La vie est une drogue

La vie est une drogue, et les êtres éveillés sont des polytoxicomanes qui n’ont pas de substance de prédilection.

Exemples de drogues : sommeil, norriture, sexe, activité physique ou spirituelle, pensées et sentiments, méditation, travail et argent, musique, voyage, bonheur, la vie dans son ensemble.

Définition et but d’une drogue : tout ce qui permet d’agir ou manipuler notre conscience

Pour chaque produit, on retrouve le mécanisme caractéristique : accoutumance (avec des difficultés au début, car c’est toxique) puis dépendance, doses croissantes et symptômes de sevrage/manque si on arrête (pour les bouddhistes, des symptômes de sevrage de la vie apparaissent juste après la mort, et c’est eux qui nous poussent à nous réincarner).

Une vie éclairée, c’est alors simplement chercher sans cesse à combattre les toxicomanies avec d’autres drogues, c’est explorer le plus de choses possibles (états non ordinaires, conscience modifiée, etc) en essayant de ne pas tomber dans une dépendance tyrannique, car celle-ci ferme d’autres portes. Mais c’est très difficile, car il n’y a pas d’équilibre, pas de stabilité, pas de guérison ultime. En dernier ressort, nous sommes tous des camés.

Une religion n’est pas seulement une drogue (le bouddhisme est celle qui admet le plus facilement d’en être une, car il a très peu de fioritures), c’est aussi une préparation pour la drogue ultime : la mort... (à moins que ce ne soit l’illumination, rester toujours là-haut, perché...).


J’ai écrit ce texte pendant un moment de perte du sens lors de ma retraite bouddhiste en décembre 2002, après que certains aient eu une expérience très forte de méditation (il fallait visualiser bouddha) avec des visions et sensations qu’ils ont immédiatement comparé à celles données par un psychédélique. Le bouddhisme connaît ces hallucinations, les décrit, les dissèque, elles font partie de sa description du monde.

J’avais déjà eu des idées de ce types, à un moment où j’ai beaucoup lu sur drogues et dépendance. J’avais appris que le support chimique (ie : l’idée conventionnelle de drogue) est un critère vide : notre corps est capable de synthétiser lui-même tout ce qu’il faut, stimulants, dépresseurs et hallucinogènes, en réaction à un stimulus extérieur ou intérieur. Tout stimulus devient donc une drogue ou peut être utilisé comme tel.

Cependant, je n’aime pas cette description des choses, car on ne peut y inclure le concept de Dieu, de bien et de mal et le Sens des choses, qui existent pourtant (j’en reparlerai ailleurs). Bien sûr, elle permet d’approcher le vide bouddhiste (le fait que rien n’existe en lui-même, indépendamment du reste), de se libérer de certains blocages par la compréhension du phénomène, et donne des idées sur comment dans la pratique on peut utiliser ces mécanismes pour être mieux. Mais il faut trouver autre chose, car sinon on va tomber dans le nihilisme, ce qui me parait inacceptable.

Pour finir, des pistes de dépassement de ce vide : l’expérience mystique (j’essairai de mieux définir ce que j’entends par là), l’humour et le rire ("Nous ne sommes rien, et alors ? Pourquoi ne pas en rire¨), l’existentialisme que je connais à peine.

Ce site est tenu par : Francesco Colonna Romano
Pour m’écrire : francesco ’arobas’ alamemeetoile.net