Je suis en Bolivie - le mail le plus long


jeudi 17 mai 2001, par Francesco Colonna Romano

Hola de La Paz cette fois.

Désolé de ne pas vous avoir écrit plus tot, mais j’ai eu une periode tres dense, ou soit je n’avais pas d’ordinateur accessible, soit j’étais trop crevé.

Récit rapide de tous les trucs biens :

D’abord une petite histoire vraie que m’a racontee un jeune peintre peruvien a Arequipa : celle d’une francaise qui en quittant Paris le jour de l’occupation allemande, a trouve par terre une carte postale "visitez Macchu Picchu". Elle a pu realiser ceci seulement recemment, a l’age de 80 ans, avec sa fille. Comme quoi, ce n’est jamais trop tard.

Le jour après etre arrivé à Arequipa, je suis parti pour le Canon de la Colca ("plus profond que celui americain). Le bus monte d’abord entre des rocailles un peu rouges (ou alors c’etait du a la lumiere) avec des arbustes et surtout des grands cactus (cliche desert mexicain) de partout. C’était à couper le souffle. Puis il atteint un plateau a peu près desertique, a 4800m d’altitude (!), où l’on voit quelques troupeau d’alpacas et lamas, et quelques vigognes ; et la la route (en terre, parfois inexistante, continue sur des kilometres, tout droit, on se croirait dans une plaine. Enfin la route descend tout a coup, longe le haut du canion (a 3600, alors que le bas est parfois 1000m plus bas), c’est tout vert, il y a des cultures en terrasses, des petits villages en terre et sutout des mamas peruviennes en costume traditionnel (c’est-a-dire plusieurs grosses robes et pulls superposes, une grosse couverture autour des epaules, un chapeau melon et un baluchon a rayures colorees sur le dos, servant a porter gamins ou autre), et bien sur des gamins jouant dans les rues.

J’ai passé deux nuits a Cabanaconde, petit village tres joli, où j’ai discuté avec des peruviens (dont un gamin de 6 ans), d’ou j’ai ete me promener dans la campagne pour voir le fond du canon et les condors qui passent le matin (merci Noel pour les jumelles que tu m’as offert). C’est la aussi que j’ai trouve mes premieres feuilles de coca, que j’ai essaye de macher en regardant le canon. En fait au debut c’est assez deguelasse, mais au bout de trois tentatives on finit par s’y faire : on garde une petite boulette dans la joue en machant de temps en temps, et ca gene de moins en moins. Par contre, pas trop d’effets sensibles (a part une legere anesthésie de la langue), sans doute qu’il faudrait augmenter les doses. L’intéret principal de tout ça étant cependant de s’habituer à faire comme les indiens et de pouvoir dire qu’on mache tous les jours des feuilles de coca...

Le départ de Cabanaconde, le dernier jour, a été beaucoup plus aventureux. En fait les habitants du village ont decide ce jour la de protester contre une entité qui gère le tourisme, et de bloquer la roue a trois heures de marche du village avec des pierres, du coup pas de bus. Les guides de deux groupes qui etaient coinces la et qui tenaient aussi a repartir ont songe a plusieurs solutions pour se rendre au blocus et le passer a pied, comme louer un des vehicules dispos (en fait il y avait un camion de fumier, un camion dont le propietaire etait ivre et un dernier qui etait trop vieux pour tenir la route) ou meme des mules. Finalement apres 4h d’attente, ils ont trouve un petit camion, ou nous sommes montes a 28, et qui est parti. Apres dix minutes, nous croisons un bus , car pile a ce moment le blocus se termine. Nous montons tous dans ce bus et deux heures de trajet debout car bien sur, etant le seul bus de la journee, il n’y a pas de place pour tout le monde. Neanmoins, la route est belle. Les choses se compliquent lorsqu’on arrive a Chivay, et de nombreuses personnes attendent le bus. Le controleur decide de refuser ceux qui n’ont pas encore achete de tickets, mais a chaque fois qu’il ouvre la porte pour laisser rentrer un de ceux-ci, il y en a 4 ou 5 des autres qui s’engouffrent. Bref, on se retrouve a 81 dans un bus avec 46 places assises (le record c’est 100 dans un bus de 50, mais la il y avait des gens qui dormaient dans la soute, et c’etait parce que l’un des deux bus de la compagnie etait tombe en panne, et ils ont du fusionner)... Les 3h30 de route ont ete longues, mais je dois mon salut a une japonaise avec qui je discutais qui m’a fait avoir une place assise sur un truc pres du conducteur, ou nous etions 13 seulement... Avec tout ca, nous avons passe trois blocus de police (meme au Perou c’est illegal de surcharger les bus), mais le controleur s’en est sorti brillamment en 1 min a chaque fois en payant 2F50 environ par flic (alors que la compagnie gagne 1000F avec le surplus). Comme quoi, le prix d’un flic ici c’est pas beaucoup.

On a fini par arriver trop tard pour la correspondance pour Puno, (et trop fatigue et malade de toute facon), j’ai donc dormi encore une nuit a Arequipa, avant de partir le lendemain matin tot. Le voyage de 300km a pris 12h, et pourtant la "route" ne montait meme pas. En fait c’etait un chemin de terre avec des trous et des bosses de partout, et le bus s’inclinait parfois dangereusement (j’en ai vu un renverse sur le bas cote). La encore, c’etait un grand plateau desertique, avec quelques lacs et plein de flamands (mais le ciel gris et la fatigue ne permettaient guere de les apprecier), toutes les deux heures environ il y avait un petit groupe de 4-5 maisons et des troupeaux d’alpaca alentour. Et c’est tout. Arrive a Puno j’ai dormi.

Je ne suis pas reste a Puno (ville pas tres belle, point de depart pour les iles sur le lac Titicaca), et j’ai trace en Bolivie car j’avais entendu dire que le 1er juin les greves doivent reprendre (en fait probablement pas). Le bus longe le lac, tout bleu (a 3800m le ciel est pur), je passe la frontiere et j’arrive a Copacabana, toute petite ville bolivienne ou j’ai passe la nuit, avec une grande et belle cathedrale mauresque, une petite plage (qui a donne le nom a celle homonyme plus connue) un petit terrain de foot ou j’ai vu les grosses (a moins que ca ne soit du simplement a leurs habits) mamas peruviennes, jouer au foot. En fait elles jouaient a la volee, car leurs petites chaussures pointues ne leur permettaient pas de controler la balle, mais leur tirs puissants etaient bien cadres une gois sur 30 ; Elles savaient cependant tirer tres bien profit de leur grosses robes et poitrines pour arreter net les balles hautes, et les quelques tirs cadres. Joli.
Ce matin j’ai aussi gravi les marches de la petite colline (Cerro Calvario), ponctuees par des croix expliquant les 16 etapes du chemin du Christ avec sa croix. Pourtant, meme sans croix, a cause de l’altitude, j’ai souffert pour arriver en haut. De la une vue surplombant le lac et la region environnante. C’est assez curieux, on voit des prairies, quelques champs, des collines seches et pas tres hautes. On se croirait dans une plaine du centre de la France (comme je les imagine), pas a 3800.

Voila. Apres le calvaire, j’ai pris un bus pour La Paz, il longe le lac, on passe un detroit avec un petit bateau (le bus est sur une barque peu engageante), et ca repart. On apercoit finalement au loin les sommets enneiges de la cordillere, ce qui veut dire qu’ils doivent faire tous 6000m environs. Nous les longeons jusqu’a la Paz, qui se deploi soudain en dessous de nous apres le col a 3900. Des pentes super-raides, en fait toutes les rues sont en pente, avec des maisons accrochees de partout, quelques gratte-ciels, et beaucoup de lumieres. On dirait une ville marché, des étalages dans toutes les rues, et c’est vivant. Voila, je me suis un peu promene (noter le petite cathedrale, construite sur une pente, il y a trois etages de maisons sous l’arriere alors que le devant est au niveau de la place), et puis je suis venu rattraper mon retard.

Ca c’etait à peu près les trucs biens (a part quelques rencontres sympas et quelques menus details que j’oublie). Les trucs moins bien c’est avant tout qu’en altitude il fait froid le soir, et que par ici le chauffage n’existe pas (c’est meme rare d’avoir une douche plus que tiede, je crois que la derniere etait il y a une semaine). A Cabanaconde, les murs de terre et le toit en taule assuraient a l’interieur presque la meme temperature qu’a l’exterieur. J’ai attrape la creve, en plus des levres brulees par le soleil et de la fatigue due a altitude (on dort mal) plus aux heures de bus (50 heures en 7 jours). Bref, c’etait pas tres marrant.
Cependant, les choses s’arrangent petit a petit. Le rhume est presque termine, j’ai acheté un stick à lèvre hydratant, je m’habitue a l’altitude, je commence a m’equiper (écharpe, gants et bonnet péruvien en alpaca, et demain j’achete un poncho), dans mon hotel il y a une douche tres chaude pour demain matin et en plus aujourd’hui j’ai fait laver mes pantalons que je portais depuis un mois (je ne me souvenais plus qu’ils avaient cette couleur)... Peut-etre que demain je finirai meme par me raser (a moins que je n’attende de rentrer en France)...

Voila. Content d’avoir des nouvelles de ceux qui m’écrivent.
A bientot.

F.

PS : question pour Noel : est-ce que c’est dangereux pour un coeur humain de marcher 2-3 jours d’affilee a 110 battements/min ? En fait c’est pour savoir, car ca va deja bien mieux, et je n’aurais plus vraiment a monter)

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