Bonjour à tous,
Rompant ce silence épistolaire, je vais essayer de vous résumer ces quelques mois passés à Zhengzhou-Henan-en-Chine.
L’essentiel.
Obnubilé par la langue, j’avais tendance à oublier la culture asiatique, les rapports humains, les relations avec les individus. Ca m’est revenu.
Confucius, (ou Kongzi), ou le philosophe sans raisons.
Confucius a établi un système de règles de bonne conduite. Oui. Un système de règles de bonne conduite. Pas plus. Sans chercher à les justifier par le Bien, Dieu, la Raison. Le contrat social prouvant qu’ "il faut être un bon citoyen" est inutile. Il n’y a pas non plus de bon Kharma à cultiver pour les vies futures, pas de réincarnation. Lorsqu’un homme bien se comporte bien, il se sent bien car cela prouve (à lui et aux autres) qu’il est un homme bien. Par contre, un comportement qui susceptible de susciter le mépris des autres (et de soi-même) est une perte de face. Notons que si je fais ce qu’on attend de moi, si je suis à ma place au bon moment, je gagne de la face.
Un ami chinois qui apprend le français : "chaque matin, je vais acheter ma bouteille de lait chez le même commerçant. On ne se dit rien, mais on se sourit. On se connait, reconnait et cela **renforce mon identité**" Lorsqu’on se sent à sa place, on renforce son amour-propre.
Depuis quelques temps j’ai tendance à tout interpréter en termes de "face", si je fait ce qu’on me dit, je gagne. Si je montre que je ne sais pas faire ce qu’on me dit, je perd la face un peu (incapable de comprendre). Si je demande qu’on m’explique, la personne qui devait m’expliquer perd encore plus la face (incapable d’expliquer).
J’ai visité un lycée, 80 élèves par classes, 6h de politique sur le marxisme et 6h d’anglais par semaine, très peu de vacances et une ambiance de classes préparatoires (au concours national niveau bac qui permet d’entrer à l’université).
Côté chinois, j’ai réussi à lire une histoire drôle ! Pas encore le journal mais je ne suis pas pressé. J’ai fait un peu de calligraphie et trouvé plein de gens pour m’apprendre à prononcer. Les quelques mots du dialecte local sont accueillis avec amusement et surprise, mais ce patois est plutôt mal considéré (la version chinoise de "pauvre plouc de paysan de la campagne").
J’ai un nouveau colocataire dans mon appartement. Il n’est pas dérangeant, même s’il mange mes céréales pendant la nuit. Il s’est bricolé un lit avec la mousse isolante du frigo, et lorsque je le jette par la fenêtre, il revient par le tuyau d’aération du chauffe-eau.
Je vais acheter une souricière.
Un peu de politique ?
Considérant que la majorité de la populace n’est pas suffisamment éduquée pour faire des choix politiques, que la foule est extrêmement sensible à la propagande et à la manipulation (cf : dictatures diverses, Berlusconi, sectes, 1984, Farenheit 9/11), qu’il est préférable d’avoir une mauvaise stratégie que pas de stratégie du tout (cf jeu d’échecs), j’en conclus que le mieux est d’être un bon citoyen, d’être solidaire, de suivre le leader, d’avoir confiance en lui et de favoriser ses décisions. Le rôle du leader est de connaitre la situation et de faire les bons choix. Son devoir est de faire des choix favorables à la société. (et non pas favorable aux individus) Le temps viendra (avec les matins qui chantent) où les sociétés décadentes (et riches) se réformeront et deviendront chinoises. La démocratie/le communisme est le niveau le plus avancé qu’une société peut atteindre.
Voilà donc quelques nouvelles. Parcourant la liste mail (que je cherche à garder courte, peut-être à tort d’ailleurs), j’ai pensé à chacun de vous. Je me sens loin de la France, et je vais rentrer bientôt pour l’été. Tout semble calme ici.
Bises,
Florian