Galère à l’île de l’Om et les derniers jours indiens


mardi 10 décembre 2002, par Francesco Colonna Romano

Hari Om tous,

ceux que j’ai revu et ceux que non, voilà le dernier volet des aventures indiennes, avant de passer à autre chose. La première partie a été rédigée lors de mon dernier soir à Bombay, mais j’étais trop fatigué pour terminer. Je complète donc.


Hari Om tous, pour la dernière fois depuis l’Inde

voilà donc la fin (si j’y arrive) du récit du voyage.

Le train pour Omkareshwar a battu les records de lenteur, 18h pour 570km, sans être pour autant en retard (c’était un train local). Lorsqu’on a aperçu l’île depuis le train, tout les indiens ont eu le temps de chercher des pièces à balancer par la fenêtre (les indiens sont plutôt du genre superstitieux, je croix que vous l’aurez compris), l’un d’entre eux à même balancé un petit sac qui ressemblait plus à une poubelle.

Le cadre est très beau, le petit village est à cheval d’une ramification du fleuve, perché sur des collines escarpées et rocheuses (mais basses), avec des petits temples (dans l’un il y a un des 12 jotilingam (lingam naturel, en fait une sorte de pierre arrondie symbole de Shiva) d’Inde, qui fait de la ville l’une des plus sacrées). J’y passe la nuit à peine arrivé, dans une guesthouse bruyante remplie d’israéliens, et je me suis transféré le lendemain matin sur l’île, chez une sorte de baba qui tient un temple dédié à la lune et loue quelques chambres. Je dis bien une sorte de baba, parce que je ne comprends pas bien quel est son statut exactement, pas un sadhou (moine) puisqu’il est marié et a une fille, mais ça ne l’empêche pas d’être habillé un peu comme eux, et de se barbouiller le visage de blanc et rouge tous les matins et soirs pour de longues poujas. En tout cas, c’est une famille adorable et qui respire vraiment le bonheur.

L’île avait l’air vraiment intéressante à parcourir, avec des babas et des ashrams partout. Ici, les babas silencieux sont chose commune, un français a rencontré un "standing-baba", un gars qui a décidé il y a 6 ans de rester toujours debout (pour dormir il appuie ses coudes sur une planche), et il paraît que ce genre de performance ne surprendrait pas vraiment les indiens, c’est presque banal. Mais bon, rien de tout ça pour moi.

Je pensais en effet déjà que je pourrais écrire à mon retour que c’est possible d’être 3 mois en Inde sans tomber malade, alors qu’il est impossible de respecter la plupart des précautions conseillées : je n’ai jamais vu personne se laver les mains avant de manger alors que souvent on est obligé de toucher les aliments avec, on mange des crudités et les boissons ont souvent de la glace pilée, les verres à thé sont parfois d’une propreté très douteuse ainsi que certaines cuisines, etc.
Et bien voilà qu’à 5 jours de mon retour, à peine arrivé dans ma nouvelle chambre, je sens le besoin de m’allonger, fatigué, diarrhée, courbatures de partout, sensations de chaud-froid continuellement, Le soir, quand j’ai commencé aussi à vomir, il y avait tous les éléments pour voir que c’était le même et identique truc qu’a eu Jean en partant de Bénarès, et j’avais direct la bonne cure. Je n’ai plus attendu, ça a été encore pénible pendant la nuit, et le lendemain déjà j’allais beaucoup mieux, et le surlendemain c’était guéri, complètement, pleine forme, plus rien, je ne comprends même pas comment ça a pu aller si vite. En tout cas merci à mon ange gardien, car c’était obligatoirement le jour de mon départ et la perspective d’un voyage en bus-train comme celui qu’a vécu Jean, sans même quelqu’un pour surveiller mes affaires, tenait assez du cauchemar.

En tout cas, même si sur le moment ça paraissait vraiment atroce et interminable (j’admire vraiment vraiment le courage qu’a eu Jean pour endurer bien pire dans le train), rétrospectivement ça laisse presque un bon souvenir. Ça m’a fait voir que, comme le soulignait une des nonnes bouddhistes, ce qui rend la souffrance insupportable c’est toutes les peurs qu’on y ajoute (pour moi, celle de mon voyage en train que je ne savais pas comment gérer, celle de rater mon avion et donc de ne pouvoir repartir dans 10 jours au Honduras et donc de ne pas passer les vacances avec ma princesse). Bien sûr, ces peurs ne servent à rien, on peut théoriquement les supprimer, tout comme on devrait pouvoir considérer la maladie comme une nouvelle expérience à laquelle on est soumis, aussi enrichissante que n’importe quoi d’autre, sans en souffrir. Bien sûr, c’est très dur, et j’ai pu constater que j’étais encore très loin du compte...

Reprenons l’histoire. Arrivée à Bombay hier matin vers 4h, assez fatigué et très chargé, un peu tendu, surtout lorsque après avoir fait une demi-heure de queue pour acheter mon ticket de métro (en fait c’est un train de banlieue, non enterré), un type essaie clairement de mettre sa main dans ma poche (c’était la première fois). Même pas la force de l’engueuler ou de dire quoi que ce soit, je fais "hep", il retire vite sa main, et ne dit rien, moi non plus. Dans le train, curieux, les quelques personnes fixent le sol, le regard vide, triste. En fait, c’est la même expression que dans le métro parisien, et sans doute du monde entier. J’arrive finalement à l’Auberge de l’Armée du Salut (après m’être fait arnaquer par un chauffeur de taxi, vraiment j’étais fatigué), clone de celle de Calcutta, grand immeuble assez délabré avec des gros dortoirs bruyants, à la différence près qu’il manque les rats de Calcutta, et aussi les cafards et punaises que promettait Lonely Planet (ils les ont peut-être retirés depuis).

... Je commence à être vraiment fatigué. Tant pis, je finirai ce mail de France...

Bonne nuit, et à bientôt à tous, et spécialement à ceux que je revois demain...


Bombay est encore bien différente des autres grandes villes indiennes. Le centre se trouve sur une péninsule et reste relativement petit, on peut tout y faire à pieds. Malgré quelques (beaux) bâtiments coloniaux, il fait très occidental. Grandes avenues, très peu de voitures cependant, et aucun rickshaw, mais des centaines de taxis jaunes et noirs, des grands magasins et peu d’étalages de rue, tout est propre, presque décevant. Il y a une grande arche, la "Gate of India", où les gens viennent regarder la mer, et qui sert un peu d’au revoir pour mes derniers soirs indiens, même si je suis déjà ailleurs.

Le dernier jour j’avais une occase pour bosser comme figurant dans une production de Bollywood (les studios de Bombay, les plus importants d’Inde). C’est assez courant ici, il y a plusieurs film toutes les semaines, du coup les producteurs passent dans les hôtels et les bars et ramassent quelques occidentaux presque tous les jours. Repas offert et un salaire de onze euros pour une journée à patienter au soleil, observer le tournage et faire un peu de présence sur scène (moi j’aurais eu un rôle de chauffeur, avec une réplique et la possibilité de tourner en rond autour de la maison). Tout ça aurait pu être sympa, mais bon, j’étais vraiment fatigué, et j’ai préféré finir tranquillement de tout préparer pour le retour et mes derniers achats (j’ai troqué mon guide indien contre un de l’Amérique Centrale).

Voilà voilà. Le reste, c’est un peu sans histoire, derniers adieux au pays, aux gens, au métro. J’étais assez fatigué au bout de ces trois mois, il était temps de rentrer, ce n’était pas trop triste. J’avais trouvé ici ce que j’étais venu chercher...

Voilà voilà. Bientôt, j’enverrai le récit du retour dans un autre mail, et mes premières conclusions. Je vous souhaite plein de bonheur entretemps.

Om namah shivaya

F.

PS : voici l’adresse d’un quebecquois qui a fait sa retraite bouddhiste avec moi, et qui met son journal sur le web. J’ai donne un coup d’oeil et ça a l’air vraiment puissant. Moins descriptif que moi, mais vraiment un condensé des émotions du voyage, des peurs et des questions qui surgissent. Vraiment allez jeter un coup d’oeil. C’est : www.benoitmartin.com

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