Le pouvoir des mots

Pourquoi les changer ?

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If I really knew how to write, I would write something
that someone could read and it would kill them.

W.S.Burroughs

Le pouvoir des mots

(octobre 2003)

Au départ, il y a ce que nous observons, la réalité, qui est une. Ensuite, nous essayons de la décrire (afin de la comprendre, d’en fixer la mémoire et de la communiquer), et nous utilisons des mots. Ces mots ne sont qu’un outil imparfait et très personnel. En particulier, nous n’accordons pas tous le même sens au même mot, et nous n’utilisons pas le même mot pour décrire le même phénomène.

Cependant il s’opère ensuite une réduction : nous oublions la réalité sous-jacente, et nous la réduisons aux mots que nous avons employés pour la représenter. De là naissent deux problèmes. D’une part nous sommes persuadés que ceux qui utilisent d’autres mots et une autre description vivent une autre réalité, en contradiction éventuellement avec la notre, d’où des débats et discussions stériles. Mais surtout, nos mots deviennent une prison pour nous, ils nous empêchent de voir les choses telles qu’elles sont et parfois nous empêchent d’agir. Je vais donner ici un exemple très simple :

"Le progrès", c’est à l’origine simplement le fait d’avancer, d’où découlent des expressions comme "progrès scientifique" ou "progrès technique". Puis l’idée intuitive qu’avancer, progresser, c’est bien. Puis on a utilisé le mot progrès pour désigner génériquement le progrès technique, économique, scientifique, tout en gardant profondément ancrée l’idée que "le progrès c’est bien". Donc aujourd’hui, vouloir préserver l’environnement c’est refuser d’avancer, refuser le progrès économique (la croissance de la consommation), le progrès technique, refuser le Progrès dans son ensemble. C’est vouloir "revenir en arrière", et tout le monde sait que c’est mal.
J’espère avoir montré ici comment la définition et les connotations du mot Progrès s’opposent à la protection de l’environnement et du vivant, qui semblent pourtant des idées tout à fait sensées et nécessaires.

J’espère que cet exemple donne une idée du point de départ de ma démarche. Il parait que toutes ces idées sont déjà contenues dans les dialogues de Platon.
Cependant, ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas de la théorie abstraite, c’est d’appliquer ces idées pour s’affranchir de l’influence négative de certains mots et être plus libre. C’est ainsi qu’il me semble qu’en redéfinissant certains mots (dans notre tête avant tout, mais aussi dans nos pensées, nos discours, etc) nous pouvons modifier notre manière de percevoir le monde, et sortir de certaines impasses.


Vous trouverez sur mon site de nombreux textes qui montrent comment on peut mettre en pratique ces idées qui n’ont d’intérêt que pour cette raison.

- Programmation de pensée : la théorie plus générale dans laquelle s’inscrivent ces idées, qui en constituent une technique particulière.
- *** Pour une nouvelle description du monde : c’est le texte le plus important : comment redéfinir plein de mots pour pouvoir dire que le Mal n’existe pas, l’amour malheureux non plus, que les hommes peuvent être parfaits, que tout le monde peut être riche et que tout est luxe, etc.
- Ma définition de l’Art : pour que tout le monde puisse être artiste.
- Définition de Dieu et ses différentes descriptions : pour ne plus avoir de problèmes quant à son existence, et unifier toutes les religions.



Les idées ci-dessus sur le changements de mots me paraissent très importantes. Je laisse ci-dessous une autre manière de dire tout ça, telle que je l’ai écrite en juin 2002, avec d’autres petits exemples.

Les mots et leur pouvoir : plusieurs mots pour une seule réalité

Les mots ne sont pas la réalité, le monde que nous percevons. Pourtant, ils interviennent de manière fondamentale dans la prise de conscience de cette réalité : une fois que nous avons trouvé le mot qui nous paraît juste, il y a une tendance naturelle à lui donner plus de poids qu’à la réalité sous-jacente, si bien que notre perception devient prisonnière des mots que nous avons pris l’habitude d’utiliser. De là résultent la plupart de nos désaccords.

Pourtant je crois qu’il n’existe que très peu (on devrait pouvoir les compter sur les doigts de la main) de conceptions de la vie et de perceptions du monde radicalement différentes (une piste pour les décrire pourrait être la classification des tempéraments humains par W.Sheldon (The varieties of human temperament), dont je parlerai une autre fois). Par exemple, on peux penser qu’il est difficile de concilier les idées de ceux qui pensent que l’homme doit se réaliser tout de suite en exploitant toute la puissance dont il dispose, et ceux qui considèrent comme une priorité l’harmonie avec la nature et la préservation de conditions humaines de vie sur terre dans l’avenir. Mais ce que je vais dire là devrait marcher dans tous les domaines.

Je pense en effet que la plupart des désaccords entre les hommes ne sont dus essentiellement qu’à des utilisations différentes suivant les personnes pour un même mot. En remplaçant certains mots par d’autres, parfois très éloignés en apparence, on doit pouvoir réconcilier des points de vue apparemment opposés. Par exemple, ce que certains appellent "Dieu", moi je préfère l’appeler "le sens des choses", d’autres l’appelleront plutôt "la possibilité d’être heureux sur terre, quoi qu’il arrive". Or tous ces points de vues seraient facilement conciliables si nous ne tenions pas tant à nos mots à nous : un désaccord arrive uniquement lorsque le mot employé par l’autre nous paraît vraiment inacceptable, car ayant pour nous un sens autre et très éloigné. C’est ainsi que selon moi, si l’on acceptait d’appeler "Dieu" ou "sens des choses" ce qui permet aux gens (qui disent refuser l’idée de l’existence de Dieu) d’être heureux, on voit que la question de la foi devient une question absurde. Tout le monde croit en quelque chose, et il s’agit seulement de lui trouver un même nom. Les désaccords résiduels sont juste des questions de goûts : certains préfèrent "parler" à Dieu, d’autres veulent le "voir", d’autre le "percevoir" par le coeur ou l’esprit, et chacun utilise des images différentes correspondant à des idées différentes. Mais il ne faut pas oublier que dans le fond, il y a une seule réalité que nous percevons tous.

Ainsi, dans cette page-web, je vais essayer de fournir une description du monde où le mal n’existe pas, où les hommes sont parfaits et l’amour toujours heureux. Je motiverai cette description dans le prochain paragraphe. L’idée importante si vous voulez me comprendre, c’est que je ne suis pas en train de nier la réalité : je vois très bien ce que vous appelez mal, injustice, souffrance, défauts, et je sais qu’ils existent. Je vais seulement ici essayer de leur donner d’autres noms. Lorsque cela vous choque, dites-vous bien que nous sommes en train de dire la même chose.

Pourquoi changer les mots

Comme je le disais plus haut, les mots ont un pouvoir énorme, et les mots que nous employons ne sont pas anodins. Par exemple, les mots que l’on utilise pour désigner une activité qui donne du plaisir sont "s’amuser" ou "se divertir". Bien pire, en italien qui est ma langue maternelle, c’est le deuxième qui est le seul utilisé. Or vous saurez sûrement que étymologiquement, "se divertir" veut dire "se détourner", et notre cher Pascal lui à rajouté l’idée que le divertissement c’est "se détourner de l’essentiel", de ce qui est. Ce mot à l’apparence innocente sous-entend qu’il existe une opposition entre ce qui est sérieux, la vraie vie, le travail (étymologiquement c’est un instrument de torture), et ce qui apporte du plaisir. Cette opposition pour anodine et artificielle qu’elle puisse paraître, nous conditionne profondément, si bien que tous considèrent comme normal que le travail soit pénible et que ce qui leur apporte du plaisir est quelquechose de futile et socialement inutile, de la "détente", du laisser-aller. C’est ainsi que notre société a pris pour habitude de valoriser la souffrance, en promettant en échange une récompense après la mort, et détruit une partie du plaisir en culpabilisant celui qui en éprouve.

Je reviendrai sur le sens du travail dans une page plus politique. Ce que je voulais vous montrer ici, c’est qu’en débarrassant le plaisir des connotations péjoratives, on peut se débarrasser en même temps du sentiment de culpabilité qu’on essaie de nous infliger. Le but de tout ça, c’est bien sûr de pouvoir dire que la vie ça peut être du bonheur, de la joie, et pas seulement de la souffrance. Les prêcheurs envieux me rappelleront peut-être le péché originel, mais moi, je n’y crois pas, et je suis plus content comme cela.

Ainsi, dans tout ce qui suit, je remplacerai le mot "divertissement" par "bonheur", "plaisir", "beauté", et j’essaierai de même de remplacer les mots mauvais et dangereux.

Ce site est tenu par : Francesco Colonna Romano
Pour m’écrire : francesco ’arobas’ alamemeetoile.net