Bonjour à tous
encore un p’tit mail-co avec les dernières aventures, brèves certes, mais on se trouve dans une petite ville de province à attendre un train, il fait noir dehors, donc j’en profite, d’autant que d’ici trois jours je serai privé d’internet pendant un bout.
J’en étais resté à Rishikesh et le baba des miracles. J’ai encore été le voir le lendemain, discuter avec lui de politique, lui offrir des bonbons, il a même voulu voir mes tours de magie... J’étais content parce que j’avais trouvé ma réponse à la question : s’il est possible de réaliser des miracles, pourquoi personne ne nous en montre ? C’est simple : parce que ça ne sert à rien, je ne pense pas que je changerais ma vie d’une quelconque façon si l’on m’en montrait un. Quelqu’un de vous serait-il prêt à tout abandonner pour s’engager dans cette nouvelle voie ?
A part ça, on est finalement partis de Rishikesh après presque une semaine, et les départs sont de plus en plus déchirants parce que je m’attache de plus en plus au lieux que nous traversons : le Gange où je n’aurai pas eu le temps de me baigner, les sadhous, les cours de yoga, c’était un village où je me serais bien posé un bout. Mais bon, la route continue. On a passé deux jours dans un ashram dans la montagne près de Dehra Dun, dont le gourou, Chandra Swami, nous avait été décrit par un français rencontré à Bénarès comme un homme vraiment réalisé. Il s’agit d’un rude gaillard de 70 ans, qui jusqu’à il y a 15 ans vivait sur quelques rochers au milieu du Gange, et qui ne parle pas depuis 20 ans. Cependant, il a rencontré un français qui a voulu devenir son disciple, lui en a apportés d’autres, et tous ensembles ils lui ont financé un grand ashram afin de pouvoir mieux suivre ses enseignements, ashram qui est de fait franco-français (il y en a ici plus d’une vingtaine, certains juste pour un mois ou deux, d’autres de manière définitive). C’est ainsi que ce bonhomme paisible et silencieux s’est retrouvé en l’espace de 10 ans à faire des tournées en France (la prochaine c’est en juin) où il reçoit plus de 400 spectateurs/disciples, à diriger un bon ashram avec tout le monde à le gâter et attendre la moindre de ses "paroles". Je ne pense pas que ce soit ce qui lui a donné l’illumination, mais sûrement ça comblerait aussi n’importe lequel de nos petits vieux.
A l’entrée, un panneau donne le ton : "ici, ce n’est pas un lieu de promenade ou de pique-nique, c’est réservé aux chercheurs spirituels", il y a 35 règles à observer, et celles-ci décorent aussi les murs (du genre : dans la cuisine, un panneau rappelle qu’il ne faut pas faire d’appels peu utiles de l’ashram et qu’il ne faut pas passer trop de temps au téléphone). L’endroit est très paisible et le silence total (sauf quand des types au village d’en face se mettent à faire une pouja avec des hauts parleurs, qu’on entend dans toute la vallée), le paysage idyllique. On mange tous assis par terre dans une grande salle des repas très légers (en fait, il y a un tel manque de protéines, qu’on est affamé 1 heure à peine après le repas, même après avoir repris 5 fois de tout), on lave son linge à la rivière, on fait quelques taches collectives (genre trier les lentilles ou peler les pommes de terre), on suit une heure par jour les enseignements de Swamiji qui répond par écrit aux questions (ça ne va pas vite), et surtout on fait 4h de méditation tous les jours, obligatoires pour tous (il faut signaler en avance au manager une éventuelle absence, en étant muni d’une très bonne justification), dont la première à 4h30 du matin. Si l’on rajoute à ça le temps passé assis à écouter les enseignements, à manger, à trier les lentilles, ça fait bien 8 heures dans la journée assis en tailleurs, ce qui est hard pour les jambes et le dos (merci les cours de yoga !).
On a quand même tenu le coup, parce que nous étions assoiffés de connaissance et nous voulions voir un ashram sérieux. Après deux jours cependant, on a fait nos bagages, et on s’est précipités dans le premier resto trouvé (je soupçonne que les fidèles profitent des pauses pour venir ici combler discrètement leurs carences alimentaires), où nous avons aussi trouvé des oeufs (après plus de deux semaines de régime végétarien strict), des haricots, du riz, des beignets frits alors qu’il était 10h du matin et que j’avais à peine déjeuné...
Finalement on est partis, la route était belle, le bus bondé sursautait agréablement sur chaque aspérité, alors qu’il traversait à toute vitesse forêts verdoyantes et rues de petits villages, en bousculant vaches, charrettes et passants et klaxonnant en continu. On écoutait de la seventies-road-music, il faisait beau, ça stoppe naturellement le flot des pensées (c’est le but de toute méditation), et j’imaginais bien Dieu assis sur le bord de la chaussée, ayant renoncé à se rendre à l’ashram car c’était ici un pur coin, nous faisant coucou en souriant....
Bref, ça fait du bien de reprendre la route, c’est dur au début, mais au fond c’est un des meilleurs aspects du voyage... Nous sommes en ce moment dans un ville de province où il n’y a rien de particulier, si ce n’est plein d’indiens qui saluent gentiment les rares (seuls ?) voyageurs de passage. Ce soir le train nous emmène à Dharamsala, siège du gouvernement tibétain en exil et principale communauté tibétaine en Inde. Dans trois jours je commencerai là-bas une retraite de 10 jours pour apprendre les bases du bouddhisme (Delphine en a été tellement emballée qu’elle a décidé de reporter son billet retour et fait en ce moment une retraite de 1 mois à Bodhgaya), car ce que je commence à comprendre de cette religion a l’air vraiment puissant et redoutablement efficace : si vous comprenez que tout vient de l’esprit, et que donc un fait n’est pas bon ou mauvais en lui-même, vous ne pouvez plus souffrir, tout est vécu comme une nouvelle expérience enrichissante... C’est là aussi que je dirai au revoir à Jean qui partira de son côté vers le plus grand marché au chameaux (il y en aura 40000 à ce moment) du monde au Rajasthan, et poursuivra ensuite sa route vers la Thaïlande, seul.
Voilà tout pour cette fois. J’espère que tout continue bien en Europe, même si je n’ai pas de nouvelles de beaucoup d’entre vous. Je vous souhaite tout le bonheur du monde.
Sai Ram
F.