Coucou.
Je vous écris d’une bibliothèque labyrinthique, qui a l’immense avantage pour quelqu’un comme moi qui aime pas trop se lever le matin de ne fermer qu’après minuit. J’étais venue ici chercher un bon dictionnaire d’anglais (parce que dans la précipitation du départ, je n’ai pas pris de bon dico) pour vérifier le sens de quelques expressions entendues ça et là. Mais, c’est un peu trop grand comme bibliothèque, je n’ai pas encore trouvé. J’irai à la petite bibliothèque de quartier, où je me suis inscrite parce qu’on m’avait dit qu’on pouvait emprunter des DVD. Mais, tout autour du monde, les bibliothèques municipales sont les mêmes : pas d’argent, trois dvd qui se battent en duel, des cassettes vidéos illisibles, et surtout, ça j’aimerais bien qu’on m’explique pourquoi, trois rayons de musique classique (en particulier contemporaine), de jazz et de musique du monde plutôt bien fournis, alors que le reste est vraiment pitoyable. A Clermont et dans les bibliothèques municipales de Paris, c’était la même chose. D’où mon appel à contributions : donnez moi des noms en Jazz et en musique classique, des trucs biens que vous avez déjà écoutés. Ça me ferait bien plaisir d’avoir vos conseils en musique, parce que, comme vous le savez, j’ai un peu laissé tomber ce secteur depuis 2-3 ans. Merci….
Sinon, la dernière fois, j’ai complètement oublié de vous parler des vitamines. C’est dommage, c’était le plus intéressant.
Vous voyez les boites de vitamines qu’on vend en France, ou les gélules aux herbes par catégorie (circulation du sang, spécial femmes, etc), et ben, ici, c’est certainement le commerce qui fait le plus gros chiffre d’affaire en ce moment. Il y a un vitamine shop dans chaque rue, et ce week end, j’ai vu un vitamine museum à New York. Ce genre de trucs est vendu absolument partout, du bureau de tabac (ou on vend des compléments alimentaires pour fumeurs, pour vieux, sous forme de petits sachets plastiques, comme de l’héro) au supermarché, en passant pas le Deli (il faut vraiment que je vous explique le principe du Deli : c’est + ou moins l’équivalent de notre arabe du coin, sauf qu’en général, c’est tenu par des pakistanais, ou des mexicains ou des chinois qd on est dans le bon quartier, et c’est moins cher que l’arabe du coin, c’est assez crade, ouvert toute la nuit, y’’en a partout, et leur spécialité, c’est qu’ils vendent tout- comme bidochon qui est spécialiste sur le tas-, on y trouve donc un buffet chaud et froid, en général bon et pas cher, avec de la bouffe de tous les pays, une épicerie plutot bien fournie, des meubles et des trucs pas cher pour ‘rentabiliser l’espace’, comme les drogueries de Paris, des clopes, de l’alcool bien sur, mais aussi des fleurs, des fruits exotiques, des trucs de bricolage, et puis certaines font aussi pressing, casiers individuels –parce qu’ici ils ont atteint un point de manque d’espace qu’on n’a pas encore atteint à Paris : les gens louent au mois de l’espace ailleurs que chez eux pour stocker des archives, mais aussi, et c’est plus drôle, leurs fringues : deux fois par an, ils emmènent leur garde robe complète d’ete ou d’hiver chez un vendeur d’espace comme ça. Ca porte un nom ici, le jour où on alterne la garde robe, je crois que c’est le spring switch ou le fall switch, oups, digression trop longue, donc on trouve de tout dans les delis, c’est le commerce de proximité dans toute sa splendeur, ici, les gens, comme on commence à l’entendre à Paris, se vantent de trouver tout ce dont ils ont besoin pour vivre dans 1 ou 2 patés de maison, c’est l’effet village).
Donc, les vitamines, ici, c’est un phénomène de société, plus qu’une mode. Le complément alimentaire est complètement rentré dans les mœurs, et dans toutes les couches de la population. A l’auberge de jeunesse par exemple, j’ai rencontré un américain qui me faisait un peu peur (très pale, très bizarre, pas très causant..), qui expliquait avec le plus grand sérieux du monde comment il composait son cocktail de vitamines, et nous conseillait (aux autres français), quoi prendre selon quelle circonstance. Et ça les fait vraiment triper de se soigner eux memes, et de trouver un équilibre a leur mode de vie. Évidemment, pour une conscience européenne (plus simplement, moi, qui est le seul exemple que j’ai sous la main), tout ça parait une vaste blague, et plus que ça, la découverte d’un marché infini qui joue sur la peur des gens et sur la tendance que nous avons tous à être hypocondriaques. Personnellement, d’un point de vue économique, j’y ai vu la même ruse que pour l’agroalimentaire. Ayant atteint un degré de saturation dans le commerce de base (bouffe, fringues, logement….), on ouvre de nouveaux marchés extremement juteux (parce que ces vitamines sont vraiment très chères par rapport au niveau de vie ici), comme bien sur tout ce qui touche a la mode, au désir du moderne, et surtout ici, du remarquable, de l’original (le petit plus), et qui est déjà connu, mais surtout maintenant sur toutes les peurs au niveau de la santé, physique et psychique. Et comme le montre le nombre de psys par habitants dans cette ville : les new-yorkais sont évidemment, habitant dans la ville la plus “ville”du monde, donc dans l’environnement le plus contre nature possible, les rois de l’angoisse. Comme le montre plutot bien Michael Moore, la peur domine la civilisation américaine, partout, et à New York aussi bien sur, avec quand meme un peu plus d’humour que dans le reste des etats unis, j’ai cru me rendre compte, et un peu plus de sociabilité (on conseille son psy ou ses vitamines a ses voisins, comme on conseille une boulangerie en France).
Bon, je vais arreter sur les vitamines. Mais, un dernier truc, qui m’a scotchée : devant un supermarché, il y avait de grandes affiches qui disaient : ‘vous savez que les vitamines sont bonnes pour votre santé’ ou ‘n’oubliez pas vos vitamines en faisant vos courses..” et qui jouaient sur la culpabilisation du client. Là, ça devient atroce parce que lorsqu’on essaye de dire la meme chose avec la mode : on peut toujours répondre ‘je m’en fous d’avoir ce pantalon’, ou, plus politique, “je n’ai pas envie d’etre manipulé par ce discours, je m’habille comme je veux’, qui est plus ou moins le discours des antipubs en ce moment, mais, lorsqu’on tient le meme discours sur des questions de santé, il n’est plus possible de répondre ‘je me fous de m’occuper de ma santé’. Ce qui fait que la culpabilisation et le jeu du commerce sur l’émotionnel, les angoisses, et l’inconscient devient dans ce cas redoutablement efficace, et dangereux….
Bon. Voila pour les vitamines. De toute façon, vu comme c’est parti, on verra la meme chose en France d’ici 3ou 4 ans. Quoique, les français sont quand meme en general trop ironiques et cyniques pour refuser ce genre de discours. Enfin, j’espère…
Juste qqs mots sur la situation des femmes ici. quand on débarque, on a l’impression de se retrouver au milieu d’un women power hallucinant. Dans les quartiers d’affaires, les femmes sont presque plus nombreuses que les hommes, et a la sortie des bureaux, il m’est arrive plusieurs fois de croiser des collègues de bureau où la supérieure était ouvertement la femme sans qu’aucun des deux semble gené. Le style vestimentaire y est aussi pour beaucoup : mini jupes, décolletés etc ne semblent retenir l’attention de personne ici. Pire, le regard, meme peu insistant d’un homme, serait immédiatement perçu comme une agression sexuelle….
Finalement, tout ça est plutot connu en France, donc j’insiste pas. La chose la plus frappante pour moi, ça a été de me rendre compte à quel point notre attitude était sexuée en France, et quelque part, comme on reste finalement un pays latin…. C’est assez dérangeant de se rendre compte que la personne a qui tu parles, homme ou femme, te parle exactement de la meme façon selon que tu es un homme ou une femme. Dans une conversation à trois, par exemple, un homme va me parler exactement pareil qu’a l’homme qui est à côté de moi. Ca peut paraitre tout con, mais ca change beaucoup de choses. La séduction plus ou moins consciente qu’une femme exerce dans la vie de tous les jours (ne serait-ce que pour marchander un truc au marche, ou pour demander de l’aide) ne fonctionne pas du tout ici. Le mot d’ordre est vraiment aucune discrimination, qu’elle soit positive ou négative (d’où les débats interminables depuis 20 ans sur l’affirmative action). Non, et c’est visible dans le comportement américain, un noir n’a pas plus le droit qu’un blanc de demander une réduction, une femme n’a pas plus besoin qu’un homme qu’on l’aide a porter ses bagages, à condition bien sur que les critères objectifs soient respectés : si le noir est plus pauvre (si les chiffres le disent), alors oui, si la femme est plus petite ou moins musclée, alors oui….
Je sais pas si je suis très claire, mais ces petits détails révèlent en fait une tendance profonde des États Unis. Le cote scientifique, carre et objectif de leur jugement, c’est-à-dire de leurs actions. Ce qui m’amène à quelque chose d’un peu délicat à expliquer. Prenons le cas du racisme en France. L’attitude d’un français moyen envers un noir ou un arabe par exemple, pourra etre un mélange de peur du différent, de sentiment de culpabilité par rapport à cette différence-là, doublée d’une culpabilité historique, d’esclavage, mais surtout de colonisation, en meme temps d’une peur sociale pour le pauvre (vol, réaction violentes….). En fait, dans le racisme américain, il ne reste que la dernière peur : uniquement la différence d’argent crée un racisme. C’est a dire que basiquement : la réaction de l’américain moyen face au homeless noir et au homeless blanc sera la meme. Mais, bien sur le racisme existe quand meme, puisqu’il se trouve que la population la plus pauvre est noire ou latino.
Ce que je veux dire, plus profondément, c’est que les classes sociales, ici, ou plus simplement, et moins connotée marxiste, la division de la société, n’est conditionnée que par l’argent. Ca ne gène personne, et ca ne se remarque meme pas, si une famille de noirs, très riche, emménage dans un des plus beaux immeubles de New York. C’est bien sur la meme chose avec les juifs, les chinois, les mexicains etc… (exception faite, mais j’y reviendrai plus tard le temps de voir un peu plus, de la communauté musulmane, qui semble souffrir d’une vraie peur, en raison de sa faible implantation, d’une focalisation totale sur l’opposition Chrétiens+juifs / Islam et bien sur du 11 septembre). Imaginez en France, une famille de sénégalais qui viendrait s’installer rue Blatin, pour Clermont par exemple. Ca se ferait bien sur, mais les gens en parleraient, se demanderaient comment ils ont eu autant d’argent etc. Y a qu’a voir pour Paris la reaction de la bourgeoisie de famille du XVIe arrondissement quand des juifs qui ont fait fortune s’installent…. Et encore, c’est des juifs, pas des arabes….
Donc, les classes sociales ne prennent pas en compte le critère racial. Elles ne prennent pas non plus en compte tout le background culturel, intellectuel etc qui joue un grand role dans la division de la société française. La catégorie (un peu vaseuse, mais bon) qui a été créée y a pas longtemps en France des ‘intellos précaires’, qui regroupe des pigistes, artistes au smic, écrivains dans la merde, et intérimaires du spectacle en galère, en gros, toute la tranche de la population qui gagne moins de 1000 euros par mois et qui a choisi une activité par intéret personnel, est impensable ici. elle prend différentes autres formes, comme un milieu alternatif de brooklyn, un milieu culturel et associatif de gauche, qui existe quand meme. Mais, disons, que les américains n’ont pas de compassion ou de respect particulier pour cette faune, et dans l’esprit des gens, c’est exactement la meme catégorie que l’employé de bureau de base, ou pire, que le parasite social qui vit sur les aides. Bon, d’accord, je schématise, et l’on trouve de plus en plus cette réaction de ‘moi je travaille monsieur’ en France, mais il me semble qd meme, qu’en France, la population prend en compte dans son évaluation de la societe les ambitions intellectuelles, et de manière plus générale ‘l’intéret’ d’un métier autant que ce qu’il rapporte.
Bref, je sais pas si vous etes d’accord. Dites moi, j’attends vos reactions.
Donc, l’argent, seulement l’argent, ici. c’est vraiment qq chose qui saute aux yeux pour une française, donc il doit quand meme y avoir une différence quelque part quand meme.
Je pensais qd meme ressentir un peu la meme réaction de culpabilité qu’en France sur la colonisation, ici, a propos de l’apartheid qui a quand meme dure jusque dans les annees 70 de facon vraiment forte. Mais, non rien. On a meme du mal a imaginer qu’un tel truc ait pu exister ici, tellement ca semble absent. Peut etre le seul indice est dans l’acahrnement a montrer qu’on ne fait pas de discrimination. Par exemple, j’ai aide une amie a faire son cv. Et je lui disais qu’il manquait sa date de naissance et que ce serait bien de mettre une photo. Elle m’a répondu ‘t’es folle, ici, on ne met jamais son sexe, son age, sa couleur de peau… ce sont des éléments qui poussent a la discrimination….’
C’est peut etre pour ca qu’ils font autant d’entretiens parce que tu ne peux pas savoir avant si tu embauches une femme de 20 ans ou un mec de 55 ans. Dingue non ?
Autre acharnement : en tout petit sur les billets de train ou les admissions générales, il y a toujours écrit un truc du genre : cette salle de concert ne fait aucune discrimination de couleur de peau, de physique, de sexe, de langue etc…. Seul élément de sélection donc : pouvoir se payer le billet, ou le loyer dans le cas d’un appartement… l’argent, uniquement l’argent.
Je ne condamne pas tel ou tel pays. Je fais seulement remarquer la différence parce que c’est vrai qu’on ne voit pas toujours tous les autres éléments, en dehors de l’argent, qui rentrent en compte en France. je ne sais vraiment pas ce qui vaut mieux. Le système américain a l’immense mérite d’etre clair et franc. Le système français a l’immense mérite de laisser quelques portes ouvertes a ceux qui n’ont pas beaucoup d’argent. Bien sur, tout ca se discute. Alors discutons…..
Euh, j’étais partie sur les femmes, et j’en arrive à l’argent. Tant pis. C’est déjà trop long pour aujourd’hui.
A bientot pour d’autres aventures.
Anne
Juste pour rire :
Vu ce week end :
un groupe d’harakrishna à Times square (le truc bourre de monde avec les gros neons)
un castor sous la fenetre de ma chambre
une manif à vélo sur la 5ème avenue aux heures de pointe
un tournage de film à Soho, avec faux brouillard et fausse pluie alors qu’il faisait 35 degrés
un concert improvise dans le métro par un mec qui tapait sur les poteaux, les poubelles etc…. et deux blacks qui dansent devant
un couple de chinois catho avec un bébé qui faisait semblant de se promener sur le campus, et qui en fait faisait de la propagande pour la scientologie. Ils m’ont aborde en me disant ‘tu aimes aller à l’église ?’ j’ai pouffe de rire et juste répondu que j’etais française. Ils ont compris
une fete sur un toit plat d’une maison de Brooklyn, comme dans les films
Pique nique avec Woody Allen à Central Park. Non, ca c’est pas vrai, mais j’aimerai bien. On le cherche, mais y a tellement de vieux qui lui ressemblent ici, c’est difficile….
C’est tout pour cette semaine.
CIAO