Cinq gouttes de pluie, une tonne de soleil et des montagnes vertes


mardi 31 mai 2005, par V.

Bonjour à tous,

Vous voilà à présent vous aussi réchauffés par les chauds rayons estivaux, c’est fou comme le beau temps change la vie quotidienne. J’espère que vous en profitez bien. Tout ce qui me manque ici, ce sont les terrasses de café entre amis. Patience.
Notre soleil continue de frapper fort, mais enfin les pluies se profilent et redonnent du vert aux collines désséchées. Après 15j d’absence de Tegus, on a l’impression de retrouver une autre ville : l’herbe a poussé et a recouvert la terre des collines, les arbres ont fleuri, et les couleurs explosent partout, tout cela rien qu’avec quelques pluies sporadiques en fin de journée !
Enfin voilà, nos dernières vacances honduriennes sont finies, les prochaines seront francaises. Quand on commence à ne plus se sentir étranger dans un pays, c’est peut-être le signe qu’il faut partir. A voir…
Comme promis, voila un petit aperçu de notre long périple qui a commencé par la Mosquitia et qui s’est achevé sur une île garifuna minuscule de la mer caraibes.


1) La Mosquitia des Garifunas

Après notre première nuit passée à Tocoa dans un hotel miteux (on a dû se doucher en tongs et on a dormi tout habillés, ou plus exactement, on a essayé de dormir car il y a eu toute la nuit une musique à fond avec dominante de basses pour une fête sous nos fenêtres) on a poursuivi notre route le lendemain matin jusqu’à Punta di Piedra. On y a passé une nuit tranquille cette fois, aux sons beaucoup plus agréables du vent et des vagues, puis on a tracé le lendemain vers Palacios, grace à des 4x4 trucks qui foncent comme des bolides sur la plage a l’orée des vagues. Cette fois on est tombés sur un 4x4 hyper chargé, à peine montée sur le toit, il n’y avait aucun espace de libre, F. était assis avec d’autres sur une poutre transversale,en équilibre. J’ai cru avoir une meilleure option en tentant de m’asseoir sur un gros colis. Pas de chance, c’était un carton d’œufs, le bruit de coquilles cassées m’a convaincu aussitot d’aller rapidement me faufiler moi aussi sur la poutre, avant de me faire incendier. Sur la poutre, c’était un peu comme du rodéo, on se tenait à une corde attachait à l’avant et on décollait régulièrement selon les dénivelés de la plage et les écarts du 4x4 pour éviter les vagues. On en avait mal aux mains tellement on se cramponnait. Mais encore une fois, on est arrivés à Palacios, sains et saufs, à peine brûlés par le soleil de midi.


2) La Mosquitia des Miskitos (eh oui, ce sont eux qui ont donné le nom à la région, et non les moustiques qui pourtant sont plus nombreux…)
A Palacios, l’hotel que nous connaissions n’existe plus à présent, ici tout change très vite, "l’aéroport" qui était le centre dynamique de la "ville" n’est plus en état. La longue piste couverte d’herbes sert à présent de terrain de foot aux gamins, et comme elle se dégrade de plus en plus, il est peu probable que des avions réguliers y reviennent dans un avenir proche. Pour l’instant, seul un avion s’y risque de temps à autres. C’est un tout petit avion 5 places qui fonctionne sur demande. Par contre on nous a raconté qu’un actif trafic de drogue domine le village et plonge les habitants dans le repli sur soi dès que la nuit tombe : de petits bateaux chargés de cocaine viennent de Colombie et passent par Palacios pour acheminer la drogue jusqu’aux Etats-Unis. La nuit, des bateaux avec des moteurs surpuissants vont et viennent, chargeant et dechargeant la drogue (avec l’aide par la police tout à fait corrompue), personne ne veut voir ou entendre quoi que ce soit, pour ne pas risquer d’etre ennuyé. Une amie qui travaille pour la coopération allemande nous a dit qu’ils ont la consigne à Palacios de ne sortir sous aucun prétexte après le coucher du soleil. Il faut dire quand meme que nous n’avons pas senti directement de danger, et l’on aurait pu tout ignorer si on ne nous avait pas parler de ce problème.

Le lendemain matin, on a pris une petite barque pour aller jusqu’à Ibans. Un commerçant qui était avec nous dans le bateau nous a dit qu’on ne pourrait pas continuer en barque jusqu’à Ahuas comme on voulait le faire car le rio était trop sec, il fallait prendre un petit avion (dans cette partie de la Mosquitia, il n’existe aucune route, il n’y a que des voies maritimes ou aériennes). Lui attendrait l’avion à Ibans, il nous a proposé de l’accompagner. Toute l’année, il fait dans les 8h de voyage avec sa barque et quelques passagers pour aller revendre à Ahuas du fromage qu’il achète à Ibans. Là bas le fromage coute le double. Quand il a vendu son fromage, il achète des haricots rouges qu’il revend le double à Palacios, grace à ce petit commerce, il survit (ici, un même produit peut valoir du simple au triple s’il n’est pas produit sur place). Mais chaque année, à cette époque, il doit voyager avec l’avion de la mission évangélique (un avion 5 places qui ne fonctionne que sur demande, il est moins cher que la compagnie aérienne qui couvre la région, mais il faut être pile 5, ou alors c’est beaucoup plus cher).
On a donc décidé d’attendre avec lui l’avion, sur une piste qui ressemblait elle aussi à un terrain vague couvert d’une pelouse inégale et desséchée. Il faisait une chaleur torride. On s’est assis à l’ombre d’une toute petite cabane qui servait de tour de contrôle : l’intérieur était totalement vide hormis une chaise sur laquelle était posée la radio qui nous reliait au pilote et au centre de planifications des vols. Et là on a commencé à attendre, 1h, 2h, 3h, 4h… ciel bleu sans avion, soleil de plomb… Puis soudain un bruit de moteur, miracle l’avion à la Indiana Jones se pose, on s’approche, mais d’autres aussi qui sortent d’on ne sait où. Finalement, on est 7 personnes qui espèrent monter… Il y a deux personnes de trop. On laisse donc les autres s’envoler dans le ciel azuré. On va se chercher un hotel et on se précipite vers la mer pour se raffraîchir. Et oui, les déceptions s’oublient vite ici.
Notre hotel est très joli, sur pilotis, tout en bois, très simple. Un iguane se ballade quotidiennement sans peur sur l’herbe puis remonte sur son palmier (pourtant les gens les mangent ici et en raffolent… Mais celui-là ne le savait pas encore). A gauche on a vue sur la lagune et son ponton, à droite la mer et sa plage de sable blanc complètement déserte.
En se balladant vers le village voisin, on a rencontré sur le chemin une tarentule, et je peux dire que je me suis un peu soignée ici de ma peur des araignées, puis on a vu un petit serpent, beaucoup plus actif et pressé que notre tarentule, mais dans notre chambre, pour une fois il n’y avait rien de suspect, et on a profité de notre petit paradis pendant 2 jours.

Compte tenu de notre expérience avec l’avion de la compagnie évangélique, on a préféré prendre l’avion "régulier" qui parcourt tous les jours la zone de la mosquitia, mais sans horaire. C’est aussi un avion 5 places, le principe c’est d’annoncer le matin à 7h par la radio de la piste qu’on veut aller à tel endroit, eux ensuite établissent un planning provisoire pour qu’à chaque escale l’avion prenne d’autres passagers et ne reparte pas vide, ainsi on ne peut jamais trop savoir à quelle heure va passer l’avion car le planning peut changer à toute heure selon le nombre de personnes qu’il faut transporter. Il faut donc beaucoup de patience et ne pas être pressé. Du reste, on n’a jamais rencontré quelqu’un de pressé, personne n’a d’horaire, ni de montres d’ailleurs. On a eu de la chance car comme nous étions cinq à vouloir partir, l’avion est arrivé très vite cette fois. On a d’abord fait une halte à Barra Patuca pour déposer les 3 passagers qui volaient avec nous, ce qui nous a permis de connaître un village en plus. Puis on a redécollé avec 3 autres qui allaient comme nous à Ahuas.

C’était curieux de voler dans un si petit avion, si bas, on voyait parfaitement les différents types de paysages se succéder, les rios, les lagunes, les étendues de terres déboisées, les forêts tropicales denses et enfin vers Ahuas les forêts de pins aux allures méditerranéennes.

Arrivés à Ahuas, on était déjà dans la partie très reculée et difficile d’accès de la Mosquitia. C’est une toute petite ville, avec deux hospedajes seulement.La terre est rouge et contraste avec le vert luxuriant de la végétation revigorée par les récentes pluies. Toute la région est très plate, elle ne nous semble pas pauvre : on ne voit pas de taudis, toutes les maisons sont en bois et plutot bien construites. Le drame ici, c’est le déboisement croissant et inconscient. Les hommes vont de plus en plus loin et coupent les arbres sans jamais rien replanter et comme il y a peu d’agriculture dans le coin, on peut présumer que leur prospérité sera de courte durée. Mais pour eux, demain n’existe pas.

Comme nous sommes à l’intérieur des terres, il règne une chaleur étouffante et humide, sans vent. On décide de marcher jusqu’au rio, les habitants nous disent qu’il est à moins d’une demi-heure mais qu’il faut y aller en voiture (ils ne marchent jamais), on met plus d’une heure en marchant vite, on arrive enfin et là tous les bateaux sont remplis de planches de bois qu’on charge ou décharge. Il n’y a même pas un endroit pour s’asseoir à l’ombre. On admire debout et on repart sous le même soleil de plomb pour une autre heure de marche.

De Ahuas, on a pris le lendemain le même petit avion que la veille pour Puerto Lempira. A chaque fois, les vols sont très courts, environ 30 minutes. On pensait d’abord y aller en barque, mais il y avait 8h de traversée non stop sur la lagune en plein soleil (une lagune immense dont on ne voit même pas le rivage du bateau, donc peu intéressante), F. était partant, mais on aurait été bons pour une insolation, et comme on avait déja pris pas mal de coups de soleil, c’est en avion qu’on a rejoint Puerto Lempira.

A Puerto lempira, capitale de la Mosquitia, on a eu l’impression de revenir à la civilisation. Il y a des rues. Il y a quelques petites boutiques qui vendent de tout (par exemple des vêtements avec des frigos américains king size !) Il y a un petit port où se concentre toute l’activité de la ville et les borrachos ("les bourrés"). C’est aussi de là que partent et arrivent les cargos de la Ceiba avec toute leur cargaison (à Puerto non plus il n’y a pas beaucoup d’agriculture, tous les fruits et légumes sont importés : les bateaux arrivent donc pleins et repartent à moitié vides car il n’y a pas grand chose à renvoyer dans l’autre sens). Le ponton s’avance sur presque 100m sur la lagune, il y a très peu de fond, les cargos s’amarrent tout au bout. De là, on embrasse toute la ville du regard et c’est splendide de voir toutes ces maisons colorées sur pilotis, comme en parfaite osmose avec le paysage.

Comme dans beaucoup de villes portuaires d’Amérique centrale, il y a beaucoup plus d’activité, les gens ne font pas la sieste ici, les petits commerces sont nombreux. Des groupes d’hommes sont dans ou devant les bars, à moitié saouls, ils racontent le monde, serrent les mains et attendent qu’il fasse moins chaud. Le soir,on se trouve un petit comedor qui fait aussi cantine (le menu de la semaine est affiché avec les tranches horaires de service), les gens viennent prendre leurs trois repas/jour et paient à la semaine. On trouve l’idée sympa et on prend tous nos repas là-bas. On se demande pourquoi en France personne ne crée ce genre d’endroit pour tous ceux qui ont une demi-heure/1h de pause le midi et qui voudraient manger bon marché dans un endroit convivial. Il n’y a que des hommes habitués qui viennent manger. L’endroit est minuscule, il n’y a que deux tables, on peut y manger à 8 ou 9 au plus à la fois. Du coup, c’est très convivial, chacun parle à son voisin. A chaque repas on discute avec quelques nouveaux et d’autres déjà rencontrés. On a presque l’impression d’une famille, à cause de la promiscuité peut-être et du partage superficiel de brides de vie.

De Puerto on part pour 2 jours sur une des rives de la lagune : à Kaukira. C’est un petit village tout en longueur qui d’un côté communique avec la lagune, de l’autre avec la mer. On loge chez une famille qui nous propose une petite chambre en dessous de leur maison. L’endroit est très sympa, il y a des hamacs sur la terrasse qui surplombent la lagune. En petit-déjeunant sur les marches de l’escalier,on observe sous les pilotis de la maison la vie des poules, des coqs et des poussins, ce qui est assez passionnant. Notamment, la recherche des vers de terre et les courses auxquelles doivent se livrer les poussins pour ne pas se faire piquer le ver qu’ils ont dans le bec par les plus grands. Tout un art.

Sous les manguiers, il y a des tonnes de mangues tombées dont on se régale à souhait. On a jamais vu un village avec autant de fruits qui se perdent partout. Les gens ne prennent même plus la peine de les ramasser tant ils en ont. La encore, on se rend compte que les gens vivent bien, on ne voit pas de taudis, pas de mendiants, ni même de pauvres. Et ici, personne ne parle d’aller illégalement aux USA.Ils sont contents de leur vie, et ne cherchent pas à en changer. C’est très nouveau pour nous. Je crois que c’est la seule région que nous ayons vue dans toute l’Amérique Centrale, où les gens ne nous parlent pas de venir vivre à Tegus ou de passer des frontières. De fait, ils ont l’air beaucoup plus heureux. La plage est toujours de sable blanc sur fond de cocotiers, la mer turquoise. En marchant sur la plage, on trouve quelques squelettes de requins et même un petit requin désséché, mais encore charnu, à la peau très dure. Il avait du être pris dans les filets d’un pécheur qui l’a jugé trop petit.

De Kaukira, on repart à Puerto en barque, puisque le lendemain on doit prendre un avion un peu plus grand cette fois (18 passagers) qui va directement à la Ceiba (une bonne heure de vol). On aurait pu remonter avec un cargo, mais quand on l’a visité il y avait du fioul partout, tout collait. Le capitaine était sympa, il voulait bien nous emmener, mais il ne savait pas trop quel volume de marchandises il y aurait à bord, ni où on pourrait se poser. Le cargo devait partir à 15h et arriver à la Ceiba vers 7h du mat. On a déja fait des traversées sur des cargos, on connait donc bien les galères que ça entraîne, alors pour cette fois j’ai préféré la tranquillité de l’option aérienne.

On a ainsi survolé toute la Mosquitia et c’est absolument fabuleux de voir d’en haut ce qu’on a l’impression de connaître bien en bas. La succession des paysages est à couper le souffle. Ce sont comme des œuvres d’art modernes à motifs géométriques. Les rios bleus forment des courbes parfaites sur des étendues vertes ou marron incroyablement plates, puis se jettent dans des lagunes bleu-gris qui se heurtent à des forêts denses, à des plaines qui paraissent des prairies, ensuite reviennent des pins, avec en toile de fond la mer. Vraiment, c’est splendide les vols à basse altitude. On avait relu, il y a peu, "Vol de nuit" de Saint-Exupéry, après cela on comprend mieux que des hommes aient été prêts à mourir pour voler. Pendant le vol,il y a comme une sorte de paix, une mise en relativité de tous soucis qui vous gagne et vous laisse serein dans le ciel. Je n’ai pas regretté le cargo gluant de fioul qu’on a laissé partir…


3) Les iles caraïbes : Los Cayos Cochinos

Si vous voulez une image du paradis, venez sur les îles. On s’est trouvés une petite île garifuna, à une heure et demie en barque de la côte nord, qui flotte au milieu de quelques autres de différentes tailles, au milieu d’une mer plus transparente qu’un verre d’eau, toute entourée de coraux, avec des poissons de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Etourdissant. L’arrivée sur notre île fut pourtant épique. A Nueva Armenia alors qu’on cherchait une barque pour la traversée, il n’y en avait aucune qui partait. On voit alors un homme qui nous dit qu’il a un bateau et qu’il est le seul à faire la traversée l’après-midi et qu’il est aussi le seul à posséder un hotel (décidemment, que de coincidences….). Seulement, il n’a pas d’essence et veut qu’on lui donne de l’argent pour qu’il aille acheter son bidon d’ essence dans la ville voisine (à 30 min) et qu’ensuite, il reviendra nous chercher pour partir. On hésite, mais on lui fait confiance. 3h plus tard, il revient, nous emmène sur sa barque qui est minuscule, met nos sacs dans une glaciaire, et on part. Au bout de dix minutes, on est trempés de la tête aux pieds et les vagues nous tombent sur la tête à chaque instant. Le gars me demande d’écoper avec un bout de bouteille cassé et telle une Danaïde, je passe mon temps à vider l’eau qui revient aussitôt. Puis le soleil se couche, la nuit arrive avec le vent, on commence à être gelés dans nos vêtements trempés et bien qu’on voie l’île depuis le début on a l’impression de faire du sur-place. Je me dis à ce moment-là qu’en cas de panne, on serait très mal barrés… Mais notre bonne étoile nous guidant, on arrive enfin sur l’île. On est d’abord frappés par sa petitesse, par la concentration des maisons qui ressemblent aux huttes du village d’Astérix et par l’impression d’équilibre et d’harmonie qui s’en dégage pourtant. Puis notre pêcheur nous emmène dans son "hotel" qui est en fait la maison de son ex-femme. Comme il n’y a pas d’électricité, on n’y voit rien, seulement que c’est très petit. En fait,c’est leur chambre qu’ils nous louent. La maison est très bien construite, mais on se rend compte qu’il n’y a pas de "salle de bain" ni de toilettes. J’interroge notre pécheur, il me dit, on verra ça demain… Seulement, on est trempés d’eau de mer… Il finit par nous dire qu’il n’y a pas d’eau douce sur l’île (donc c’est logique que chaque maison soit dépourvue de salle de bain…) Ils doivent aller sur une île voisine puiser l’eau douce, ce qui ne facilite pas la vie. Il nous procure quand même un demi-seau d’eau pour qu’on se rince et comme on ne peut pas se mettre à poil devant la maison il nous emmène dans le noir dans la case d’un parent et on s’asperge comme on peut d’eau avec les mains sans rien y voir, vive la débrouille. Quant aux toilettes, elles sont masquées discrètement sur une pointe de l’île. Il s’agit en fait d’une cabane sur la mer, avec un trou… Ils ne peuvent pas creuser de sanitaires sur l’ile car dès qu’on creuse l’eau de mer afflue… Nous bénéficions à présent d’une connaissance exhaustive de tout ce qui peut exister au niveau latrines en Amérique centrale : de l’inconcevable au pire… en passant quand même par l’acceptable.

Le lendemain matin au lever du soleil, on découvre un peu mieux notre île. Elle est comme la planète du petit prince, on en fait le tour à pied en 5 minutes. Toutes les maisons sont en bois avec des toits de feuilles de palmier, ouvertes à toutes les brises. L’île est très densément peuplée puisque les garifunas ont en moyenne dix enfants par famille. Les femmes restent à la maison à cuisiner, les hommes partent en mer presque toute la journée, ils pêchent ou vont porter du poisson à Nueva Armenia. Les gamins eux se baignent et jouent toute la journée quand ils ne sont pas à l’école sur une île voisine un peu plus grande.Les Garifunas sont très différents des Miskitos, ils sont plus extravertis, plus joyeux, plus insouciants. Ils chantent et dansent beaucoup, parlent très fort avec une grosse voix. Ici, les femmes semblent plus libérées, elles ne cachent pas leur corps comme les femmes Miskitos qui sont très pudiques. Les gamins se baignent nus. On dirait qu’il y a plus de vie débordante et exaltée chez les garifunas. Chez les Miskitos, il faut plus de temps pour se sentir accepté, ils sont plus méfiants et plus renfermés. Quant à leur rapport à la religion, ils paraissent aussi moins fanatiques, ils ne collectionnent pas les bondieuseries, peut-etre que leur isolement les a préservés du bourrage de crane actif des missionnaires…

Sur la plage, on a loué des masques et on s’est baignés toute la journée en regardant les coraux et en suivant les poissons. Après la vie du poulailler, on s’est spécialisés dans l’observation des milieux aquatiques… Le soir, à la bougie vacillante, on goute du requin avec de la soupe de cocos, c’est bon. On dort bien dans notre chambre minuscule mais très fonctionnelle qui doit faire trois mètres carrés, dans un lit une place, mais avec une fenêtre qui donne sur la mer et qui nous évite de mourir de chaud la nuit. On a bien aimé l’île, mais deux jours de farniente total, pour nous, c’est un maximum. En plus, la fin des vacances approchait. Alors on a repris le bateau pour le retour. Et cette fois on a pris une vraie barque et on a évité l’inondation. Avant de rentrer sur Tegus, on s’est arrêtés une nuit à Comayagua ex capitale du Honduras. C’est une ancienne ville coloniale, en témoignent encore les belles façades colorées et la splendide cathédrale de la place centrale,de couleur pêche avec des ornements-meringues blancs plutot discrets. D’en bas on peut apercevoir les vieux escaliers en bois qui mènent aux cloches sur le côté de la façade. On s’attend à voir sortir un vieux moine en robe de bure… Mais non.

A présent nous voila rentrés à Tegus, prêts et contents de retrouver nos chères petites têtes brunes demain au lycée.
F. part la semaine prochaine pour 3 semaines au Mexique quand il aura laissé ses élèves au Salvador afin qu’ils passent les épreuves du bac.

Voilà, la fin approche. _Un petit cadeau pour terminer : pour tous ceux qui ont un peu de temps et qui veulent lire un excellent roman (le meilleur qu’on ait lu cette année, et pour une fois on est d’accord avec F. alors que nous n’avons pas souvent les mêmes gouts littéraires.) lisez "La Ville et les chiens" de Mario Vargas Llosa, c’est son 1er livre (écrit à 23 ans) et c’est exceptionnel, autant par le contenu que par la forme d’écriture. C’est l’histoire de quatre garçons pensionnaires au collège Leoncio Prado de Lima qui vont passer en peu de temps du stade insouciant de l’enfance à l’âge adulte en trouvant différents biais pour échapper autant à la terrible discipline militaire qui règle le collège, qu’aux brimades, vols, mensonges qui règnent entre eux. Ce qui rend la lecture passionnante -et déroutante au début- c’est la multiplicité des points de vue dans les récits croisés d’enfance. On ne se demande souvent qui prend en charge le récit et ce n’est que peu à peu qu’on parvient à recomposer le puzzle en mettant bout à bout les différents récits épars qui finissent tous par se croiser au moment clé. C’est un peu l’équivalent livresque des films d’Almodovar, par l’aspect polémique des thèmes traités comme par les choix narratifs. Il parait qu’à la sortie de ce livre, le collège a fait bruler de rage mille exemplaires dans la cour. J’espère vous avoir donner une envie de lecture. Si oui, envoyez moi votre avis. En attendant, je vous souhaite beaucoup de soleil et pleins de sourires. A bientôt, en France,

V.

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