Paris, il est 1h passée, nuit noire et tango électronique tournant, et c’est le premier jour du printemps d’après le calendrier, alors que la douceur ne l’avait pas attendu.
Suite à un conseil judicieux, je me suis promis de faire des mails-co plus courts, ce qui veut aussi dire plus souvent... J’espère que tout va bien depuis la dernière fois, quinze jour déjà.
Je voulais commencer ce mail par une petite réflexion sur l’actualité internationale, les histoires de terrorisme, etc, car j’ai entendu ou lu plusieurs personnes qui se plaignaient du monde dans lequel nous vivons, qui ont plus ou moins sous-entendu que nous courons de graves dangers, etc.
Ma réponse à ça est catégorique : ce monde hostile, ces peurs, sont un pur produit des médias, faites le calcul : combien de gens meurent de terrorisme ? On a autant de chances de mourir dans un attentat que d’un pot de fleurs qui nous tombe sur la tête. Les morts de voiture ou de cancer du poumon ou de maladies débiles que nous provoquons nous-mêmes, c’est sans proportions avec ça. Bien sûr, je ne dis pas qu’il ne faut pas sentir de compassion pour ces victimes injustes, je veux souligner que de toute façon il y a beaucoup d’autres morts tout aussi injustes et absurdes. Les médias marchent uniquement sur le sensationnel, et les gens ne réfléchissent pas, ils ont peur parce qu’ils entendent tout le temps ce genre de nouvelles. Mais sommes-nous obligés de les suivre ? Aujourd’hui, en ayant une vie un minimum saine, on a beaucoup moins de chances de mourir pour un truc imprévu et absurde, alors qu’autrefois il y avait maladies, épidémies, guerres...
Vraiment je trouve qu’on est dans une époque passionnante par sa richesse et sa complexité. Il y a des possibilités infinies à explorer, et du boulot à faire pour aider les choses à aller mieux, pas le temps de s’ennuyer, on a de la chance de vivre en ce moment précis. Même cette peur injustifiée des attentats a un bon côté. En Israel où cette peur existe depuis toujours les gens sont beaucoup plus insouciants, ils vivent au jour le jour, sortent, voyagent : saviez-vous par exemple que TOUTES les générations, après avoir terminé le service militaire partent un an en voyage autour du monde ?. Qui sait, peut-être que ce sentiment d’insécurité infondé fera du bien au gens en les bousculant un peu. Si vous pensiez sérieusement avoir des chances de mourir demain, auriez-vous fait chacune des choses que vous avez faites aujourd’hui ?
Tout ça pour dire que je pense plus que jamais, sans soutenir pour autant ce qui se passe et qu’on ne peut pas changer, qu’il y a moyen et raison de voir le bon côté, d’être optimiste, la vie est belle, parce que c’est la vie. Parce qu’elle est telle qu’elle est, avec ses imprévus, ses accidents...
Que dire encore pour continuer dans ce sens ? Hier N. me raconte avoir vu l’après-midi un type dans la rue qui a l’air de trafiquer son vélo, elle va voir méfiante, car on lui en a déjà volé un le soir du Flunch. Le type lui explique qu’il est en train de lui réparer son frein, qui effectivement était déserré. C’est une situation curieuse. Comment a-t-il pu le savoir ? Le type est italien, il travaille dans l’importation de vêtements, il est bien habillé, lui parle de sa fille. Il attends pour un rendez-vous, et pour passer le temps il a décidé de réparer un vélo. A la fin, le type demande à N. quel âge elle a, ce qui est particulièrement curieux car tout le monde demande à N. quelle âge elle a, depuis le boulanger à qui elle achète son pain au vieux patient à l’hôpital où elle fait son stage. Curieux détail, et si vous y réfléchissez c’est vraiment dur à expliquer, mon idée c’est qu’il faudrait qu’elle demande aux gens leur âge pour déduire des réponses la motivation de ceux qui demandent...
J’ai mentionné ces deux détails, le coup du type qui répare un vélo attaché à un poteau, et l’histoire de l’âge pour trois raisons : d’abord parce qu’en y réfléchissant, il y a quelque chose de vraiment drôle et insolite là dedans, on pourrait écrire une histoire dessus. Puis parce que N. ne les note pas et je ne veux pas qu’ils se perdent, et enfin parce que c’est une illustration d’une autre idée importante :
Ces détails sont à la fois communs, extraordinaires et très rares. Communs parce que tout le monde en vit tous les jours, extraordinaires parce que c’est la vie dans ses petits détails qui ne finit jamais de nous surprendre, d’une telle richesse que chaque instant de vie pourrait permettre de comprendre l’univers entier. Et pourtant ces détails deviennent très rares parce que bien que chacun en vive tous les jours, très peu les remarquent. Quand on leur demande ce qu’ils ont fait de la journée, beaucoup de gens répondent "rien de particulier, j’ai été au boulot, je me suis promené, j’ai vu un film, etc." Si parmi tous les faits extraordinaires qui arrivent à chaque instant on cherche ceux qui sont remarqués, appréciés, racontés, tout à coup on se rend compte qu’il n’y en a plus beaucoup, ils sont très rares.
C’est à cause de cette rareté qu’il faudrait, lorsque vous vous rendez compte d’un tel détail, essayer de le valoriser, arriver à en extraire le plus possible de cette richesse infinie. Bien sûr, cette infini est dur à atteindre, tellement dur que pour le zen y parvenir c’est rien de moins que l’illumination. Mais tentez quand même, c’est un exercice passionnant, qui peut changer le regard que nous portons sur la vie de tous les jours, nous aider à percevoir son infinie beauté. En sauvant nos petits détails de l’indifférence, en les partageant, vous aiderez ces détails orphelins à devenir un peu moins rares...
Fin de la parenthèse théorique, j’espère qu’un petit message est passé, et retour à ma récente passion, l’exploration du glauque, qui apparemment a un certain succès parmi mes lecteurs, certains redemandant la suite des aventures. Curieux car tout ce que je raconte, le kebab, le Flunch, les forums de discussion, ce sont des lieux que tout le monde connaît. Et pourtant, il suffit que quelqu’un vous les présente autrement, comme dignes d’exploration, pour tout changer...
Rassurez-vous, il y aura toujours du glauque à explorer. Je rentrais chez moi à roller d’une réunion d’information d’une association de fanas de jeux vidéo en réseau qui veulent faire jouer les enfants dans les hôpitaux. Je passe devant un supermarché qui affiche dehors une promo : 80 produits d’un catalogue remboursés intégralement sur demande, sans plus de conditions. Une amie m’avait parlé d’une histoire de ce genre, qu’elle s’était fait rembourser 30 euros d’achats, allons voir. Ouais, ça a l’air de marcher, mais c’est plus dur qu’il n’y paraissait : les produits concernés sont dispersés dans le supermarché, sans aucune signalisation, beaucoup sont épuisés car c’est les derniers jours de la promo, et en plus il y a des pièges. A la place des produits manquants, il y a certains produits qui sont très proches de ceux remboursés : 2 centimes de différence, étiquette légèrement différente, ou variante de goût ou parfum. D’autres comme les raisins secs ne sont pas rangés à leur place avec les fruits secs, mais se trouvent à l’autre bout du magasin, dans une petite caisse.
Heureusement les clients coopèrent. A part ceux qui s’en foutent de la promo, certains se balladent avec leur catalogue, seuls ou en couple, et cherchent les mêmes produits, on repère facilement ces gens-là. Du coup on discute, on s’entraide : "il n’y a plus de yaourts. Toi tu as trouvé le chocolat ? Non plus, mais par contre j’ai les jus de fruits..." Et la promo se transforme en grand jeu de société, en chasse au trésor dans le super-marché, devenu soudain un coin convivial...
Bilan : j’ai failli abandonner devant le peu de produits dispo, mais j’ai été jusqu’au bout pour avoir quelque chose à vous raconter, et parce qu’on se prend au jeu. Je suis reparti une heure plus tard avec dix euros de courses : du lait, des jus de fruits, une boisson au malt aromatisée rhum-citron-cactus (! ?), des raisins secs, c’est pas folichon, tous les fromages, gâteaux, etc étaient finis. Avec plusieurs clients on a fait attention à ne rien acheter d’autre que ce qui est en promo et remboursé, comme ça on ne pourra pas dire qu’on se fait avoir par la pub. J’ai bien rempli le formulaire avec soin, parce qu’il était encore truffé de pièges, de trucs à entourer, à marquer en petit, à reporter. Si par exemple vous oubliez d’entourer la date sur le ticket de caisse, vous n’êtes pas remboursés, tous les prétextes sont bons. Enfin j’ai découpé les codes-barre, et c’est parti. Merci supermarché...
Il y a eu ensuite une soirée glauque-chic à St-Germain-en-Laye, chez un gars du club magie qui nous avait tous invités pour fêter le succès de notre spectacle de scène. Curieux, il y a deux publics, des jeunes en tenue de soirée, essentiellement des filles pour une question d’équilibre des sexes, et de l’autre les magiciens habillés normalement. Ces deux publics ne se sont pas mélangés, les magiciens sont tous arrivés après que tous les autres soient arrivés, sans que cela ne soit prémédité. Les autres sont restés entre eux si bien que les magiciens se sont retrouvés dans la salle à côté à regarder la vidéo de leur propre spectacle qu’ils connaissaient par coeur. A minuit pile, la quasi totalité des invités chics sont partis en même temps, bien qu’ils soient tous en voiture, certains attendaient carrément que leur maman vienne les chercher !! Bref, ça ressemble un peu à ce qu’on m’a raconté des soirées rally pour gamins de 17ans, sauf que c’est pour des grands ! Quant à Saint-Germain-en-Laye, c’est assez spectaculaire, ça fait petit village propre, où tout est bien rangé, les gens sont habillés clean, il y a vraiment quelque chose de faux là-dedans, artificiel, mort. Pour ceux qui n’en ont jamais entendu parler, c’est la banlieue chic près de la Défense, et c’est bien glauque sous une apparence clean, mais c’est du glauque pas sympa, qui donne envie de se moquer des gens. Je déconseille donc.
Quoi d’autre ? Je pourrais parler encore de la rue Saint-Denis où à deux heures du mat’ on a dû faire cinq kebabs avant d’en trouver un qui nous serve une frite en salle, les autres étant en train de fermer, ou alors estimant que ce c’était pas une conso suffisamment importante. Tout se dégrade et les choses ne sont plus ce qu’elles étaient... Il y a aussi le glauque électronique, avec le site que je recommande personnellement www.ciao.fr c’est un site d’avis de consommateurs. J’y ai trouvé des disserts de 4 pages sur mes mueslis croustillants Leaderprice, dont un message intitulé rien de moins que "Le dieu de la croustillance et du goût", que je cite pour l’exemple :
"J’ai découvert ça quand une fois j’ai été chercher des céréales avec ma mère pour mon petit déjeuner. Donc le lendemain matin je me sers et là, quand je pris une bouchée, je sentis ce merveilleux goût dans ma bouche."...
Bref, il y a des trucs partout, il n’y a qu’à ouvrir les yeux. C’est pourquoi je vous propose un jeu : à vous de trouver quelque chose à raconter dans la journée qui précède ou celle qui suit le moment où vous lisez ce mail, sans tricher. Un détail, quelque chose qui dépasse le "j’ai rien fait de particulier". Faites un effort, ça en vaut parfois le coup. ;-)
Entretemps, je vous souhaite plein de bonheur.
Hasta la vista
F.