Les apprentis ethnologues et le culte du grand PMU


mardi 17 février 2004, par Francesco Colonna Romano

Hola tous,

j’espère que tout va bien pour vous depuis la dernière fois, les quelques uns que j’ai revus lors de la soirée au kebab de la rue Saint-Denis, qui a été très chouette et s’est prolongée jusqu’à 6h du mat, et les autres aussi. Bonne Saint-Valentin à tous ceux qui aiment, bon vendredi 13, bon tout, plein de voeux.

Avant de commencer le récit des aventures de cette semaine, juste un mot : j’ai décidé de refaire ma mailing-list, puisqu’il y a des gens dont je n’ai pas de nouvelles depuis très longtemps qui n’ont peut-être pas envie que je continue d’encombrer leur casier. Du coup, si vous avez envie que je vous réinscrive sur la nouvelle liste et de recevoir en direct mes carnets de route, envoyez-moi ne serait-ce qu’un petit mail.

Voilà, on peut commencer le récit des dernières aventures. J’ai été en effet toute la semaine dernière en stage d’ethnologie, avec un groupe d’une vingtaine d’étudiants et plein de profs, dans une ville de banlieue parisienne, juste à côté de l’aéroport de Roissy. On était logés dans un hôtel grisâtre donnant sur un gros rond-point, et nous avons passé la semaine à traîner dans des coins où spontanément on n’aurait jamais été, interviewer des gens à qui on n’aurait jamais parlé. Pour le glauque, on a été gâtés... En ce qui me concerne, j’ai choisi le thème des bars-PMU (ceux où l’on parie sur les courses de chevaux), et j’ai pu découvrir un monde hallucinant, aussi loin peut-être de ma vie de tout les jours que les trucs les plus étranges vus en Inde, et pourtant tout près. Je vais essayer de vous en donner un aperçu dans ce mail qui s’annonce long.

A peine arrivés, on se précipite au bar du centre ville pour un chocolat chaud. 11h du matin, deux tables vides et une dizaine de personnes au comptoir, que des hommes. Il boivent un café avec un kir, et au passage remplissent une grille de Rapido, un jeu de tirage genre loto, où l’on choisit des chiffres, mais avec un tirage toutes les 5 minutes. Le patron, un gros bonhomme à la ceinture en cuire de Johnny, raconte à tous que la semaine prochaine il part pour Marseille en vacances, mangera une bouillabaisse, rapportera une mèche de cheveux de Barthez. Toute phrase commencée dérive invariablement vers le foot. La femme du patron a aussi le style rockeur, bottes en cuir, jupe en cuir, collants noir, débardeur et chemise en filet, elle écoute Johnny à fond à la cuisine, et revient se servir une bière accompagnée d’une grande assiette de frites. Au fond de la salle, une télé passe du foot sur Eurosport en continu, et pas loin il y a aussi deux grands posters de Johnny. Nous nous sentons débordés par le flot d’observations que l’on pourrait faire, mais nous décidons de nous documenter. Nous repartons acheter l’Équipe (c’est la première fois de ma vie) et nous apprenons par coeur le haut du classement de première division, ainsi que les résultats des matchs de la dernière journée : par exemple, Lyon, ville de Solène, ma cobinôme d’enquête, a perdu à Guingamp, ce qui lui a fait perdre sa deuxième place, se faisant ainsi distancer par Monaco. Solène est censée être dégoûtée. Ce soir on nous fera un topo sur la vie de Johnny et ses récents ennuis de justice.

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Début d’après-midi Jean-Pierre, notre prof-encadrant, nous téléphone, il est au PMU de la Gare, il est enthousiaste, il a rencontré plein de monde et a même commencé à jouer, nous devons le rejoindre au plus tôt.

Le PMU de la gare est un grand bar, avec au fond une grande salle munie de télé diffusant en continu des courses de chevaux (il y a une chaîne spécialisée sur le câble, Equidia, consacrée uniquement à ça). Il n’y a pas beaucoup de lumière, couleur sombre, un double guichet au fond pour miser, quelques tables au milieu avec des tasses de café vides, plus personnes ne pense à consommer. L’activité dans la salle est frénétique : 25 types, surtout des noirs, quelques uns assis, beaucoup debout devant l’écran, ou faisant la queue au guichet. Plusieurs remplissent leurs feuilles de jeu en s’inspirant d’un quotidien spécialisé (il y en a au moins 10 différents en kiosque).

Le prof est attablé à côté d’un gros noir antillais, sur la table il a plein de grilles de jeu, son carnet d’ethnologue rempli de notes et son magnéto avec lequel il enregistre les conversations de ses deux compères au sujet des courses. L’antillais me parle de Sénèque, m’explique ce qu’est le stoïcisme, je ne sais pas bien pourquoi mais ça doit avoir un lien avec l’attitude qu’on a face au jeu. Peut-être. Il explique aussi les règles du PMU, conseille le prof qui gagnera 38 euros, en reperdra 30 pour les regagner ensuite. Inutile de dire que le prof était bien content. Et nous aussi d’ailleurs, car ici avec l’agitation on n’est pas obligés de reprendre une conso, et on échappe au énième chocolat chaud de la journée.

Plein de petites observations à faire ici : personne ne boit d’alcool, tout au plus des cafés, il y a une seule femme (à part la guichetière) qui discute d’égale à égal sur la "prudence" des diverses stratégies avec les hommes. Ce concept est bien sûr relatif, puisqu’on sait que de toute façon l’État prélève 40% des mises, donc le parieur moyen perd quoi qu’il fasse la moitié de sa mise à chaque coup. Cette même femme, qui joue systématiquement tout ce qu’elle a dans les poches, expliquera plus tard que quand elle joue au loto, ce qui lui arrive parfois, elle "a l’impression que c’est un peu de l’argent perdu".

A un moment, je vois tomber un billet de 5 euros, je demande à qui il est, un gars se précipite et dit "moi", un autre dit la même chose, le deuxième propose "si tu le veux prends-le", le premier demande "t’es sûr ?", le deuxième dit "oui", le premier embarque le billet en expliquant qu’il était tombé de sa feuille pliée en deux. Ouais...

L’antillais nous explique que lui ne joue jamais beaucoup (d’autres joueurs nous ont dit ça ;-) ), puis en même temps il explique que pour bien jouer, il prépare parfois ses courses en potassant les journaux spécialisés jusqu’à 4h du mat. Ce type-là est juriste, mais les autres ? Comment ça se fait qu’ils peuvent passer leur lundi après-midi au café ? Est-ce que ce sont tous des chômeurs ? Certains sûrement, et c’est un peu triste de penser qu’une bonne partie de leurs allocations revient aussi rapidement à l’État.

En tout cas, il y a toujours de l’agitation, des voix fortes, des rires. Les gens n’ont pas l’air malheureux même s’ils donnent l’impression de parler beaucoup des courses et peu du reste.

On part interviewer le buraliste qui m’avait vendu l’Équipe, il ne fait pas bar, mais il vend énormément de jeux aux gens qui achètent journaux ou cigarettes. Cette façon de jouer semble une pratique encore moins socialisatrice que le jeu dans les bars. On passe ensuite devant le bar de ce matin, il y a plein de gens au comptoir et on entend toujours la musique de Johnny à fond, mais on nous avait prévenu, avec l’OM c’est là spécialité du lieu. Nous décidons d’aller prendre un chocolat plutôt dans l’autre PMU du centre, un vieux bar allongé avec des petits carrelages blancs en mosaïque par terre, des murs et plafonds jaune pâle ou bordeaux vieilli, lumière de néon blafarde, juste au dessus de deux renards empaillés poussiéreux, accompagnés par deux oies et deux faisans tout aussi poussiéreux. Il est 18h, peu d’affluence, quelques gars au comptoir, apparemment de la petite classe moyenne de centre ville, 3 types essaient de suivre les courses à la télé, reléguée au fond de la salle. L’ambiance est bien glauque au sens premier du terme.

Nous visitons enfin le centre commercial Leclerc à la recherche d’un éventuel PMU à l’intérieur, avec lequel nous espérons battre les records de glauque, mais finalement ce n’est qu’un tabac-presse. Nous rentrons donc au bar-restau où nous avons rendez-vous avec les autres. L’activité ici est fébrile, tous discutent de leurs enquêtes, rédigent des notes, se passent des bons tuyaux (on nous recommande d’autres bars-PMU), je n’ai jamais vu de gens aussi motivés par leur boulot, on continuera à en parler non-stop pendant le repas et ensuite lors de la réunion qui ne se terminera qu’à minuit, et ça sera comme ça pour les 5 jours de stage : 16h par jour de boulot...

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Ça, c’était le récit de la première journée tiré de mon carnet d’apprenti ethnologue. Les jours suivants, nous continuerons à faire la tournée des bars de la ville et à discuter avec des gens. Chaque bar et chaque moment de la journée a son style particulier : le matin, il y a beaucoup de retraités qui viennent faire leur promenade, jouent un peu pour passer le temps, souvent au pif, puis rentrent chez eux, suivre les résultats des courses sur Canal +. Les cafés de centre ville sont plutôt fréquentés par des travailleurs municipaux, le café de la gare l’après-midi par des immigrés pauvres.

En général, on a pu constater que tous les joueurs sont persuadés que les courses sont truquées, l’un aurait même vu des jockeys se faire des signes et se mettre d’accord pendant la course... A partir de là, on extrapole : le PMU tout puissant contrôle en temps réel par informatique les mises des joueurs et il ajuste les résultats pour déjouer leurs calculs. Mais ici, dans l’ombre du café de la gare, les joueurs font des raisonnements compliqués pour ne pas se faire avoir. Un égyptien, initié par son père qui lui faisait valider ses tickets dès l’âge de deux ans, a un carnet plein de calculs bizarres, il a acheté la veille les 10 quotidiens spécialisés en courses de chevaux et calculé pendant 4h. Il explique : dimanche dernier, les numéros gagnants étaient 1-3-11-12-5, et ce n’est pas un hasard si 1 et 3 se suivent, sans le 2 au milieu, puisque le 3 est en 2ème position. 11 et 12, encore deux numéros consécutifs, et le 5 en 5ème position. On sent trop qu’il y a magouille dans tout ça. Il explique aussi que si lundi aucun numéro gagnant du dimanche et samedi n’apparaissait, tout le monde miserait uniquement sur les numéros restants, avec plus de chances de gagner, du coup le PMU met un et un seul numéro gagnant du week-end du samedi et du dimanche le lundi, avec 3 nouveaux.

Bref, il existe des stratégies d’une complexité impressionnante, favorisées par l’inflation des données disponibles : 10 quotidiens avec une cinquantaine de pronostiqueurs professionnels donnant tous leurs chevaux favoris, ceux qui pourraient surprendre, ceux qui sont bons mais qui peuvent décevoir, etc, 1500 chevaux au moins, chacun avec ses goûts particuliers (les juments sont meilleures au printemps par exemple), plein de jockeys plus ou moins connus, plein de champs de course (dans le sud, il fait plus chaud...), une multitude de types d’épreuves différentes (trot, galop, obstacles, diverses distances, montée ou plat), plein d’option de paris (tiercé, quinté, trio urbain, 2 sur 4, multi, etc), donc chacun peut s’appuyer sur ce qu’il veut, comme la sénégalaise qui soustrait la côte des chevaux au poids de ces derniers pour établir un classement. Ou le retraité qui fait des fiches avec les performances et les goûts de 500 chevaux, fréquente les champs de courses pour obtenir des renseignements supplémentaires en interrogeant directement les vétérinaires, tout en étudiant les liens entre familles de jockeys et entraîneurs. La plupart des joueurs font des classements compliqués des chevaux présents, certains y passent des heures, pour ensuite ne pas tenir compte de leur classement, puisque si l’on joue les meilleurs chevaux, on gagne peu. Du coup il faut prendre un peu de bons et un peu de mauvais (les "tocards"), et tout le classement n’a servi à rien. Le but ultime, c’est bien sûr de trouver le "bon tocard", celui qui gagnera alors que personne n’aura parié sur lui, oxymore qui résume bien leur quête impossible.

Tout ceci est d’autant plus incroyable que tous les joueurs sont conscients et répètent sans cesse que de jouer au hasard ne rapporte pas moins, ils ont remporté parfois leurs plus gros gains en jouant des dates d’anniversaire ou leur plaque d’immatriculation. Tout est fait pour ça, la construction du jeu, tout. Figurez vous qu’il y a même des "handicapeur officiels" chargés par les organisateurs des courses de mettre la juste quantité de plomb sous la selle des meilleurs chevaux, ou de les faire partir en derniers, afin de donner à tous une chance, et empêcher que ce soient les meilleurs qui gagnent systématiquement !!! Et pourtant, bien que les gens soient tous au courant de tout ça, il vont tout faire pour continuer à croire, croire qu’ils pourront vaincre le hasard en trouvant la stratégie ultime. Croire, c’est tout ce qui reste, comme ce sans-papiers qui explique que jouer c’est cotiser, et qu’on ne remporte le gros lot qu’après avoir cotisé toute sa vie... Il y a bien du religieux là-dedans.

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Pendant que le gars nous explique tout ça, l’atmosphère dans la salle est toujours tendue. Tout à coup, la caissière se met à hurler : "J’en ai marre de vous." Elle engueule les gens, leur ordonne de retirer leurs mains de la vitre, de se calmer, de bien remplir leurs feuilles de jeu. Mais les gens s’en foutent, ça leur importe peu de se faire gueuler dessus, ils n’ont dans la tête qu’une feuille de jeu, et savent très bien que la patronne va se calmer très vite, que ça lui passera. Ils savent juste que cette crise va leur faire perdre 30 secondes, pas plus, alors ils attendent le regard vide. La caissière se calme effectivement, le jeu reprend, tout est comme avant.

C’est en réfléchissant à tout ça que je me rends compte à quel point le vie de ces gens-là nous est étrangère. Quand on nous parle de nouvelles technologies, le frigo qui fait les courses automatiquement sur internet, la voiture guidée par satellite, les voyages dans les contrées lointaines, les progrès de la chirurgie, tout ceci ne nous choque pas. Pourtant, pour ces gens-là, le progrès, le 21ème siècle, ce n’est pas tout ça, c’est simplement les paris centralisés par ordinateur et toutes les courses en direct, la possibilité de parier de plus en plus vite, de plus en plus loin. Le 21ème siècle c’est l’accélération des mouvements frénétiques dans un café glauque de banlieue où l’on bouge dans tous les sens pour arriver à parier à temps pour la prochaine course tout en calculant pour la suivante. Le 21ème siècle, pour eux, c’est ÇA ! Avant, il y a 4 ou 5 ans à peine ça n’existait pas. Eux, s’ils regardent le 20h à la télé, ce qu’ils y voient tous les jours, c’est de la Science Fiction !

Je pourrais multiplier encore longtemps les anecdotes sur ce stage, depuis le joueur de Rapido traumatisé par une émission sur M6 qui explique que le jeu serait à l’origine de 40% de divorces, où il a reconnu son jeu favori, alors il reste assis devant l’écran, à observer toute la matinée des séries de chiffres pour identifier les nombres du jour (lui aussi affirme avoir la technique infaillible), remplit 15 grilles avec ces chiffres et les déchire toutes d’un coup pour ne pas être tenté de les jouer. Ou le joueur psychotique qui fait des allers-retours entre caisse, télé et programme des courses, en répétant tout le temps ce qu’il a joué, ce qu’il aurait joué, qu’il a perdu, les mains tremblantes, il est incapable de tenir une conversation. Ou ce bar-tabac où neuf clients sur 10 achètent des jeux, où certains envoient leur fille de 11 ans leur acheter des tickets à gratter, où je constate avec horreur que TOUS les gagnants à ces jeux à gratter réinvestissent systématiquement les quelques euros gagnés, ce qui est la meilleure manière de tout perdre à 100%, alors que le jeu donne l’impression de gagner souvent.

Pour vous donner une idée de ce que le jeu représente, juste quelques chiffres :

- Il y a 17 jeux à gratter différents, des événements spéciaux réguliers : le tirage du loto les mercredis et samedis, le tout nouveau Euromillion le vendredi, le lotofoot le dimanche, le kéno et autre d’autres jours, plus des événements spéciaux pour le jour de l’an, la Saint-Valentin, les vendredis 13... Plus les 15 courses de PMU par jours, et les machines à sous dans les casinos qui attirent encore bien plus de monde.

- Les jeux d’argent représentent 6% du PIB (la "richesse" produite par la France en un an), c’est vraiment colossal (à comparer à l’Education Nationale, qui ne doit pas dépasser les 20% d’après moi)

- C’est un marché en pleine expansion : le PMU par exemple a augmenté de 10% l’an dernier !


Tout ceci est assez effrayant. Même si tous les cas observés ne sont pas de cet ordre, souvent le jeu est aussi une manière de sociabiliser, et on trouve quelques cas qui rendent optimiste, comme cette petite vieille de 82 ans qui vient tous les matins en bus de loin, pour prendre son café et jouer quelques grilles en lisant le journal, parce que ce bar est sympa, tout le monde la connaît. Elle a aussi une vie à côté, une famille nombreuse et des petits enfants qui viennent la voir régulièrement. J’aurais appris cette semaine qu’il y a d’autres échanges qui passent par le biais du jeu, des relations qui se tissent en filigrane, des sans-papiers qui viennent chercher du boulot, des gens qui jouent en famille et en discutent ensemble. Rien n’est perdu donc. Reste juste que c’est un univers passionnant à découvrir, à deux pas de chez vous...

Voilà voilà pour le jeu. Quant à l’ethnologie, le peu que j’en ai essayé m’aura beaucoup appris, elle pointe toujours sur la richesse de la vie des gens plutôt que sur sa pauvreté, elle apprend à s’intéresser à ce qui paraît sans intérêt comme la gazette des dentistes picards, les réunions de copropriété, pourquoi on appelle les "piliers du CFJ" certains animateurs d’une association sportive de jeunes du quartier. L’avantage de ces trucs-là, c’est qu’on en trouve partout, notre vie en est remplie. En s’y intéressant, on ne s’ennuie plus jamais...

Attention cependant, l’ethnologie rend bizarre parfois, et les ethnologues sont parfois flippants avec leur manière de vous écouter sans vous couper, patients, l’air parfaitement intéressé, quand on sait qu’ils seraient capable d’écouter de la même façon le récit d’un violeur... Heureusement, les gens ne sont pas dupes, et toute la ville avait repéré le troupeau d’enquêteurs, élaboré des conjectures à leur égard. Certains enquêtés prenaient des notes sur les questions de l’enquêteur, d’autres enquêteurs ont été pris pour des témoins de Jéhovah alors qu’ils frappaient aux portes d’une copropriété, et leur allées-venues sont suivies par le dealeur du coin qui leur explique qu’"il vend du shit" et leur montre toutes les ordures que la mairie devrait ramasser si c’était une bonne mairie. Une rumeur circule comme quoi un autre binôme serait en fait là pour mettre en place le nouveau tri des déchets du quartier. Ou l’antillais du premier jour qui parlait de Sénèque et s’est révélé par la suite être libano-sénégalais, qui un jour vient me décrire tous mes mouvements de l’après-midi dans la salle des courses, en expliquant toutes mes attitudes. Qui étudie qui, donc ? Tout le monde, étudie tout le monde, en permanence, et il serait vain de chercher le moins cinglé dans l’histoire. L’important c’est que tout le monde partage, apprenne de l’autre, et passe du bon temps.

Comme vous j’espère, si vous avez lu jusque là.... ;-)

A bientôt

F.

PS : si vous avez envie de me raconter votre expérience du jeu, ça m’intéresse beaucoup, j’ai découvert que la plupart des gens autour de moi avaient joué à un moment ou un autre. Avez-vous déjà essayé un loto, un jeu à gratter ? En quelles circonstances ? Avez-vous gagné ? Retenté ? Etait-ce à un période de votre vie, ou continuez-vous encore ? Tout ceci m’intéresse beaucoup, et ça peut être une bonne occasion pour vous de donner des nouvelles...

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