Décidément, on ne s’ennuie pas par ici. J’avais décidé de rester un jour de plus à La Paz parce que demain il devait y avoir une grande fête folklorique avec de la musique et des danses et de superbes masques dans toutes les rues. Du coup, j’ai pu assister à un autre défilé tout aussi intéressant : des mineurs de tout le pays sont venus à La Paz pour protester contre leurs conditions de travail difficile, et il y avait une grande marche, à l’air assez paisible. Le problème, c’est que les mineurs souhaitaient marcher jusqu’au palais présidentiel, alors que les militaires avaient toute intention de les en empêcher. Par exemple, près de là où je me promenais, ils avaient installé des barricades en poutres de fer au milieu de la zone piétonne, et attendaient derrière avec bouclier, armes diverses et chiens. Les mineurs sont passés tranquillement en criant leurs slogans, on entend une petite explosion mais ça a l’air tranquille. Cependant, alors que j’étais en train d’engueler le photographe d’hier, on voit tout à coup les gens courir dans la rue, avec un mouchoir sur la bouche, on baisse vite le store du magasin et on attend tranquillement. Les flics avaient juste commencé à utiliser des gaz lacrimogènes. Cinq minutes après tout était tranquille, et les gens remarchaient normalement. J’ai continué à me promener un peu plus loin, j’ai traversé le cortège de mineurs sans m’arrêter, et je me suis éloigné un peu. A une trentaine de mètres de moi il y a eu une petite explosion de dynamite, c’est vrais que les mineurs peuvent s’en procurer facilement... En remontant l’avenue, je me suis arrêté un peu dans les magasins de disques, tous avaient le store mi-baissé prêt à être fermé en cas de passage de nuage lacrimogène, je suis passé à l’hotel et j’ai été déjeuner dans un resto. J’en ai profité pour discuter avec des gens d’ici et demander des conseils : en fait le gaz lacrimogène provoque aussi une irritation des voies respiratoires, qui passe tranquillement au bout d’une demi-heure, à condition de ne pas se prendre une bombe sur la gueule, ce qui s’évite facilement si on n’est pas en première ligne. Cependant, les nuages de gaz peuvent voyager vite et loin, si bien qu’ils peuvent arriver jusqu’à nous. La meilleure protection c’est de garder un mouchoir mouillé devant bouche et nez, et c’est peut-être aussi le seul cas où fumer une cigarette aide à protéger les poumons. On entend régulièrement des explosions de dynamite (environ une à deux par minute), auxquelles les flics répondent sûrement avec des salves à blanc et des gaz : en effet, toutes les 10 minutes les gens se mettent à courir dans la rue (vers où ? sans doute que ça ne sert à rien) et le patron ferme la porte du resto. Mais personne n’est inquiet, il y a par ici des scenari de ce genre tous les mois (dernière fois : 1er à 8 mai), et celui-ci n’est pas très important (ils y aura peut-être quelques blocus sur certaines routes pendant un ou deux jours, mais sans plus).
Voilà, bien nourri, rassuré et armé d’un mouchoir trempé, je me sens déjà reporter de guerre et je pars par une voie détournée pour me rapprocher du lieu des affrontements. Bien sûr, il n’y a plus personne et la vie a repris normalement sur la place, les mineurs se sont dispersés un peu, ils reviendront plus tard mais plus d’explosions...
Autre nouvelle, la fête de demain qui a failli être reportée à cause des mineurs a été reportée parce que Victor Paz, ancien pluri-président, est mort hier. Tant pis, j’ai quand même eu un bon défilé.
A part tout ça, j’ai passé des heures dans les disquaires d’ici car j’ai découvert la musique bolivienne et c’est carrément hallucinant, quelque chose que je ne soupçonnais même pas. J’en rapporterai pas mal en France (Pierre sera content de voir du nouveau dans mes goûts...) pour vous faire écouter.
Voilà. Aujourd’hui c’était un mail plus bref. Ici le moral est toujours bon, la santé aussi et le retour approche, moins de deux semaines maintenant. C’est triste mais j’ai hate de vous revoir.
à bientôt
F.