Cher tous,
Voila donc un voyage qui commence trop lentement à mon goùt mais qui se précise quand même. Car j’ai à présent un passeport, et des billets d’avion, (700 euros aller retour pour Pékin). Je passe à l’ambassade de Chine à Paris et c’est parti !
Oh hélas qu’ai-je fait durant ce dernier mois ? Que retiendrait Plutarque s’il avait à raconter ma vie ? Serait-ce les croquis au crayon dont je deviens presque fier ou les tentatives de griffonages de couleurs pastelles que j’arrive à rendre criardes ? Les trois PV pour stationnement interdit ? les deux gâteaux algéro-maroco-tunisiens à la semoule ? L’unique chapitre lu de ma méthode de chinois ?
[Plutarque était un historien grec durant le II ième siècle après JC, dans "Les vies Parrallèles" il raconte en les comparant les vies de grecs célèbres et de romains célèbres. Savez-vous que Brutus, qui a tué César était un bon gars en fait ? Un peu extrémiste dans ses idées de donner le pouvoir aux citoyens mais quand même beaucoup plus honnète, loyal et droit qu’Antoine, ou que le César qui suivit.]
J’apprend en tout cas à prendre le temps, ce qui crée un décalage avec ce(ux) qui m’entourent. Je me détache d’une société où le temps du travail structure les journées, les semaines et les années. Passer une soirée, prendre un week-end ou une des quelques semaines de congés payés ne fait plus partie de mon univers immédiat. Ma perception du temps est donc transformée en conséquence.
Un autre changement (lié au premier) me donne la responsabilité des buts journaliers à atteindre : Sans obligations ou contraintes extérieures, j’ai besoin d’être plus sensibles à mes envies pour en tirer de la motivation. Contrairement à ce que prônent certains bouddhismes, mon bonheur ne semble pas accessible par l’absence de désirs mais par leur apprivoisement.
Des changements simples en fait mais que je veux réversibles, si besoin est pour recommencer à travailler.
Je n’aurai bientôt plus l’occasion de lire en français, d’où Plutarque.
J’ai rencontré un ancien militaire qui m’a impressionné, engagé sur un coup de tête, rendu fou par la peur à la guerre, envoyé dans les colonies togolaises, galérien puis mendiant à New York, qui finit comme médécin miteux en France. dégout de la vie et de l’amour que ne peut vaincre même une fille jeune et amoureuse. "Le voyage au bout de la nuit" a été écrit par Céline.
Boulgakov et son "Coeur de chien", la "Beauté russe" lapidaire de Nabokov.
La palme du plus illisible revient à Micel Leiris, "l’âge d’homme" montre par l’exemple que le verbe ne doit pas être placé dix lignes plus haut que son sujet. Tout intéressant qu’il fut, le sujet.
Peu d’exotisme dans ce mail, quoique.
Au plaisir de vous lire, cher tous,
Florian