Le Bouddhisme

Ce que j’en ai compris

"Et si c’était le contraire, si l’homme n’était qu’une hallucination du monde extérieur ?"

Jean-Edern Hallier

Avertissement

tout ce qui suit correspond à ce que j’ai retenu de ma retraite d’initiation au bouddhisme tibétain faite au centre Tushita de Dharamsala, avec pour professeur Jimi Neal, un ex-hippie qui a rencontré des lamas tibétains lors de ses voyages en Inde, a été moine bouddhiste pendant 15 ans, et continue à s’engager là-dedans en tant que civil. J’y ai appris des idées vraiment puissantes qui m’ont déjà beaucoup aidé, et que je voudrais partager. Bien sûr, ce que j’écris ici correspond à ce que j’ai compris et retenu, avec parfois quelques petites interprétations perso. Tout ça n’engage donc que moi, et je prends la responsabilité de toute erreur ou incomplétude éventuelle (que vous pouvez me signalez). Si vous êtes intéressés par cette expérience, vous pouvez aller voir le site de la Fondation pour la Preservation de la Tradition Mahayana qui possède des centres dans le monde entier et organise des cours d’initiation.


Intro : Qu’est-ce que le bouddhisme ?

I. La vie de Bouddha

II. La cosmologie bouddhiste

  1. Samsara et Nirvana
  2. La loi du karma
  3. Croire en la réincarnation ?
  4. Deux remarques

III. Le dharma, ou le chemin vers l’illumination

  1. Soutras et Tantra
  2. La méditation et les autres pratiques

IV. La connaissance et l’esprit

  1. Le Vide
  2. Les 4 Nobles Vérités et la souffrance
  3. Application à la programmation de soi

V. La compassion

"So lost and so at home", ou le dharma au petit-déj’


INTRO : qu’est ce que le bouddhisme ?


I) La vie de Bouddha

Une première précision : "bouddha" veut simplement dire "l’éclairé", le bouddha historique, n’est que le premier bouddha de notre ère, il y en a eu d’autres ensuite, dont certains sont connus, et il pourrait y en avoir aussi parmi les hommes encore en vie (certains croient que le Dalai Lama en est un), meme si ceux-ci sont alors tenus de ne pas l’avouer (pour éviter les mauvais prophètes). En particulier, rien n’empèche que chacun de nous y parvienne.

Passons donc au récit de la vie de Bouddha.

Gauthama Siddartha était un prince, fils du roi de Sakhia, un petit royaume du nord de l’Inde. A sa naissance, un devin prédit qu’il deviendra empereur de l’univers, ou alors il deviendra bouddha, c’est-à-dire un être pleinement éclairé. Bien sûr son père aurait préféré la première possibilité, et il décide donc de tout faire pour empêcher la deuxième (ceci représente assez bien ce que la société fait pour détruire les possibilités d’éveil que nous portons en nous, et ceci soit-disant pour notre bien). Il organise donc à son fils une jeunesse dorée, enfermée dans un palais où tous ont le devoir de se montrer heureux et souriants, en lui cachant ainsi toute la souffrance, la laideur et la misère du monde exterieur. Cependant, un beau jour Gauthama pressent que quelquechose cloche, et sort du palais : il voit un mendiant malade, un vieux et un enterrement (le mort, mais aussi la tristesse des gens), et enfin un saddhou, moine errant hindou qui vit d’aumône, mais qui a l’air heureux.

Gauthama veut comprendre le sens de la maladie, la souffrance et la mort, il quitte donc tout et part dans la montagne étudier avec des ascètes et deux gourous (enseignants). Avec eux il acquiert des super-pouvoirs yogiques (clairvoyance, miracles, pouvoirs physiques et mentaux), mais ça ne lui suffit pas, il veut le sens de la vie et de la mort. Il quitte donc tout ça et commence une ascèse extrême, en se privant de nourriture et de sommeil, afin d’isoler l’atma, l’âme en laquelle croient les hindous, ce qui reste quand on enlève tout. En vain.

Gauthama est alors très faible, presque mourant. Une paysanne le nourrit, et ça le renforce énormément. Il comprend alors que la seule solution c’est la voie du milieu : ni ascèse totale ni hédonisme. Il s’assied alors sous le boddhi-tree de Bodhgaya et décide de n’en bouger qu’après avoir atteint l’éclairement. Il se détache alors de lui-même, comprends la loi du karma et les 4 Nobles Vérités, vainc les 4 Maras (démons représentant les pièges de l’esprit) qui cherchent à le tenter et parvient enfin à l’illumination. Arrive alors le dernier Mara, qui lui demande si tout cela n’est pas encore une illusion de l’esprit, mais Gauthama touche le sol pour prendre la terre à témoin de l’état qu’il a atteint.

Il marche alors jusqu’à Sarnath où il rencontre ses anciens compagnons-ascètes et commence à enseigner, avec les 4 Nobles Vérités. Il enseignera alors le restant de ses jours, et ses enseignements occupent des dizaines de milliers de pages.


II) La cosmologie bouddhiste

Pour comprendre le bouddhisme, il faut connaître un peu de la description du monde sous-jacente. Cependant, on n’a pas besoin de prendre tout ça au pied de la lettre, et ce serait bête de critiquer voire rejeter les idées bouddhistes à cause de ça, un peu comme ceux qui critiquent encore la Bible sous prétexte que le récit de la Genèse n’est pas compatible avec le big bang, ou qu’une vierge ne peut pas avoir un gosse. Si on réduit tout à l’essentiel, l’idée de fond est facile à accepter. Voila.

1) Samsara et Nirvana

D’après le bouddhisme, notre univers n’est qu’un univers parmi beaucoup en continuelle création-destruction depuis un temps infini. Il n’y a pas de dieu créateur, ces univers sont créés par les êtres qui les habitent (c’est un phénomène de karma collectif) afin d’avoir un espace d’action. Les êtres vivant dans ces univers se répartissent en 6 niveaux : l’enfer, les fantômes, les animaux, les hommes, les titans et les dieux. Les niveaux inférieurs sont caractérisés par beaucoup de souffrance, alors que dans les niveaux supérieurs on rencontre des plaisirs difficilement imaginables. L’homme occupe ici une place intermédiaire d’où, n’étant pas engourdi par les plaisirs des niveaux superieurs ni par l’esclavage et les limitations des niveaux inférieurs, il peut le plus facilement atteindre le nirvana. Pour cette raison, une vie humaine est considérée comme une chance rare, dont il faut se réjouir : c’est la notion d’ "incarnation humaine parfaite".

Il y a donc 6 niveaux, et les êtres doués de conscience ("sentient beeings") s’incarnent dans un de ceux-ci dans un univers quelconque où ils passent une vie. Après la mort, selon le karma qu’ils ont créé (leurs bonnes ou mauvaises actions), ils vont se réincarner dans des niveaux supérieurs ou inférieurs. Ainsi, chacun de nous au cours de nos incarnations infinies est passé par tous les niveaux et a occupé tous les rôles possibles (par exemple, j’ai sûrement dû être dans des vies antérieures votre mère, votre amant, votre ennemi, votre chien, ou tout ce que vous pouvez imaginer). On appelle ce mode d’existence l’existence cyclique, ou samsara (ça veut dire "roue"), et il faut remarquer que ce mode est caractérisé par l’existence de la souffrance, à laquelle on ne peut échapper (imaginez l’horreur de recommencer encore l’école une infinité de fois, repasser votre bac, etc...). D’où la volonté de sortir de ce cycle, ce qui est possible en se débarassant des désirs qui nous retiennent dans le samsara et en purifiant notre karma. L’état atteint s’appelle le nirvana (ou l’illumination) et il se caractérise par une compréhension parfaite de tous les mécanismes du samsara.

A partir du nirvana, il y a deux possibilités. Soit on est sauvés, on est contents, et on s’arrête là, c’est l’objectif du boudhisme theravada (en Asie du sud-est), qui vise le salut individuel. Sinon, on peut continuer et se réincarner (attention, on reste toujours éclairé, donc on n’est pas esclave du samsara, on choisit son incarnation) afin de guider tous les autres êtres vers le nirvana. Ceci constitue le but du bouddhisme mahayana (Tibet), et suppose un désir très fort de sauver tous les êtres (on l’appelle la "compassion"), que l’on crée dès le début du travail spirituel).

2) La loi du karma

"Karma" veut dire action, toute action, mais par extension il désigne aussi les conséquences de ces actions. La loi du karma c’est la loi de la causalité, elle affirme que rien n’arrive par hasard, que toute cause aura une conséquence et que toute conséquence provient d’une cause. Plus précisément, les bonnes actions vont créer du bon karma et avoir des conséquences favorables, alors que les mauvaises auront des conséquences défavorables. Cependant, ces conséquences n’appairaissent pas toujours dans la vie présente, mais éventuellement dans les vies ultérieures. Par exemple, si je vole dans cette vie, je serai peut-être volé dans une vie future. Le piège, c’est qu’alors je serai peut-être tenté de me venger, en créant encore plus de mauvais karma : pour cela, on dit que le mauvais ou le bon karma tendent à se reproduire, comme des graines que l’on aurait plantées (c’est d’ailleurs l’allégorie canonique) et il est donc difficile de contrer la tendance.

3) Croire en la réincarnation ?

Dans cette présentation, on voit que tout repose sur l’acceptation de l’idée de réincarnation. Il s’agit là d’un phénomène pratique complètement accepté dans le monde oriental, au point que par exemple les tibétains partent à la recherche de la réincarnation des lamas défunts, et la trouvent en général (il y a paraît-il de curieuses ressemblances que l’on aurait du mal à expliquer dans notre système de pensée). Bien sûr, c’est aussi quelquechose de très difficilement acceptable dans notre vision du monde occidentale.

La question qui vient alors naturellement est : peut-on démontrer scientifiquement l’existence de la réincarnation. Non bien sûr. Mais nous, quoi croyons-nous ? Qu’il n’y a rien, pas d’âme, qu’il n’y a rien après la mort ? Ou alors un paradis ? Ici non plus, rien n’est démontrable. Donc, autant rester ouverts a tout.

Cependant, ce que je voudrais souligner, c’est le rôle que joue la réincarnation dans la théorie. Elle intervient essentiellement dans la loi du karma, pour justifier que le bien sera récompensé d’une manière ou d’une autre, même si ce n’est pas dans cette vie, et le mal puni, donc il vaut mieux bien agir. Si pour vous cela paraît évident, parce que vous tenez cette idée d’une quelconque croyance, alors ça suffit, aucun besoin de s’embêter avec la réincarnation, passez aux parties pratiques du bouddhisme.

Je donne enfin une citation de Lama Yeshe pour clore la question : "si vous voulez connaître vos vies passées, regardez votre corps ; pour vos vies futures, regardez votre esprit." Ça veut dire que pour obtenir une incarnation humaine et toute la chance qui est la notre, nous avons dû créer du karma exceptionnellement bon dans nos vies passées, et il faut se réjouir de cela. Et quant au futur, si nous sommes en paix avec notre conscience, ce qui est toujours à notre portée, il n’y a pas de quoi s’inquiéter, nous aurons aussi des bonnes vies futures. C’est à peu près tout ce qu’on doit retenir.

4) Deux remarques

Je voudrais ici souligner deux applications pratiques de ces idées :

- La loi du karma sert à expliquer tout ce qui est inexpliquable. S’il nous arrive un malheur, c’est que c’est notre karma, on l’a mérité, on ne peut donc s’en prendre qu’à nous, et on peut essayer de repartir sur du nouveau, puisque nous avons finalement payé le prix de nos fautes passées. Il ne s’agit donc pas de s’apitoyer sur notre sort, où d’en vouloir à Dieu d’avoir permis ça (si Dieu existait, il n’aurait pas pu permettre...).

Attention cependant, cette explication ne s’applique que pour tout le malheur passé que nous n’avons pas empêché. Il ne s’agit pas d’accepter le malheur futur comme une fatalité ou de dire "bien fait pour vous, vous l’avez mérité". Bien au contraire, si nous ne faisons pas tout le possible pour empêcher le malheur des autres et les injustices, ou consoler les victimes, nous créons de nouveau du mauvais karma pour lequel nous serons punis ultérieurement.

Donc karma n’implique absolument pas passivité, bien au contraire.

- La réincarnation est aussi un moyen de programmation pour mieux ressentir la compassion. En se convaincant que tel être vivant a été notre mère, notre frère ou que sais-je, tout de suite on le regarde différemment, on le sent beaucoup plus proche. Bien sûr, ce n’est pas la seule façon d’obtenir ce résultat, mais c’en est une qui marche.


III) Le dharma, ou le chemin vers l’illumination

1) Soutras et tantra

Le bouddhisme propose deux voies pour parvenir à l’illumination, toutes deux également valables et ne s’excluant pas mutuellement. Ensemble, elle constituent le dharma, l’enseignement de bouddha.

D’un côté, il y a l’enseignement des soutras, les discours du Bouddha. Je développerai mieux les aspects que j’en ai compris dans la suite, mais disons à ce stade qu’il s’agit de créer graduellement du bon karma en pratiquant les nobles vertus, la pensée et l’action justes. C’est une voie sûre, mais elle nécessite de beaucoup de temps, beaucoup de vies pour atteindre le résultat final.

De l’autre côté, il y a l’autoroute vers l’illumination, le tantra bouddhiste (j’ignore les liens avec le tantra hindou), qui devrait permettre d’atteindre le nirvana au cours de la vie présente. Il se fonde sur la part de bouddha que chacun porte en nous : en quelque sorte, nous sommes tous déjà éclairés, mais nous refusons d’en prendre conscience, de l’accepter. Les pratiques tantriques consistent donc à supposer le résultat déjà atteint, se visualiser en tant qu´être éclairé et donc en adopter toutes les qualités. En particulier, alors que les soutras mettent l’accent sur la souffrance liée à la vie, le tantra apprend à tout voir comme quelquechose de lumineux, de divin.

2) La méditation et les autres pratiques


IV) La connaissance et l’esprit

1) Le Vide

2) Les 4 Nobles Vérités et la souffrance

3) Application à la programmation de soi


V) La compassion




(dernière mise à jour : octobre 2003)

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