Nous voilà rentrés de nos vacances paradisiaques , j ai a-do-ré la Mosquitia. On a longé la côte nord jusqu’à la laguna de Ibans et on s’est remplis la tête de couleurs, d’odeurs et de souvenirs merveilleux.
Par où commencer ? Je ne suis pas douée pour les récits précis et détaillés, ce qui retient surtout mon attention ce sont plutôt les détails anecdotiques, alors pardonnez-moi si ce qui suit vous semble brouillon et peu éclairant — le mail de F. éclairera sans doute rétrospectivement le mien — Voilà donc quelques unes des pépites qui brillent encore dans ma pensée.
On a quitté Tegus le vendredi après midi et on a dormi à Juticalpa le soir, le lendemain on s’est dirigés vers Carbonales. Très vite il n y a plus eu de route, on roulait sur un chemin de terre plein d’ornières, si bien qu’on a fait 50km en 4h. Le bus était bondé, il faisait super chaud et on était à l’arrière du bus — grosse erreur : on faisait des bonds terribles à chaque trou franchi, je me suis plusieurs fois cognée la tête sur le porte bagages ; il vaut mieux être à l’avant on risque moins d’être assommés...... Maintenant on sait....
Après il n’a plus eu du tout de route. On a dû prendre un 4x4 trafiqué pour qu’on puisse tenir un maximum derrière, et on a roulé sur la plage au bord des vagues ou carrément dans la mer quand le fleuve qui la prolongeait était trop profond pour qu’on reste à l’orée des vagues — curieusement a parfois 10-15 mètres du bord , c’est moins profond. Dans ces cas-là le conducteur met un plastique sur le moteur et c’est parti ! On roule avec le vent dans les cheveux et une vague de temps en temps qui nous tombe dessus et nous raffraîchit.
Précisons que derrière on est une dizaine, les uns sur les autres à se cramponner comme on peut à ce qui dépasse de colis et bagages divers pour essayer de ne pas être éjectés du 4x4 au moindre à-coup du chauffeur qui roule toujours plus ou moins comme un cinglé. On en a eu un, un matin à 7h qui nous faisait décoller et rouler à une vitesse de dingue pour rattraper l’autre voiture de devant partie 5 minutes avant nous et ramasser avant elle tous les éventuels passagers sur le chemin, une fois qu’il l’a eue doublée, il a conduit plus tranquillement...
Mais j’adore ce moyen de bouger, c’est génial, on roule sur le sable pendant des heures, parfois on est obligés de faire un détour par une palmeraie parce qu’il y a trop d’eau et que pour le coup on noierait le moteur — quand par exemple il y a des arbres couchés au bord de l’eau ou des rochers, impossible de passer.
Une fois ils nous on fait descendre car le fleuve qui nous barrait la piste était trop profond — la veille on avait pu passer, et le bord de mer était aussi trop profond ce jour-là — et ils ont fait passer le 4x4 sur plusieurs tonneaux recouverts d’une planche de bois, ça paraît fou mais ils ont réussi à ne pas noyer la voiture, ensuite ils nous ont tous faits passer dessus et on a aussi rejoint l’autre côté. Ce jour-là on avait ramassé aussi 2 policiers avec 2 prisonniers menotés l’un à l’autre qui devaient passer une nuit en prison pour un truc mineur. C’était curieux.
Sinon j’ai adoré les cocotiers étêtés — mais c’est une tragédie pour les Garifunas qui se retrouvent privés de l’élément de base de leur alimentation. Un ver ronge les racines de l’arbre et le tue, du coup ne restent que les troncs. Ce qui rend le paysage surnaturel, mais splendide , comme si le malheur devait toujours sublimer la beauté.
On a aussi pas mal voyagé en lanchas dans les coins où le 4x4 ne pouvait pas accéder. Ca a été génial, on a navigué presque 3 heures entre les mangroves et des espèces d’algues qui étouffent peu à peu la rivière, mais qui sont très belles. Là c’était plutôt la jungle, on a vu des oiseaux splendides dont on ignore les noms et des hérons et perroquets. Le dépaysement total. C’était quand on allait vers Ibans dans les villages mosquitos. Pour revenir de ce bout du monde ,on a dû prendre une lancha à 3h3o du matin, seul départ quotidien pour revenir à la civilisation, et on a eu du bol car il s’était mis à pleuvoir en fin de soirée mais tout le temps de navigation on n’a pas eu une goutte de pluie.
A Palacios petit village d’environ 800 habitants, assez paumé, on a dormi dans un hotel au pieds d’une piste d’atterrisage — le seul avion qui fait la liaison quotidienne avec la Ceiba, un tout petit avion. Certains habitants ont construit leur maisons sur d’anciennes tombes de pirates, du temps des galions espagnols, et ils marchent dessus sans problème...
Sinon on a`passé ensuite 3 jours à Sangrelaya un village garifuna dont je suis tombée folle amoureuse. On avait une petite cabane rose et verte sur la plage à 40 mètres de la mer, avec 2 fenêtres striées de bois qui nous encadrent la mer d’un côté, les cocos de l’autre. On s’endormait avec le bruit des vagues, on se réveillait avec le soleil sur la mer.
Il n’y a pas de mots pour dire comme c’est beau. Pas un touriste croisé en 9 jours. La plage à perte de vue`pour nous, parfois quelques gamins qui venaient pour nous regarder, sans parler, sans bouger, mais qui nous fixaient avec leurs grands yeux étonnés... Une candeur et une gentillesse qu’on ne rencontre plus souvent. La patronne qui nous louait la chambre nous cuisinait tous les jours des plats garifunas délicieux, des soupes de poisson et de cocos — qu’il fallait aller chercher assez loin, et comme c’était une expédition ils en ramènent le plus possible à chaque fois. Ce qui m’a touchée, c’est la gentillesse de ce peuple, très à part au Honduras. Ils ont pu préserver leurs coutumes, ici aucune influence américaine, la vie est restée simple et réduite à l’essentiel, on travaille, on mange, on danse beaucoup et on fait pleins d’enfants — une femme de 35 ans a souvent déjà 6-7 enfants. Ils sont joyeux, parlent fort et vivement et rient à chaque phrase. Ils ne sont pas riches, mais le peu qu’ils ont ils le partagent. On m’avait indiqué une maison où aller boire un café le matin, 3 générations vivaient là, Julia la mère est prof de musique, droit et anglais dans un village voisin,la grand-mère dort dans la cuisine sur un lit qu’ils rajoutent la nuit et tous sont les uns sur les autres, pourtant ils m’ont invitée à dormir chez eux et à partager leur peu —manque— d’espace. Ils nous ont fait des gateaux à emporter aussi losqu’on est partis et m’ont fait promettre de rester chez eux quand je reviendrai à Paques, pour fêter avec eux la Semana Santa— c’est la plus grande fête avec Noel ici — Pendant une semaine tout le monde est sur la plage nuit et jour pour danser, manger et faire la fête au rythme des tam-tam. J’ai hâte d’y retourner.
On a été un peu piqués par les sandflies — ça fait super mal 10 heures après la piqûre. Ca a été de ma faute j’ai été débile, un matin après la pluie je les ai vues se poser sur les jambes — Ju m’avait montré ses piqûres en me disant que c’était terrible — mais comme je ne sentais rien, je me suis dit que Ju devait être allergique, en fait non. C’est affreux, 10 fois pire que les moustiques, mais j’aurai pu les éviter, la prochaine fois je saurai — elles ne sortent qu’après la pluie, et si on a de l anti-moustiques, on est tranquilles.
Comme on a voulu rester à Sangrelaya le plus tard possible le samedi on devait prendre un 4x4 sur la plage à 7h, mais comme il était archi-plein il nous est passé devant sans s’arrêter. On s’est retrouvés comme des nouilles sur la plage à devoir chercher une autre moyen de locomotion : une barque jusqu’au bus. On trouve un type qui nous emmène pour avoir le bus de 8h. On arrive à 7h45, hourra ! le bus est là. Pas de bol, le gars me dit qu’il ne part qu’à 11h30 — alors qu’on a 2 jours de route pour rentrer et qu’on est samedi et qu’après la nuit tombée, à 18h, plus de transport. Explication :2 bus cassés la veille et un chauffeur malade, lui il avait décidé de nettoyer le bus...
On est partis à 11h45, même pas énervés, car ici, c’est comme ça et ça fait plutot rigoler. On a été encore bien secoués et bien couverts de poussière sur la route toute défoncée, mais ça a été chouette.
On est arrivés à Tegus dans les temps le lendemain, dimanche, super-heureux, prêts à repartir dans 15 jours pour un long week-end sur la côte sud cette fois — car Ju et Laurent vont me prendre mes 4 heures de cours du jeudi et du vendredi (elle est pas belle la vie d’un prof expat ? 13h/semaine........)
Voilà desolée si vous me trouvez un peu confuse, je suis encore trop sous le choc de mes émotions pour avoir du recul et mettre de l’ordre dans ma pensée, pour l’instant je laisse tout en chantier encore pour ne rien perdre, c’est dur de parler de ce qui nous ravit. Et j’aime bien cette espèce de chaos.
Je vous embrasse tous et je pense à vous, racontez-moi ce qu’il y a de neuf dans vos vies, j’aurai l’impression d’être encore un peu plus proche de vous.
V.