Les casseroles de la Mère qui Etreint et les chemins qui bifurquent


jeudi 26 septembre 2002, par Francesco Colonna Romano

Om Namah Shivaya à tous

je vous écris aujourd’hui du petit village d’Amritapuri, dans les marais du Kerala, un peu au sud de Cochin.

Nous sommes arrivés ici à l’ashram de Mata Amritanandamayi il y a deux jours, et c’est un curieux endroit. Au milieu de cabanes ou petites maisons de un ou deux étages poussent soudain de tours de 13 étages (dont une en construction) et quelques autres gros bâtiments. Dans une sorte de temple ou nous attendons l’ouverture du bureau d’attribution des chambres, il y a une musique très forte, étrange mais très profonde, et au fond de la salle comme une scène de théâtre et un spectacle des plus curieux : un flot humain continu défile, arrive au milieu les gens s’agenouillent, ça dure une seconde a peine car des assistants sont la pour les relever rapidement et les écarter, afin de ne pas ralentir le flot. En fait, au milieu de la scène est assise Amma (ça veut dire Mère, c’est le surnom de la gourou), et elle serre dans ses bras tous ceux qui se jettent a ses pieds, les embrasse parfois, leur tend un bonbon et répond parfois a leurs questions. En fait, c’est dur a concevoir chez nous, mais Amma est considérée comme une incarnation de Devi (Parvati), la femme de Shiva, elle est donc une véritable déesse et elle est vénérée comme telle (il n’y a qu’un autre gourou de telle envergure actuellement en Inde, le très controverse Sai Baba dont je reparlerai).

Les nouveaux arrivants sont invites à se joindre à cette cérémonie (appelée darshan, qui veut dire "rencontre avec un saint"). Honneur suprême, on nous propose aussi après un bref apprentissage de la technique, de rester assis 5 minutes a cote d’elle et de lui mettre des bonbons dans la main à chaque fois qu’elle les donne aux fidèles, ça va très vite, mais c’est assez impressionnant et on sent vraiment quelque chose d’étrange dans l’air. Cette femme qui chaque seconde se baisse pour serrer dans ses bras un nouvel inconnu, tantôt souriante, tantôt sévère, elle ne parait jamais indifférente, et elle continue ainsi pendant des heures, jusqu’à ce que tous aient reçu sa bénédiction (il parait que parfois elle continue jusqu’a 7h du matin, i.e. pendant 12h d’affilée). Finalement, on passe nous aussi dans ses bras, ça va très vite, elle murmure quelque chose qui doit vouloir dire "mon fils, mon fils", et puis on nous relève, encore tout surpris, bouscules.

On s’installe alors dans notre chambre, propre, aérée, le truc amusant c’est qu’elle est dépourvue de tout mobilier, juste deux matelas fins (genre tatamis) poses contre un mur et qui nous serviront de lit. Aussitôt après, on peut aller assister aux bahjans, des prières chantées accompagnées d’instruments traditionnels dans un préau géant, on est vraiment dans un autre monde. Jean a d’ailleurs senti le choc.

En fait, il y a aussi pas mal d’occidentaux qui traînent par ici, un peu de tous les ages, des femmes avec enfants a d’autres beaucoup plus vieilles. En demandant, on se rend compte que certains viennent pour 6 mois, d’autres plus. J’ai discute avec un français qui vient ici tous les ans depuis dix ans pendant un mois, beaucoup de ces gens ont connu Amma lors de ses tournées de par le monde (au fait, elle passe a Paris le 21 octobre, pour ceux que ça intéresse j’ai les coordonnées, c’est gratuit, et rien que pour les prières chantées ça peut valoir la peine d’y aller), et ils viennent ici pour se ressourcer, pour apprendre a donner plus d’amour.

Bien sur, il y a de tout par ici, on croise des regards vraiment lumineux et accomplis, mais aussi des regards sombres et éteints, ceux-la on ne peut rien y faire, et tout le monde regrette leur présence (si les gens choisissent être ici, c’est parce qu’ils sont heureux).

Que dire encore ? Je n’ai pas eu l’occasion d’aller aux prières de 5h du mat car étais trop explose et je n’ai pas senti le réveil. Par contre, hier soir et ce soir je participe aux sevas (travail volontaire), qui dit élégamment est une forme du karma yoga, la voie vers l’illumination par du travail manuel. En fait, il s’agissait de faire la vaisselle, et la montagne était assez impressionnante : une montagne de plus de cent casseroles de diamètre entre 50cm et 1,5 m, si bien qu’il nous a fallu a 6 presque deux heures pour tout finir. Il faut dire cependant que était assez agréable, plus facile de s’y concentrer que la méditation, et que de temps en temps ça fait du bien. J’y retournerai ce soir.

..........

En fait, ce message date d’avant hier, mais l’internet-échoppe fermait, donc j’ai du arrêter. Tant pis, je vous l’envoie quant même, et j’en recommencerai un nouveau ce soir ou demain matin pour raconter la suite.

A tout de suite ?

F.

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