Et après ? - Le grand problème de l’humanité

ou "Que vais-je faire aujourd’hui ?"

Avertissement  : Ce texte dit à peu près que le seul vrai problème de l’humanité c’est savoir ce qu’on va faire aujourd’hui (un thé ou un café ?). Comme pour beaucoup de mes textes, si vous les lisez alors que vous avez de vrais problèmes, vous penserez que je suis naif et gaté par la vie, et que je ne vois pas l’essentiel. C’est peut-être vrai, mais ce n’est pas à vous que je m’adresse, ce serait bien naif de vouloir tout résoudre avec un texte, je pense que ces idées peuvent marcher dans votre cas, mais il faudra que vous trouviez un vrai maitre pour vous aider. Je m’adresse ici comme d’hab aux personnes qui ont eu plus de chance dans la vie, et j’aimerais si c’est possible les aider à mieux en profiter. On verra si ça marche.


Bon, supposons maintenant que vous ayez atteint l’illumination. A partir de là, vous entreprenez de sauver le monde, et vous y parvenez. Très bien, et après ça ? Vous vous trouvez maintenant face à un problème nouveau, imprévu, et d’une difficulté énorme, pour lequel tout votre éclairement ne vous servira à rien (il vous compliquera même la tâche) : vous devez savoir ce que vous allez faire maintenant…

Quelques explications sur la portée du problème, qui paraît ridicule à première vue. Si vous avez atteint l’illumination, vous avez compris que les choses n’ont pas de sens en elles-mêmes, indépendamment de tout le reste. Vous savez qu’au fond, vous êtes indifférent entre vous taper la tête contre le mur ou vous ballader dans Paris, et vous savez qu’aucune des deux choses n’est fondamentalement meilleure que l’autre. Le monde est déjà sauvé, donc vous ne pouvez même pas dire "je fais ce qui va aider les autres", ils n’ont plus besoin de vous. Vous êtes donc face à vous même, vous savez que vous pouvez faire tout ce dont vous avez envie, mais vous savez aussi que vous pouvez avoir envie de tout ce dont vous décidez d’avoir envie. Il faut donc savoir de quoi vous avez envie d’avoir envie sachant que vous pouvez avoir envie d’avoir envie de ….

Bref, ça n’a pas d’issue, les bouddhistes s’en sortent en disant que lorsque le monde est sauvé, c’est que tous sont parvenus à l’illumination, donc le monde disparaît, puisqu’il n’était qu’une hallucination collective. Cette réponse ne me satisfait pas cependant, parce que malgré les apparences pour l’instant, ma question a un intérêt pratique. Je vais vous expliquer en quoi.

En fait, on pourrait dire que chacun a une part éclairée en lui, dont il n’a qu’à prendre conscience. Or une conscience partielle n’est pas hors de portée : se rendre compte que les choses n’ont pas de valeur en soi mais que c’est nous qui leur en attribuons une, voir l’arbitraire des règles sociales et qu’en fait on n’a pas vraiment d’obligations, comprendre donc que nous sommes libres de donner à notre vie le sens que nous voulons, avoir un minimum de contrôle son esprit pour apprendre à aimer ce qu’on ne peut éviter (tant que ça reste raisonnable), tout ceci on peut tout de même le ressentir la plupart du temps. Si on a la chance donc de ne pas être confronté à des difficultés et des problèmes insurmontables (maladies chroniques, faim, responsabilités envers d’autres), ce qui est le cas tout de même de beaucoup de monde, alors je pense qu’on peut se conduire à peu près comme quelqu’un d’éclairé. Ce n’est que les situations extrêmes où il y aura une différence.

En ce qui concerne le fait de sauver le monde, intuitivement il y aurait pas mal de trucs qu’on voudrait pouvoir changer. Mais comme on n’est pas Dieu mais qu’on est un être parmi les autres, il serait déraisonnable de prétendre tout révolutionner à nous tout seul. Sauver le monde, à notre échelle, c’est apprendre à être meilleur, et aider les autres à l’être aussi. C’est quelquechose auquel nous pouvons contribuer par chacune de nos actions, même celles qui pourraient paraître des actions très localisées (ex : aller au cinéma). Ainsi, on voit réapparaître notre problème : quelles actions allons-nous choisir pour réaliser notre mission ?

C’est ainsi que j’affirme ici qu’une fois atteinte une certaine conscience, après avoir réfléchi un peu au sens des choses, ce qui est à la portée de tous (on pourrait l’appeler une "illumination partielle", si ça ne faisait prétentieux), alors le seul vrai problème qui vous reste c’est : "qu’est-ce que je fais aujourd’hui ? Est-ce que je lis un roman ou je joue au foot ? Est-ce que je mange une pomme ou une tomate ? Est-ce que je téléphone à Pierre ou à Paul ?" Aucune de vos théories existentielles ne pourra vous aider, et vous savez que vous n’avez pratiquement pas d’obligations (ou plutôt que vous pouvez organiser votre vie de manière à ne pas en avoir, à condition bien sûr de vouloir tout ça).


Je viens d’écrire une page, pour dire quoi ? Que le plus grand problème de l’humanité c’est de savoir quoi faire de ses journées. Bon, vous le saviez peut-être plus ou moins, et vous savez que je ne vais pas répondre à cette question, puisque vous savez qu’il n’y a pas de réponse universelle. Pourquoi dire tout ça alors ?

Je dis tout ça parce que je pense que prendre VRAIMENT conscience de cette vérité nous aide :

  1. Cela renforce d’abord votre "illumination partielle" et vous rappelle que vous n’avez pas de problèmes plus grands, ce qui vous force à être optimiste.
  2. Ensuite vous savez que vous pouvez suivre vos envies, et que si vous faites un choix ça ne sert à rien de chercher trop loin une justification, la seule que vous trouverez c’est que vous aviez envie, sachant que vous auriez pu choisir autre chose et que ça aurait été également bien.
  3. A partir de là, vous savez que vous n’avez pas trop à vous inquiéter de vos choix, vous n’aurez pas à les regretter puisqu’ils sont bons (tout choix est bon), ce qui facilite la tâche parfois délicate de faire des choix. Vous pouvez vous laisser porter par la vie, votre intuition, ce que l’on vous demande, ce que vous rencontrez. Les choix se feront tous seuls, et vous n’aurez pas de regrets à avoir pour ce que vous n’aurez pas eu le temps de faire, vous savez que vous ne pouviez pas tout faire.
  4. Vous savez aussi qu’on peut toujours revenir sur ses choix, ou du moins sur le regard que l’on porte sur eux. Si vous avez pris des engagements (éducation de vos enfants, maison à payer,…), vous ne pouvez pas vous en débarasser, mais vous pouvez décider de ne plus le considérer comme un esclavage…

Bref, conclusion de tout ça : soyez cools, vivez, laissez vous porter, et les réponses à la question de quoi faire maintenant, que vous aviez perdu en devenant "éclairé", reviennent d’elles-mêmes. Vous le saviez déjà, mais peut-être que maintenant vous le saurez mieux, on n’est jamais trop sûr. ;-)

Je termine tout ça par ce que répétait tout le temps le vieux prof de yoga barbu de Rishikesh, tout en faisant des trucs pas possibles : "Be Happy"… ;-)


PS : pour ceux qui voudraient quand même des idées de trucs à faire, il y a des pistes sur le reste de mon site. Ce n’est pas exhaustif, mais c’est tout ce que j’ai trouvé jusque là.

Ce site est tenu par : Francesco Colonna Romano
Pour m’écrire : francesco ’arobas’ alamemeetoile.net