Le cadeau de Ana Francisca, ou encore un départ


samedi 5 avril 2003, par Francesco Colonna Romano

Hola tous,

le temps s’envole, voici mon dernier mail du Honduras, demain matin en effet je passe au Nicaragua avec V. (en vacances) et Marie-Madeleine que j’ai été chercher aujourd’hui à l’aéroport. Je compte visiter le Nica une dizaine de jours avec elles, et ensuite elles remonteront, et moi je tracerai vers l’Equateur.

Troisième grand départ pour moi cette année, pourtant on ne s’y habitue jamais, plus on bouge, plus on finit par s’attacher rapidement à là où l’on est. Aujourd’hui j’ai fait mes adieux à Tegus, après une semaine de froid (15ºC) et de temps couvert, on a retrouvé soleil et chaleur, la ville était toujours vivante et colorée. J’ai fait ma dernière sortie avec les éducateurs de rue, derniers tours de magie à des gosses tous sales, leur sempiternel pot de colle à la main, dit au revoir à ceux de Casa Alianza, où Soraïda, une des gamines les plus affectueuses, m’a proposé d’échanger nos bracelets en souvenir. C’est dur les au-revoirs, du coup on attend la dernière minute, on cherche à minimiser, de toute façon je reviendrai l’an prochain, comme si l’an prochain n’était pas dans un an. Beaucoup de choses auront changé pour eux d’ici là...

Rien que ces derniers jours, il y a eu beaucoup de mouvements. David, un gamin tuberculeux que nous avions ramené la semaine dernière de l’aéroport où il mendiait un peu de nourriture aux touristes qui se précipitent en atterrissant dans les fast-foods en face, et sorti du centre ce week-end, sans emporter son traitement, ce qui a fait que deux jours nous l’avons cherché, pour apprendre finalement qu’hier la police l’a pris, allez savoir pourquoi. Dennis, le garçon à la gangrène dont je parlais dans mon dernier mail est passé au centre pour se faire nettoyer la main, il a demandé à me voir, il ne s’était finalement pas fait tirer dessus le soir de l’hôpital, il avait dit ça au téléphone pour attirer l’attention. Il y avait eu l’arrivée de Ana Francisca au centre, événement symbolique pour moi, je voulais y voir une preuve que les choses ont progressé au cours de ces mois. Ana Francisca c’est la fille que j’ai soignée lors de ma première sortie dans la rue (cf le mail "une journée de boulot"), et que j’avais retrouvé à la décharge municipale et quelquefois dans le centre. Toujours plus affectueuse avec moi, elle me sautait au cou quand j’arrivais, grands yeux très vifs, elle elle disait vouloir se poser dans le centre et commencer l’école, je lui avais offert un petit bracelet, et elle m’avait fait un petit collier de perles. Finalement, elle est partie après quelques jours, avec le prétexte usuel qu’elle ne s’entendait pas bien avec certaines gamines. Selon les éducateurs c’est plutôt parce qu’elle aime gagner de l’argent et se droguer, et du coup elle préfère se prostituer dans la rue. Elle était déjà passée par le centre plusieurs fois, et à chaque fois c’était pareil. Suivant cet exemple Yasmin, une autre gamine bien tranquille qui vivait depuis longtemps au centre, a voulu partir aussi, pour la rue, la drogue et peut-être de la prostitution aussi. Difficile d’imaginer cela pour des gamines à l’air aussi gentilles, encore des enfants. Mais elle, les éducateurs sont sûrs qu’elle va revenir d’ici très peu. Comme vous voyez, tout peu basculer d’un coup. Ici beaucoup de gamins vont et viennent, d’un jour sur l’autre ils sont peut-être partis, on les retrouve dans la rue. Mais pas tous tout de même, il y en a quelques uns bien stables, qui eux vont s’en sortir. C’est dur parfois, mais en travaillant ici on découvre vraiment qu’on ne peut pas tout sauver d’un coup...

Aujourd’hui, aussi dernier passage sur les marchés, sur le Parque Central, sur les ponts, je discute un peu avec les gens, comme si chez eux j’étais désormais un peu chez moi. Les gens sont vraiment chaleureux quand on apprend à leur parler, à recevoir cette chaleur, à s’arrêter discuter cinq minutes quand un inconnu ou un vendeur vous interpelle. C’est un peuple vraiment attachant. J’ai aussi pris quelques photos-souvenir de la ville, de la maison, de ceux de la Casa, comme d’hab à la dernière minute, parce que j’avais toujours pensé que j’aurais le temps.

Voilà, maintenant mon sac est à demi bouclé, quelques derniers préparatifs, et c’est parti.

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Lendemain matin tôt, à quelques minutes du départ : il était 19h quand j’ai écrit ce qui précède, ont suivi les "derniers préparatifs". A 2h du mat, Julien qui avait prêté sa chambre à Marie-Madeleine et dormais dans le salon voulait se coucher, donc je n’ai pas pu continuer mon mail. Trop tard, j’aurais eu encore des trucs à rattraper, mais je le ferai quand je trouverai une autre connection. Voilà. Je vous souhaite plein de bonheur et je pense à vous. Continuez à donner de vos nouvelles, ça me fait toujours très plaisir.

Hasta luego

F.

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