Ola todos
décidément pas beaucoup de nouvelles de vous, il est temps que je rentre.C’est vrai que mon dernier mail n’était pas très inspiré (j’étais très fatigué), mais bon. Je vais essayer de faire mieux.
Donc j’en étais resté à Manaus, ville très curieuse car tout le centre ressemble à un grand bazar, avec ses boutiques qui vendent toute la même marchandise d’importation bas de gamme, et les petits kiosques vendant jus de fruits étranges (qui a déjà entendu parler du cupu açu ?) et les mêmes "salgados", des feuilletés remplis de viande ou fromage. Sans oublier les bars à guarana et le marché, en partie modèle réduit de l’ancien marché des Halles parisien, tout en fer forgé. Les hauts immeubles côtoient les maisons de l’époque du boom du caoutchouc, un peu décrépies, mais l’ensemble paraît un peu grisâtre.
Mais bon, je sais bien que cette impression négative est renforcée par le fait que vraiment je ne parlais pas la langue, donc le contact avec les gens était réduit au minimum. Certes je commence à apprendre, j’ai déjà réussi à marchander les billets de bateau au meilleur tarif (mieux que les brésiliens), même que les deux autrichiennes qui l’ont découvert plus tard ont poussé un cris de colère et sont restées dans leur coin tout le voyage sans nous adresser la parole, et celui qui m’a vendu les billets s’est fait engueuler par le capitaine. Cependant il me faudrait encore quelques semaines pour être au point, juste le temps que je n’ai pas...
Mais il ne faut pas être trop sévère avec Manaus, il y a vraiment quelque chose de différent, une atmosphère particulière de grand bazar construit à partir de rien, au milieu de la jungle, de ville sans histoire. Sans oublier le côté sombré, ou alors j’ai trop fantasmé sur les sorciers méchants qui sont particulièrement nombreux ici au Brésil. Qui sait ? En tout cas, il y avait déjà plus d’animation jeudi soir, des gens qui allaient se promener et boire un coup dans des bars de rue sur la place principale, ça aurait valu le coup de rester jusqu’au week-end.
Je suis cependant parti vendredi pour Belen avec un danois, une suédoise et un australien rencontrés lors du dernier trajet, sur un bateau un peu plus décrépit que le precedent. Trois jours et quatre nuits de voyage, beaucoup de temps passé sur mon hamac en train de regarder le paysage en essayant de "ne rien laisser passer". Les arbres, beaucoup d’arbres, pas de relief, sauf une colline un jour, on ne sait pourquoi. Le fleuve est au début deux à trois fois plus large que la Seine, mais il continue à grandir, bientôt apparaissent de nombreuses îles, certaines complètement inondées, avec juste quelques maisons sur pilotis et le haut des arbres qui dépasse, d’autres très grandes , si bien qu’on ne sait plus si c’est des îles. A un moment, le fleuve est si large qu’il ressemble à une de nos baies méditerranéennes, on se croirait sur la mer. Puis il se sépare en branches étroites, entre les iles de plus en plus nombreuses, on ne sait plus où est la terre ferme. Ces branches grandissent aussi, et ce matin, avant d’arriver, on aperçoit les premières mouettes, plus que 120km pour la mer...
C’était là la manière de voyager la plus agréable que je connaisse, le temps est rythmé par les levers et couchers de soleil toujours aussi magnifiques, par les repas identiques riz- haricots (le plat national)- viande bouillie- farinha (farine de manioc frite). Et quelques petites escapades sur la terrasse sur le toit pourvue, en plus du bar usuel, de chaises longues, d’enceintes géantes passant de la pop brésilienne en continu et de douches où les voyageurs viennent se raffraîchir. Remarquer le brésilien un peu bedonnant qui a passé des heures dessous, sans même enlever ses lunettes de soleil, tout en sirotant des bières de temps en temps. Mine de rien, le temps passe vite ainsi, hier soir j’aurais bien demandé au capitaine de couper le moteur pour attendre un jour de plus, ou alors de continuer tout droit vers la France, pourquoi pas (il paraît qu’on trouve facilement des bateaux qui le font...). Mais non, une autre fois.
Ce matin, juste après l’aube, nous avons aperçu tout à coup les grattes-ciels de Belen, un peu à la Manhattan, plein de tours, et j’étais aussi content d’être arrivé là. Le centre est plus joli et lumineux que celui de Manaus, il y a un grand marché au bord de l’eau, des maisons coloniales, deux grandes places verdoyantes où j’ai déjà rencontré plusieurs artisans sympas que je vais aller voir tout à l’heure. Il me reste aussi à me renseigner pour les bus vers Salvador pour demain ou après-demain.
Voilà pour les dernières nouvelles. Il ne manque plus que douze jours pour mon retour, et je vais commencer à tout organiser. Les parisiens recevront bientôt une invitation pour un pique-nique sur les quais le soir de mon arrivée (le 30 juin), écrivez-moi si je vous ai oubliés. Et j’ai hâte de revoir les autres aussi. Je vous souhaite plein de bonheur entretemps.
Ate ja
F.