Bonjour à tous,
Merci d’abord pour tous les gentils messages que j’ai reçus de vous. Comme quoi on peut être loin des yeux, sans être loin du cœur. Merci.
Quoi de neuf ici ? La peinture déjà.
Je m’explique. Notre proprio est un peu dingue — il est vétérinaire, joue au poker toutes les nuits, et passe son temps à essayer de trouver de l’argent pour payer ses dettes de jeu. Il est peintre aussi et a fait une expo récemment dans sa clinique (spécial). Sinon Laurent dit qu’un jour il se prendra une balle dans la tête car il est malhonnête avec tout le monde : il ne paie jamais les ouvriers qu’il embauche. Du coup ils abandonnent toujours le travail en cours et il doit en trouver d’autres pour terminer — ce qui peut prendre longtemps.... Entre temps les pauvres gens l attendent des heures devant chez lui pour être payés, en vain... Ce qui lui fait mener une vie de fou, il n’ouvre plus sa porte dès le soir tombé, de peur de se retrouver face à un furieux, parfois il déboule chez nous super-affolé en nous disant que si par ex on lui paie le loyer tout de suite il nous le réduit de 1000 lemp — ça c’était sa dernière dette de jeu, il a cru y passer. Apparemment ses compagnons de jeu ne rigolent pas trop... Lors des derniers travaux — problèmes d’écoulement des eaux, on ne pouvait plus du tout faire couler d’eau, les ouvriers l’ont laissé tomber, on est restés une semaine sans pouvoir mettre les pieds dans la salle de bain, ni faire couler d’eau dans la cuisine — imaginez "l’organisation" finalement on a ralé et il en a trouvés d’autres qui ont terminé le travail. Cette semaine — à notre grande surprise il a décidé de repeindre la maison. On a la maison la plus "colorée" du Honduras désormais : murs verts, escalier rose, balcon jaune et bleu et blanc, il a même fait peindre le sol en rouge. Voilà vous n’aurez aucun mal à nous trouver, c’est le style "tropical" avec tout autour de nous rien que des maisons traditionnelles blanches. La couleur, c’est la vie.... Quant aux grilles des fenêtres, ils n’avaient pas d’échelles du coup ils ont arrêté de les peindre à hauteur de bras, ce qui fait qu’on a des fenêtres blanches en bas et ocres en haut.... Mais au fond, je trouve ça très chouette, je me dis que la maison nous correspond bien. Sinon, en vrac : on a eu une semaine de froid — 15 degrés — ne riez pas, on était gélés un vent de type mistral, à la maison on n’a pas vraiment de vitres aux fenêtres, j’ai du superposer les pulls des garçons pour survivre.
Un chouette souvenir, dimanche — lendemain de soirée terminée à 5 heures à l’ambassade d’Espagne — on se réveille en début d’après-midi, pas d’électricité, donc pas d’eau — ça va ensemble chez nous— Des rafales de vent, comme jamais vu, avec Julien on se dit qu’on va quand même corriger des copies, on se met malgré le froid sur le balcon. On gèle. On rentre. Ici il fait nuit vers les 17h. Laurent se réveille. On sort les bougies qu’on installe partout — super beau — je fais même une soupe —si !!!!!— et on se serre les uns contre les autres dans notre maison pour la première fois de l’année silencieuse — pas une minute sans musique. On se serait dit dans un autre monde, dans une autre vie. Finalement l’électricité et l’eau sont revenues dans la soirée et ça a cassé notre délire de vie pour une fois austère.
Autre detail, F. va être content car il voulait apprendre à faire des bijoux artisanaux. Eh bien, mes élèves de 6ème l’année dernière ont appris avec les garifunas de la Tigra à faire des bracelets magnifiques avec toutes sortes de cordes. J’ai dit un jour que je les trouvais jolis depuis j’en ai reçus une bonne vingtaine en cadeaux, ils sont d’une gentillesse incroyable.
J’ai reçu également un poème acrostiche de deux mètres d’un élève de 1ère qui avait décidé d’associer la poésie à l’art pictural — toutes les lettres sont decoupées à la main dans du papier de couleurs variées... Les bras m’en sont tombés.... Chaque jour je continue d’être touchée par la gentillesse et la chaleur des gens ici. Quant aux garçons, ils vont bien, ils ne boivent pas beaucoup d’eau, on n’arrive toujours pas à beaucoup dormir, difficilement à travailler, mais on se réveille toujours aussi joyeusement, même les jours où on n’a ni eau ni électricité et pas plus de 5h de sommeil derrière nous.... Tout se passe bien aussi au lycée, désormais j’aide aussi les terminales en philo — ici tout le monde s’adapte à tout — 1ère dissertation du CNED : "l’opinion est elle un savoir ?" Là j’enchaîne sur la dissertation de lettres des 1ères. Comme quoi je travaille quand même....
Voilà desormais il refait chaud et beau, on a rangé les couvertures et les pulls, on continue d’admirer nos splendides couchers de soleil, et tous les matins sur notre terrasse on pense à vous qui vous levez dans la grisaille.
Je vous embrasse tous et je pense à vous, souvent.
V.