Sai Ram à tous (ça veut dire un truc du genre "Dieu est en vous, Dieu est en moi, Dieu est en nous", on l’utilise ici à la place de bonjour, au revoir, merci...)
Et bien, depuis le dernier mail, j’ai laisse Mysore, grande ville très agréable car à échelle humaine, avec ses marches, son grand palais du Maharaja comme dans les contes, son temple sur la colline et les milles marches pour en descendre (j’ai vu un indien avec une seule jambe les descendre sur les bras, et il allait plus vite que moi...). J’y ai laissé Antoine le parisien qui rentrait au pays (ça s’est bien passe le retour ? J’espère que tu n’es pas trop triste et que tu as trouvé ce que tu attendais avec impatience... ;-) ), et aussi Jean et Ste qui voulaient suivre un cours de massage ayurvédique.
Départ donc en train, jusqu’à Bangalore, c’est le paysage habituel, tout verdoyant, les cocotier, les rizières, etc. Mais ensuite, ça change beaucoup : de plus en plus sec, des collines rocailleuses, des broussailles genre steppe ou maquis, des prairies plus courtes. Plus de mendiants aussi, ils passent dans le train, et il y en a aussi beaucoup dans la petite gare de Darmhavaram où je descends. Là on aperçoit aussi des singes qui jouent sur les toits et les arbres, on en avait rencontrés quelques uns dans le sud par ci par là, mais c’est la première fois que j’en rencontre un groupe, il paraît qu’il vaut mieux s’en méfier. En tout cas, bienvenue dans le Nord. Le bus vers Puttaparthi traverse des villages poussiéreux et rouge, on sent déjà beaucoup plus la pauvreté.
On finit après toute la journée de route par arriver à Prasanthi Nilayam, la "demeure de la paix suprême" comme l’a nommée son fondateur, Sri Sathya Sai Baba, ou simplement Sai Baba, sans doute le gourou vivant le plus célèbre de l’Inde. Beaucoup de gens m’en avaient parle, en bien comme en mal, du coup j’avais décidé de passer pour me faire une idée (désole Sourya, je n’ai pas suivi tes conseils).
arrive, c’est assez un choc, l’ashram doit être au moins 6 a 10 fois plus grand que celui de Amma (mais l’architecture est de bien meilleur goût, avec ses bâtiments pas trop hauts et ses couleurs pastel, bleu, rose blanc et or), il faut 10min pour le traverser, des allées immeubles pour loger les fidèles, un immense temple-préau pour les rituels, beaucoup beaucoup de monde. Une première déception, quand j’apprends que les gamins de moins de 25 ans (l’age de majorité en Inde, je me demande à quoi ça sert car à cet age tous sont mariés avec enfants) non accompagnés de leur papa ou de leur maman ne peuvent pas être logés à l’intérieur de l’ashram... Bon, il faut rester zen, prendre une chambre dehors, et me coucher tôt car je suis massacré et le lendemain je voudrais assister aux prières du matin à 5h20.
Le lendemain à 5h20 je suis là, mais j’apprends qu’en fait comme le temple est petit, il aurait fallu venir faire la queue à 4h pour avoir une chance de rentrer. A 4h il y a d’ailleurs une deuxième queue qui permet être au premier rang a 6h30 lors du Darshan, le passage de Sai Baba. Tant pis, je vais donc attendre tranquillement le Darshan. Il y a la quelques milliers de fidèles, une musique douce genre son de clochettes accompagne un petit bonhomme tout en orange (au milieu de la foule en blanc), avec des cheveux noirs à la Jackson Five s’avance en titubant, en regardant de tant en tant les gens d’un air curieux, ramassant quelques enveloppes de prières que les fidèles lui tendent. Au bout de dix minutes, le bonhomme est reparti, les gens se lèvent, certains sont restés leur enveloppe à la main.
Voilà, ça c’était la rencontre avec Sai Baba, celui qui aurait commencé ses miracles dès sa naissance, aurait très jeune proclamé qu’il était l’incarnation d’un saint mort quelques années avant, pour déclarer à l’age de 14 ans qu’il n’appartenait plus à sa famille et qu’il devait partir car sa mission l’attendait. On lui doit beaucoup de miracles, des guérisons, le fait être compris simultanément par plusieurs personnes, chacun dans sa langue respectives, faire apparaître un arc-en-ciel (un ami de Hilke le lui avait télépathiquement demandé), et aussi son truc favori, produire des cendres avec ses mains, qui symboliseraient ce qui doit rester de l’ego. D’après Sourya cependant un film aurait prouvé que les cendres venaient de ses manches, et que ça ne serait que de la presti. Qui croire ?
La visite du musée est aussi éclairante, on y apprend pour ceux qui ne le savaient pas que le Christ est venu étudier en Inde entre 16 et 30 ans (après un autre livre, il y serait revenu mourir la deuxième fois, si bien que son tombeau se trouve actuellement au Kashmir) et que Aristote, le gourou d’Alexandre, aurait recommandé à son disciple de arrêter 5 ans en Inde pour étudier avec les sages de l’époque, et lui aurait demandé d’en rapporter de l’eau du Gange et la Baghavad Gîta afin qu’il puisse la lire. Il y a aussi des explications sur toutes les religions, des citations de Baba partout, qui se compare parfois au Christ et à Socrate (qui lui, n’ayant pas eu besoin de gourou, était aussi un avatar)...
Bref, c’est assez surprenant. Ça fait peut-être beaucoup pour moi aussi, d’autant que dans ses photos il a toujours une bonne tête très sympathique (il ferait très bien un gourou hippie), mais il n’a pas le regard profond, hallucine et limpide que l’on voyait chez Amma, Aurobindo et Mère Peut-être qu’après tout ce n’est pas important de savoir si tout cela est une imposture ou pas (si c’en était une, celui qui doit en souffrir le plus ce serait lui), il faudrait plutôt étudier en détail ses enseignements (il y a une centaine de bouquins dans la librairie), ce que j’ai eu la flemme de faire. Je peux juste dire qu’ils sont fondes sur : paix, amour, non-violence, égalité des religions et des hommes... Bref, jusque-là tout est bien.
En tout cas, était trop grand pour moi ici, j’ai du mal à ne pas juger tous ces occidentaux (contrairement à chez Amma, je n’ai pas vu de regards vraiment lumineux) qui viennent ici directement en taxi de l’aéroport, et repartent au bout d’un ou plusieurs mois de la même façon, sans avoir même pas prix un bus indien, ou parfois l’on sent la présence de Dieu bien mieux que dans les allées de l’ashram... Pourtant je m’en veux un peu, car je me dis que pour eux c’est déjà une démarche courageuse, et que la vie dans un ashram est permet de toute façon de se recueillir, de sortir un moment de la société matérialiste, de réfléchir. Pourquoi donc leur en vouloir de ne pas avoir une force et une indépendance que si peu ont à l’extérieur ?
Voilà. J’espère avoir donné une bonne description de ce saint mégalo, qui a reçu un million de personnes pour son 75e anniversaire (avec ses musiciens et porte-drapeaux de 165 pays, il a fait concurrence a l’ouverture des JO de Sidney), et qui continue ses constructions impressionnantes, hôpitaux, universités...
Quant à moi je serai reste ici deux jours, de quoi me faire mon idée. J’aurais bien aimé voir Baba de près (ce matin j’avais le réveil a 4h, mais je ne l’ai pas entendu), mais tant pis, c’est peut-être le destin. Je repars demain matin pour Hampi où je retrouverai bientôt Jean et Ste. Avant que nos chemins se séparent pour un bout.
Je remercie au passage tous ceux qui m’ont écrit, ceux qui ont voulu continuer le débat lancé par S. sur l’action et la contemplation. Je ne vais pas forwarder à tous toute la discussion, mais vous trouverez sur ma page web, parmi les mails de voyage, une autre réponse que j’ai fait par la suite, ainsi que des contributions de ma maman et de mon oncle Eldad.
Sur ce, Sai Ram a tous, et aussi bonne nuit
F.
PS : j’ai pas pu le caser dans ce mail, mais je voulais dire aussi que j’ai beaucoup apprécié le petit supermarché avec marqué à l’entrée : "n’achetez que ce dont vous avez besoin"...