L’Hindouisme

Ce que j’en ai compris

"Qui suis-je donc pour refuser l’univers ?"

Leonard Cohen

Avertissement

Comme pour beaucoup de choses dont je parle sur mon site, je n’ai pas une connaissance approfondie de l’hindouisme. Ce que vous lirez ci-dessous correspond essentiellement à des observations et des interprétations personnelles faites au cours de mon voyage en Inde de trois mois (vous pouvez lire mes carnets de voyage), motivé par une quête personnelle qui se faisait urgente. J’ai visité un certain nombre d’ashrams, observé un certain nombre de gourous, et obtenu quelques réponses que je voudrais partager ici. Bien sûr, mon point de vue est très limité, j’ai essayé de le compléter par quelques lectures, mais ce ne sont que quelques pièces de l’immense puzzle. Si j’ai écrit tout ce qui suit, c’est parce que j’aimerais combattre les préjugés que l’on rencontre souvent contre les religions en général, et donner l’envie de découvrir la richesse et la profondeur de celle-ci en particulier. Attention donc, ce que je dis n’engage donc que moi, et je prends la responsabilité de toute erreur ou incomplétude éventuelle (que vous pouvez me signalez).


Intro : Qu’est ce que l’hindouisme ?

I. Généralités

  1. Les dieux hindous : l’hindouisme est un monothéisme
  2. Un exemple de tolérance et d’adaptation
  3. La cosmologie hindoue
  4. Le but de l’hindouisme
  5. Les grandes voies et les pratiques
  6. L’humour
  7. La relation maître-élève
  8. Le système des castes

II. Les enseignements de certains maîtres

  1. Qu’est-ce qu’un gourou ? Comment le devient-on ?
  2. Mata Amritanandamayi, "Amma"
  3. Sri Aurobindo et Mère
  4. Osho (Baghwan Rajneesh)
  5. Sri Ramana Maharshi et Poonja
  6. Paramhansa Yogananda
  7. Sai Baba (Sri Sathya Sai Baba)
  8. Mère Thérésa
  9. Swami Shankardas
  10. Chandra Swami
  11. Les saddhous et les babas dans la montagne
  12. Les Hare-Krishna (ISKON)

Mes carnets de voyage en Inde


INTRO : Qu’est-ce que l’hindouisme ?

L’hindouisme est certes une religion, mais ça va beaucoup plus loin, il y a tout et son contraire dedans, parfois les deux en même temps. Un livre que j’ai lu propose simplement d’appeler hindouisme en fait la culture de l’Inde, ce pays-continent impressionnant, ou alors de dire que l’hindouisme est simplement une quête de la Vérité, pour laquelle tous les moyens sont bons. C’est ainsi que l’hindouisme absorbe tout, les autres religions, la science, toute idée nouvelle, pour l’adapter à la sauce aux épices indienne. Avec l’exotisme en prime, tout le monde en aura pour son compte dans ce voyage fascinant, pour essayer de saisir ce que l’hindouisme peut bien être. Je présente ci-dessous ce que j’ai compris jusque là.

I) Généralités

1) Les dieux hindous : l’hindouisme est un monothéisme

Officiellement, l’hindouisme a quelques 300 000 dieux, ce qui parait loufoque, mais ceci s’explique par son histoire : lorsque l’un des peuples indiens avait conquis un autre peuple, il ne cherchait pas comme on l’a fait chez nous à imposer ses dieux et sa religion. Il n’y a jamais eu aucune autorité suprême pour excommunier certains dieux. Au contraire, tous les dieux ont coexisté en paix et peu à peu les gens ont commencé à les identifier : deux dieux proches sont en fait deux représentations, deux aspects du même dieu. Peu à peu, on ramène tous ces dieux à trois principaux : Brahma (dieu de la création), Vishnou (conservation) et Shiva (destruction) et de leurs femmes respectives (ou pouvoirs, appelés Sakti) : Saraswati (sagesse), Lakshmi (richesse) et Parvati (pouvoir).

Cependant, en se plaçant à un niveau plus abstrait, on peut dire que ces dieux sont eux-même l’expression de l’un, le Brahman, immuable et éternel, qui comprend la totalité de ce qui est, et il est représenté par le son Om (ou Aum). Ceci permet de dire que l’hindouisme est fondamentalement un monothéisme.(Note : on m’a signalé qu’il faudrait dire "monisme", OK, pas de pb)

A partir de là, ce qui est pratique, c’est que chacun suivant son affinité avec l’abstraction, va se placer au niveau qui lui convient et choisir un dieu et des pratiques plus ou moins abstraites, sachant qu’ainsi faisant il parviendra à la fin au même but. Dans la pratique, à part les divinités mineures évoquées dans des occasions particulières, il y a trois grands courants : le culte de Shiva, celui de Vishnou (sous la forme de son avatar Krishna) et celui de la déesse-Mère (Shakti).

2) Un exemple de tolérance et d’adaptation

Un atout fondamental de l’hindouisme, c’est son ouverture. Contrairement aux autres religions qui ont eu de nombreuses épurations, l’hindouisme n’a jamais rien renié, ne connait ni hérésie, ni conversion forcée, ni excommunion. Bien au contraire, l’hindouisme accepte tout apport extérieur comme une voie également valable, et a tendance à l’englober. Par exemple, Bouddha est arrivé un jour, il a nié les écritures fondamentales hindoues et l’existence de l’atma, qui constitue une des bases de l’hindouisme. Pourtant, on a récupéré et reconnu ces enseignements, on a fait de Bouddha le dixième avatar de Vishnou (donc un Dieu), si bien que vous pouvez suivre Bouddha et rester hindouiste. De même, les hindous aiment beaucoup les enseignements du Christ, l’étudient, certains en ont fait aussi un avatar de Vishnou. Enfin, on peut aussi signaler que l’hindouisme a aussi englobé une philosophie purement matérialiste, qui nie tout le reste (elle a été fondée par un certain Charvaka).

Tout ceci constitue un exemple d’ouverture remarquable. L’hindouisme se veut bien plus qu’une religion, c’est une quête de la vérité. Toutes les voies sont également valables et vous êtes explicitement invité à les explorer pour trouver celle qui vous convient.

3) La cosmologie hindoue

Juste ici un petit rappel de la cosmologie hindoue. La croyance fondamentale de l’hindouisme repose en l’existence de l’atma, que l’on peut rapprocher de notre notion d’âme, et niée par le bouddhisme. Chaque être possède un atma, qui constitue son essence profonde, éternelle, immuable, témoin des changements de surface. Il y a aussi un atma global, appelé paramatma ou Brahman, qui est partout, et chaque atma individuelle n’est en fait qu’une partie de cette atma totale.

Cependant, nous ne sommes pas conscients de cette unité, et nous nous sentons séparés (c’est l’idée de la Chute que nous retrouvons dans beaucoup de religions). C’est ainsi que cette âme est conduite à s’incarner dans un corps, et reste prisonnière de la loi du karma (causalité). Elle passera aussi de vie en vie, de corps en corps (par réincarnation), jusqu’au jour où elle parviendra à la conscience d’être une partie de ce tout, et à se fondre avec lui comme une goutte d’eau dans l’océan, c’est ce qu’on appelle l’Illumination (ou Nirvana).

Je décris un peu plus précisément les notions de karma et de réincarnation, et surtout pourquoi c’est dommage de se méfier de ces idées, dans mon texte sur le bouddhisme.

4) Le but de l’hindouisme

Le but général de l’hindouisme, c’est de parvenir au salut, qui ici prend la forme de l’Illumination : libèration de l’esclavage et de la souffrance de l’existence physique et la réincarnation. Dans cet état, on sent en permanence l’unité avec le divin, tout n’est que bonheur suprême et sagesse.

Une manière très intéressante de formuler ceci est l’idée de disparition de l’égo (commune au bouddhisme). Le but de toutes les techniques hindoues serait d’apprendre à s’oublier soi-même, à se débarasser de cette carapace étroite que nous appelons "moi" et que nous identifions à nous-mêmes (notre caractère, nos préjugés, nos besoins...). Libérés de cet égo, nous sommes débarassés de la souffrance et de tous les sentiments négatifs, et nous sommes prêts pour fusionner avec le divin. C’est ainsi qu’en reconnaissant en l’égo la source de nos problèmes, on peut s’y attaquer plus facilement.

5) Les grandes voies et les pratiques

L’hindouisme insiste sur le fait qu’il n’y a pas une voie unique pour atteindre le divin, et que toute voie est bonne (y compris celle d’autres religions). Schématiquement, on peut cependant distinguer trois voies dominantes (dont les autres seraient une combinaison) :

- Bakhti Yoga : c’est la voie de la dévotion, la prière. En s’abandonnant à Dieu on parvient à s’oublier soi-même. Cette voie est très présente dans le christianisme.

- Karma Yoga : c’est la voie de l’action, du travail. Simplement en faisant son devoir, en servant les autres, en travaillant pour eux, on peut parvenir à l’illumination, même si l’on n’a aucune connaissance ou pratique religieuse. Il faut pour cela apprendre à faire le travail pour le travail (même si ce n’est que faire la vaisselle), à l’aimer en tant que tel, sans le faire en espérant d’autres récompenses. Un exemple de grande karma yogi est donné par Mère Thérésa. Cette voie est particulièrement adaptée à la mentalité occidentale actuelle, car elle ne suppose absolument pas de se retirer du monde.

- Gnana Yoga : c’est la voie de la connaissance. Comprendre comment marche le monde et comment marche notre esprit, se débarasser de nos préjugés. C’est très important dans le bouddhisme.

Bien sûr, ceci est schématique est dans la pratique, toute voie est un mélange de celles-ci, et chacun choisit selon ses affinités. Cela constitue cependant une grille de lecture intéressante pour comprendre l’enseignement de tel maître ou de telle religion.

Je signale aussi ici l’existence du Hatha Yoga, qu’on appelle tout simplement "yoga" en occident. Il s’agit par du travail sur les postures du corps, la respiration, et le contrôle du moindre geste et pensée (le hatha yoga va très loin, il explique jusqu’à comment manger, quoi manger, comment se lever quand on est assis...) de parvenir à un équilibre extérieur et intérieur qui conduit ensuite à l’oubli de soi. Je crois que ces pratiques peuvent s’inscrire à la fois dans Gnana et Bakhti.

Enfin, il faut remarquer qu’à chaque voie correspondent diverses pratiques. Nous avons vu le hatha yoga, il y a l’incontournable méditation qui permet de répondre à ses questions et de ressentir la communion avec le divin. (Je donne mes impressions sur la méditation dans mon texte sur le bouddhisme.) On trouve de nombreuses techniques de méditation, parfois jointes à des mantras (répétition de courtes prières) et des exercices de respiration (pranayama). Les bakhti préfèrerons les prières et les rituels d’offrandes, les karma yogis privilégient le travail. Ne pas oublier que toutes ces pratiques visent avant tout à faire le vide et stopper le flux des pensées afin de se rendre réceptif.

6) L’humour

Ceci vient d’une interprétation entièrement personnelle, donc je me plante peut-être. Je vous donne pour juger quatre faits, dont j’ai été témoin :

- Dans un temple à Maduraï, des indiens achètent des boulettes de beurre qu’ils essaient de lancer sur une statue située trois mètres derrière un grillage. Ce n’est pas facile, beaucoup visent mal.

- Dans le temple de Rameshvaram, ville sacrée du sud, le guide balance un seau d’eau sur la tête de Jean-Christophe. Il lui explique ensuite qu’il s’agit de l’eau d’un puit sacré, et qu’il y a 22 puits sacrés dans ce temple, et que pour purifier son karma il doit prendre un seau d’eau dans chacun. C’est ainsi qu’en se prenant 25 (à cause du rab) seaux d’eaux dans la gueule, Jean a pu laver le mauvais karma de nombreuses existences.

- Un des rites les plus communs, c’est la pouja, cérémonie d’offrande et prière. Exemples de pouja : "Sur le toit d’une guest house où on dinait, a 22h : il y avait là un petit temple, deux gars avec un tambourin et un autre instrument, et un gamin avec une cloche. Pourtant ils faisaient autant de boucan qu’une fanfare de 15 personnes, de quoi empêcher de dormir tout le quartier, qu’ils avaient réveillé le matin-même avec leur pouja de 5h du mat. Ou alors, tout à coup, on voit deux types monter sur un bateau avec deux statues de 1m, toutes décorées, s’éloigner à peine de la rive et les balancer à l’eau, sans plus de cérémonies que ça." (extrait de mon journal). Je citerai aussi les poujas que l’on observe dans la montagne, où un quelconque baba avec des hauts-parleurs sonorise toute la vallée avec des chants dévotionnels, à n’importe quelle heure. Les exemples sont infinis, et j’ai l’impression qu’ici si vous vous mettez sur un toit, musique de Bob Dylan à fond, tout en soufflant dans votre coquillage favori qu’on entend à une centaine de mètres au moins, vous pouvez faire passer ça aussi pour une pouja.

- Dernier point que je trouve amusant : la quantité impressionnante de lieux super-sacrés de l’hindouisme. Bien sûr les sept villes sacrées, les 4 grands temples aux points cardinaux du pays, puis les 4 endroits où sont tombés les morceaux de je ne sais plus quel dieu dans telle légende, les 12 shivalingam naturels (rochers pointus arrondis, à connotation plus ou moins sexuelle, représentant Shiva), les villes importantes sur le Gange (là où il nait, là où il atteint la plaine, là où il tourne pour la première fois, etc...). Les lieux de je ne sais pas combien de légendes, et puis les montagnes arrondies parce qu’elles évoquent le shivalingam. Et plein d’autres encore, et dans chacun de ces endroits une offrande ou un rithe approprié lavera le mauvais karma de je ne sais combien de vies passées.

Comment expliquer ceci ? Soit je n’ai pas vu le sens sous-jacent à tout ça, ou alors c’est simplement de la superstition, ou.... Ce que je propose là, c’est plutôt d’y voir de l’humour : les indiens s’amusent lors de tous ces rites, ce sont des fêtes pour eux, et ils sont conscients d’à quel point ces rites sont stupides en premier abord. Mais s’ils sont si ridicules, alors Dieu là-haut doit se moquer d’eux, comment des gens peuvent croire que Dieu donne de l’importance à de telles stupidités ? Il doit bien rire... Mais oui, c’est peut-être là la clef. Si Dieu rit, c’est qu’il est content, et donc des rituels ridicules ont servi à quelquechose, et il y a bien du spirituel là-dedans. C’est qu’ainsi que tout le monde prend du plaisir, se porte mieux. Voilà. Plutôt que de juger de l’extérieur, il serait peut-être bien de se joindre à eux, ou d’inventer nous aussi des rituels ridicules. Pour avoir essayé, je vous garantis que c’est grandiose. Et c’est là quelquechose d’exceptionnellement drôle, que je n’ai rencontré que dans l’hindouisme.

7) La relation maître-élève

C’est quelquechose d’exceptionellement important dans l’hindouisme. Comme dans n’importe quelle domaine de la connaissance, un bon maître ("gourou" en hindi, "lama" en tibétain) guide son disciple dans son développement spirituel, et la dévotion envers lui favorise l’oubli de soi et la disparition de l’égo. Bien sûr, il y a le problème de trouver un bon maître (les mauvais existent toujours), mais pour des histoires de karma on peut penser que celui-ci viendra à vous lorsque vous serez prêt, à condition de chercher.

Je signale que cette relation maître-élève, aujourd’hui affaiblie, est très présente dans la tradition occidentale : Socrate était gourou de Platon, lui-même gourou d’Aristote, de même le Christ était gourou des 12 apôtres et Jean-Baptiste avait aussi ses disciples.

8) Le système des castes

Je parle de cela non pas parce que c’est un point important du véritable hindouisme, mais plutôt parce que c’est une question qui peut surgir. Le système des castes est encore vivant en Inde, bien qu’il soit illégal, de même qu’un certain nombre de barbaries tel le fait de brûler les veuves sur le bûcher funèbre de leur mari. Bien sûr tout ceci n’a rien à voir avec la vraie religion, tout comme l’Inquisition n’a rien à voir avec le message du Christ, et tous les maîtres le condamnent unanimement. Certains expliquent que les castes proviennent tout simplement de l’organisation sociale de l’Antiquité (tout comme l’esclavage chez nous). D’autres pensent qu’à l’origine les castes correspondaient simplement aux penchants naturels chez les individus (untel est fait pour la guerre, un autre pour être artisan) et n’étaient surtout pas héréditaires. Quoi qu’il en soit, c’est un phénomène qui devrait disparaître un jour et qui a causé beaucoup de mal.

II) Les enseignements de certains maîtres

1) Qu’est-ce qu’un gourou ? Comment le devient-on ?

J’ai passé en revue dans la partie précédente tout ce que j’ai compris de l’hindouisme en général. Après cela, il y a l’enseignement des divers maîtres. Pour devenir maîtres hindou, la procédure est simple : il suffit d’avoir des disciples. Vous pouvez certes vous déclarer sages/illuminés ou vous installer seul sous un arbre. Si des gens commencent à admirer votre sagesse (ou vos miracles !) ils vont commencer à venir vous voir pour vous poser des questions, apprendre de vous. Ensuite, si le nombre de gens intéressés augmente, ils vont demander de structurer un minimum le cadre d’enseignement : définir éventuellement un lieu d’enseignement et/ou des horaires afin que le plus grand nombre puisse en profiter. Il vous construiront éventuellement un ashram (étimologiquement ça veut dire "lieu d’effort") qui est simplement l’endroit où un gourou enseigne, et peut aller du salon de sa maison à un grand complexe pouvant héberger et nourrir des milliers de fidèles. J’ai visité un certain nombre de ces ashrams et j’en parlerai ci-dessous.

Comme vous le voyez, pour devenir maîtres hindou, il n’y a pas d’investiture par une autorité religieuse quelconque. Tout au plus, il y a plusieurs ordres de moines dont certains maîtres font partie. On peut imaginer que pour mériter le qualificatif "hindou" il faut s’inscrire un minimum dans leur perspective, et au moins discuter les thématiques hindoues (les textes sacrés, etc), ne serait-ce que pour les renier. Cependant, il faut noter qu’en parallèle de ce système anarchique de maîtres les plus divers, il y a un système plus ordonné de temples et de prêtres, qui doivent avoir un minimum de hiérarchie, et je n’ai pas encore compris comment ces deux systèmes s’articulent et se se reconnaissent mutuellement. Je signale juste que certains maîtres donnent des sacrements et consacrent des temples, donc il doivent faire l’objet d’une reconnaissance "officielle", mais rien n’est moins clair. Si vous avez des explications c’est bienvenu.

Voilà. A partir de là je vais passer en revue les enseignements et la conception de la spiritualité de divers gourous que j’ai observé où dont j’ai lu quelques ouvrages (il y en a beaucoup d’autres bien sûr). Je mets en lien les pages correspondantes de mes carnets de voyage, où vous trouverez souvent une description plus complète et mes premières impressions. Enfin, je voudrais signaler qu’il existe un exellent guide intitulé "From here to nirvana" qui présente un grand nombre d’ashram, résume la pensée de leur fondateur et donne un certain nombre d’infos pratiques (adresse, possibilités d’hébergements, etc).

2) Mata Amritanandamayi, "Amma"

Provenant d’une famille pauvre du Kerala, Amma est devenue peut-être la deuxième gourou hindoue vivante la plus connue. Son ashram d’Amritapuri est en expansion (deux tours de 13 étages pour héberger les fidèles), elle gère de nombreuses opération caritatives, elle est devenue une des grandes représentantes de l’hindouisme (pour l’ONU, etc). Elle passe tous les ans en France où elle accueuille plusieurs milliers de fidèles, et elle a récemment ouvert un ashram en région parisienne.

L’enseignement de Amma est essentiellement Karma et Bakhti : tous les fidèles sont invités dès leur arrivée à participer à des petites tâches d’intérêt collectif (cuisine, vaisselle, etc), et c’est une des choses les plus importantes. Il y a ensuite les bahjans, chants dévotionnels que Amma en personne chante tous les soirs, et c’est d’une beauté à couper le souffle, on se laisse emporter par la musique, on oublie tout, on est là. Enfin, il y a le darshan : les fidèles font la file, et Amma les prends dans ses bras un par un, avec pour chacun une attention particulière, comme si elle comprenait chacun d’eux individuellement. C’est un spectacle hallucinant, vous avez l’impression d’être dans un autre monde, et c’est extrêmement touchant. Quant aux enseignements d’Amma, ils sont assez simples (bakhti et karma) mais sains (centrés sur amour, famille, dévouement), mais je répète que l’essentiel de ses enseignements ne passe pas par les paroles.

Je signale enfin que parmis ses fidèles j’ai pu observer un nombre certain de gens souriants au regard lumineux, ce qui est un très bon signe.

Carnets : Les casseroles de la Mère qui Etreint et les chemins qui bifurquent, L’amour de la Mère et les dauphins de la baie de Cochin
Le site officiel : Amma-Europe.org

3) Sri Aurobindo et Mère

Aurobindo était activiste politique et philosophe avant de recevoir l’illumination alors qu’il était en prison. Il a fondé un ashram à Pondichéry où les gens peuvent venir se recueuillir, étudier et méditer, autour duquel il a construit tout un projet de développement social avec des écoles pour les enfants, des fabriques d’encens et d’autres activités, une programmation culturelle le soir. C’est très bien organisé, très agréable à vivre et à des prix défiant toute concurrence. On y apprend notamment à tout faire avec conscience.

Aurobindo a été rejoint par la Mère, une française qui l’a aidé dans sa mission, et fondé la communauté d’Auroville, un ville où les gens devraient vivre en harmonie spirituelle, économique et écologique, qui m’a parue très intéressante et où je passerais volontiers un certain temps. (le site web d’Auroville)

Les idées de Aurobindo et Mère reposent sur la conviction profonde que l’être humain doit évoluer vers une espèce nouvelle où la spiritualité sera partie constituante de la vie. C’est très abstrait et épuré, vous ne trouverez à l’ashram que quelques bougies et encens, et même pas cela à Auroville. Aurobindo est très reconnu pour tous ses commentaires philosophiques des textes hindous.

Carnets : Le voyage a commencé, Slow train to the south

4) Osho (Baghwan Rajneesh)

Osho, c’est peut-être mon préféré. La première fois qu’on m’a parlé de lui, on m’a parlé de ses 60 Rolls Royce (qu’on lui a offertes), du fait qu’il aurait choisi d’aider les riches car tout le monde aide déjà les pauvres, où de son ashram que l’on appelle resort avec sa piscine olympique et ses courts de tennis. Je me suis dit alors que c’était n’importe quoi.

Puis un jour quelqu’un m’a donné la clef : l’humour. Osho veut montrer aux gens qu’ils se plantent en caricaturant ce qu’ils font. Les occidentaux sont des consommateurs, alors il va leur donner de la consommation, comme ça quand ils en auront marre ils demanderont autre chose. Il veulent une belle voiture ? Lui il en a 60, et alors ? Ils veulent de la spiritualié comme un club de vacances, pas de problème. C’est ainsi que j’ai commencé à lire ses écrits, qui sont vraiment vraiment bien et très intelligents (et reconnus tels aussi par beaucoup de monde, y compris d’autres sages hindous). Et c’est aussi drôle en même temps : Osho raconte des histoires drôles et répond aux questions les plus loufoques. Le principe c’est de donner aux gens ne serait-ce qu’un instant de bonheur, en vivant les choses jusqu’au bout. La vraie renonciation c’est d’accepter de vivre dans l’instant, c’est d’être ouvert. Voilà donc des idées profondément anarchistes et puissantes, que je recommande à tous. Je creuserai un peu de mon côté aussi. (Pour info : il y a une grande influence tantrique dans tout ça.)

Avec tout ça, on comprendra que Osho s’est fait pas mal d’ennemis (il aurait été empoisonné par la CIA). L’autre problème, c’est qu’il a aussi été entouré de gens mauvais, qui ont détourné pas mal de trucs. C’est ainsi que son ashram de Poona (que je n’ai pas visité) est devenu un peu un Club Med de la spiritualité, où ont vous demande un test HIV-négatif pour rentrer, et où on trouve de tout, beaucoup de mauvais aussi. Je ne peux rien recommander là-dessus. Par contre, les écrits de Osho sont impeccables.

5) Ramana Maharshi et Poonja

Ils sont tous les deux décédés, mais leurs ashrams existent encore. Poonja est le disciple de Ramana Maharshi.
Leurs enseignements sont fondés sur le principe qu’il n’y a RIEN à faire pour parvenir à l’illumination, aucune pratique, aucune connaissance n’est nécessaire car nous sommes déjà éclairés, nous avons déjà Dieu en nous. Tout peut se résumer au commandement "Regarde". Tout ce que nous devons faire c’est prendre conscience de cela, en se posant la question de qui est celui qui voit, celui qui pose la question. Point. C’est fascinant et j’aime beaucoup cette conception...

6) Paramhansa Yogananda

Son livre "Autobiographie d’un yogi" a été un best-seller dans le monde entier et il a été parmi les premiers à faire connaître le yoga aux USA. Beaucoup le croisent au début de leur quête spirituelle. Je n’ai pas encore lu ses autres livres, ni visité les ashrams qu’il a laissé (qui sont, parait-il, petits mais très agréables), mais j’ai un bon a-priori sur lui. Pour lui, la spiritualité se fait dans la joie et l’amour, ce qui est le plus important. Pour avoir entendu un de ses enregistrements, je peux témoigner qu’il avait vraiment cette joie en lui. Donc le reste est sans doute à découvrir.
Vous pourrez trouver sur internet le site de l’organisation qu’il a fondée : la Self-Realization Fellowship.

7) Sai Baba (Sri Sathya Sai Baba)

C’est le gourou hindou le plus connu et le plus controversé. Son ashram est énorme, une capacité d’hébergement de milliers de fidèles (plus d’un million sont venus à son anniversaire), dont beaucoup d’occidentaux. Il s’est rendu célèbre pour de très nombreux miracles (guérisons, prédictions) et surtout pour la production de cendres qu’il matérialise entre ses mains et distribue à ses fidèles pour symboliser la destruction de l’ego. J’ai rencontré un indien médecin qui a abandonné son métier pour se consacrer à la spiritualité et qui m’a dit qu’ayant parlé à des gens qui ont connu Sai Baba autrefois, il a compris que c’est une des très rares personnes parvenues à l’éclairement. Dommage qu’il soit aujourd’hui pratiquement inaccessible : trop vieux, et trop de fidèles, Sai Baba ne sort que deux petits quarts d’heure dans la journée pour se promener au milieu de milliers de fidèles. Si vous voulez être bien placés, il faut faire faire la queue à partir de 4h du mat.

Je ne sais trop quoi dire de tout ça. Beaucoup considèrent que c’est un escroc (les cendres proviendraient des manches !). Je n’en sais rien, je n’ai pas eu le temps de lire ses enseignements, mais je n’ai pas trop aimé l’ambiance de l’ashram, beaucoup de gens au regard éteint.

Carnets : La route du nord et la Demeure de la Paix Suprème

8) Mère Thérésa

Elle n’est pas hindoue, mais elle constitue un personnage fondamental de la spiritualité hindoue. Son travail d’aide aux plus démunis est un des plus beaux exemples de karma yoga. Elle montre que tous nous pouvons faire quelque chose pour les autres en leur donnant de l’amour. Son hôpital de Calcutta marche uniquement avec des soeurs et des volontaires : que vous soyez ici pour 6 mois ou deux heures seulement, on vous trouvera la manière de vous rendre utile, et de vous occuper des malades. C’est une expérience unique pour ce que l’on apprend à donner et ce que l’on reçoit, et j’ai rarement vu autant de lumière dans des regards qu’ici. Bien sûr, on ne fait pas de miracles ici, et souvent on ne peut sauver ces gens de la misère, mais au moins on peut leur donner de l’amour, ce qui est déjà énorme. Ce fut une des expériences les plus fortes de mon séjour en Inde, et ça m’a définitivement motivé pour m’engager dans cette voie.

Carnets : Le train, l’eau, la maison des mourants de mère Thérésa et Bob Dylan..., L’âme des malades, le chef des couvertures et le travail dans la joie

9) Swami Shankardas

Je l’ai rencontré grâce à mon guide des ashrams. L’ashram de Swami Shankardas est une petite maison construite dans un système de grottes juste au-dessus de Rishikesh. Quand je suis arrivé et je me suis assis, j’ai croisé son regard, et je me suis senti transpercé, comme si cet homme pouvait tout voir en moi, jusqu’au plus profond. C’est très troublant
Swamiji est un homme simple, très accueillant et à la conversation agréable. Et je serais resté volontiers apprendre le yoga avec lui. Le seul fait troublant, c’est qu’il dit des choses difficilement acceptables par un esprit occidental (les histoires de super-pouvoirs et miracles...), mais bon, j’ai trouvé comment voir tout ça, et peut-être si j’avais pu rester un peu plus longtemps j’aurais même pu vérifier quelques trucs.

Carnets : Les médecins indiens, le yoga de la lune et du soleil, et les super-pouvoirs yogiques

10) Chandra Swami

Chandra Swami était un sadhou (moine errant) qui vivait humblement en silence (il a fait voeu de silence et ne dit un mot depuis des années) sur un rocher au milieu du Gange. Un jour il a rencontré un français qui est devenu son disciple, lui en a apportés d’autres, et tous lui ont construit un très joli ashram dans la montagne près de Dehra Dun. C’est un ashram sérieux, avec une discipline stricte et des heures de méditation obligatoires. Swamiji a un regard bon et souriant, ne serait-ce qu’à cause des attentions dont il est l’objet. L’endroit est paisible, idéal pour une retraite, mais je ne m’y suis pas trop senti bien. Il y a un certain nombre de jalousies (si vous séchez une méditation, tout le monde va être au courant), et en plus l’atmosphère m’a paru trop triste. Pour moi la spiritualité n’est pas le travail à faire parce que la mort approche, c’est plutôt le chemin que l’on parcourt dans la joie parce qu’on est heureux de le parcourir. A vous de voir.

Carnets : Le gourou silencieux et la joie de la route retrouvée

11) Les saddhous et les babas dans la montagne

Les saddhous, si j’ai bien compris, sont des moines errants. Ils décident de consacrer leur vie à dieu, et vivent dans l’impermanence. Ils sont habillés en orange et vivent d’aumône. Il y a de tout parmi eux, certains essaient de s’ingénier pour se faire payer leur repas par un touriste (certains vendent même du hasch), mais la plupart attendent fièrement en ligne sur un trottoir que quelqu’un leur donne quelque chose, sans rien faire pour augmenter leurs chances de recevoir quelque chose. Ils subissent le froid sans se plaindre et ont souvent une vie très rude. Certains font en plus des voeux particuliers, comme celui de ne plus parler, de ne plus s’asseoir (un ami a rencontré un saddhou qui vivait debout depuis 7 ans). J’ai entendu parler d’un homme qui aurait décidé de ne plus baisser son bras, d’un autre qui allait de partout en prenant tout pour la volonté de Dieu : il se rend à la gare et monte au hasard sur le premier train, sans billet, pour n’en descendre que lorsque le contrôleur le lui demandera. Ces hommes là sont considérés comme des saints par les indiens, certains deviennent par hasard (ou pas) des maîtres reconnus, d’autres continuent à vivre leur petite vie. Il n’y a pas de grand message, de grande théorie, juste vivre dieu au quotidien, ce qui n’est pas rien.

Parmi les saddhous, il y en a une catégorie particulière : celle des occidentaux. Il y en a un grand nombre partis dans les années ’70, passés par Goa, ils ont commencé sans doute par hasard à suivre quelques vieux moines, se sont peu à peu habitués à ce mode de vie, dépouillé, sans rien, et ont fini par brûler leur passeport et rester là. J’en ai rencontré deux : Meera, un belge qui vit dans sa petite maison dans la montagne. Elle fait une pooja le matin en hommage à son maître et s’occupe de ses tâches quotidiennes, lentement, consciencieusement, sereinement. Là est tout son travail. Parfois des gens passent, elle discute avec eux. Tout est là.

D’autre part, j’ai rencontré baba Cesare, turinois, et son disciple Hanuman, ex-dj à Goa qui travaille l’été comme maître nageur à San-Remo, localité balnéaire italienne. Comme dit Hanuman, "la spiritualité c’est la manière de se torcher le cul." Ces deux hommes sont troublants à observer, car ils ont trouvé un équilibre profond, une symbiose, qui leur correspond. Ils se complètent, et imperceptiblement Cesare apprend à son élève comment être un peu meilleur. Toute leur vie est réglée, réveil à 4h30, se laver à la rivière, nettoyer l’ashram et faire une pooja à l’aube. Le reste de la journée est passée à fumer des chiloms et à discuter avec les locaux qui passent. Ils essaient parfois de trouver des touristes pour avoir des filles, ou alors un peu d’argent. Bien sûr, ceci est un peu gênant, tout comme le fait que Cesare a par exemple 5 enfants par-ci par là, mais pourtant que seraient devenus ces gens-là autrement ? Vraiment, il y a quelque chose de profond et fascinant à les observer se consacrer à une quelconque activité, comme faire la cuisine, où préparer leur rituels qu’ils savent inutiles, mais c’est là tout le secret de la spiritualité. Il y a beaucoup à apprendre ici aussi, même si on ne suit pas la même voie.

Carnets : La vallée de la lune, les rochers, les orages, "I saw these myriads mornings rise" et les babas dans la montagne...

12) Les Hare-Krishna (ISKON : International Society for Krishna Consciousness)

Ce courant religieux a été lancé dans la deuxième moitié du 20ème siècle, mais il s’inscrit dans la tradition pluri-millénaire du culte de Vishnou (sous la forme de son avatar Krishna). Krishna représente joie et danse, d’où la principale pratique de ce groupe, chanter pendant des heures le mantra "Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare, Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare", souvent en dansant et en jouant de la musique. Malgré ces apparences de joie et de fête (que j’ai pu observer surtout dans un groupe qui chantait dans la rue au Pérou), ce groupe suit une austérité extrême, avec des règles très strictes. En outre, ceux que j’ai pu observer (en Allemagne) et le récit qu’en m’a fait de leur centre de Vrindavan donnent une apparence de tristesse permanente, ce qui fait que je me méfie de ce groupe. Bien sûr, on ne peut pas conclure, car souvent les gens les plus malheureux sont ceux qui sont le plus facilement attirés par les recherches spirituelles, donc en fait ces gens étaient peut-être malheureux avant. Qui sait.

Enfin, je rappelle que ce groupe a connu une expansion phénoménale dans le monde entier (y compris en Amérique Latine), étonnante au vu de l’austérité qu’il professe. Il y a eu quelques scandales liés à quelques abus, mais bon, encore une fois, ceci peut arriver partout, et il y a parfois des gens mauvais dans toutes les religions. Ce ne doit pas être le critère qui vous fait tout rejeter.


(dernière mise à jour : novembre 2003)

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