Les plantations de thé, les retrouvailles et les secousses de la route


mercredi 2 octobre 2002, par Francesco Colonna Romano

Hola tous,

décidemment le dernier mail a suscité pas mal de réactions. Ça va de "tu as raison, continue comme ça" à "surtout ne te laisse pas manipuler et essaie de penser par toi-même". C’est curieux de voir comment nous avons tous des barrières par rapport à l’inconnu, cette méfiance si occidentale.
De toute façon, je tiens encore à rassurer tout le monde, je rentre bien dans deux mois en France, je ne serai pas converti à l’hindouisme, un ashram ce n’est pas une secte, la discipline y est très relative (on dit simplement de ne pas y boire ou fumer), et il n’y a pas de lavages de cerveau. C’est tout aussi inoffensif qu’une messe chrétienne. Quand j’aurai rencontre un gourou, je vérifierai bien qu’il met en pratique ses enseignements, qu’il ne cherche pas à voler mon argent, et avant de m’arrêter quelque part j’aurai cherche à plein d’endroits. De toute façon, vu le peu de temps qu’il me reste, je n’en aurai pas beaucoup pour me poser quelque part

Voilà, après ces petites précisions, je rajouterai au débat de l’autre fois le fait que de passer un peu de temps à réfléchir, à étudier les gens, essayer de les comprendre, explorer d’autres pistes, c’est peut-être un bien meilleure manière de se rapprocher de l’action que si j’étais resté chez moi faire un début de thèse.

A part tout ça, depuis la dernière fois, j’ai fait pas mal de km. A Cochin je suis resté longtemps assis sur le bord de mer à regarder les pêcheurs, j’ai assisté à une représentation de kathakali, le théâtre local (assez impressionnant comment les acteurs arrivent a bouger yeux et joues en musique), teste un massage ayurvédique à l’huile, aide un chauffeur de rickshaw sympa en faisant une tournée de magasins (le simple fait que je passe une minute dans chacun des 4 magasins où il m’a accompagné lui a permis de recevoir deux chemises, 20 roupies et un pepsi). Et surtout j’ai rencontré (en fait je l’avais déjà croisé à Varnalis) Laurent, un français ingénieur qui en a eu marre de son boulot, et après maintes péripéties et voyages il s’est mis au dessin avec un prof de Cochin avec qui il étudie depuis des mois. Cette fois, il a rapporté de France un stock de livres de philo (Platon, Descartes, Spinoza,..., et aussi Flaubert et Stendhal)... Chapeau. On s’est vraiment bien entendus, et j’espère vraiment qu’on se retrouvera un jour. (Au fait, bienvenu sur cette liste Laurent).

Puis je suis parti pour Munnar, dans les montagnes de l’arrière-pays, où j’ai retrouvé les autres (Jean, Ste et Antoine, un parisien rencontré dans l’avion que j’avais aussi recroisé à Pondichéry et Rameshvaram) qui étaient la depuis trois jours. J’ai fait une bonne ballade solitaire dans les plantations de thé, des pans de montagnes couvertes de haies à la française, très vertes, avec des petits sentiers fins et tortueux et des femmes qui récoltent les feuilles. Il faisait beau et frais, tout était calme et paisible, on se sent vraiment bien dans ces coins-là. Je serais bien resté là quelques jours encore, mais bon, le temps passe, et il ne faut pas traîner. Je suis donc reparti, en jouant Blowing in the wind ("How many roads must a man walk down, before you call him a man...") à l’harmonica. Ai aussi cueilli au passage des feuilles de thé fraîches, certaines que le type du resto a préparé en infusion (j’ai du être le premier a lui demander, même si ce n’était même pas immonde, on reconnaît presque le goût du thé), d’autres que j’ai essayé de marcher comme ça (comme on dit, c’est à essayer une fois, mais au début c’est vraiment pas bon, ce qui explique le fait que personne n’en mange, et que le thé est traité avant d’être vendu...).

Donc, après un bref passage à Munnar, je repars le lendemain avec le groupe, un route de montagne bordée de lantanas, d’étoiles de noël, et de fleurs et arbres multicolores, toujours au milieu des plantations de thé. Les bus n’ont toujours pas d’amortisseurs, mais ça ne les empêche pas de foncer dans les virages en descente sur les routes défoncées, ce qui fait que l’on sent le voyage. On passe la nuit dans la suite royale de la gare de Coimbatore, et on repart le lendemain matin avec un train miniature, une locomotive à charbon et vapeur qui peine à tirer ses 5 mini-wagons, et qui parcours 50 km en 50h... (En fait, il y a des panneaux "ne pas dépasser les 10 km/h dans les virages"). Mais la route est belle, c’est joli et dépaysant, même pour les indiens qui prennent ce train pour le folklore. Puis on enchaîne sur du bus de montagne entre Ooty et Mysore, où nous sommes arrivés hier soir.

Voilà donc, ça fait pas mal de route, mais on finit par y prendre goût, et par tenir plutôt bien les heures de bus.
A partir de là, il y a divers projets : Jean et Ste veulent suivre ici un cours de massage ayurvédique. Moi je sais pas trop, peut-être du yoga, mais sans doute partirai-je avant pour passer quelques jours dans l’ashram de Sai Baba dont j’ai beaucoup entendu parler, histoire de voir a quoi ça ressemble. On se retrouvera tous une dernière fois à Hampi, et ensuite chacun poursuit sa route et ses projets.

Voilà tout pour cette fois. Continuez à m’écrire car ça me fait super plaisir.

Om Namah Shivaya

F.

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