La femme s’en va, le chat reste


samedi 14 mai 2005, par V.

Bonjour à tous,

Je me sens de plus en plus proche de vous à mesure que le temps passe, tandis que je vis mes derniers moments de vie ici à Tegus.

S’en suit un mélange d’excitation à l’idée de construire une nouvelle vie sur Amiens, et une grande tristesse car je n’ai jamais été douée pour les au-revoirs.
D’ailleurs, c’est à tel point vrai qu’en achetant mon billet d’avion, je me suis trompée dans les dates : résultat, je pars deux jours avant la fin de l’année scolaire. Bref, j’aurai devant moi un peu moins de deux mois pour me réhabituer à la vie française et aux erreurs à éviter.

En attendant, on a encore deux semaines de vacances devant nous (pardon pour ceux qui bossent) et on part dès demain matin pour la zone la plus reculée de la Mosquitia, Puerto Lempira, l’aventure recommence, on sera les premiers français du lycée à pouvoir témoigner et on est motivés.
Pour la 1ère fois depuis trois ans on a imprégné nos vêtements et la moustiquaire pour décourager les moustiques. On ne sait pas si on va trouver un cargo ou si on devra passer par la plage avec les 4x4 pour l’aller, mais comme on a du temps devant nous, peu importe, on prendra ce qui passe.

Sinon hier soir il y a eu le concert de Louise Attaque au théatre Bonilla. On était invités par l’Alliance, du coup on avait proposé à des élèves de venir avec nous. On était assis au premier rang, mais dès la moitié de la première chanson, ça a été le rush devant la scène, mes élèves jouaient les groupies, d’autres dansaient le pogo, on s’est laissé envelopper par la musique, l’ambiance, la chaleur et tout s’est transformé en une gigantesque communion : plus de vieux, de jeunes, de pauvres ou de riches, tout le monde englobé au même rythme… même l’ambass —très coincé et dépressif— s’est laissé entrainer à danser avec ma copine Mariane. Il y a vraiment une magie particulière dans les concerts. La musique contre les anti-dépresseurs ?

Pour terminer sur une petite note amusante, je vous livre un début de poème en prose d’une de mes élèves de 6ème :
"Moi, j’ai toujours détesté les poils chez tous les humains. Mais j’aime bien les poils chez les mammifères…" Avec les 6èmes, quand on laisse le thème libre, on n’est jamais déçus !

A propos d’animaux, ma copine américaine Ruth que je suis censée aider en espagnol mais à qui je n’apprends rien en fait, puisque qu’après deux phrases en espagnol, elle me dit systématiquement qu’elle a trop de choses à me raconter, et hop on repasse à l’anglais (c’est une artiste). Bref, l’autre jour, elle arrive avec un petit livre-calendrier en français qu’elle a trouvé et me demande de lui traduire la citation du 1er janvier de Baudelaire sur les chats. Je m’y colle. On passe au 2 puis 3 janvier… (elle est passionnée par les chats, elle a laissé le sien à New York, et elle lui téléphone chaque semaine : oui, oui, elle demande à sa colloc de lui passer le chat…) Les citations sont de plus en plus débiles, toutes sur les chats ou les chiens ("Chat échaudé craint l’eau froide" "Qui a un chat n’est jamais seul" "La femme s’en va, le chat reste"…). De la haute littérature…Je commence à en avoir marre. En plus elle s’énerve sérieusement dès qu’un auteur préfère un chien au chat… Au bout de 50 citations, quand je lui dis que vraiment je n’en peux plus et que STOP, elle m’engueule et me dit qu’elle est vraiment déçue de voir que je n’aime pas les chats. No comment…

Voilà, mais si, j’aime bien les chats…

Je vous souhaite à tous pleins de petits bonheurs et de soleil au cœur. J’espère avoir de vos nouvelles bientôt, et pour ceux qui se laissent déborder et qui n’ont pas le temps d’écrire(!) rendez-vous à partir du 12 juillet sur Amiens. Vous êtes les bienvenus chez nous si vous voulez passer un moment avec nous et nous donner un coup de main pour la déco de l’appart.

A bientôt,

V.

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