Changements, mais tout continue


dimanche 6 mai 2001, par Francesco Colonna Romano

Bonjour tout le monde

voila donc une bien longue période sans mails Il y a eu en fait beaucoup de changements, de bouleversements, de hauts et de bas. En fait après Nazca, on est montés direct sur Arequipa a 2500. On a tout de suite été cloués au lit par fatigue, plus une bonne gastro dont je vous épargne les détails. En fait ca a pris quelques jours pour s’en remettre, et meme pour V. ca ne s’est jamais arrange complètement. Il y avait tous les symptomes d’une sale maladie qui s’appelle mal des montagnes, qui passe généralement plus ou moins rapidement (temps d’adaptation), mais parfois jamais. Nous sommes redescendus au bout d’une semaine, tout s’est remis en place quasi-instantanément. Morale de cette histoire : V. ne peut pas monter, ce qui ne va pas sans poser de problèmes dans ce coin du globe. On s’est pas mal renseignés sur ce qui reste par ici (à part l’Amazonie qui ne l’attire guère plus). En fait rien en dessous de 3000m, il n’y a que le désert cotier, ou alors il faudrait prendre l’avion pour aller très loin. Bref, rien à faire. On finira de visiter tout ce qui est visitable, puis V. rentrera plus tot, me laissant seul et abandonné par ici, pour visiter un peu de hauteurs et de forets...

Bien sur, pour compliquer les choses, j’ai eu vents de grèves générales en ce moment en Bolivie, et il est impossible de circuler (il y a 2 ou 3 ans, la dernière fois, le blocus des routes était tellement sérieux, que meme les piétons ne pouvaient pas passer....). Il se peut que je doive mettre une croix sur ce pays qui parait pourtant de plus en plus fascinant. On verra bien d’ici la. J’ai un contact à La Paz, et si vous avez des nouvelles, je les lirai volontiers. Peut-etre que ca va s’arranger.. A propos de Bolivie, j’ai lu hier un peu d’histoire du pays, c’est assez instructif. En 152 ans d’indépendance, ce pays n’a fait que perdre guerres et territoires (la moitié de ce qu’il avait initialement) au profit de ses voisins. Son armée s’est par contre révélée extremement efficace en matière de coups d’état. Ce qui a fait 191 gouvernements plus ou moins démocratiques en 152 ans. Je crois que c’est largement mieux qu’en Italie...

Mais bon, revenons à nos moutons, et récit en retard.
Arequipa est tout de meme un belle ville. Entourée de montagnes-volcans d’environs 6000m, des grands pics aux pentes arides et au sommets blancs. Ils ne font pas si hauts, mais ils sont beaux. A voir aux couchers et lever de soleils qui par ici ont des couleurs assez extraordinaires. A voir depuis la terrasse-toit de notre auberge, avec vue sur les toits de la ville, les églises, les monastères. Il y a par ici un peu de l’air profond de Jérusalem.

Ca aurait été beau de pouvoir continuer... Tant pis. Nous redescendons au bout d’une semaine sur Mollendo, village cotier, localité balnéaire prisée par les péruviens, mais en été. L´hiver en effet (maintenant) il y a une brume constante qui obscurcit le ciel. La place Pacifique, juste derrière des chemins de fers désaffectés (El Nino est passé par là en ’98), sans coquillages autres que lignes de débris de crabes, a un aspect sombre et sinistre. En fait il n’y a guère que les surfeurs qui viennent au Pérou pour les plages. Mais avantage : V. va bien.

Nous repartons le lendemain en direction de Lima (dans le bus, on se refait une culture, avec Alien et surtout Maman j’ai raté l’avion 3, en espagnol, pourtant pas trop dur à suivre..), en s’arretant a Ica, boudée à l’aller. Une journée sur les bords d’une petite oasis, quelques maisons, une auberge, et des dunes de sable. En fait, on grimpe sur la plus grosse, et il y a une vue assez époustouflante : on est assis sur une crete très fine, où on n’aurait pas été si c’avait été de la pierre, et à perte de vue, plus bas s’étandent des dunes. En fait ca ne correspond pas trop à l’image qu’on se fait du Pérou, mais ca en vaut la peine.

Aujourd’hui Ica, visite d’un musée sur les civilisations précolombiennes par ici. Des pratiques assez intéressantes comme :
- déformations des cranes à des fins esthétiques : on attache les bébés en leur serrant la tete, et on garde ces trucs longtemps de manière à obtenir des cranes allongés à la alien. En fait, les résultats sont indéniables.
- tetes-trophées de guerre, a garder a la ceinture ou a offrir
- et surtout : trépanation de cranes. C’est l’invention de la chirurgie locale pour soigner les traumatismes (par exemple dus à une bataille), certains maux de tete (assez forts j’imagine) ou autres maladies, ou simplement pour faire sortir les mauvais esprits. Le principe est très simple : on fait un trou dans la tete (trou pouvant avoir un diamètre de 5cm), avec une sorte de silex pointu. Le patient boit un peu d’alcool en guise d’anesthésiant, et puis on attend que tout s’arrange. Parfois on fait plusieurs trous. Le plus étonnant, cést que des fois le patient n’en meurt pas, ou du moins il survit assez pour que le trou dans le crane se rebouche (on en voit les preuves ici).
- il y avait aussi de jolies poteries et tissus, mais ca frappe moins

Voila pour aujourd’hui. Nous repartons demain pour Lima, et puis sans doute pour la cote nord.

Au passage encore quelques détails que je n’ai pas réussi a caser avant.

- Nous avons essayé souvent le mate (tisane) de coca, censé soigner le mal des montagnes. En fait ça n’a pas vraiment de gout, genre tisane d’épinards, et malheureusement aucun effet pour notre mal (ni aucun autre effet perceptible). En tout cas, je vous en rapporterai en France (c’est autorisé) pour que vous goutiez. Par contre, nous n’avons pas encore essayé (ni rencontré souvent, n’étant pas très haut) les feuilles de coca que l’on garde sous forme de boulette dans la joue, que les indiens machent comme remède contre l’altitude et la fatigue. Ca fait partie des produits typiques locaux, sans aucun danger, mais néanmoins interdit à l’exportation à cause des produits qu’on peut en dériver.

- j’ai acheté une flute de pan ("zampogna") et ca ne parait pas trop dur de jouer quelques notes, et ca ressemble à l’harmonica. Peut-etre qu’a mon retour je saurai jouer Cohen ou Blowing in the wind.

- A Arequipa il y avait une fete (fete de la Vierge de Chapi). J’ai assisté à la messe en plein air, avec bien sur plein de péruviens contents, des vendeurs de bonbons et cireurs de chaussures qui avaient momentanément cessé de harceler les gens, et aussi de la musique très jolies avec des instruments à vent et un fond de batterie. La plupart du temps religieuse, mais en fait, pas longtemps avant l’Eucharisthie j’ai reconnu l’air de Blowin’ in the wind (Dylan), avec des paroles espagnoles que je n’ai pas comprises. En tout cas c’était vraiment beau.

- Il faut un peu pour se rendre compte de la situation du Pérou. En effet, venant de Thaïlande, ca ne parait pas un pays si mal loti. Rues assez propres, nourriture apparemment plus variée. En fait, peut-etre quelqu’un de vous pourra me corriger, mais je crois que par ici c’est bien plus pauvre. En Thaïlande, tout le monde a à manger, il y a de la verdure partout, c’est le bordel, ca parait sale, mais les gens sont beaux et souriants. Ici, lorsqu’on sort du centre ville (en bus) on voit des banlieues de maisons sèches au milieu de terrains désertiques, sans une plante. Trois quarts des péruviens vivent dans le désert cotier. D’où vient la nourriture ? Et il parait que dans les montagnes, la terre n’est guère plus généreuse. Et puis aussi on se rend compte que les moindres bui-buis ou les vendeurs dans la rue (ou se rendent les péruviens) doivent etre hors de pris pour les gens d’ici. Et pourtant ca ne se voit pas, c’est un pauvreté cachée. Tout parait propre et net.

Voila pour les nouvelles et dernières réflexions. On passe à la partie remerciement pour vos gentils mails.

- J’ai été assez surpris par la vague de réponses qu’à suscité ma légère allusion physique sur le sens des tourbillons des baignoires qui se vident par ici. Comme quoi la physique passionne encore de nos jours. Malheureusement, dans les hotels où nous passons il n’y a guère de baignoire ni de bouchons d’évier (mais là j’avais prévu le coups, et j’en possède un universel pour faire le linge). Je vous promet que j’essaierai un jour. Entretemps, il faudra vous contenter de la réponse de Francesco (pas moi) qui dit que dans le sud les tourbillons sont en sens horaire, mais qu’étant trop proche de l’équateur, je ne devrais presque pas les voir.

- Merci Ludo pour ton mail. En fait j’ai pas vraiment eu l’occasion d’observer les étoiles par ici (à Arequipa il y avait lumière et nuages). Bien sur je n’ai pas cherché les Ourses, mais j’ai reconnu Orion (avec Cassiopée, ca faite toutes les constellations que je connais). Donc pas de découvertes de nouvelles constellations (nuage de Magellan ?). Par contre, je chercherai la Croix du Sud avec une bussole au premier ciel propice.

- Merci Noel pour tes conseils médicaux, qui n’ont rien pu sauver. Et pour la judicieuse remarque que par ici le soleil est au nord et pas au sud. Et merci à Eldad pour ses conseils touristiques que nous ne mettrons pas en application.

- Bon voyage à Thomas qui m’écrit du Mexique, je passerai quand meme dans ton village pour apporter tes photos, et puis ce serait bete de ne pas profiter d’un contact comme ca.

- Bienvenue à tous les nouveaux arrivés sur cette liste. J’espère que ca vous plaira. Si ca vous intéresse il y a mes mails de Thailande sur ma page web.

- Et puis merci à tous ceux qui m’ont envoyé des mails plus persos, auxquels j’ai le projets de répondre directement dès que j’aurai un peu plus de temps.

Voilà. Je vous souhaite un très bon week-end à tous. Continuez de m’écrire car ca fait super plaisir dávoir de vos nouvelles.

Hasta Luego

F.

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