tout de même de développer un "sens" de la musique, qui s’avèrera utile dans un apprentissage traditionnel...)

Usages pour la communication
  • Il serait peut-être utile d’inclure sur le site du conservatoire (ou si le caractère officiel de celui-ci ne le permet pas, sur un autre site tenu par les profs) une liste de liens utiles pour les élèves avec par exemple des conseils d’écoute et/ou playlists (sur des sites d’écoute légale en streaming) , des partitions gratuites, des informations culturelles/historiques complémentaires, une présentation des différents instruments...
  • Est-ce utile de créer une page Facebook afin que les élèves deviennent « fans » du conservatoire ? (J’ai eu un débat animé avec mes collègues sur l’opportunité de créer un compte FB pour ma prépa).
    L’intérêt que j’y vois, c’est d’avoir de la pub gratuite sur les pages des élèves, de transmettre des informations d’événements et concerts (les élèves voient qui parmi leurs amis va participer, ils peuvent relayer l’information) et de garder le contact avec les anciens élèves (dont la liste est automatiquement transmise aux nouvelles équipes enseignantes !), afin de les inviter à des événements.
    Et tout cela ne demande que très peu de travail et de compétences techniques !
    En complément de cela, une newsletter peut aussi se révéler très utile pour garder le lien avec les anciens élèves et autres sympathisants !
  • Sinon, un prof pourrait aussi utiliser FaceBook et les réseaux sociaux (ou un blog, mais ceux-ci sont actuellement en perte de vitesse, et sont à envisager en complément des réseaux sociaux) pour partager ses gouts et donner des conseils d’écoute toutes les semaines !
    Mon point de vue est qu’on peut certes douter de l’utilité des réseaux sociaux, mais pas du fait que les jeunes y passent un temps considérable, et continueront à les utiliser ! Donc autant tenter d’utiliser cet outil à des fins éducatives...
  • Faire un lip dub ou un clip du conservatoire ? Beaucoup de facs, grandes écoles voire partis politiques s’y sont mis (il suffit de taper "lip dup" sur Youtube), mais aucun conservatoire !!! Si le bon gout et l’utilité en terme de com’ d’un tel support sont discutables, la réalisation d’un tel clip peut sans aucun doute s’avérer motivante et valorisante pour certains élèves...
Y a-t-il d’autres utilisations possibles des nouvelles technologies ?

Sources et références

Ce site est tenu par : Francesco Colonna Romano
Pour m’écrire : francesco ’arobas’ alamemeetoile.net