Hola tous
voilà encore plein de nouvelles, quand vous ai-je écrit la dernière fois ? Déjà si loin. Merci vraiment à tous ceux qui m’ont écrit entre temps, vraiment c’est chouette de recevoir des nouvelles, alors que désormais, en partant d’ici, je ne ferai plus que me rapprocher de vous.
Je suis parti de Cuenca samedi matin, pour passer une nuit à Loja, bonne bourgade sans rien de particulier. Si ce n’est la route. C’est deux fois plus long de passer par là en descendant au Perou plutot que par la côte, mais ça en vaut dix fois le cout. Entre Cuenca et Loja, on continuait donc avec des paysages tiroliens, des grandes vallées avec des collines et des petites montagnes (les sommets doivent être dans les 3500m) recouvertes de pelouse jusqu’au sommet, ces prairies étant séparées par des petites haies, quelques champs, des animaux, etc. De Loja vers la frontière à Macara, on commence à descendre sérieusement, la montagne se fait plus rocheuse, les prairies sont peu à peu remplacées par des arbustes un peu plus secs (genre un peu méditerranéen). J’ai pris ce bus à 6h du mat, j’ai donc eu le lever assez lent, la lumière sur les pics et des gros nuages de brume dans toutes les vallées, puis la température qui monte, le ciel bleu qui contraste avec la vert des forêts de conifères, et quelques rapaces planant la haut. Viennent ensuite les villages un peu délabrés sur les pentes raides et verdoyantes...Bref, je suis resté 6h collé à ma fenêtre, bouche bée, et je crois sérieusement que quelqu’un (S. ?) pourrait envisager de filmer une route comme celle-là, pour en faire un film d’ambiance, à projeter en géant dans la rue...
Le passage de la frontière se fait rapidement, personne n’emprunte cette route, je dois être le seul gringo du jour à passer par là. J’aime bien les postes frontière, on a toujours l’impression d’être sur le départ pour de nouvelles aventures. Ici, c’est sur un pont, au travers d’une rivière, avec les restaurateurs et chauffeurs de taxis qui ne font rien d’autre que regarder leur ventre et attendre au soleil. Il faut dire que la chaleur est sérieusement remontée, ce qui ne me déplait point.
Nous voilà donc au Perou. A partir de la frontière, on est déjà très bas, la route est décidemment de plus en plus sèche, la terre est beige-désert et il n’y a que des arbustes pas trop denses, qui se raréfient en partant vers le sud (en arrivant à Lima, il n’y aura plus que du vrai désert, essentiellement rocheux, mais aussi avec de bonnes dunes de sables à la saharienne). En route donc vers Chiclayo, un gros gars dans le bus me fait plein de clins d’oeils et de gestes curieux pour me faire comprendre que le supplément-bagage que le chauffeur veut me faire payer (30 centimes d’euros) n’existe pas, et jubile enfin quant il voit que je paie le bon prix. Nous devons arriver vers 20h30, je suis crade et en voyage depuis 5h du mat, mais juste a la fin du trajet monte un gars qui fait quelques tours de magie aux passagers (les vendeurs ambulants sont fréquents dans les bus), des tours vraiment bien. Je discute avec lui, savoir où il a appris, et m’invite chez lui pour voir les miens. Comment refuser ? Je laisse mes affaires à la va-vite dans l’hotel en face du terminal, et la suis. Petite maison, toute la famille, sympa, je lui apprends plein de tours, faut dire qu’ici les magiciens ne sont pas gâtés, il a quasiment appris seul, et personne ne lui avait jamais montré comment faire disparaître une pièce, alors qu’il fait de la magie depuis 15 ans. Il m’aura lui aussi montré quelques petits chefs d’oeuvre, et je dois encore le revoir ce soir.
Je rentre à l’hotel à 1h du mat. Contrairement à l’Equateur (où à 9h du soir il n’y a plus rien), ici il y a encore des gens dehors, des restos ouverts. Je remarque que mon hotel ne mérite pas la palme du luxe : un matelas en mousse crade, avec dessus une couverture, pas de draps, propreté semi-douteuse, je n’avais rien remarqué de tout cela en passant la première fois. J’essaie de monter sur le toit-terrasse, voir si demain je pourrai y étendre mon linge, en fait une grille interdit l’accès, on aperçoit les ombres des piliers du reste de l’immeuble encore en construction. On entend les bruits de la circulation dans la grosse avenue en bas. Peu rassuré, je rentre vite dans ma chambre et m’enferme dedans. J’apprendrai le lendemain que mon guide dit de cet hotel : "convenable, eau chaude (? ??), très pratique si on veut prendre le bus".
Aujourd’hui lever tranquille, je trouve presque au même prix un hotel sympa ou je peux faire sécher mon linge (en Equateur, il ne séchait pas assez vite, du coup le t-shirt que je portais depuis une semaine demandait un lavage d’urgence) et imprégner mes vêtements sur le toit. Je me ballade tout de suite dans le marché juste derrière, où il y a une section sorcellerie (pour chamanes et guerisseurs) qui est censée être des plus complètes d’Amérique Latine. Une longue allée de tout petits etalages, avec des sachets de feuilles pour soigner tout genre de maladie, des racines qui macèrent dans de l’alcool, des talismans en tout genre, de la statue à des pieds de biche, des gros cactus allongés, des parfums et préparations aphrodisiaques. Tout ceci vient soit des plateaux andins, soit de l’amazonie, et les vendeurs m’expliquent gentiment qu’ils ont appris à connaître les deux, avec leur père qui faisait le même métier, et en voyageant. Je ne sais pas trop comment creuser plus, du coup je dis que je repasserai. J’en profite tout de même pour acheter finalement un peu de feuilles de coca, que j’attendais depuis si longtemps. Un peu plus fraiches, fines et amères que dans le souvenir, mais on s’y fait, j’aime bien "faire indigène". Curieusement, ici les gens n’utilisent pas de catalyseur, une préparation basique faite de cendres qui se mâche en même temps et sert à dégrader la fine couche protective des feuilles de coca (ce que la salive a du mal à faire), mais c’est vrai que les feuilles d’ici sont bien différentes de celles du sud du pays. Tout autour du marché, il y a tout ce dont on peut rêver, un vendeur de fils, pierres et perles pour faire des bracelets-colliers (je vais faire mes stocks), des internets pour trois fois rien et de la nourriture pour reconstituer les stocks de vitamines et autres : oranges pressées à chaque coin de rue, yaourths aux fruits (j’en avais eu un tout petit verre à Panama), des fruits étranges comme le chirimoya à la peau genre carapace de tortue, un fruit entre nèfle, melon et mangue, un autre à peau de serpent dure, des variantes du fruits de la passion en plus gros et orange, des trucs pas encore identifiés. Et aussi les retrouvailles avec la ceviche (dès de poisson et coquillages crus marinés avec des oignons et du citron), les "papas rellena", beignets de purée de pomme de terre, plein de gateaux et biscuits nouveaux. Tout ceci dans un ambiance de foule, musique, immeubles moches et carrés, genre anciennement-moderne mais pas cher. Bref, j’aime vraiment bien Chiclayo, et je pourrais bien rester un jour de plus. D’autant qu’il faudrait aussi decouvrir la musique locale reputée, aller manger une ceviche sur le port d’un petit village tout près comme me l’avait recommandé un péruvien voyageur rencontré à Quito. Qui sait ?
Si je ne change pas de programme, je partirai après-demain pour l’autre côté des Andes et l’Amazonie, et je serai à Iquitos dans une semaine maxi. Vous aurez droit à un autre mail-co ce soir ou demain, pour dire pouquoi je suis vraiment impatient. Entretemps, toujours plein de bonheur à vous.
Hasta la vista
F.