Ola tous,
qui m’avez suivi jusque là, voila mon dernier mail-co depuis le Brésil, puisque dans moins de 48h je serai de nouveau parmi vous, ou du moins tous ceux qui voudront ou pourront venir. J’ai fait en sorte de me remettre en forme ces derniers jours, et j’ai hâte de vous revoir.
Voilà la fin du récit en retard, un peu en accéléré.
J’ai finalement quitté Belen le lendemain soir de mon arrivée, pour des histoires de bus. Pourtant la ville était assez sympa finalement, ses grattes-ciels à la Manhattan d’un côté, mais aussi des grandes places coloniales verdoyantes, un marché sur le bord du fleuve avec des poissons tous frais, une petite promenade toujours sur le fleuve àcôté d’un vieux fort et de canons, et les maisons basses et régulières de la vieille ville, bordée par des ruelles en terre à l’air plus malfamé avec ses bars (ouverts) avec de gros billards, et toujours des bateaux.
Le voyage en bus, le plus long que j’ai jamais fait, avec ses 36h devenues 41h suite à un bouchon à une heure de l’arrivée, a été aussi le premier voyage où j’arrive bien plus en forme qu’au départ. Je me sentais alors vraiment fatigué et en plus j’avais réussi à choper la crève à cause des contrastes de température jour-nuit, les yeux qui brûlent, j’arrivais à peine à porter mon sac. Tant pis. De toute façon j’aurais le temps de comater. La première nuit en bus passe pour ainsi dire toute seule, on se réveille sur une route toute droite au milieu de prairies. C’est un paysage très surprenant au début, ces grandes prairies planes à l’herbe courte, avec juste quelques arbres et de très très rares animaux qui paissent, c’est un paysage sans âme en fait, et artificiel, il manque quelque chose, et on le sent. Et oui, la déforestation a fait des ravages par ici, et pour pas grand chose... Dans l’après-midi le paysage se fait plus sec, genre maquis méditerranéen avec des arbustes secs, ou des forêts basses, beaucoup plus joli. Les tristes prairies ne reprendront que le lendemain matin, avant d’arriver à Salvador.
Arrivée à Salvador do Bahia (appelé souvent Bahia tout court) en début d’après-midi, c’est la fête de Sao Joao en ce moment, du coup la ville haute est remplie de petits drapeaux tendus entre les maisons, de petits étalages de rues vendant de la nourriture, et quelques grandes estrades pour les concerts. La première impression, en cherchant l’hotel est favorable. Je sors donc me balader, et là c’est différent. Le vieux marché dans la ville basse est désormais rempli de boutiques de souvenirs et de restos à touristes, dans la rue vous vous faites continuellement aborder par des gens qui vous demandent de l’argent, comme ça, en vous proposant des services de guide improvisé, ou pour vous faire des rastas, ils insistent lourdement. Au coin des places, il y a des mamas noires en costume africain (un peu plus volumineux seulement que ceux qu’on peut voir quotidiennement dans toutes les communautés afros, du Honduras à la ligne 4 du métro parisien) qui attendent visiblement qu’on vienne les prendre en photo. La vieille ville est remplies de "fausses" boutiques, c’est-à-dire de galeries d’arts, de magasins de souvenirs, des bars à touristes. En marchant dans la rue, j’entends à un moment des percussions, et j’entrevois par une fenêtre qu’au premier étage répète une ecole de capoeira (la capoeira vient d’ici). Monter jeter un coup d’oeil ? Un panneau indique le prix, et aussi ce qu’on paye pour chaque photo que l’on prend. Et par dessus tout cela, les petits drapeaux en plastique multicolore me font désespérément penser à une allée de supermarché...
Bon, la fatigue accumulée n’aide pas à voir le bon côté des choses. Je me couche tôt, et le lendemain les choses paraissent déjà autrement. Bien sûr Salvador est touristique, mais bon, un des endroits que j’aime le plus au monde (la pointe de l’île de la Cité) est aussi l’un des plus touristiques (même si l’on pourrait débattre sur le fait que les touristes s’arrêtent tous à l’embarcadère des bateaux-mouches ;-)), il doit bien y avoir moyen de voir sous les apparences.
Le centre de Salvador est divisé en deux parties, la vieille ville haute et la ville basse, reliées par des ascenseur. La vieille ville ressemble beaucoup à une ville méditerranéenne, comme Nice par exemple, avec ses façades rouges ou jaunes, avec en plus des carrelages mauresques (ça doit être le style colonial portugais), et des places plus grandes. D’en haut, il y a des couchers de soleil à couper le souffle sur la ville basse, avec des vieux immeubles hauts un peu décrépits, à l’air abandonnés, un peu genre Gotham City, comme si la mer avait tout recouvert, tout nettoyé, et s’était ensuite retirée. Mais bon, ce qui m’a vraiment impressionné ici, c’est la fête le deuxième soir : quatre estrades sont montées dans différentes places, et quelques groupes commencent à jouer. En général, un gars au triangle, un avec un tambour, et le chanteur au milieu qui s’accompagne à l’accordéon : c’est de la musique du nord, le Forrò, et je vous garantit que c’est hallucinant, il y a vraiment du rythme qui vous prend, si bien que vous bougez automatiquement en rythme, et plein plein de gens qui dansent (bien en général). Et ça continue très tard, chaque jour un peu plus, pendant toute la durée de la fête. En un sens l’ambiance ressemble à la fête de la musique chez nous (à Paris), mais chez nous c’est la seule fête qui prend cette ampleur, alors qu’ici, il y en a tout le temps. C’est ce soir-là que j’ai vraiment senti pour la première fois qu’il y a tout de même quelque chose à découvrir vraiment au Brésil.
Je suis reparti de Salvador au bout de 3 jours, pour Ilheus, parce que le nom évoquait quelque chose, je crois que Levi-Strauss a commencé son voyage par ici si je me souviens du peu que j’ai lu de son livre, et puis c’est la ville de Jorge Amado, dont je n’ai rien lu, mais qui lui aussi évoque les voyages lointains. Bref, très peu d’infos, mais je suis l’intuition, ça fera du bien d’être dans une petite ville. Bien m’en a pris. Le site est vraiment joli, sur l’estuaire d’un fleuve qui serpente tout autour de la vieille ville, au petits immeubles rose-orange, aux ruelles tranquilles, sans voitures, sans marchands (tout est ferme pour la Sao Joao). Et la grande plage de sable semi-déserte. Il y a bien une atmosphère de port lointain, mais paisible, endormi. On pourrait être dans un village de la Côte d’Azur, Antibes par exemple, au mois de mai, quand il ne fait pas trop chaud, quand il n’y a pas encore de touristes. Ca fait une halte idéale pour un jour, pour prendre le temps de dire au revoir à ce continent, avec déjà le vent du retour qui se fait sentir.
J’aurai aussi rencontré là-bas un allemand intéressant, ancien médecin MSF qui a épousé une brésilienne, acheté du terrain dans le Brésil profond, et gère donc désormais une grande exploitation bovine. Il m’a fait un portrait du Brésil qui ne fait pas envie (sur la condition des paysans dans les exploitations, assez proches de notre moyen âge, avec le gros propriétaire terrien et les serfs, sur la sécurité dans les grandes villes, et surtout sur le lavage de cerveaux pour convaincre les gens qu’ils vivent dans un pays riche, et leur faire oublier leur misère quotidienne). Je ne sais pas. Il m’a aussi confirmé qu’effectivement la plus grande partie du pays est fait de ces tristes prairies quasiment inutiles, réparties en d’immenses propriétés (à 15 euros l’hectare, on peut effectivement s’en payer une bonne surface), quasiment laissées en friche (moins d’une vache pour 3 hectares). Décidément. Mais bon, je crois que cette partie du Brésil est celle qu’il faudrait vraiment découvrir, au-delà des grosses villes touristiques genre Côte d’Azur, et ça vaudrait le coup de passer voir chez lui un jour, d’autant que c’est près de la frontière bolivienne...
Encore 26h de bus au milieu des tristes prairies, et me voilà à Rio, pour mes trois derniers jours en Amérique Latine. La ville est composée de plusieurs blocs d’immeubles hauts tout le long de plusieurs baies aux plages de sable blanc, bordées de petites montagnes pentues et verdoyantes, avec quelques îles au loin, c’est vrai que le site est exceptionnel. Je me suis promené longtemps dans le parc au bord de l’eau où les brésiliens viennent faire leur footing, dans le centre ville avec ses grosses places, quelques vieux beaux immeubles, beaucoup de mouvement (j’y ai même rencontré un magicien). Ca a l’air assez agréable, tout ça. Hier, j’ai marché presque tout le long des plages célèbres, Copacabana puis Ipanema. Vous seriez surpris de voir à quel point ça ressemble ici aussi à la Cote d’Azur au mois de juin, en particulier ici à la promenade des Anglais : même type d’immeubles denses tout le long de la plage, même voie de circulation rapide juste en dessous, et les gens qui bronzent. La différence, c’est juste qu’ici la plage est un peu plus blanche et jolie, qu’il y a plein de kiosques qui vendent des noix de coco, des "artistes" qui font des sculptures de sables, et des terrains de beach-volley et de foot-volley (c’est pareil, mais on n’a pas droit aux mains) où les joueurs vieux et bedonnants parfois font des prouesses. Et puis, il fait bon, pas trop chaud (c’est l’hiver ici), encore un jour de tourisme soft pour me remettre en forme c’est pas de trop.
Aujourd’hui j’ai encore un peu marché, et j’ai décidé d’aller passer mon dernier soir sur la colline du Corcovado, celle avec le célèbre Christ géant qui étend ses bras. Il y a à peu près autant de monde que sur la tour Eiffel (des Brésiliens), mais ça en vaut le coup : la montagne donne à pic sur toute la ville et ses gratte-ciels blancs, sur la mer, les autres collines (dont le célèbre Pain de Sucre, juste au milieu de la baie). Je ne saurais décrire l’impression qui se dégage de tout cela, cherchez des photos, mais vraiment c’est beau, et je suis resté deux heures là-haut, jusqu’au coucher du soleil quand ils commencent à éclairer la statue et que la ville s’illumine aussi. C’est mon dernier soir de ce côté de l’océan...
Voilà voilà. Donc demain matin je prends un avion pour Sao Paolo, où je passerai la journée à l’aéroport, et puis destination la France. Je vous souhaite toujours plein de bonheur, et à très très bientôt.
F.