Ce qui suit n’est pas une proposition pour révolutionner le système éducatif français, ce pour quoi je n’ai pas encore le recul suffisant (vous pouvez cependant donner un coup d’oeil aux idées de Ivan Illich dans Une société sans école). Ce que vous trouverez ici c’est une série de petites propositions concrètes qui selon moi devraient permettre d’améliorer les chose. Je me trompe peut-être d’ailleurs, et tout ce que j’écris là est loin d’être définitif. Vos remarques sont bienvenues.
Supprimer le décalage entre exigences théoriques et pratiques
Ce qui me parait le plus intollérable, c’est l’hypocrisie du système qui accepte un décalage énorme entre les exigences affichées (dans les programmes, dans les connaissances) et la réalité des connaissances exigées (aux évaluations, pour passer dans la classe supérieure). Ceci aboutit à une grande proportion d’élèves complètement largués, et donc à la démotivation. Et on arrive à des étudiants qui au bout de 4 ans d’études supérieures de maths on toujours du mal sur des exercices de lycée. Il me parait important de définir un minimum de compétences (quitte à restreindre les programmes) au delà duquel on refuse de laisser passer un élève, et de réduire l’écart entre ce minimum et le reste du programme.
L’oral du bac et les commissions d’appel
Cet oral ne doit pas servir à brader le bac comme c’est le cas actuellement, mais simplement à rattraper un accident lors de l’écrit. Il s’agit donc de supprimer le décalage d’exigences entre les deux épreuves, qui met les examinateurs dans une position intenable, où finalement la performance lors de l’épreuve ne compte plus rien.
Dans le même ordre d’idée, les commissions d’appel qui font passer dans la classe suivante des élèves au mépris des décisions du conseil de classe (qui a pourtant été longuement mûrie par une équipe pédagogique qui connaît bien l’élève) devraient être supprimées, ou du moins complètement réformées.
Le mois de juin
En lycée (en seconde notamment) mais aussi en collège, les conseils de classe ont lieu longtemps avant la fin de l’année, ce qui fait que les professeurs ont beaucoup de mal à faire travailler les élèves, et qu’une bonne partie de ceux-ci se sent libre de sécher les cours. Les dates des conseils de classe sont fixées par des exigences externes à l’éducation ou qui concernent très peu d’élèves, c’est intenable (j’imagine que c’est pour les dates des commissions d’appel). Ou alors, il faut aller jusqu’au bout, et décréter la fin des cours au lendemain du conseil. L’école n’est pas une garderie.
Ce qui se passe à l’extérieur de l’école
L’éducation correspond à la plus grosse part du budget de l’Etat, on oblige tous les jeunes à venir à l’Ecole. Or ces derniers, à peine sortis, sont soumis à de nombreux contre-pouvoirs (consommation, télévision, chat sur internet, pub) qui prennent le soin de détruire ce que l’école construit à grande peine. Les problèmes de l’école viennent en grosse partie du monde extérieur. Vouloir les résoudre en ne se concentrant que sur ce qui se passe en classe (le savoir scolaire, la pédagogie) est une illusion chère à la plupart des pédagogues. Dire "travaillez plus" ne suffit pas, parce qu’à l’extérieur on entend "ne les écoutez pas, ça ne sert à rien". Je pense donc qu’on a tout intérêt à développer massivement à l’école une sensibilisations aux méfaits de ces contre-pouvoirs (semaines sans télé, sans conso, sans internet, sensibilisation des parents, etc). Oui, c’est politique, mais l’enseignement est toujours un acte politique. On sensibilise bien les jeunes aux danger des drogues, de l’alcool, des MST, il faut faire de même pour le chat sur internet, la télé, la consommation, etc.
(J’ai écrit un texte où je développe ces idées sur la motivation des élèves.)
L’informatique à l’école
Il fut un temps où seuls les privilégiés avaient accès à un ordinateur chez eux, si bien qu’il semblait indispensable d’équiper toutes les écoles (dès la maternelle) en matériel informatique couteux, afin d’empêcher la fracture numérique. On a fait aussi de la pub et des promos pour inciter les parents à acheter des ordinateurs censés favoriser la réussite de leurs enfants. Or ce temps est révolu, les jeunes actuels savent tous taper sur un clavier, et apprennent très vite le moment venu à utiliser un tableur ou un traitement de texte (pour une recherche internet c’est plus délicat). Au contraire, je pense qu’on pourrait prouver aisément que l’usage de l’informatique a domicile est largement détourné : essentiellement du chat sur MSN et des blogs. Plusieurs soutiennent l’idée que la baisse drastique du travail personnel des élèves depuis trois ans serait due aux abonnements internet à domicile devenus bon marché. Il existe probablement une corrélation entre le fait de posséder un ordinateur dans sa chambre et les mauvais résultats scolaires. Ils serait temps de sensibiliser les parents à ce problème ("acheter un ordinateur n’est plus un gage de réussite, c’est parfois contreproductif") et de mettre à leur disposition des moyens accessibles pour par exemple verrouiller les systèmes de chat sur l’ordinateur de leurs enfants (c’est délicat, sachant que les enfants maîtrisent mieux l’informatique que leurs parents).
Quand au travail scolaire, supprimer des heures devant l’écran pour revenir à des cours fondamentaux, notamment de langue ou de sciences.
L’élève au centre du système ?
Obnubilée par le problème de l’échec scolaire, la pensée pédagogique actuelle a établi le dogme de "mettre l’élève au centre du système scolaire et de l’apprentissage". Ceci aboutit a une réthorique séduisante, que personne n’a plus le droit de contester. Mais sommes-nous sûrs que cette terminologie n’est pas creuse ? Dans une classe, il y a un prof et trente élèves. Si on veut que tous les élèves entendent bien et profitent des enseignements, ne faudrait-il pas réfléchir à comment remettre le prof au centre du système ? Ceci est juste une remarque, mais qui pourrait fournir une direction à prendre (redéfinir par exemple les devoirs de l’élèves et les droits du prof).
Le niveau des professeurs et le contrôle continu
J’ai pu constater que les connaissances non enseignées déclinent très vite, à moins de prendre du temps, après des années d’enseignement, de se remettre au niveau, de lire des ouvrages universitaires, etc. Or justement, dans la pratique, je crois que débordés par leur travail et les obligations familiales, tous les professeurs ne prennent pas le temps de le faire. Il me semblerait donc utile d’obliger ces derniers à repasser des examens au cours de leur carrière, par exemple tous les cinq ans.
On pourrait par exemple conditionner le passage d’échelon sur la réussite à cet examen. Après tout, la progression de salaire au cours d’une carrière n’est justifiée que par le fait qu’on est censés gagner en expérience avec le temps. Si ce qu’on gagne d’un côté est perdu au niveau des connaissances, ça n’a plus de sens.
L’examen dont je parle n’a pas de raisons d’être difficile, on pourrait demander aux professeurs des écoles de repasser le brevet des collèges, au professeurs de collège de repasser l’épreuve du bac dans la matière qu’ils enseignent et éventuellement une épreuve connexe, aux profs de lycée de passer quelquechose de niveau bac+1. Bien sûr tout cela avec des barèmes plus réalistes que ceux appliqués pour les élèves actuels. Faire ceci aurait un faible coût puisque les enseignants pourraient passer les épreuves en même temps que les élèves. Si le résultat risque d’être traumatisant pour des gens qui ont passé ces examens il y a très longtemps, une pratique régulière devenue une habitude éviterait que les enseignants redescendent peu à peu au niveau de leurs élèves.
Remarque : repasser des examens en cours de carrière, comme on le fait pour le permis de conduire, serait très profitable dans beaucoup de domaines. Je pense notamment aux médecins.
La formation des professeurs
La formation des professeurs telle qu’elle se pratique actuellement dans les IUFM est à repenser entièrement. Il faudrait notamment que l’on donne aux futurs profs des connaissances d’histoire de leur discipline, qu’on leur explique pourquoi on a décidé d’enseigner ce qui est enseigné et à quoi cela peut servir. Des connaissances dans des matières connexes (par exemple maths et physique, français et histoire) seraient aussi très utiles si l’on veut faire du travail interdisciplinaire. (Il y a aussi beaucoup d’autres choses à changer dans cette formation, vous pouvez lire mes propositions pour réformer l’IUFM.)
(dernière mise à jour : juillet 2006)