Bonjour tout le monde,
Un autre "petit" mail collectif pour vous donner quelques nouvelles, qui s’avéraient nécessaires à la suite des protestations larmoyantes de certains contre l’arrêt arbitraire, et brutal, de mes missives.
Du concret, d’abord, un peu : j’ai trouvé un appart à New York et je déménage ce soir. ça n’a vraiment été facile, et j’ai visité beaucoup d’endroits et vu beaucoup de gens, ce qui avec le recul a plutôt été une bonne expérience. J’ai aussi rencontré des tarés (comme souvent dès que je vais quelque part), en particulier une nana comédienne qui voulait louer son appart, et je n’arrive toujours pas à me débarrasser du sentiment d’oppression qui régnait dans son 15m2, avec deux chats, 50 cadres très kitsch avec des photos de sa famille (surtout son père, il faut bien le dire....), et le clou du spectacle : un gros VTT, un rameur et une grosse balle pour faire les abdos qui tronaient au milieu de la pièce. il n’y avait même pas un cm2 pour poser un trousseau de clé, c’était hallucinant, et pourtant des endroits encombrés, j’en ai vus beaucoup. J’ai fui. J’ai aussi rencontré un top model de las vegas (! !) qui se pointe pour visiter un appart dans un quartier qui craignait un peu en mini jupe, avec des fuck-me-boots (pour les non initiés, demander à Marie B la définition précise de la fuck me boot), blonde platine, et qui commence à raconter qu’elle va peut etre éviter de prendre l’appart vu qu’elle s’était fait emmerder deux fois en attendant devant l’appart. elle en avait quand même bien envie vu que l’agence de mannequins logeaient 7 mannequins dans un appart avec une seule salle de bains. J’ose même pas imaginer le bordel le matin.
Bref, donc, j’ai trouvé un tout petit one bedroom, très sympa, pour deux mois et demi, dans l’upper east side, 79th rue, où on voit le fleuve en sortant de l’immeuble, ce qui donne un peu l’impression d’être au bord de la mer en vacances. La proprio est une black de 40 ans prof d’anglais à l’étranger, pour l’instant à Mexico ou peut être en Grèce, elle savait pas trop, avec qui je me suis plutôt bien entendue, et qui a été assez sympa pour me trouver des cours particuliers à donner dans le voisinage. Sam me rejoint à New York en avril et mai. Je ne sais pas encore ce que je fais en juin, je peux garder l’appart jusqu’à mi juin ou le rendre debut juin. donc, ceci est un appel à proposition.... si quelqu’un veut / peut / a envie de faire qqch pour le mois de juin, on peut s’organiser un trip en Californie ou ailleurs (je dis la californie, mais c’est que j’ai bien envie d’aller voir San Francisco), mais ça peut être au Mexique, ou au Texas (non je déconne, pas le Texas). je serai pas très riche, mais si on organise ça à l’avance, ça peut être jouable. Sinon, ben je vais rentrer en juin et essayer de trouver du boulot à Paris (ceci est Aussi un appel à proposition, si quelqu’un veut m’embaucher... ??). Voilà : manifestez-vous.
Maintenant, les nouvelles du front : New Brunswick (qui est le bled où j’ai vécu depuis septembre : je ressitue pour les nouveaux) se dépeuple, pourquoi ? parce que c’est Spring Break, les vacances des printemps, sauf que Spring, il fait encore -10 (la nuit seulement hein) et on se casse la gueule sur le verglas, alors bon le printemps, moi je veux bien, mais il faut quand même une bonne dose de persuasion quand on voit les étudiants partir avec leurs skis et leurs moon boots.
Petite parenthèse sur les chaussures : ici, y’a pas de transition entre les moon boots et les tongs. jusqu’en novembre, mes étudiants se pointaient en tongs en cours, à l’époque où j’étais en train de me demander quoi brûler dans ma chambre pour me chauffer. et j’ai aussi appris qu’il n’y a pas de printemps ici : ca caille en avril et il fait déjà trop chaud en mai. Quand je vous disais que les américains ne savent pas doser, c’est pas de leur faute : c’est leur climat qui est comme ça. Donc Spring Break eh ben, y’a plus personne sur le campus, juste un petit groupe de français qui a pas assez de tune pour partir en vacances. donc on s’est fait une soirée francais hier, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. les autres êtres vivants à la ronde semblent s’être regroupés dans le salon de ma maison : ma colloc accueille 4 de ses copines pour Spring Break parce que figurez vous qu’ici, c’est radical, pendant les vacances, la fac demande que les étudiants dégagent. et ils ont pas trop le choix puisque le système électronique d’ouverture des résidences est tout simplement coupé. Ils savent pas doser, je vous dis... et ma colloc (la rameuse), déjà qu’elle fait de la bouffe pour 10 quand elle est toute seule, là, elle s’est lachée : c’est l’orgie dans l’atelier cuisine depuis hier soir : pancakes, sweet potatoes pies, lasagnes, oat meal, chili, et un truc au gingembre trop bon, bien que super épicé (c’est la reine des épices de la Jamaique). A ce propos, j’ai appris que Goya, qui est la marque de bouffe mexicaine importée aux EU, avait progressivement augmenté le dosage des épices dans leurs produitsv d’importation, qu’au début, il avait réduit la dose de moitié et que depuis 2 ou 3 ans, ce sont les mêmes produits qu’au Mexique : le palais américain s’est adapté... ça n’a pas grand intérêt d’accord, mais c’est que j’ai lu un article du New York Times sur l’adaptation des traditions culinaires de l’immigration, donc bon.
A propos de lecture, j’ai lu Chien Blanc, un bouquin de Romain Gary, d’abord écrit en anglais quand il vivait à Los Angeles avec jean Seberg, c’est sur, comme on dit "le problème noir aux EU", mais c’est surtout du Gary, donc c’est bien, sauf sur la fin, où il se prend pour De Gaullle, et ne prend même pas la peine de se relire (puisqu’il se prend pour De Gaulle...), non c’est un chouette bouquin, bien dur, mais vraiment chouette. autre lecture : je suis allée fouiller les vieux livres de ma proprio dans le garage, et je suis tombée sur un petit chef d’oeuvre de vulgarisation américaine : masters of painting, qui doit dater des années 70, et c’est trop drôle parce que ils ne montrent que les toiles qui se trouvent sur le territoire américain, en s’autoglorifiant d’en avoir acheté autant, et surtout, la vie de chaque peintre est racontée sur le modèle du business man. J’ai lu en entier, et on ne trouve vraiment pas une seule considération artistique. Chaque vie est racontée en terme de carrière, de plan à long terme, en insistant beaucoup sur les prix d’achat, de vente du vivant et les prix payés par les grands musées américains. En gros, c’est limite si à la fin il ne donne pas le calcul de la plus value. Marrant, quoi.
Sinon, mes élèves sont moins drôles ce semestre, j’ai beau faire la conne, ils sont très sérieux. et puis, leur situation sociale et politique est souvent plus dure que les autres du premier semestre : j’en ai un qui est réserviste (le truc qu’on voit dans le film de Michael Moore) : l’armée lui paye ses études et il faut qui soit prêt à partir dans l’année. deux filles ont leur copain en Irak, et ne veulent parler que de ça. premier cours en janvier : je pose des questions pour réviser les adverbes de temps : est-ce que vous recevez beaucoup de lettres de vos amis : je m’attendais à des réponses à la con comme au premier semestre (non, je n’ai pas d’amis, les gens me détestent, ou oui, j’en reçois beaucoup mais je ne les ouvre pas), et là, non super sérieuse, y’en a une qui me répond les larmes aux yeux : "oui, ej reçois deux lettres par semaine de mon ami en Irak, et je les attends avec impatience parce que j’ai peur". donc, je remballe mes blagues à la con et on parle politique.... d’autant plus que j’ai deux israeliens dans ma classe et un iranien : on a des débats religieux intéressants....
Quoi d’autre ? ah oui, je suis allée faire une conférence à Columbia (c’est la classe non ?), et une à Rutgers, en anglais cette fois, avec une amie. C’était intéressant mais vraiment pas facile de parler en public et en anglais. Mais bon, c’était sur Sophie Calle, donc y’avait plein de photos et on a rencontré un joli succès (des tonnes de questions du genre : mais personne ne la reconnait dans la rue, est-ce qu’elle avait un petit rétroviseur pour ses filatures ? de quelle couleur était sa perruque.... !). On s’occupe quoi !
Sinon, j’avais gardé en réserve une petite anecdote qui en dit long sur les États-Unis. Une copine à moi avait besoin de la pilule du lendemain comme elle était en vacances à Los Angeles. Après avoir appelé plusieurs docteurs et vu les services médicaux de la fac, elle se pointe aux urgences de l’hôpital, à 10 h du mat (comme vous savez la pilule du lendemain doit se prendre dans les 24h, comme l’indique son nom). Donc, après les vérifications d’usage, comme la traduction du certificat de sécu E 111, elle attend jusqu’à 17h, et toujours pas de pilule du lendemain, ils connaissaient pas, ou faisaient semblant de pas connaitre. on lui fait faire des examens, des tests psychologiques... elle repart bredouille le soir, bien inquiète parce que le délai des 24h etait presque passé. en dernier recours, elle rentre dans une pharmacie qu’elle avait pas essayé et on finit par lui vendre, sans ordonnance, et sans problème la fameuse pilule, qui existe donc, au meme prix qu’en France mais que personne ne connait. Chute de l’anecodte : 2 jours plus tard l’hopital l’appelle pour lui dire que c’est OK pour l’avortement qu’elle peut prendre rendez-vous à l’hopital..... ici, aussi, ils savent pas doser...
Sinon , des nouvelles de ma colloc pakistanaise, celle dont l’ex est venu casser le carreau de la cuisine en plein hiver. Voilà t’y pas qu’en me voyant et en discutant avec moi, il lui prend l’idée de partir loin elle aussi. elle commence à me demander mon avis sur la fac de médecine en France : elle a bien envie d’aller terminer ses études de médecine en Europe. Je lui rappelle que vu qu’elle parle pas le français, ça risque d’être difficile. Regard étonné, ah bon ils parlent français ? Grand moment de solitude, ben oui ! C’est une fac en France, normal, mais tu peux aller en Angleterre, si tu veux suivre des cours en anglais.... Elle trouve que c’est une bonne idée. elle commence à s’imaginer faire du shopping à Londres. Tu crois que je pourrai aller faire des courses à Paris le soir ? Ben c’est un peu loin quand même, faut y aller pour un week-end quand même.... trop à l’ouest la fille. Je suis montée une fois en voiture avec elle, et franchement j’ai eu peur : le demi-tour au milieu de la route sans regarder, bing le trottoir, c’est pas grave. D’ailleurs, sa voiture a changé de couleur j’ai remarqué, un peu comme si elle avait niqué l’autre.
Bref, elle m’explique que oui, Londres ça doit être so much fun, et qu’elle va se fiancer avant de partir. J’ouvre des grands yeux, elle explique : ben oui, comme ça, je suis sûre de pas tromper mon copain et de me marier en rentrant. Donc, là, j’ai réagi un peu quand même. elle m’expliquait que le voyage serait un test, parce qu’elle était pas trop sûre et qu’elle était encore très amoureuse de son ex, qui est "so psycho" (tu m’étonnes : c’est celui qui avait failli me tuer en décembre). petite explication, je commence à lui expliquer que à ce moment là, c’est peut être mieux qu’elle attende d’être rentrée de Londres avant de se fiancer, vu que ça va être so much fun, et que ce serait plus malin. Je crois que je l’ai convaincue, et franchement je suis assez fière parce qu’elle est assez coriace comme fille quand même...
Et une dernière anecdote pour la route : il est désormais interdit aux femmes de se maquiller, ou de se remaquiller, dans le métro de New York, ce doit être parce que c’est de la provocation sexuelle.... mais la taille de mini jupe n’est pas encore règlementée : à bon entendeur....
Gros bisous à tous
Donnez moi de vos nouvelles un peu ! et à bientôt
Anne