Hola à tous
je suis à Guatemala Ciudad depuis moins de 4h, et déjà des trucs à raconter.
Commençons par le debut. La dernière nuit de préparatifs a été un peu épique, puisque j’ai fini de préparer mon sac et d’enregistrer des cassettes de Dylan & co vers 4h du mat, au moment de me lever pour partir. Ca a permis de passer (comater) un voyage tranquille jusqu’à New-York, où j’ai une halte de 13h. Il fait nuit, je suis fatigué, je renonce donc à visiter, et j’applique la technique indienne : je trouve un coin paisible avec une bonne moquette, près du chauffage, j’accroche mes sacs à un poteau avec une chaîne, je passe les sangles autour du bras (on n’est jamais trop prudent), je plie mon pull comme oreiller et je m’endors confortable comme rarement. Réveillé 5h plus tard par un flic qui m’explique que c’est interdit de dormir ici, et qui vire aussi la dizaine de jeunes qui m’avaient imité pendant que je dormais. C’est un peu dommage, car cet espace ne servait à rien, et c’est encore une règle débile occidentale pour embêter les gens (sans doute pense-t-on que c’est faire offense à la dignité humaine que d’être trop près du sol, et que les âmes sensibles préfèrent contempler une moquette vide dans un recoin d’aéroport).
Du coup, j’ai fini la nuit sur un banc de pierre froid où les gens sont venus s’entasser vers la fin, sous des bouches d’aération d’où sortait de l’air froid (je n’ose pas penser qu’ici ils mettent simultanément clim et chauffage dans le même hall, mais le soupçon y est...).
Le vol suivant était plus sympathique, un vol rempli de latinos, qui ont enregistré des quantités impressionnantes de bagages, du genre 5 valises de la taille maximale que vous pouvez imaginer (dans les 32 kg chacune) pour une famille avec deux enfants qui auraient pu tenir dedans. Ceci n’est pas exagéré, c’était vraiment le standard.
Et voilà. Dès l’avion, on se sent déjà dans le nouveau continent. Tout le monde parle espagnol (y compris les hotesses), et je commence à discuter avec mon voisin qui me laisse ses coordonnées au cas où j’en aurais besoin. J’avais oublié ça : en Amérique Latine, dès que vous êtes assis à côté de quelqu’un, vous commencez à parler avec lui, et puisque l’espagnol est plus facile que l’hindi, la conversation ne s’arrête jamais au "what’s your name ? what’s your country ?" indien. C’est ainsi que plus tard j’ai aussi pu discuter un peu avec le chauffeur de bus, avec le patron de l’hotel et avec un voisin dans un resto. On ne peux pas dire qu’ici les gens ne sont pas chaleureux.
Atterrissage en douceur, tout le monde applaudit, on débarque dans un tout petit aéroport où on ne se fait pas harceler par les chauffeurs de taxi. Le bus passe juste devant, personne n’essaie de me donner des fausses informations, il me dépose tout près de l’hotel, construit autour d’une large cour verdoyante et ombragée. Tout est merveilleusement simple. La ville (pas très belle en premier abord) est constituée de rues en échiquier (rues dans un sens, avenues dans l’autre, toutes numerotées par ordre croissant) assez larges avec des immeubles bas. Même si vous n’avez jamais mis les pieds ici, vous savez déjà vous orienter. Contrairement à l’Inde, il y à très peu de taxis mais "plein de voitures individuelles assez vieilles. Les bus quant à eux sont des bus scolaires américains âgés aux moins de 30 a 40 ans (ça fait road trip années ’70), mais ils ont toujours la pêche...
Je me suis promené tout de suite, le marché central avec ses boutiques de décorations de noel, de fruits et légumes (plein de trucs qu’on ne trouve pas en Europe) et ses bouis-bouis où j’ai déjeuné, la plaza Mayor avec tous ses étalages de tissus traditionnels colorés (que portent toutes les femmes), ses vendeurs ambulants et non (des glaces-maison, des tacos, des saucisses, des fruits coupés), et ses petits spectacles de rues. Il y a aussi un petit parc où joue un groupe avec batterie, clavier et guitare électriques, trompette, le son est amplifié par six hauts-parleurs plus grands que ceux de baba Cesare (mais ils ne portent pas loin, car le moindre ambulant est aussi muni de hauts-parleurs). C’est ainsi que je m’assieds là à écouter sur un air latino rapide (je ne sais pas encore si c’est salsa, samba ou quoi, mais ça donne une idée) une mama guatemaltèque qui hurle à s’arracher les poumons dans le micro une sorte de prière répétitive (peut-on appeler ça un mantra ?) avec sa voie rauque, je crois comprendre "SOS" puis un mot, puis "espirito santo". Pendant ce temps, le public mange des glaces, sourit, discute, deux femmes isolées chantent et dansent comme en transe, un couple s’embrasse (la fille porte une minijupe qu¢n ne voit presque pas tellement elle est courte). La mama continue à hurler pendant dix minutes au moins, puis s’agenouille et récite une prière, en pleurant bruyamment vers la fin. Tout le monde applaudit, les musiciens reprennent leur air endiable et une femme plus jeune se met à entonner les mêmes hurlements, et tout recommence. Il y a plein de monde partout, de la musique très forte (à cause des vendeurs ambulants de CD), les gens sourient. Tout le monde semble heureux.
Voilà voilà. Le cyber-café va fermer. Je voulais juste dire que je suis donc bien arrivé, et que le truc formidable ici c’est qu’au bout de 5 minutes on se sent vraiment chez soi (contrairement à l’étrangeté permanente qu’on ressent en Inde). Je vous souhaite plein de bonheur à tous.
Hasta luego, et Om namah shivaya
F.