Hola tous
merci à tout ceux qui m’ont écrit et aux autres aussi car j’ai pensé vraiment beaucoup à vous tous ces derniers jours, et je suis vraiment content que vous soyez tous là, même très loin.
Mais bon, passons les préliminaires larmoyants et revenons aux dernieres nouvelles. J’ai laissé avec un petit peu de tristesse Panama capitale, pour laquelle j’avais eu un coup de foudre : une ville à échelle humaine (on peut théoriquement tout faire à pied), qui combine remarquablement moderne (y compris un petit Manhattan sur un cap) et ancien flamboyant un peu délabré. La vieille ville coloniale sur une petite peninsule entourée d’eau combine l’elegance des palais presidentiels avec des ruines d’églises à l’abandon et des maisons en bois à la peinture délavée avec de vieux créols assis sur le pas de la porte, des gamins qui jouent et de la musique qui sort des fenêtres. Et aussi une ballade solitaire sur le bord de mer dans des petits jardins. Une ville où j’aimerais bien vivre un temps...
Bon, je suis arrivé à Quito mardi après-midi, avec un hollandais de 18 ans rencontré dans l’avion, qui voyage un an avant de commencer ses études, et on a vite trouvé une chambre qui donne sur une des grandes places de la vieille ville coloniale. Il y a un air frisquet auquel j’avais perdu l’habitude qui fait sentir tout léger (et un peu essoufflé, Quito est a 2850m d’altitude...) Mais une première déception : il commence à pleuvoir, par intervalles, mais de plus en plus fort. On m’apprend qu’ici, contrairement au Perou juste à côté, c’est la saison des pluies dans la montagne... Puis, je pars à la recherche des feuilles de coca que j’amais bien l’an dernier, les vendeurs de plantes médicinales me regardent bizarrement, en fait leur vente est ici interdite (contrairement à Perou ou Bolivie), encore un sale coup des gringos, et je trouve ça franchement scandaleux : c’est comme si on forçait les anglais à interdire le thé (la comparaison est bien plus juste qu’avec l’alcool, qui lui est un produit potentiellement dangereux pour la santé), sous prétexte qu’on peut en extraire je ne sais quoi. La coca était une base de la culture et alimentation des pays andins. (Plus d’infos, que je trouve vraiment intéressante dans un de mes mails de mon voyage au Perou, sur ma page web, il s’agissait de la visite du musée de la coca de La Paz). Au fait, savez-vous quelle est la monnaie écuadorienne ? Eh bien oui, comme à Panama, l’US-dollar...
Il y a eu ensuite deux jours assez déprimés. Le point de départ c’est deux stupides cloques au pied (pas tres belles) et quelques ganglions sur la cuisse, curieusement apparus juste avant. Par moment, j’avais vraiment mal en posant le pied par terre, du coup j’ai passé plein de temps seul dans ma chambre, à regarder le ciel gris, et m’inquiéter pour mon voyage : mieux vaut être sûr de ne pas avoir besoin de médecins avant de partir d’ici, mais je n’avais pas envie de rester là. Envie de partir, continuer la route. Mais aller où ? Les autres étapes me paraissaient tout aussi indifférentes, j’avais envie de les brûler, mais à quoi bon ? Envie d’être à Tegus ou à la maison. Je pensais à vous tous si loin.
Mais bon, c’est passé. J’ai peu à peu compris que simplement je n’avais pas vraiment pris conscience du fait que j’étais reparti et que désormais il fallait que je fasse de nouveaux projets, que j’apprenne à voir ce qu’il y a de formidable ici. Vous me manquez tous, mais je vous reverrai bientôt, en temps en en lieu, et je suis vraiment content que vous soyez là, quelquepart. Entretemps, il vaut vivre le présent. Pied et ganglions vont mieux, je vais pouvoir partir sans crainte demain ou après-demain, et j’ai trouvé un itinéraire genial, facile et rapide pour arriver en Amazonie. Tout le long de mon voyage, je ne serai jamais loin de grandes villes, d’aéreoports et d’accès internet, donc aucun danger, aucun souci. Et plus rien de tres stressant, je n’ai plus envie de courir, je vais me contenter de quelques bonnes étapes.
Et puis, hier soir, j’étais assis dans le salon de l’hotel, des couleurs rouges-beiges partout, un lumière tamisée, je regardais les vieux écuadoriens bedonnant qui jouaient quelques piécettes au ramy. Ces couleurs, cette lumière, ces visages, je suis resté deux heures a les regarder, et j’ai compris. J’ai vu toutes les choses à decouvrir qu’il y a ici, dans chaque détail : la vieille ville illuminée que l’on voit depuis ma fenêtre, de jaune surtout, et de rose (une cathédrale toute rose en face) et de bleu clair, les femmes indigènes dans la rue, avec leur chapeau melon, leur robe noire, et leurs chemises et chals turquoise, rose ou vert émeraude, les visages un peu enfants et le regard vraiment gentil des écuadoriens. Bref, le moral est remonté d’un coup et même si j’avais dû rester ici encore une ou deux semaines, j’en aurais été content. Ce matin je suis rentré dans l’église à côté de chez moi, et j’ai vraiment été touché par les couleurs, la richesse des dorures et l’intensité des statues. Il y avait une jolie musique religieuse, et un type changeait les vêtements de la statue de Marie au pieds de la croix, tout ceci sur un petit balcon au dessus de l’hotel. Pour se simplifier la tâche, il avait accroché un ceintre au clou planté dans les pieds du Christ, cintre qu’il avait oublié en partant. Il y avait vraiment quelquechose de divin dans l’atmosphère, et d’infiniment apaisant...
Voila, ensuite j’ai été me promener sur le marché du samedi dans les rues, j’ai parlé avec un indien qui fabriquait des bracelets et regardé sa technique (je me perfectionné). Je vais y retourner maintenant. La saison des pluies n’est pas si terrible que ça, puisque tout les matins il fait grand soleil, et ça ne se couvre vraiment que l’après-midi. Je partirai demain ou après-demain pour 3-4 jours dans la montagne et des villages indiens (la lagune de Quilotoa, peu au sud de Quito), et ensuite je continuerai vers le Perou, mais vous aurez des nouvelles d’ici là.
Je vous souhaite toujours plein plein de bonheur, comme il y en a par ici.
Hasta la vista
F.