Namaste à tous (ça, ce n’est plus du Tamoul, on a changé de langue, mais ça veut dire bonjour)
Voici des petites nouvelles de la route. Route qui défile très vite pour l’instant comme plusieurs l’ont remarque. On est déjà depuis hier sur la cote ouest, et on va encore remonter. C’est curieux, chacun a ses raisons, mais on avance tous ensemble, pour fixer le plus de choses, pour se faire une idée générale, pour mieux arrêter après quand nous serons arrivés. C’est curieux d’ailleurs de voyager à plusieurs, on y apprends beaucoup, se connaître, s’accepter. En ce moment on a un petit groupe assez marrant et complémentaire (rappel : on est 4, puisque Hilke l’allemande nous a suivis depuis quelques jours), à forte tendance hippie, mais très facile à vivre, malgré les goûts très différents.
A Madurai, nous avons encore assisté à une cérémonie dans le grand temple, au cours de laquelle les indiens ont accompagné Shiva dans son lit où il dort paisiblement toutes les nuits. Ça bougeait beaucoup dans tous les sens, une musique nasillarde et très rapide avec une sorte de trompette très allongée. Un peu plus loin, il y avait aussi un endroit où les gens achetaient des boulettes de beurre qu’ils lançaient de 3-4 m sur une statue de divinité en signe d’offrande.
Nous sommes reparti le lendemain avec le train de 5h du mat, ça a été un peu dur, mais la vitesse a aussi quelque chose de grisant. Destination Rameshvaram, autre lieu de pèlerinage hindou, avec un grand temple. Je commence ici à lire le fascicule "Helping humanity" par Aurobindo et la Mère, et je suis tombé sur des passages qui m’ont aidé profondément. C’était un problème qui me faisait souffrir depuis longtemps, qui m’empêchait depuis deux mois de me sentir tranquille, et les mots de Mère, si simples pourtant (elle explique pourquoi il ne faut pas vouloir changer le monde, et que la meilleure chose qu’on puisse faire pour les autres c’est de travailler sur soi), m’ont apporté ce qui me manquait. Tout repart donc, le moral revient au beau fixe, et ça va durer, on va pouvoir s’investir dans les choses sérieuses...
Toujours dans le train, Jean lance l’"opération Gandhi", c’est a dire ne pas dire un mot pendant toute la journée, et ce sera ainsi une fois par semaine. Je le rejoindrai aussi dans l’après-midi. C’est assez curieux, d’une part ça donne une forte perception des bruits alentour, du comportement des gens, ce qu’ils disent et s’il y croient vraiment. Mais surtout, ce qui est vraiment bien c’est de se rendre compte combien de choses on dit ou on voudrait dire, alors qu’au fond elles n’ont pas d’importance et ça n’apporte rien. Ça aussi, c’est un exercice que je recommanderais à tous.
Dans l’après-midi, Jean a été visiter le temple avec un guide, celui-ci soudainement lui balance un seau d’eau sur la tête, et lui explique ensuite qu’il s’agit de l’eau d’un puit sacré, qu’il y en a 22 dans le temple, et qu’il faut impérativement tous les essayer parce que chaque eau a une vertu différente. C’est ainsi que pour 50 roupies, Jean a eu droit à 25 (le dernier puit justifiait du rab) seaux d’eau dans la gueule...
Pendant ce temps, avec Ste on a loue des vélos et on est partis vers la pointe de l’île, un douzaine de km de route parfaitement droite et goudronnée. On passe a cote d’un terrain vague appartenant sans doute a une école primaire, et on aperçoit les enfants (qui ont du nous voir arriver de loin) courir vers nous sur une centaine de mètres, pieds nus, en agitant les bras et en criant "tata, tata, tata..." (Au revoir), et les premiers ont même pu arriver jusqu’à nous qui passions en leur faisant coucou aussi.
La route est longue, sable, mer ou une sorte de savane des deux côtés, suivis par un rapace qui fait des ronds pas très loin, et il fait chaud. Mais on continue paisiblement jusqu’à la plage près du temple, déserte et à marée basse, remplie de dizaines d’étoiles de mer mortes, de coquillages et de poissons entiers mais séchés au soleil, on ne sait pas bien comment.
Le lendemain matin, tout le monde reparle, un pêcheur nous emmène sur sa petite barque qu’il conduit avec une perche jusqu’au récif de corail pour voir les petits poissons, puis on repart dans après-midi, avec Antoine, un parisien rencontre dans l’avion que j’ai déjà croise a deux reprises ici en Inde. Le train est presque vide, nous occupons un compartiment entier, mais pourtant les indiens s’entassent dans le couloir (certains grimpent même sur leur fauteuil du compartiment d’à côté pour nous observer). En fait, ils sont au début très intéressés par l’appareil photo numérique d’Antoine, par les bracelets au crochet que je préparais pour tout le groupe, mais c’est finalement sur nos deux filles occidentales qu’ils ont fini par fixer leur regard... C’est encore curieux de voir combien ici les gens fantasment sur les occidentales...
Après une nuit paisible dans le train, on arrive à Varkalla, ville dans le sud du Kerala, soit disant destination moins touristique que les plages à coté. On nous avait recommande ici des charmants bungalows sur la falaise, une falaise couverte de pelouse et de cocotier surplombant la mer, avec une petite plage pas très loin. Tout ceci est très magnifique, d’autant que l’on voit sans cesse ici des rapaces tournoyer dans les courant d’air ascendants et faire des rondes, parfois très bas (4-5 m au dessus de nous), et vraiment j’adore regarder ces oiseaux.
Cependant le cadre n’est pas complètement idyllique, car le long de la falaise passent fréquemment des vendeurs ambulants, et il y a aussi ici quelques dizaines de magasins divers d’articles a touristes (très jolis certes, mais bon), des resto franco-italo-indo-allemands, des centres-écoles de massage et yoga, du ceci rigoureusement vide car nous sommes en basse saison. Bref, ça donne un aperçu de ce qu’il faut éviter (Goa, ça doit ressembler a ça). On décide cependant de se poser ici deux jours pour se reposer, parce que la falaise et notre cabane en bambou est vraiment belle, et on passe après-midi a regarder les faucons (on les voit tourner la tête et nous fixer quand ils passent au-dessus de nous), le coucher de soleil et les vagues, paisiblement allonges dans l’herbe...
Voila, donc c’est bien aussi de se reposer un peu, et demain c’est reparti...
Voila pour aujourd’hui. Encore mille fois merci pour tous vos gentils messages, qui me font sentir moins loin.
Hasta luego
F.
PS : pour Marie-Madeleine : "ashram" ça veut dire "lieu d’effort". Ils sont généralement fonde par un gourou qui y enseigne à ses disciples, et gère aussi d’autres activités (école primaire, festivités...)