Oy todos
voilà encore des nouvelles, l’impression d’être resté longtemps sans contact, il y a neuf jours je rentrais de la jungle, le temps s’envole décidément, j’ai l’impression que c’était hier. Donc, plein de trucs depuis, derniers jours à Iquitos à courir dans tous les sens pour dire au revoir à tous mes amis, un temps impressionnant passe sur le web pour tout raconter (avez-vous déjà tout lu ?). Triste de partir déjà, Iquitos est une ville où j’aurais pu m’arrêter quelques mois, et vraiment j’aime beaucoup les péruviens et la chaleur avec laquelle ils accueillent les visiteurs, la facilité qu’ils ont à parler avec vous, à vous aider. Tant pis, pas le choix, jeudi matin tôt je prends un bateau rapide pour la frontière, neuf heures de navigation sur ce fleuve toujours aussi beau, avec le ciel bleu tout en fredonnant les chansons du vieux chamane qui me reviennent en mémoire, et nous voilà à la triple frontière avec Brésil et Colombie. Passé le petit poste péruvien sur un îlot, on traverse, bienvenus au Brésil.
La ville frontière, Tabatinga est en fait la banlieue de Leticia, du côté colombien, où je ne suis pas passé parce qu’on m’a déconseillé d’avoir un tampon colombien sur le passeport, ça fait louche. Je reste deux jours ici, déjà les gens ont du mal à comprendre l’espagnol, et bien que le portuguais s’écrive quasiment comme l’espagnol, j’ai la curieuse impression que les gens parlent polonais, tout en employant des mots à l’air familier.
Le bateau part samedi matin, bien plus moderne que ses homologues péruviens, avec eau potable et repas équilibrés à volonté, mais bien sûr il est aussi 4 fois plus cher. Tant pis, c’est le progrès. Les gens ont l’air plus riches ici, et répètent que ce n’est pas comme au Pérou. Non, j’ai l’impression que ce n’est pas comme là-bas, les gens restent plus de leur côté, et ne se parlent pas vraiment.
Néanmoins, le voyage de 3 jours aura été vraiment agréable, des regrets que ça finisse si vite. Installé confortablement sur un hamac, j’ai longuement observé le rivage qui défile, la forêt tantôt inondée, tantôt légèrement surélevée, une très rare colline dont les gens ont profité pour construire un village. Mais en général, tout est plat, complètement plat. Pour donner une idée, il suffit de savoir que Tabatinga se trouve à 100m d’altitude, et à 3200 km de la mer, et la route est bien sûr toujours en descente. Le fleuve est déjà 2 fois plus large que la Seine à Paris, avec souvent des îles au milieu, des bifurcations. Avec la crue du fleuve, on peut parfois couper des virages, encore deux mois, avant l’apparition d’énormes bancs de sable sur les rives. Une petite pluie par moments qui donne le soir des arc-en-ciels impressionnants, j’ai pu par exemple apercevoir les derniers instants d’un arc-en-ciel double, avec un troisième arc à côté, il paraît que ce n’est pas rare ici. Le missionnaire baptiste américain à côté de moi raconte même avoir vu un jour depuis un avion un arc-en-ciel circulaire. Les journées passent vite et tranquillement, le temps de discuter avec le missionnaire pour quelques informations complémentaires sur les Écritures, de terminer mon premier bracelet en fil de cuivre, et d’écouter des mantras hindous en regardant les levers et couchers de soleil à couper le souffle, tout en pensant au long chemin de retour que j’ai déjà entamé. Plus que 18 jours...
Arrivée à Manaus hier soir, où les eaux claires du Solimoes rencontrent les eaux noires du Rio Negro (ça va donner l’Amazone), mais tardent à se mélanger. Manaus est une ville curieuse, surprenante, je ne me serais jamais attendu à quelque chose du genre, quelques immeubles anciens genre art-nouveau de l’époque du boom du caoutchouc, perdus au milieu d’immeubles gris pseudo-modernes, et de quelques petits grattes-ciels. L’ambiance la nuit tombée est celle d’un grand bazar d’Asie ou d’Arabie, mais moderne, des enseignes partout et des magasins fermés, peu de gens qui passent dans la rue, des voitures qui passent vite. Vers 19h30, même les petits étalages de rues qui vendent des beignets frits de viande avec des jus de fruits ou des brochettes avec de la farine de manioc frite ("farinha") commencent à fermer, il y a trois types avec une charrette qui vendent des bracelets industriels bas de gamme. Les rues se vident, décidément ce n’est pas comme cela que j’imaginais le Brésil. On verra demain, je me couche, même s’il fait chaud et humide et j’ai du mal à dormir car j’ai eu l’idée de goûter un shake au guarana une baie locale très riche en caféine et aux vertus théoriquement miraculeuses (on en trouve en France, presque aussi cher que le ginseng). Il y a à tous les coins de rues des étalages et des magasins qui en vendent, c’est bon (mélangé avec des cacahouetes), mais désormais je sais qu’il faut l’éviter après midi.
Le patron de l’hotel m’expliquera par la suite que c’est normal que tout soit vide le soir, mais qu’après 23h tout le monde ressort de nouveau jusqu’à 3-4h du mat, avec de la musique dans les rues, des gens qui se promènent, etc... On verra ce soir. Entretemps je me suis promené encore dans le grand bazar, ouvert ce matin, avec partout le même type de produits d’importation bon marché, et les vendeurs de jus de fruit. Le marché est plus joli, il y a plein de gros marins muscles qui viennent déjeuner ici parce que c’est en face du port. L’atmosphère est beaucoup moins sombre, mais il y a toujours quelque chose qui cloche. Je vais creuser cela.
Voilà voilà, j’ai l’impression d’avoir écrit un mail-co pas très inspiré, mais bon, je ferai mieux la prochaine fois. Entretemps, je continue à penser à vous et vous souhaite plein de bonheur.
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F.