Les poèmes d’Alice

Je n’avais pas avancé, j’étais restée dans le dégoût quand j’avais cru le
vaincre. J’étais encore dans le regard quand j’avais cru l’être.

Et puis la nudité de l’entre-deux. A la fois froide et seule.

Le maître absolu du néant. Puissante, cette fois, si puissante.

Je suis remontée le long du goût. Je suis sortie par les pores. J’ai senti
la pluie et l’automne. J’ai vu les couleurs et j’ai caché les formes. J’ai
entendu les bruits sans les reconnaître et leur nouveauté m’a émue. J’ai
voulu boire mon sang, attirée par sa peau. Il a ruisselé sèchement.

Zéro mais infiniment.


Trouble fécond en image

Liquide acide à contresens

Dans ma bouche le goût particulier

Envie de me recroqueviller sur une chose interne et bouillante

Protection apaisement attente

Diction retardée, épisode soluble, métronome arrêté sur le cadran diurne

Salade émiettée dans une cour imaginaire

Pigeons atrophiés réunis pour le festin

Une tour immense se dresse inaccessible au poète

Je les vois tous autour de moi dans leur pensées émues, roucoulement.


Cette odeur tenace me répugne, inqualifiable, mélange de tous les excès dans la destruction comme dans le paraître. Tout un univers de fuite.

Peut-être pas si nauséabonde mais écoeurante par son trop plein de sens.

Comment ne pas sentir ? Comment ne pas respirer ?

[.]

Comme je m’y habitue déjà, si vite. Cette odeur me ressemble finalement.

Ce n’est pas si loin après tout, je me mens toujours, je n’ai jamais su être sincère.

Je n’ai pas de vérité. On dit mauvaise foi mais ça n’est pas ça, je n’ai pas de foi,

je n’ai pas de but non plus, toujours pas.

Je ne compte plus. Le rejet comme une définition. La peur aussi mais une lutte efficace contre moi-même.

Il va rire le cynique et son rire sera ma faiblesse. Glisser dans son rire.

Insouciante de nouveau, naïve.

Prête à tout pour lui et pour personne. j’aimerais être honnête, pour lui et pas pour personne.

(fin2002)


Un ventre vide. Surplus d’affection.

Une main raide.Attente.

La perdition. Un sourire.

Des dents.


Biscornue, désappointée et tiraillée par une étrange douleur à l’estomac
dont il ne reste plus que la traduction psychique et les séquelles
mécaniques,je me demande où est passé le rire dans tout ça


L’homme n’est pas son reflet.

ses yeux crient.

ses mains mordent.

L’attente l’a laissé là.

Seul à devoir comprendre.

(Fin 2002)


VARIANCE ANACHRONIQUE

La femme dont je parle a eu trois enfants, trois filles. Elle est mère.

Elle est mère uniquement par ce fait. Elle n’est pas maternelle.

La fille dont je parle n’a pas la notion des liens qui les unissent.

Elle porte en elle l’absence de tout sentiment à son égard.

La fille est femme, elle n’est pas mère.

La mère n’a pas réussi à être le pilier de cette famille.

La mère est seule. La fille est femme.

La mère a eu la volonté de ne plus être mère. La femme a eu la volonté d’être orpheline :

La femme a un ami.La mère a un amant.


La femme est enfant et la mère n’est pas maternelle.


LETTRE AUTOPORTRAIT

Et tu crois que je vais mourir ? Maintenant ?

Non.

Non tu ne me connais pas.

Moi j’attends imperturbable que quelque chose arrive.

Moi j’ai cru choisir la folie et je me résous toujours à suivre le raisonnable.

Moi, si j’étais un homme je serais trop faible pour survivre.

Moi je ne saurais pas mourir.

Je suis une tension, un nerf, je n’ai pas d’identité parce que j’ai renié ceux qui m’ont élevés.

Moi. Moi. Moi. Moi qui ne parle que de moi et il est pourtant si simple de me décrire.

Deux mots pour le jour.

Moi écorce.

Moi carapace.

Des mots pour protéger un vide.

Moi qui me caresse quand l’envie est trop forte d’exister.

Moi avec ce goût amer dans la bouche.

Moi.

J’espère.

Je t’espère.

Sensuelle et décharnée.




Ton inachevée

DIALOGUE

_ Impossible de m’arrêter un cheveu hirsute a coincé le mécanisme, une drôle de petite bête, raide dans ses bottes, la tête comme une citrouille et halloween qui se rapproche. Ces fêtes vraiment.on ne sait plus où donner de la tête avec tous ces enfants, pire on les noie et ils ressurgissent de dessous le matelas (c’est morbide et grotesque).


_ Un enfant c’est beau et innocent, c’est salutaire.



_ Tu n’y crois pas, tu joues avec les mots et les clichés, tu ne sais pas qui tu es ni ce que tu penses. Tu avances en oblique. Avec ton bâton de marche, on dirait un prophète. Tu attends la nuit peut-être, mais le chapeau ne couvre pas bien tes yeux brillants. Tu te réveilles dans la pénombre et tu cries -« il n’est pas d’essence divine »- tu t’arraches à ce rêve de vie mais qu’y faire. Tu es déçue peut être aussi par les gens qui parlent pour tromper leur ennui. Toi. Tu as décidé de te taire à tout jamais mais les autres sont silencieux aussi. La vulgarité te dépasse et t’envahit. Lutter c’est ce qu’il te reste.

_ _ Maigrir ? Un régime de colza, c’est écrit : « Plus colza que moi il n’y a pas ». Je me sens si légère depuis que j’ai commencé cette cure. Si forte aussi. Je sais tout cela est paradoxal mais j’y vois un sens moi.


_ Tu n’es pas là pour toi.


_ Je ne suis là pour personne. Moi je me comprends et puis je me cherche.
Je se cherche. On s’attend. Je me sens bien avec moi. Je me sens seule aussi. Si seule.

Je ne veux rien ou plutôt je ne sais pas ce que je veux. J’en ai besoin. Il est là oui mais il ne lui correspond pas encore pleinement, ce n’est pas moi pour lui et lui pour moi. Je l’aime et je ne veux que lui faire plaisir et je ne veux que l’éblouir. mais l’aimer c’est me sentir fade dégoûtante et méprisable. L’aimer c’est me comparer à tous, c’est le comparer a tous, c’est le reconnaître supérieur, conscient.

Je suis consciente depuis trop peu de temps.

A quoi ça sert de pleurer et de geindre, de chercher encore, ça n’avance pas plus vite.

« Tout vient à point qui sait attendre ».

_

Ce site est tenu par : Francesco Colonna Romano
Pour m’écrire : francesco ’arobas’ alamemeetoile.net