Le voyage a commencé


samedi 14 septembre 2002, par Francesco Colonna Romano

Ouais, bonjour à tous, après quelques jours sans nouvelles. C’était plus faute de temps que de choses à raconter.

En effet, juste après mon dernier mail, nous avons quitté Madras, que je n’aime pas trop car elle avait un arrière-goût de déjà vu, une grosse ville du tiers-monde, avec sa circulation chaotique, les petits étalages, etc. Départ donc en bus pour Pondichéry, le bus traverse pas mal de campagne (en klaxonnant toujours comme il se doit), des prairies vert clair à l’air assez sec, quelques palmiers, le ciel bleu, la terre marron, de temps en temps quelques champs, ça permet de se ressentir vraiment en voyage, d’autant que le sommeil n’empêche pas de s’imprégner du paysage. Finalement j’aime bien les voyages en bus, même à 30 km/h, ça c’est la seule manière de se rendre compte que l’on n’est pas dans un micro-décor monté exprès pour nous.

Pondichéry est une ville plutôt riche : dans le centre, les maisons sont en béton, il y a peu de mendiants dans la rue, des parcs bien propres, un large trottoir sur le bord de la mer, mais la chaleur indienne à laquelle on ne s’habitue jamais complètement. A peine arrivés, on se dirige directement vers l’Ashram fondé par Sri Aurobindo et une française surnommée "la Mère". On laisse ses chaussures dehors, il y a une large cour sous un arbre, avec la tombe des deux maîtres. Tout autour, quelques dizaines de personnes prient (méditent) et tout le monde est en silence. Il y a vraiment de la paix par ici.

En fait, c’est un ashram un peu particulier, parce qu’il n’y a plus de gourou vivant pour le diriger, du coup les disciples étudient seuls sur les écrits des maîtres (on en a tous acheté un paquet, depuis les bases du yoga jusqu’à "aider l’humanité"...). L’ashram participe cependant activement à la vie de la ville puisqu’il gère une école, des magasins d’artisanat et d’encens, une fabrique de papier...

Peu après, c’est l’heure du dîner On se rend dans le réfectoire de l’ashram, on fait la queue, et pendant ce temps on peut lire les panneaux sur le mur expliquant qu’il faut manger comme si chaque bouchée était une offrande faite à Dieu, et non pas par nécessité ou par complaisance personnelle. Ou aussi que la nourriture servie ici porte tout l’amour de la Mère qui est toujours avec nous. Il y a aussi des photos de Aurobindo et de la Mère, avec un regard impressionnant tellement il est charge d’amour. Dans un plateau, on nous sert une louche de riz, un bol de curry de légumes toujours le même à mettre sur le riz, un bol de yaourt, deux tranches de pain. A midi on a en plus deux bananes et un extra (un bout de concombre aujourd’hui, hier un bout de fromage), alors que le soir il y a une sorte de riz au lait. Bref, c’est menu fixe, frugal mais bon. On mange ensuite assis par terre en rang avec des petites tables basses individuelles, on n’a personne en face, et on ne parle pas. C’est fou ce que c’est bon de manger comme ça, on ressent vraiment le sens de ce que l’on fait, tout est simple. Vous devriez essayer de temps en temps...

Le soir, il y a aussi un spectacle de danse indienne dans la cour de école, et on rentre tôt à l’hôtel (gère par l’ashram) car à 22h30 les portes ferment. Ici, pour 40 roupies (80 eurocents) on a une chambre double de propreté impeccable avec salle de bain et ventilo, les lits c’est une planche de bois avec un matelas de 2cm d’épaisseur, on a de l’eau filtrée et fraîche à boire et quelques messages de la mère ("quand vous montez les escaliers, faites-le en prenant conscience de vous élever, avec l’esprit en même temps"). Bref, c’est le paradis.

Que dire encore ? Il y a eu les essais de méditation dans la cours, et pour la première fois je crois avoir vraiment senti quelque chose que je n’avais jamais ressenti dans mes essais thaïlandais. Il s’agit comme d’un début de mouvement ascendant et une grande joie en même temps. La technique que j’ai lue semble marcher remarquablement bien : il suffit de se concentrer très fort sur n objet ou personne, et ramener a lui toutes nos pensées, à chaque fois qu’elles s’égarent. Il y a encore du boulot, mais on a été surpris de voir qu’on peut rester sans presque bouger ni voir le temps passer, 1h30 assis sur du béton.

Après ça, il y a eu la méditation collective dans la cour dans le noir, peut-être deux cents personnes assises en silence dans le noir. était beau, malgré la difficulté cette fois à se concentrer.

Bref, je suis assez emballe par la vie ici, on devrait parcourir pas mal d’ashrams dans les mois qui viennent (on nous en a conseillés un peu partout), et s’arrêter quelque part pour apprendre le yogas, etc... Je dois dire que la vie réglée a vraiment des charmes...

Ah oui, j’oubliais aussi : ce matin on est passe se faire visiter par un médecin ayurvédique (Stefania qui étudie la médecine naturelle s’y intéresse particulièrement, et nous suivrons tous sans doute des cours). L’ayurvéda (ou "connaissance de la vie") pense que le monde se compose de 5 éléments (eau, terre, air, éther et feu), donc nous aussi. Leur équilibre est responsable de notre bonne santé, et on peut le percevoir en tâtant le pouls ou certains points clefs. En cas de déséquilibre, on peut agir avec des médicaments à base de plantes et minéraux, avec des massages, du yoga, de l’acupuncture... Dans mon cas particulier, le médecin m’a répété six fois que j’aurais une très longue vie. Le seul problème potentiel c’est une légère prédominance de l’air qui pourrait entraîner dans longtemps des problèmes circulatoires ou cérébraux, mais ceci n’arrivera pas pour peu que je fasse un peu de yoga, de la méditation et pranayama (exercices de respiration). Bref, il y a de quoi rassurer la maman...

Voila, donc tout ici va pour le mieux. Demain nous partons pour Auroville, et le reste de l’itinéraire commence à se préciser. Mais à partir de la tout s’annonce pour le mieux.

Encore quelques dernières précisions pour ceux qui aimeraient passer par là. C’est peut-être un peu tôt pour le dire, mais il semble très facile de voyager en Inde : on se sent en sécurité, les gens sont accueillants, ce n’est pas si sale, la nourriture est excellente, tout est pratiquement donne (je disais tout a l’heure qu’une chambre double dans l’ashram coûte 80 eurocents, et pour 40 on a un ticket donnant droit aux 3 repas du jour... Ailleurs, ce n’est jamais plus que le double, et on a aussi refait notre garde-robe pour une bouchée de pain...). Voilà, c’est donc un pays ou il est facile de voyager, et qu’il n’y a pas lieu de craindre, et ou il y a tellement a apprendre...

Sur ce, je vous quitte pur aujourd’hui, je vous souhaite des jours heureux en France, et je vous remercie de vos nouvelles chaleureuses.

A bientôt

F.

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