Ca fait un bout que je n’ai pas de chez moi fixe (à part ma chambre d’internat), du coup peu d’occasions de mettre en pratique un peu d’idées que j’ai depuis un bout. Entretemps, autant les mettre ici.
I) Critique de la déco usuelle
Une constatation de départ : dans le fond, les maisons des gens se ressemblent vraiment : même type de pièces aux fonctions bien définies (chambre à coucher, salon où l’on reçoit, etc), même type de meubles (les canapés du salon, table basse pour poser la télé, porte-CD, éventuellement quelques tableaux sur les murs). Si le style peut aller du rustique à la maison de vacances, des meubles anciens à ceux Ikea, la déco au fond reste souvent simple, du déjà vu partout, il faut avoir tout ce qu’on a car tout ceci sert.
L’avantage de cette organisation c’est que vous n’avez pas besoin de réfléchir, vous avez des goûts normaux, les gens évalueront ensuite votre goût dans la recherche du détail. Pourquoi pas.
Les inconvénients par contre me paraissent de taille :
Ce type de déco est figée par des blocs (les meubles) qui s’harmonisent forcément mal. Un fauteuil par exemple ou des chaises créent une distance entre les endroits où l’on s’asseoit, où on vit, et le sol, qui est de la place perdue, peu vivable, avec lequel on évite soigneusement tout contact.
Certains éléments sans intérêt sont mis en valeur, comme tout ce qui est technologique (télé, chaîne hi-fi, généralement trônant bien en vue sur un meuble bas.) ou utilitaire (couverts, assiettes, étagères de rangement). C’est pourtant bien moche.
Vous renoncez à exprimer une quelconque originalité et créativité dans votre maison, alors que c’est là un endroit idéal pour le faire.
On ne peut juger votre maison qu’en la comparant à d’autres, ce qui conduit toujours à la dévaloriser, puisqu’il y a toujours quelqu’un pour soigner un peu plus un détail ou mettre plus d’argent là-dedans.
Vous êtes constamment dépendants d’autres pour tout faire, car vous n’avez pas les compétences d’un professionnel pour la décorer avec les critères standard, vous n’êtes pas capables de fabriquer des meubles, vous n’êtes capables de rien faire. Faire appel aux autres revient cher en général.
Vous devez tout acheter, ceci vous oblige à posséder des meubles encombrants, que vous devrez emporter avec vous si vous déménagez, qui pourront vous lasser, qui deviendront un poids sur votre conscience ("Que vais-je faire de mon armoire récemment achetée ? Je ne vais pas la jeter tout de même ?") et, une fois de plus, vous coûteront cher.
II) Quelques idées générales
Attention, autant les critiques ci-dessus me paraissent largement appliquables, autant ce que je vais dire dans la suite traduit essentiellement mes goûts. Vous pouvez vous en inspirer, mais l’intérêt c’est que vous suiviez votre propre penchant. Si vous avez des suggestions dans l’esprit de cette page, c’est bienvenu.
La surface : personellement, je préfère ce qui est petit. Je trouve que c’est un boulot considérable de s’approprier de l’espace, le personnaliser, en essayant chaque coin d’une maison, en remplissant chaque paroi. L’avantage du petit c’est que vous vous sentirez vite chez vous, et que vous pouvez soigner les détails, l’"esprit" de votre chez vous. Et aussi, c’est moins cher (du coup vous pourrez opter pour une position plus centrale dans la ville, d’où vous pourrez tout faire à pieds), plus facile à chauffer et plus écologique.
Organisation des pièces : certes, le partage (coin-)cuisine, salle de bain, autre pièces paraît difficile à remettre en question. Mais, si l’on a deux pièces, pourquoi serait-il nécessaire de définir un salon et une chambre à coucher ? Pourquoi ne pas rendre tout cela polyvalent ? Pouvoir recevoir dans les deux pièces, dormir aussi dans chacune. Chacune aurait style et ambiance différente, vive la diversité.
Le contact avec le sol : je pense que c’est un des grands problèmes aujourd’hui, les gens perdent le contact avec le sol. S’asseoir par terre, être bas donne une autre perspective, une autre manière de voir les choses, un peu plus d’humilité, de liberté de mouvement. Au contraire, même si on ne s’en rend pas compte, l’habitude de la hauteur d’une chaise fait que vous refuserez plus facilement de vous asseoir par terre lorsque vous n’aurez pas de chaises, de vous décontracter. Et ça fait naître l’idée qu’il y a des choses qui sont trop sâles, trop basses pour vous, Vous !
Contre cela, je propose une idée très simple : utiliser un mobilier bas, matelas par terre, un espace pour s’asseoir à même le sol, sur des coussins. Des tables basses ou manger, etc. L’avantage du mobilier bas, c’est que c’est plus léger, plus simple à fabriquer soi-même, et moins cher.
Le mobilier : comme je bouge soivent et j’aime bien me sentir léger, je ne voudrais pas posséder du mobilier lourd et peu personnalisable. Au contraire, je préfèrerais fabriquer tout moi-même, avec des trucs de récupération ou bon marché, de manière à pouvoir tout abandonner sans remords. Plutôt qu’une grande armoire, pourquoi ne pas fabriquer des étagères avec des planches et des briques ? Si on veut tout couvrir, on peut utiliser des tissus. Ou alors ça doit être relativement facile de souder des bouts de ferraille pour obtenir une structure correcte. Une table (basse) se fait avec un gros bidon ou une caisse, avec une planche dessus. Bien sûr vous pouvez repeindre tout ça pour lui donner de l’allure, ou le décorer par exemple avec du papier mâché. Plutôt que des fauteuils, pourquoi ne pas fabriquer de gros coussins à mettre par terre avec des blocs de mousse recouverts de beaux tissus (et si vous tenez à les surélever, pourquoi ne pas le faire avec des briques ?).
Cuisine : intuitivement ici il y a peu de souplesse. A moins de construire des fourneaux en briques et en terre et de cuisiner au feu comme on le fait dans beaucoup de pays du Sud, mais ça reste difficilement applicable chez nous. Du coup, on doit se contenter des meubles tous faits de chez nous, que vous trouverez probablement déjà installés en arrivant chez vous. Bon, pas de problème, d’autant que le sol ici est particulièrement salissant, donc on peut garder les distances. Toutefois, si vous aviez une cuisine à refaire, ça pourrait être marrant de l’organiser aussi au contact du sol, des plaques basses posées sur un four, une table basse pour travailler et cuisiner, et une paroi-étagères pour tout ranger.
Salle de bain:Là aussi, vous la trouverez probablement toute faite, et je vois mal comment on peut faire quelquechose de vraiment original. Vos conseils sont bienvenus.
Les autres pièces : une idée c’est de les rendre relativement polyvalentes, de manière à utiliser un salon comme chambre à coucher et inversement. Autre idée, mettre beaucoup d’éléments "inutiles", purement décoratifs, bien en valeurs et bien gros, de manière à couvrir un peu l’utile (la télé, la chaîne). Un bon truc, c’est donner un thème, un style, à chaque pièce.
III) Des exemples de pièces à thème
Voici quelques exemples de pièces à thème, comme je les vois. Tous ces exemples demandent très peu de moyens.
La pièce glauque : Il s’agit de récupérer un vieux lit rouillé (à recouvrir d’un vernis transparent lisse et lavable), de peindre les murs en vert-petit-pois et les salirs ensuite, genre traces de chaussures, de boue, d’humidité, peinture qui s’en va, fausses toiles d’araignées. Récupérer des vieux accéssoires genre ventilo des années ’50 qui ne marche pas, miroir à moitié cassé. Tout ceci est gratuit, peu de gens aimeront, mais moi ça me fait tripper.
Le chantier : quelques bâches pour protéger les étagères (plutôt qu’une armoire), table réalisée avec un gros bidon en métal et une planche dessus, des traces de peinture sur le sol, des petits murets inachevés pour délimiter l’espace (par exemple aménager des endroits où s’asseoir). Et déco facile avec vieilles pierres, casques, pelles, etc.
Atelier d’artiste : fresque sur le mur, éventuellement en évolution permanente : il y a toujours du matériel à portée, et les invités tout en discutant peuvent peindre quelquechose à même le mur. Le reste se prête très bien à exposer vos photos, dessins, sculptures (pourquoi ne pas réaliser un grand mobile en papier-mâché ?)
Latino : couleurs pastel, quelques tentures guatémaltèques ou andines (si vous connaissez des gens qui voyagent c’est pas cher), un hamac, de la déco en bambou et avec des branches séchées ou d’autres objets. Mobilier bas et dépouillé, fait en toile de jute et avec des vieilles planches-caisses. Eventuellement vous pouvez réfléchir à une manière d’inclure du sable sans que ça se propage au reste de la maison.
Indien : là aussi, c’est très bien si vous avez voyagé, mais on trouve en France aussi des superbes tissus pour pas cher. A combiner éventuellement avec des trucs tibétains (drapeaux, cloches) et des photos de montagnes ou de Dieux hindous.
Café égyptien : ici encore du mobilier bas, et vous pouvez vous amuser avec de la peinture sur verre.
Japonais : tatamis par terre, ou un truc du genre, des origamis géants, mélanger bois et papier pour recouvrir les meubles. Imiter des gros caractères noirs sur les murs.
Cathédrale gothique : là ça demande beaucoup de boulot et de papier mâché, mais ça peut être grandiose.
Couleurs : uniquement des formes simples et des couleurs vives. Encore des grosses sculptures en papier maché.
Vive la neige : je ne sais pas trop comment reconstituer sapins et fausse neige, mais ça peut être marrant.
Découpages de journaux : j’ai vu ça a Berlin, des boîtes de nuit ou des bars aux murs tapissés de vieilles pubs, de découpes d’articles, le tout recouvert d’un film transparent. C’est du boulot, mais ça peut être très joli. On peut aussi faire une pièce noire et blanche et tout tapisser en papier journal verni.
Et mon amie Delphine conseille aussi : "… penser à se ravitailler en journaux étrangers, si possible avec écriture étrange (chinois, japonais, coréens, indiens…) ou assemblages de lettres exotique (le turc, le vietnamien…), faciles à trouver à Paris !"